Emmanuelle Santinelli, Des femmes éplorées ? Les veuves dans la société aristocratique du haut Moyen Âge, Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 2003, 414 p.
- Par Céline Martin
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- MARTIN, Céline,
- Martin, Céline.
- Martin, C.
https://doi.org/10.3917/rdn.351.0667b
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1 Si, dans leur ensemble, les femmes du haut Moyen Âge ont depuis longtemps attiré l’intérêt des historiens, les études consacrées spécifiquement aux veuves sont encore peu nombreuses. Emmanuelle Santinelli a choisi de les observer en Francie occidentale, de la Neustrie à l’Aquitaine, dans un cadre chronologique ample (vie-xie siècle) mais centré sur l’époque carolingienne, et selon une démarche cherchant à dépasser l’approche purement juridique et morale qui a traditionnellement caractérisé les publications sur les veuves médiévales. Dans la ligne des travaux de Janet Nelson et de Régine Le Jan, son point de vue est avant tout anthropologique, sans négliger pour autant une étude précise de la législation civile et canonique ni l’idéologie véhiculée par les clercs.
2 À partir d’un corpus de sources narratives ainsi que canoniques et morales pour le début de la période, diplomatiques pour les deux derniers siècles, l’auteur étudie environ 500 veuves, reines, comtesses ou petites aristocrates. Une cinquantaine d’entre elles sont reprises en un index dont on ne peut que regretter le caractère partiel, certainement dû aux contraintes de l’édition. Le livre s’organise suivant un plan génétique accompagnant en quelque sorte le cheminement de la femme qui perd son mari, du veuvage (I. La mort du mari et ses conséquences) aux différentes options qui se présentent ensuite à elle (II. Rester veuve, ou se remarier ?), pour enfin évaluer la place que lui réserve désormais la société (III. Les veuves dans la société médiévale. Place, rôle et pouvoir). La justification du sujet choisi apparaît peu à peu : la veuve du haut Moyen Âge est une femme très particulière, contrairement au veuf qui occupe dans les stratégies familiales, la législation civile et les conceptions religieuses du temps une place peu différente de celle des autres hommes. Les évolutions qui affectent les veuves entre le début de l’époque mérovingienne et la fin du xie siècle sont décrites par petites touches : mieux protégées et plus contrôlées à l’époque carolingienne, elles passent au premier plan de la scène sociale, assumant en outre le plus gros du travail de memoria dont l’obligation se généralise alors. Aux xe-xie siècles, la mise en place du système lignager augmente par certains côtés le contrôle social et familial sur les veuves, mais crée les conditions de possibilités d’un pouvoir accru, si elles savent s’en emparer. La psychologie des veuves, leur caractère plus ou moins énergique, leurs éventuelles aspirations spirituelles influent en effet sur leur situation, de même que les contraintes sociales et juridiques : c’est l’un des mérites de ce livre d’essayer toujours, malgré des sources souvent peu explicites, de garder le contact avec « la chair fraîche » afin d’éviter le formalisme abstrait propre aux historiens des institutions.
3 En conclusion, un livre clair et efficace, qui s’appuie sur la bibliographie la plus actuelle pour décrire sous plusieurs angles un objet historiographique relativement neuf, au croisement des conceptions altomédiévales touchant au salut de l’âme, des stratégies familiales de la noblesse, du statut des femmes et de l’influence exercée par l’Église sur la société.
4 Céline Martin