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De la cité antique au diocèse médiéval. Quelques observations sur la géographie ecclésiastique du Nord de la Gaule mérovingienne

Pages 595 à 609

Citer cet article


  • Mériaux, C.
(2003). De la cité antique au diocèse médiéval. Quelques observations sur la géographie ecclésiastique du Nord de la Gaule mérovingienne. Revue du Nord, 351(3), 595-609. https://doi.org/10.3917/rdn.351.0595.

  • Mériaux, Charles.
« De la cité antique au diocèse médiéval. Quelques observations sur la géographie ecclésiastique du Nord de la Gaule mérovingienne ». Revue du Nord, 2003/3 n° 351, 2003. p.595-609. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-nord-2003-3-page-595?lang=fr.

  • MÉRIAUX, Charles,
2003. De la cité antique au diocèse médiéval. Quelques observations sur la géographie ecclésiastique du Nord de la Gaule mérovingienne. Revue du Nord, 2003/3 n° 351, p.595-609. DOI : 10.3917/rdn.351.0595. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2003-3-page-595?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rdn.351.0595


Notes

  • [*]
    Charles Mériaux, maître de conférences en histoire du Moyen Âge, Université de Reims, département d’histoire, 57, rue Pierre Taittinger, 51096 Reims cedex.
  • [1]
    Sur la perception de la frontière pendant le haut Moyen Âge voir les contributions rassemblées dans Grenze und Differenz im frühen Mittelalter, W. Pohl et H. Reimitz éd., Vienne, 2000 et The Transformation of Frontiers. From Late Antiquity to the Carolingians, eid. et I. Wood éd., Leyde, 2000, mais ces études abordent peu le problème des frontières « intérieures ». Pour les circonscriptions civiles du haut Moyen Âge, voir U. Nonn, Pagus und comitatus in Niederlothringen. Untersuchungen zur politischen Raumgliederung im früheren Mittelalter, Bonn, 1983.
  • [2]
    Flodoard, Historia Remensis ecclesiae, éd. M. Stratmann, Hanovre, 1998 (Monumenta Germaniae historica [désormais cité MGH], Scriptores [désormais cité SS], 36), l. II, ch. 18, p. 173-174 ; sur cette rencontre, voir G. Fournier, « La mise en place du cadre paroissial et l’évolution du peuplement » dans Cristianizzazione ed organizzazione ecclesiastica delle campagna nell’alto Medioevo : espansione e resistenze, Spolète, 1982, t. 1, p. 495-563, aux p. 536-537. Toujours selon Flodoard (l. III, ch. 21, éd. cit., p. 281), Hincmar intervint dans un conflit similaire entre Rothade II de Soissons et Erpuin de Senlis dans les années 860.
  • [3]
    Sur tout ceci, on trouvera d’abondantes références dans J. Semmler, « Zehntgebot und Pfarrtermination in karolingischer Zeit » dans Aus Kirche und Reich. Studien zu Theologie, Politik und Recht im Mittelalter. Festschrift für Friedrich Kempf, H. Mordeck éd., Sigmaringen, 1983, p. 33-44.
  • [4]
    S. J. De Laet, « Les limites des cités des Ménapiens et des Morins », Helinium, t. 1, 1961, p. 20-34 ; B. et R. Delmaire, « Les limites de la cité des Atrébates (nouvelle approche d’un vieux problème) », Revue du Nord, t. 72, n° 288, 1990, p. 697-735 ; R. Delmaire, « Ciuitas Morinorum, pagus Gesoriacus, ciuitas Bononensium », Latomus, t. 33, 1974, p. 265-279 ; A. Dérolez, « La cité des Atrébates à l’époque romaine. Documents et problèmes », Revue du Nord, t. 40, n° 160, 1958, p. 505-553 ; G. Faider-Feytmans, « Les limites de la cité des Nerviens », L’Antiquité classique, t. 21, 1952, p. 338-358 ; P. Leman, « Aux confins méridionaux de la cité des Ménapiens », Revue du Nord, t. 49, n° 195, 1967, p. 721-739. Le lecteur trouvera dans ces études les justifications du tracé des frontières reportées sur la carte ci-jointe.
  • [5]
    J’ai volontairement limité les références aux sources et à l’immense bibliographie sur le sujet. Le lecteur pourra en prendre connaissance dans ma thèse de doctorat intitulée La formation des diocèses septentrionaux de la Gaule du vie au xe siècle (Arras/Cambrai, Tournai et Thérouanne). Mission, topographie chrétienne et culte des saints, Université de Lille 3, 2001, dont les conclusions ont été présentées dans C. Mériaux, « Christianisation et organisation de l’espace dans le Nord de la Gaule du haut Moyen Âge » Bulletin de la Mission historique française en Allemagne, t. 38, 2002, p. 207-224.
  • [6]
    R. Delmaire, « Ciuitas Morinorum… », op. cit. (n. 4).
  • [7]
    C’est ce que pensait A. C. F. Koch, « Le territoire… », op. cit. (n. 4) dont l’avis n’a pas été suivi par S. J. De Laet, « Les limites… », op. cit. (n. 4), p. 31.
  • [8]
    C’est précisément ce qu’on fait B. et R. Delmaire, « Les limites… », op. cit. (n. 4).
  • [9]
    Voir sur ce point Dom J. Dubois, « La carte des diocèses de France avant la Révolution », Annales ESC, t. 20, 1965, p. 680-691.
  • [10]
    Voir ainsi les propositions de P. Leman, « Aux confins… », op. cit. (n. 4) qui n’ont pas été suivies par B. et R. Delmaire, « Les limites… », op. cit. (n. 4), p. 714-716.
  • [11]
    R. Delmaire, « Ciuitas Morinorum… », op. cit. (n. 4), p. 277-278.
  • [12]
    B. et R. Delmaire, « Les limites… », op. cit. (n. 4), p. 716-719.
  • [13]
    En attendant la publication prochaine du fascicule de la Topographie chrétienne des cités de la Gaule consacré aux cités de Belgique Seconde, on pourra se reporter aux études suivantes : J. Lestocquoy, « L’origine des évêchés de la Belgique seconde », Revue d’histoire de l’Église de France, t. 32, 1946, p. 43-52 ; J. Dumoulin et J. Pycke, « L’évangélisation de la Belgique Seconde du iiie au vie siècle. État de la question » dans Recueil d’études d’histoire hainuyère offertes à Maurice-A. Arnould, J.-M. Cauchies et J.-M. Duvosquel éd., Mons, 1983, t. 1, p. 439-461 ; C. Pietri, « Remarques sur la christianisation du Nord de la Gaule (ive-vie siècles) », Revue du Nord, t. 66, n° 260, 1984, p. 55-68 ; L. Pietri, « La christianisation de la Belgique Seconde (IVe-VIe siècles) » dans La Picardie, berceau de la France. Clovis et les derniers Romains, 1500e anniversaire de la bataille de Soissons (486-1986), Amiens, 1986, p. 173-189 ; M. Weideman, « Die kirchliche Organisation der Provinzien Belgica und Germania vom 4. bis zum 7. Jahrhundert » dans Willibrord, zijn wereld en zijn werk, P. Bange et A. G. Weiler éd., Nimègue, 1990, p. 285-316 ; les pages que le père de Moreau a consacrées à ce sujet dans son Histoire de l’Église en Belgique, t. 1, La formation de la Belgique chrétienne, Bruxelles, 2e éd., 1945 conservent toute leur valeur.
  • [14]
    J. Lestocquoy, « L’origine des évêchés… », op. cit. (n. 13), p. 49 ; C. Pietri, « Remarques… », op. cit. (n. 13), p. 60 ; voir également dans ce sens R. Kaiser, « Bistumsgründungen im Merowingerreich im 6. Jahrhundert » dans Beiträge zur Geschichte des Regnum Francorum. Referate beim wissenschaftlichen Colloquium zum 75. Geburtstag von Eugen Ewig (28 mai 1988), R. Schieffer éd., Sigmaringen, 1990, p. 9-35, aux p. 31-33.
  • [15]
    J. Dubois, « Les listes épiscopales, témoins de l’organisation ecclésiastique et de la transmission des traditions », Revue d’histoire de l’Église de France, t. 62, 1976, p. 9-23, à la p. 18 ; l’auteur peut ainsi écrire (p. 17) que Superior « eut certainement des successeurs ».
  • [16]
    Jonas de Bobbio, Vita Vedastis, éd. B. Krusch dans MGH, Scriptores rerum merowingicarum [désormais cité SRM], t. 3, Hanovre, 1896, p. 406-413.
  • [17]
    Ch. Pietri, « Remarques… », op. cit. (n. 13), p. 61-63 ; P. Leman, « Topographie chrétienne d’Arras au vie siècle : la Vita Vedastis et les données de l’archéologie », Revue du Nord-Archéologie, t. 77, 1995, p. 169-184.
  • [18]
    Chronicon Vedastinum, éd. G. Waitz dans MGH, SS, t. 13, Hanovre, 1881, p. 677-709, à la p. 684 : Civitates igitur Atrebata atque Cameracus renovatae gratiae in Christo sorores fuere, tali antiste [Vedasto] decoratae atque desponsatae ; cette position peut se comprendre sous la plume d’un moine arrageois, attaché à l’indépendance de sa cité et de son monastère, mais on note qu’elle était aussi partagée par les Cambrésiens : voir les Gesta episcoporum Cameracensium, éd. L. Bethmann dans MGH, SS, t. 7, Hanovre, 1846, p. 393-489, l. I, ch. 7, p. 406. Sur tout ceci, voir désormais L. Kéry, Die Errichtung des Bistums Arras, 1093/1094, Sigmaringen, 1994, p. 211-226.
  • [19]
    BM Cambrai, ms 679, fol. 75 r° ; cf. D. Muzerelle et alii, Manuscrits datés des bibliothèques de France, t. 1, Cambrai, Paris, 2000, p. 87.
  • [20]
    Vita Gaugerici prima, éd. B. Krusch dans MGH, SRM, t. 3, Hanovre, 1896, p. 652-658.
  • [21]
    Ursin de Ligugé, Passio Leudegarii, éd. B. Krusch dans MGH, SRM, t. 5, Hanovre/Leipzig, 1910, p. 323-356, ch. 24, p. 346-348 ; Gesta, op. cit. (n. 18), l. I, ch. II, p. 21-28, p. 409-413.
  • [22]
    Sur ce privilège copié dans le Chronicon Vedastinum et dans le Cartulaire de Guiman, voir J.-F. Lemarignier, « L’exemption monastique et les origines de la réforme grégorienne » dans id., Structures politiques et religieuses dans la France médiévale. Recueil d’articles rassemblés par ses disciples, Rouen, 1995, p. 285-337, aux p. 332-337.
  • [23]
    En 717, lors de la réaction neustrienne qui suivit la mort de Pépin II (714), les Neustriens s’empressèrent de nommer un de leurs fidèles, Hadulf, abbé de Saint-Vaast : voir à ce propos J. Semmler, « Zur pippidinisch-karolingischen Sukzessionskrise (714-723) », Deutsches Archiv, t. 33, 1977, p. 1-36, aux p. 16-17.
  • [24]
    Concilia Galliae, a. 511 – a. 695, éd. C. de Clercq, Turnhout, 1963 (Corpus Christianorum. Series latina, 148A), p. 161 et 168.
  • [25]
    Jonas de Bobbio, Vita Columbani abbatis discipulorumque eius, éd. B. Krusch, Ionae vitae sanctorum Columbani, Vedastis, Iohannis, Hanovre/Leipzig, 1905 (MGH, Scriptores rerum germanicarum in usum scholarum), p. 144-294, l. II, ch. 8, p. 245.
  • [26]
    Pseudo-Frédégaire, Chronicarum libri IV cum continuationibus, éd. B. Krusch, MGH, SRM, t. 2, Hanovre, 1888, p. 1-193, l. IV, ch. 20, p. 128 ; ch. 37-38, p. 138 ; ch. 76, p. 159 ; sur les limites de ce duché, voir E. Ewig, « Die fränkischen Teilreiche im 7. Jahrhundert (613-714) » dans id., Spätantikes und fränkisches Gallien. Gesammelte Schriften (1952-1973), H. Atsma éd., Munich/Zürich, 1976-1979, t. 1, p. 172-230, aux p. 148-151 et M. Rouche, « Remarques sur la géographie historique de la Neustrie (650-850) » dans La Neustrie. Les pays au nord de la Loire de 650 à 850, H. Atsma éd., Sigmaringen, 1989, t. 1, p. 1-22, aux p. 6-7.
  • [27]
    Vita Amandi prima, éd. B. Krusch dans MGH, SRM, t. 5, Hanovre/Leipzig, 1910, p. 428-449, ch. 13, p. 437.
  • [28]
    C. Mériaux, « Thérouanne et son diocèse jusqu’à la fin de l’époque carolingienne. Les étapes de la christianisation d’après les sources écrites », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 158, 2000, p. 377-406.
  • [29]
    Vita Audomari, Bertini et Winnoci, éd. W. Levison dans MGH, SRM, t. 5, Hanovre/Leipzig, 1910, p. 753-775, par exemple ch. 4, p. 755.
  • [30]
    Cf. supra n. 25.
  • [31]
    Gallia Christiana, t. X, Instrumenta, Paris, 1751, col. 398 : Quod ecclesia Beatae Mariae, quae in urbe Bolonia sita est, sedes episcopalis et ecclesia cathedralis ab antiquis temporibus posita est ; on ne perdra pas de vue que cet acte n’est connu que par des copies et éditions modernes : cf. D. Haigneré « Cartulaire [factice] de l’église abbatiale Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer », Mémoires de la Société académique de l’arrondissement de Boulogne-sur-Mer, t. 13, 1882-1886, p. 95-360, n° iii, p. 96-97. Concernant la tentative de fondation d’un diocèse à Boulogne au début du xiie siècle, voir L. Milis, « Beroering omtrent Bisdomssplitsingen in Vlaanderen in de Jaren 1112-1113 » dans Pascua Mediaevalia. Studies voor Prof. J. M. De Smet, R. Lievens, E. Van Mingroot et W. Verbeke éd., Leuven, 1983, p. 5-14. Au xixe siècle et dans la première moitié du xxe siècle, l’espoir d’une restauration du diocèse (supprimé à la Révolution) provoqua une nouvelle flambée d’études « historiques ». Si polémique soit-elle, la meilleure présentation reste celle du chanoine O. Bled, « Boulogne a-t-il été évêché avant le xvie siècle ? », Mémoires de la société des antiquaires de la Morinie, t. 31, 1912-1913, p. 7-49. Il conviendrait d’exploiter un jour l’ensemble de ce dossier.
  • [32]
    Concilia Gallia, a. 314 – a. 506, éd. C. Munier, Turnhout, 1963 (Corpus Christianorum. Series latina, 148), c. 9, p. 146.
  • [33]
    La lettre est traduite et commentée dans M. Rouche, Clovis, Paris, 1996, p. 462-469.
  • [34]
    Grégoire de Tours, Dix livres d’histoires, trad. R. Latouche, t. 2, Paris, 1963, l. VI, ch. 38, p. 60.
  • [35]
    La lettre est citée et commentée dans J. Durliat, « Les attributions civiles des évêques mérovingiens : l’exemple de Didier, évêque de Cahors (630-655) », Annales du Midi, t. 91, p. 237-254, aux p. 238-239.
  • [36]
    O. Pontal, Histoire des conciles mérovingiens, Paris, 1989, p. 253.
  • [37]
    J’en ai donné quelques aperçus dans C. Mériaux, « Aux origines lointaines des paroisses en Gaule du Nord. Quelques observations sur la christianisation du diocèse de Cambrai (vie-viiie siècles) », Les cahiers de Saint-Michel de Cuxa, t. 30, 1999, p. 171-180.
  • [38]
    Passio Maxellendis prima, éd. H. Bevenot, Acta sanctorum [désormais cité AA SS] Belgii selecta, t. 3, Bruxelles, 1785, p. 580-587.
  • [39]
    G. Despy, « Un dossier mystérieux : les origines de Bruxelles », Bulletin de l’Académie royale de Belgique. Classe des Lettres, 1997, fasc. 1-6, p. 241-303, aux p. 245-247.
  • [40]
    Vita Hucberti, ch. 3 et 11, citée par M. Van Uytfanghe, « La vallée de l’Escaut et de ses affluents à l’époque mérovingienne : le témoignage des textes » dans De merovingische beschaving in de Schaldevallei, A. Van Doorselaer éd., Courtrai, 1981, p. 23-63, p. 55.
  • [41]
    Sur ce point, je renvoie une fois pour toutes à É. de Moreau, « La Vita Amandi prima et les fondations monastiques de saint Amand », Analecta Bollandiana, t. 67, 1949, p. 447-464 ; pour les fondations gantoises, voir désormais G. Declercq et A. Verhulst, « Gand entre les abbayes et la fortification comtale » dans Gand. Apologie d’une ville rebelle, J. Decaevele éd., Anvers, 1989, p. 37-59 aux p. 39-44 ; les traditions concernant l’église d’Anvers sont connues par plusieurs pièces copiées au xiiie siècle dans le Liber Aureus d’Echternach : voir, pour aller vite, A. Verhulst, « The origins and early history of Antwerp (7th-12th centuries) » dans id., Rural and Urban Aspects of Early Medieval Northwest Europe, Aldershot, 1992, n° xiv [33p.], aux p. 7-9.
  • [42]
    H. Platelle, Le temporel de l’abbaye de Saint-Amand des origines à 1340, Paris, 1962 ; A. Verhulst, De Sint-Baafsabdij te Gent en haar grondbezit viie-xive eeuw. Bijdrag tot de kennis van de structuur en de uitbating van het grootgrondbezit in Vlaanderen tijdens de Middeleeuwen, Bruxelles, 1958 ; G. Declercq, Traditievorming en tekstmanipulatie in Vlaanderen in de tiende eeuw. Het Liber Traditionum Antiquituus van de Gentse Sint-Pietersabdij, Bruxelles, 1998 ; id. et A. Verhulst, « Gand entre les abbayes… », op. cit. (n. 41), p. 37-40.
  • [43]
    Dans sa Vita Rictrudis (éd. D. Papebroch dans AA SS maii, t. 3, Anvers, 1680, p. 81-88), Hucbald de Saint-Amand, au tout début du xe siècle, tend à attribuer à Amand seul l’initiative de la fondation de Marchiennes (ch. 16, p. 86), mais il semble qu’il faille davantage rechercher les origines de cet établissement dans la première communauté rassemblée à Hamage par la grand-mère d’Adalbaud, nommée Gertrude (ch. 9, p. 82).
  • [44]
    Je rejoins ici les conclusions de R. Le Jan, « Monastères de femmes, violence et compétition pour le pouvoir dans la Francie du viie siècle » dans ead., Femmes, pouvoir et société dans le haut Moyen Âge, Paris, 2001, p. 89-107.
  • [45]
    Hucbald, Vita Rictrudis, éd. cit. (n. 42), ch. 24, p. 86 ; B. et R. Delmaire, « Les limites… », op. cit. (n. 4), p. 732.
  • [46]
    Vita Silvini, éd. J. Bolland dans AA SS maii, t. 7, Anvers, 1688, p. 29-32, ch. 20, p. 31 ; à défaut d’une monographie satisfaisante, on se reportera à A. de Cardevacque, Histoire de l’abbaye d’Auchy-les-Moines, Arras, 1875.
  • [47]
    A.-M. Helvétius, « Sainte Aldegonde et les origines du monastère de Maubeuge », Revue du Nord, t. 74, 1992, p. 221-237 ; ead., Abbayes, évêques et laïques, une politique du pouvoir en Hainaut au Moyen Âge (viie-xie siècles), Bruxelles, 1994, p. 60-75.
  • [48]
    Vita Aldegundis prima, éd. J. Mabillon dans AA SS Ordinis Sancti Benedicti, t. 2, Paris, 1669, p. 807-815, ch. 4, p. 808 et ch. 14, p. 811-812 ; Anson de Lobbes, Vita Ursmari prima, éd. W. Levison, MGH, SRM, t. 6, Hanovre/Leipzig, 1913, p. 453-461, ch. 4, p. 458-459.
  • [49]
    État de la question sur ce sujet dans R. Noël, « Deux grandes forêts du Nord de la Gaule franque : la Silua Arduenna et la Carbonaria » dans Clovis. Histoire et mémoire, M. Rouche éd., t. 1, Paris, 1997, p. 631-668.
  • [50]
    Sur cette fonction : H. Frank, Die Klosterbischöfe des Frankenreiches, Münster, 1932, spéc. p. 33-38 et 97-103.
  • [51]
    A. Dierkens, Abbayes et chapitres entre Sambre et Meuse (viie-xie siècles). Contribution à l’histoire religieuse des campagnes du haut Moyen Âge, Sigmaringen, 1985, p. 91-132.
  • [52]
    Ibid., p. 149-150.
  • [53]
    B. de Gaiffier, « Attestations anciennes sur le culte de s. Rombaut », Sacris Erudiri, t. 26, 1983, p. 51-55.
  • [54]
    Platelle, « Une chronique inconnue de l’abbaye de Saint-Amand », Revue du Nord, t. 37, n° 148, 1955, p. 217-226, p. 224 : Hic etiam Gislebertus cum esset episcopus Noviomensis et Tornacensis abbatiam Marcianensem cum aliis ecclesiis que erant de suo episcopio pro ecclesia Sancti-Martini supra Scarb sitam, que ad diocesim Atrebatensem seu Cameracensem pertinebat, concambiavit ut villa ex integro responderet abbati et monachis ; sur Gislebert, voir id., Le temporel…, op. cit. (n. 43), p. 53-54.

1Il faut attendre le début du ixe siècle pour voir se poser concrètement, dans le nord de la province ecclésiastique de Reims, le problème des limites des diocèses [1]. Réuni en 814 à l’instigation de l’archevêque Vulfare, le concile provincial de Noyon a ainsi réglé un différend qui opposait les évêques Wendilmar de Noyon et Rothade de Soissons à propos des frontières de leurs diocèses respectifs [2]. Qu’un tel conflit ait précisément éclaté à cette époque ne doit pas étonner. À partir du dernier tiers du viiie siècle, les souverains francs ont en effet généralisé le versement par tous de la dîme à l’Église, représentée par l’évêque [3]. La connaissance des frontières des diocèses devenait alors essentielle.

2Il serait cependant faux d’attribuer aux seuls Carolingiens la fixation des limites ecclésiastiques. S’il est vrai que cet aspect se rattache à leur volonté de confier à l’Église un encadrement plus étroit des populations, il n’est cependant pas question de passer sous silence les efforts déjà faits dans ce sens par les clercs mérovingiens. Que des litiges comme celui qui vient d’être évoqué ne se retrouvent pas en nombre considérable dans les sources carolingiennes montre que la délimitation territoriale est un processus engagé – et souvent réglé – depuis bien longtemps : dès la fin de l’Antiquité dans le Sud de la Gaule, un peu plus tard, à l’époque mérovingienne, pour le Nord de la Gaule.

3Le propos de cet exposé est de revenir sur l’organisation ecclésiastique des diocèses du Nord de la province romaine de Belgique seconde, devenue province métropolitaine de Reims au Moyen Âge (Arras, Cambrai, Tournai et Thérouanne). Il ne sera pas question de proposer un nouveau dessin des frontières des cités antiques puis de celles des diocèses médiévaux. Même s’il reste fort à faire, des études récentes ont clairement présenté les (rares) certitudes, cerné les zones d’ombre et proposé des hypothèses [4]. En revanche, je voudrais esquisser ici quelques réflexions de portée plus générale [5]. Il s’agira d’une part de revenir sur les circonstances dans lesquelles s’est mise en place l’organisation ecclésiastique dans le Nord de la Gaule et sur la manière dont a été récupérée et transformée la géographie administrative du Bas-Empire. Il conviendra ensuite d’examiner ce que l’on peut savoir de la fixation progressive des frontières diocésaines à l’époque mérovingienne. Avant cela, s’impose néanmoins une rapide présentation des transformations qu’ont connues les cités septentrionales au Bas-Empire.

Cités et diocèses septentrionaux entre Antiquité et Moyen Âge

4À la fin de l’Empire, l’organisation administrative du Nord de la Gaule est sensiblement différente de celle qui avait été mise en place sous Auguste. Au ier siècle, en effet, la région était partagée entre les cités des Morins, des Ménapiens, des Atrébates et des Nerviens avec pour chefs-lieu respectifs Thérouanne (Tarvenna), Cassel (Castellum Menapiorum), Arras (Nemetacum) et Bavay (Bagacum).

5Au début du ive siècle néanmoins, Boulogne (Bononia/Gesoriacum) reçoit le titre de chef-lieu d’une cité indépendante, la civitas Bononensium, détachée de celle des Morins dont Thérouanne reste la capitale. Cette promotion est le point d’aboutissement d’une longue évolution amorcée dès le ier siècle : port d’embarquement à destination de la Bretagne, Boulogne a connu un essor considérable qui a abouti à la création du pagus Gesoriacus dès le ier siècle. Mais c’est précisément pour décourager toute velléité d’autonomie plus marquée que les empereurs n’ont pas tenu à lui accorder une indépendance administrative totale. Celle-ci vient cependant au tournant des iiie-ive siècles [6]. Un siècle plus tard, la Notitia Galliarum signale d’autres modifications : le chef-lieu de la cité des Nerviens a été déplacé de Bavay à Cambrai (Cameracum) et celui de la cité des Ménapiens transféré de Cassel à Tournai (Tornacum). En définitive, seule la cité des Atrébates ne semble pas avoir connu de transformations significatives. Il convient donc d’une part de souligner la relative fragilité des équilibres internes des cités autour de leurs chefs-lieu ; et d’autre part de se demander si ces déplacements de chefs-lieu n’ont pas pu déjà occasionner quelques déplacements de frontières, en particulier entre la cité des Ménapiens et celle des Morins [7].

6Si imparfaite soit-elle, notre connaissance des limites des cités du Bas-Empire peut s’appuyer sur plusieurs types de documents. Partant de l’idée – dont la justesse demande cependant à être prouvée cas par cas [8] – que les diocèses médiévaux ont repris les tracés des anciennes cités romaines, plusieurs historiens ont utilisé une méthode régressive en se fondant sur les sources ecclésiastiques médiévales, en particulier les listes de paroisses (pouillés) de la fin du Moyen Âge [9]. On peut ainsi mettre en évidence avec un bon degré de certitude la permanence de frontières naturelles : ainsi l’Escaut entre les Nerviens et les Ménapiens ou encore la Canche entre les Morins et les Ambiens. Il est aussi possible d’exploiter les ressources de la toponymie, sans pour autant pouvoir espérer aboutir à des conclusions définitives [10]. On signalera enfin tout le profit qu’il est possible de tirer des localisations dans la documentation diplomatique médiévale. Roland Delmaire a ainsi montré que le pagus Bononensis du haut Moyen Âge (qu’il est possible de dessiner à partir des mentions de lieux dans les actes de l’abbaye de Saint-Bertin ainsi que dans les Miracles de saint Wandrille) n’avait rien à voir avec le futur comté de Boulogne, mais qu’il reprenait les limites de la cité antique de Boulogne [11]. En procédant de la même manière, il a été possible de montrer qu’une partie de la rive gauche de l’Escaut (le décanat médiéval de Beaumetz, relevant du diocèse de Cambrai) avait bien fait partie de la cité des Nerviens dès l’Antiquité [12]. Dans certains cas toutefois, les tracés que reconstituent les historiens restent hypothétiques.

7Pour notre propos, il convient néanmoins de se demander si des limites franches correspondent à la perception que les hommes de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Âge avaient de la frontière. Se pose alors le problème de savoir si les institutions ecclésiastiques du très haut Moyen Âge ont repris (et, le cas échéant, modifié) des ressorts territoriaux préexistants ou si elles se sont lancées dans une véritable entreprise de conquête missionnaire à partir des centres que constituaient les sièges épiscopaux.

8Cette question rejoint un débat plus large. À l’exception de Superior, évêque « des Nerviens », attesté en 346, il ne subsiste aucun témoignage d’une quelconque présence ecclésiastique au Bas-Empire et il faut attendre le début du vie siècle pour observer des évêques progressivement installés dans certaines anciennes cités romaines [13]. La majorité des historiens pensent que, si présence chrétienne il y eut au Bas-Empire, elle ne put se maintenir au ve siècle. C’est donc un véritable processus de christianisation ex nihilo qui fut lancé à la suite du baptême de Clovis, qui permet d’expliquer la nécessité de regrouper plusieurs anciennes cités romaines sous l’autorité d’un seul évêque [14]. D’autres chercheurs ont voulu déplacer le débat en rappelant que le problème était avant tout documentaire. Dom Dubois l’a excellemment montré en étudiant les maigres renseignements fournis par les listes épiscopales de la province de Reims qui ne peuvent, selon lui, être interprétées comme « une certitude d’évangélisation tardive », mais seulement comme « le résultat de la transmission défectueuse d’une histoire probablement assez peu mouvementée » [15].

9Je voudrais désormais réexaminer l’organisation ecclésiastique que connaît le nord de l’ancienne province romaine de Belgique Seconde au vie-viie siècles. Sans vouloir prendre abruptement parti, je chercherai néanmoins à montrer que cette organisation est sans doute moins le produit d’une adaptation de l’Église à une société encore majoritairement hostile au christianisme, que le fruit d’un souci politique et administratif de reprise en main d’une région mal contrôlée par la monarchie mérovingienne.

L’organisation épiscopale à l’époque mérovingienne

10Le premier évêque attesté dans la région est saint Vaast, dont la biographie rédigée par Jonas de Bobbio entre 639 et 642 précise qu’il fut envoyé à Arras par Remi de Reims après le baptême de Clovis [16]. La mission de Vaast a beaucoup intrigué les historiens, notamment parce que les sources ne lui donnent pas de successeurs. Charles Pietri a ainsi contesté le récit de Jonas et refusé de voir en Vaast un évêque titulaire [17]. L’histoire de la cité aux vie-viie siècles est en effet terriblement obscure et il faut attendre le début du xie siècle pour lire ce qui est déjà une interprétation des origines chrétiennes : le successeur de Vaast aurait transféré le siège épiscopal d’Arras à Cambrai, d’où les évêques, jusqu’en 1093, gouvernèrent les deux diocèses. Ces sources – en particulier les Gesta des évêques de Cambrai ou le Chronicon Vedastinum composés au début du xie siècle – distinguent bien l’existence de deux diocèses indépendants, malgré le gouvernement d’un seul évêque depuis l’épiscopat de Vaast [18]. À ma connaissance, le premier témoignage contemporain de cette union se lit dans la collection de canons irlandais qu’Albéric, episcopus urbis Camaracinsium et Adrabatinsium, fit copier dans la deuxième moitié du viiie siècle [19]. Doit-on pour autant penser qu’elle remonte vraiment au vie siècle ? Cela ne paraît pas si évident.

11Il est très délicat d’interpréter les informations données par la Vie de Vaast : il s’agit d’une part de l’un des rares documents hagiographiques réellement mérovingiens conservés pour la région, mais, d’autre part, les circonstances dans lesquelles Jonas de Bobbio l’a rédigé au début des années 640 – existe-t-il déjà une communauté religieuse à Arras ? – nous échappent complètement. Je retiens donc simplement que la Vie présente bien Vaast comme évêque d’Arras et qu’elle ne dit rien d’une quelconque autorité de ce personnage sur Cambrai. Il faut aussi signaler que l’on dispose d’une Vie rédigée à la même époque en l’honneur de Géry, évêque de Cambrai au tournant des vie-viie siècles, qui ne fait aucune allusion à l’autorité que ce dernier aurait exercée sur Arras. Or le biographe ne manque pas de le présenter longuement hors de sa cité épiscopale [20]. Ce détail est assurément troublant. Enfin, on doit rappeler que le premier évêque de Cambrai que les sources narratives mettent en relation étroite avec Arras est Vindicien, attesté dans le dernier quart du viie siècle : natif d’Écoivres, il est associé à la fondation (ou restauration ?) de l’abbaye Saint-Vaast ; il chercha à empêcher la translation du corps de saint Léger (assassiné sur ordre du maire du palais Ébroïn en 678/679) ; il aurait enfin été inhumé au Mont-Saint-Éloi, près d’Arras [21]. Ce que l’on sait de Vindicien le rapproche des évêques ayant contesté la politique autoritaire des maires du palais neustriens. Il peut être ainsi soupçonné de sympathie pour le parti Pippinides. Si l’on ajoute l’argument, certes fragile, de la date du faux privilège pour Saint-Vaast (691) – qui pourrait s’inspirer d’un texte authentique [22] –, on peut observer que Vindicien a agi précisément après la bataille de Tertry (687) et donc après l’établissement du contrôle des Austrasiens sur l’ensemble du regnum neustrien. Ceci inviterait donc à interpréter l’union définitive des deux sièges épiscopaux dans le contexte de la reprise en main du royaume et de la hiérarchie ecclésiastique par les Pippinides et leurs fidèles [23].

12La situation est bien différente à Tournai. D’abord parce que la cité est bien attestée comme siège épiscopal au milieu du vie siècle. En 549, l’évêque Agrestius fut représenté par un prêtre nommé Vitalis au concile d’Orléans ; il a participé en personne au concile qui s’est tenu à Paris trois ans plus tard [24]. Il n’est par la suite plus question d’évêques à Tournai dans la documentation jusqu’à ce que soit attestée par Jonas de Bobbio l’union du diocèse avec celui de Noyon sous le gouvernement de l’évêque Achaire [25]. On sait que cette union ne prit fin qu’en 1143. Comment expliquer une telle décision ? On peut certes invoquer des raisons religieuses et arguer du faible enracinement de la religion chrétienne dans la région, particulièrement dans les campagnes. Mais cela était déjà le cas au vie siècle et rien n’indique que la région a été au début du viie siècle le théâtre d’une quelconque « réaction païenne » comme on a pu en observer en Frise au début du viiie siècle ou encore en Saxe au tournant des viiie-ixe siècles.

13Le rassemblement sous l’autorité d’Achaire des sièges de Noyon et de Tournai témoigne surtout de la volonté de Dagobert de mieux contrôler cette région qui s’étendait de la Canche à l’Escaut – que le Pseudo-Frédégaire désigne sous le nom de « duché de Dentelin » – et de la ramener définitivement dans l’orbite neustrienne alors que les Austrasiens s’étaient efforcés de l’annexer pendant la guerre civile [26]. Achaire semble cependant n’avoir exercé qu’un contrôle assez lointain sur le diocèse de Tournai. Suivant sa suggestion, Dagobert nomma en effet Amand comme évêque sans siège et la Vita Amandi montre que, parcourant l’Escaut, il semble avoir été beaucoup plus actif sur la rive gauche (ménapienne) que sur la rive droite (nervienne) [27]. Il en sera question dans un instant.

14L’union de Noyon et de Tournai ne peut donc pas être interprétée absolument comme un repli des institutions ecclésiastiques au début du viie siècle, mais aussi comme le produit d’une réorganisation administrative voulue par le souverain afin de confier à certains évêques des missions politiques : les Vies de Géry et d’Amand en donnent des exemples suggestifs. Qu’Amand n’ait pas choisi de s’installer à Tournai, pourrait enfin s’expliquer par son attachement très fort à la vie monastique qui l’amenèrent à faire d’Elnone le centre logistique de son activité pastorale.

15L’histoire des premiers temps du diocèse de Boulogne/Thérouanne s’inscrit dans ce même contexte [28]. Achaire fut en effet aussi associé à la nomination de l’évêque Omer (Audomarus) en Morinie. La Vita Audomari carolingienne ne fait mention que du siège de Thérouanne [29]. En revanche on dispose du témoignage contemporain de Jonas de Bobbio : outre le fait qu’il explique l’étroitesse des liens entre les deux hommes par leur formation à Luxeuil auprès de l’abbé Eustaise, Jonas précise qu’Omer fut installé sur les deux oppida de Boulogne et de Thérouanne [30]. Rien ne nous dit qu’Omer résida davantage dans l’une ou l’autre cité. Les événements rapportés par la Vie carolingienne, dont un épisode évoque bien la présence de l’évêque à Boulogne, ne permettent guère de trancher. La prééminence de Thérouanne – toute relative puisque l’on sait que le principal sanctuaire du diocèse devint rapidement le monastère de Sithiu/Saint-Bertin à quelques kilomètres à l’ouest de la cité épiscopale – semble donc davantage relever de la vision que l’auteur carolingien avait de la situation du viie siècle. Je me demande alors si Boulogne n’était pas considéré par les autorités politiques et ecclésiastiques mérovingiennes (Omer fut certes pressenti par Achaire, mais, lui aussi, nommé par Dagobert) comme une cité épiscopale au même titre que Thérouanne. Boulogne, par la suite, n’eut de cesse de réclamer une indépendance (qu’elle n’obtint qu’en 1559) en rappelant que « l’église Sainte-Marie, qui est située dans la ville de Boulogne, est siège épiscopal et église cathédrale depuis une époque très ancienne », selon les termes d’un diplôme donné en 1113 par l’évêque Jean de Warneton – un prélat que ses actes présentent toujours comme Dei gratia Morinorum episcopus[31].

16Il y a peu de chance pour que l’on puisse un jour savoir avec certitude si un ou plusieurs évêques ont été, avant Omer, installés en Morinie. En revanche, il paraît important de souligner que, comme dans le cas de l’union d’Arras avec Cambrai et de celle de Noyon avec Tournai, le gouvernement, au viie siècle, par un seul évêque des deux cités de Boulogne et Thérouanne doit beaucoup au contexte politique et administratif dans lequel se trouvait le royaume neustrien dont la périphérie était convoitée par son voisin austrasien.

Les frontières

17En fait de géographie ecclésiastique, on l’a vu, les sources permettent surtout d’appréhender la répartition des sièges épiscopaux. Est-il cependant possible d’aller plus loin et de définir ce qu’était, à l’époque mérovingienne, l’espace réellement contrôlé par l’évêque ? Peut-on aussi ainsi parvenir à un dessin d’une certaine précision à propos des frontières qui pouvaient séparer les différents diocèses ?

18On sait en effet que cela était le cas ailleurs en Gaule mérovingienne, et pas seulement dans les régions les plus méridionales. Dès 461, le concile de Tours interdit « d’envahir les diocèses étrangers en franchissant les bornes fixées par les pères » [32], ce qui suggère une connaissance suffisamment précise des limites respectives des diocèses. Au vie et au viie siècle, plusieurs cas de litiges sont connus, comme celui qui opposa Remi de Reims à Falco de Maastricht à propos de l’église de Mouzon dans le premier tiers du vie siècle [33]. Il en alla de même entre Innocent de Rodez et Ursin de Cahors dont le différend dut être tranché par un concile réuni à Clermont à la fin du vie siècle [34]. Entre 633 et 655, l’évêque Didier de Cahors fut sollicité par son confrère de Clermont d’envoyer des sentinelles à la frontière du diocèse de Rodez afin d’éviter la propagation de la peste qui ravageait alors la Provence [35]. En 614, les participants du concile de Paris demandèrent à ce que l’on ne tire pas avantage des partages territoriaux pour modifier les frontières des diocèses [36]. Ces exemples suggèrent une bonne connaissance des limites diocèsaines en Gaule mérovingienne, non pas conçues comme des frontières linéaires, mais matérialisées par certains points : éléments naturels, stations routières, bornes, etc. La documentation que l’on peut rassembler pour les diocèses les plus septentrionaux ne suggèrent cependant pas une telle occupation de l’espace.

19Les sources narratives invitent cependant à penser que l’autorité réelle de l’évêque dans son diocèse ne s’étendait guère au-delà des campagnes proches de sa cité épiscopale. Le dossier le mieux documenté est assurément celui de l’activité des évêques de Cambrai au viie siècle [37]. Selon son biographe, l’évêque Géry fut particulièrement actif dans sa cité et son suburbium – où il fonda une basilique en l’honneur de saint Médard qui abrita ensuite son tombeau –, mais on le voit également à Famars où il libéra miraculeusement des esclaves. De Vindicien, on conserve le souvenir d’une certaine activité pastorale, non seulement dans les campagnes du Cambrésis, autour de Caudry et de Saint-Souplet [38], mais aussi, on l’a dit, dans les environs immédiats d’Arras : à Écoivres, au Mont-Saint-Éloi, mais aussi à Brossella – où l’évêque tomba gravement malade –, une localité qu’il ne convient assurément pas d’identifier avec la ville actuelle de Bruxelles [39]. On aura remarqué que toutes ces localités sont bien desservies par d’anciennes voies romaines. Quant à Omer, sa Vita le signale à Boulogne, Thérouanne, Journy (à quelques kilomètres de Thérouanne) et Sithiu, c’est-à-dire exclusivement au cœur de ce qui deviendra le diocèse médiéval de Thérouanne. Au total, ces témoignages ne permettent guère de penser que les évêques avaient comme priorité immédiate d’assurer leur autorité sur l’ensemble du territoire qui leur était confié. Peut-être peut-on aussi solliciter dans ce sens le témoignage de la Vie de saint Hubert de Liège († 727) dont son biographe assure par deux fois qu’il se rendit en Brabant [40]. La région relevait du diocèse de Cambrai au Moyen Âge. Il y a là un indice supplémentaire du peu d’intérêt des pontifes cambrésiens pour la région située au nord de Bavay.

20Il est un autre point qui permet d’aborder le problème de la frontière. Il s’agit des initiatives ou des encouragements donnés aux fondations monastiques.

21L’activité d’Amand, évêque ad predicandum, est à cet égard particulièrement révélatrice. En suivant les traditions les plus sûres qui se rapportent à Amand, on observe qu’il a été particulièrement actif tout au long de la vallée de l’Escaut : les communautés monastiques et églises dont il encouragea la fondation – Elnone, Marchiennes, Leuze, Antoing, Renaix, Blandinium, Ganda et Anvers — sont précisément celles qu’il établit le long du fleuve [41]. Il est même peut-être possible d’aller plus loin. Les trois établissements dont on peut penser qu’Amand fut, avec le soutien de la monarchie mérovingienne, le véritable et unique fondateur (Elnone, Blandinium et Ganda) sont situés sur la rive gauche de l’Escaut et le temporel primitif de ces trois établissements s’étendait presque exclusivement sur cette même rive [42]. Est-ce à dire qu’Amand respectait ainsi la frontière qui fut ensuite celle des diocèses de Tournai et de Cambrai et dont on peut aussi penser qu’elle séparait déjà la cité des Ménapiens de celle des Nerviens dans l’Antiquité ? Ou faut-il imaginer que la fondation de ces importants établissements monastiques sur la rive gauche a, par la suite, permis aux évêques de Cambrai d’étendre, sans réel contrepoids, leur influence vers le nord et vers la mer, sur un territoire qui les intéressait encore peu à l’époque mérovingienne ? L’enchaînement des faits est difficile à établir mais il donne à réfléchir.

22Plusieurs communautés de la rive droite de l’Escaut (Leuze, Antoing et Renaix) se réclamèrent aussi d’Amand, mais les traditions sont cependant tardives et difficiles à vérifier. Dans d’autres cas, en revanche, Amand ne fut pas à proprement le fondateur, mais c’est sous son influence que des membres de l’aristocratie établirent un sanctuaire : qu’il s’agisse de l’église d’Anvers, fondée par un certain Rohingus et son épouse Bebelina, puis cédée à saint Willibrord qui en fit ensuite don au monastère d’Echternach ; ou des communautés de Hamage et Marchiennes, rassemblée autour de la famille aristocratique d’Adalbaud et de Rictrude [43].

23À bien observer certaines fondations monastiques (surtout féminines) de l’aristocratie au viie siècle, on peut se demander si le choix de leur localisation n’a pas répondu à un réel désir d’autonomie afin de préserver le contrôle familial sur l’établissement [44]. Les communautés de Marchiennes et Hamage – on peut peut-être y ajouter Hasnon, mais les sources posent davantage de problèmes pour l’époque mérovingienne – étaient situées dans la vallée marécageuse de la Scarpe, à l’endroit où passera plus tard la frontière entre les deux diocèses médiévaux d’Arras et de Tournai. On peut alors penser que les fondateurs ont tiré parti d’une frontière encore incertaine pour se tenir à l’écart du contrôle de l’évêque ordinaire. En tout cas les efforts de l’historiographie monastique pour clarifier a posteriori la situation sont très significatifs. Il en sera question en conclusion. On observera également que le fils de sainte Rictrude, nommé Mauront, aurait fondé sa propre communauté dans la vallée de la Lys, à Broilus – l’actuelle ville de Merville (Maurontis villa) –, située aux confins des diocèses médiévaux d’Arras, Tournai et Thérouanne [45]. Toujours dans le diocèse de Thérouanne, plusieurs fondations aristocratiques étaient situées à la périphérie du diocèse. On songe en particulier aux fondations de Blangy ou d’Auchy. Cette dernière communauté est connue par le dossier hagiographique tardif (xe siècle) et complexe de saint Silvin : la Vie de cet ermite qui aurait vécu au début du viiie siècle rapporte qu’à sa mort les moines de Centule/Saint-Riquier (et non ceux de Saint-Bertin, par exemple) furent appelés pour célébrer ses funérailles. L’épisode est d’autant plus remarquable que l’on connaît bien la dépendance étroite qui, à partir de la restauration du xie siècle, lia Auchy à Saint-Bertin [46]. Il n’est pas impossible que les établissements situés de l’autre côté de la Canche – en premier lieu Saint-Josse, si l’on accepte d’y voir une fondation mérovingienne – aient, de la même manière, tiré parti de l’éloignement de la cité épiscopale d’Amiens.

24Un dernier exemple illustrera notre propos : il s’agit de la communauté de Maubeuge, récemment étudiée par Anne-Marie Helvétius [47]. Cette communauté – mais également toutes les autres qui furent fondées dans la région : Maroilles, Hautmont, Mons – était établie à la limite de ce qui était au viie siècle, la zone d’influence réelle des évêques de Cambrai. Or les textes hagiographiques montrent que la fondatrice de Maubeuge, sainte Aldegonde, manifesta une certaine indépendance à l’égard de l’évêque ordinaire en sollicitant aussi les évêques voisins. C’est certes Aubert de Cambrai qui remit le voile consacré à la jeune fille, mais on la voit aussi en relation avec Amand, ainsi qu’avec Ursmer, abbé-évêque du monastère voisin de Lobbes, prié de venir exorciser une moniale de la communauté maubeugeoise [48].

25Le statut d’Ursmer est lui aussi révélateur du caractère encore imprécis de la limite entre le diocèse de Cambrai et celui de Tongres, dont le siège a été successivement déplacé à Maastricht dans le courant du vie siècle, puis à Liège au début du viiie siècle. Dans la partie la plus méridionale l’imprécision de la frontière tient beaucoup au caractère forestier de la région et à la présence de la grande forêt charbonnière [49]. Fondé certes par saint Landelin, sans doute avec l’appui de l’évêque Aubert de Cambrai, le monastère de Lobbes connut ensuite l’intervention d’un puissant donateur – un certain Hidulphe, proche des Pippinides – qui imposa Ursmer à la tête de la communauté, Lobbes devenant ainsi une tête de pont austrasienne dans un diocèse neustrien. Trois générations d’abbés affichèrent alors leur autonomie à l’égard du siège cambrésien en prenant le titre d’abbé-évêque [50]. À partir de la fin du ixe siècle, le particularisme lobbain se maintint sous la forme d’une double tutelle. Si l’évêque de Cambrai était bien l’ordinaire du lieu, en revanche, l’abbatiat fut confié à l’évêque de Liège Francon en 881. Il fut ensuite confirmé à ses successeurs [51]. Il ne s’agit pas d’une situation unique. Un diplôme de Charles le Simple donné en 912-915 signale que la communauté de Malines, sise beaucoup plus au nord mais également à la limite des deux diocèses, connaissait alors un sort assez semblable à celui de Lobbes. Malheureusement les sources ne permettent absolument pas de préciser les conditions dans lesquelles cet établissement du diocèse de Cambrai fut lui aussi acquis par les évêques de Liège [52]. Tout au plus doit-on ajouter que les attestations liturgiques précoces (début du ixe siècle) du saint patron de cette communauté, un certain Rombaut, suggèrent une existence ancienne de l’établissement, peut-être mérovingienne [53].

26Si l’organisation générale des évêchés ne correspond pas à une véritable situation missionnaire mais peut davantage s’expliquer par le contexte politique du viie siècle, en revanche l’examen du problème de la frontière montre que l’on rejoint désormais une situation qui se rapproche de celle des régions de mission, où la fixation des ressorts ecclésiastiques a pris du temps et s’est faite par ajustements successifs. Étant donné le rôle de premier plan qu’ont joué certains monastères, on peut se demander si les limites de leurs possessions n’ont pas progressivement servi de frontières. Cela demanderait à être vérifié, par exemple, pour la frontière septentrionale des diocèses de Thérouanne et de Tournai qui doit peut-être beaucoup à la répartition des domaines de Saint-Bertin d’une part et des abbayes gantoises de l’autre.

En guise de conclusion : écrire l’histoire de la frontière

27Sous le nom de Breve Chronicon abbatum Elonensium, le chanoine Platelle a édité une liste abbatiale d’Elnone/Saint-Amand insérée dans le premier cartulaire de l’abbaye composé par le moine Gautier entre 1117 et 1123 puis complété par la suite. On peut y lire la précision suivante : l’abbé Gislebert († 782) aurait tiré avantage de sa fonction d’évêque de Noyon-Tournai pour régulariser le tracé de la frontière méridionale de son diocèse. Il se serait accordé avec l’évêque d’Arras-Cambrai de la façon suivante : les possessions amandinoises sises au sud de la Scarpe – dont l’église primitive du monastère, dédiée à saint Martin – aurait été cédées au diocèse de Tournai, tandis qu’en retour Arras récupérait certains domaines situés au nord de la Scarpe, dont l’abbaye de Marchiennes [54].

28On peut certes penser que dans le troisième quart du viiie siècle Gislebert a éprouvé le besoin de fixer précisément une frontière qui restait jusque-là mal déterminée en raison du caractère marécageux de la région. Mais il est tout aussi possible que les moines de Saint-Amand aient cherché, à une époque beaucoup plus tardive, à donner définitivement une explication historique à cette frontière qui, au xiie siècle, pouvait les intriguer car elle ne respectait pas le cours naturel de la Scarpe. Cette question invite à mener une autre recherche qui s’intéresserait désormais plus précisément aux discours successifs sur la frontière et sur son histoire.


Cités et diocèses du Nord de la Gaule entre Antiquité et Moyen Âge

Description de l'image par IA : Carte des cités et diocèses du Nord de la Gaule avec frontières historiques.

Cités et diocèses du Nord de la Gaule entre Antiquité et Moyen Âge


Mots-clés éditeurs : Atrébates, Cambrai, christianisation et organisation ecclésiastique du Nord de la Gaule, Diocèses d'Arras, frontières des cités antiques et des diocèses médiévaux, Ménapiens, Morins, Nerviens

Date de mise en ligne : 02/10/2014

https://doi.org/10.3917/rdn.351.0595