Sur les amours contemporaines : du don au marché ?
- Par David Le Breton
Pages 35 à 49
Citer cet article
- LE BRETON, David,
- Le Breton, David.
- Le Breton, D.
https://doi.org/10.3917/rdm1.064.0035
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- Le Breton, David.
- LE BRETON, David,
https://doi.org/10.3917/rdm1.064.0035
Le moment de la rencontre est parfois une illumination, un potlach de présence mutuelle où le don coule à foison. Dans la tradition platonicienne que cite Aristophane dans Le Banquet, les humains originels sont des sortes de boules avec quatre bras, quatre jambes, et deux visages opposés sur une même tête. Ces êtres sans nul besoin les uns des autres, renfermés sur eux-mêmes, sont « hommes », « femmes », ou « androgynes » composés d’une moitié d’homme et d’une moitié de femme. Aristophane ne nous dit pas quel bonheur ou quelle souffrance ils connaissent dans ce monde sans autre. Mais le manque taraude malgré tout cette espèce qui décide un jour de défier les dieux en escaladant en vain le ciel. Irrité, Zeus coupe en deux chacun de ces êtres en les vouant à une quête éternelle de leur double manquant. Plotin fait du langage le sang qui s’écoule de la blessure de l’androgyne, la tentative toujours renouvelée et maladroite de retrouver une impossible coïncidence à soi. La métaphore se laisse aisément filer. La dissymétrie des traits, le fait que chaque visage soit composé de deux figures légèrement différentes ouvre une voie à l’imaginaire. Toute relation amoureuse serait dans cette logique pour les amants, une quête de la fraction du visage qui lui manque pour rejoindre son éternité [Le Breton, 2023]. Ainsi le mythe explique pourquoi un seul regard bouleverse l’existence à la manière d’une révélation. L’amour fou incarne alors l’incandescence des sentiments après les retrouvailles entr…
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