Compte rendu

• Denis GROZDANOVITCH, De l’art de prendre la balle au bond. Précis de mécanique gestuelle et spirituelle, J.-C. Lattès, 2007.

Pages 496t à 529t

Citer cet article


(2007). • Denis GROZDANOVITCH, De l’art de prendre la balle au bond. Précis de mécanique gestuelle et spirituelle, J.-C. Lattès, 2007. Revue du MAUSS, 30(2), 496t-529t. https://doi.org/10.3917/rdm.030.0496t.

« • Denis GROZDANOVITCH, De l’art de prendre la balle au bond. Précis de mécanique gestuelle et spirituelle, J.-C. Lattès, 2007. ». Revue du MAUSS, 2007/2 n° 30, 2007. p.496t-529t. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-mauss-2007-2-page-496t?lang=fr.

2007. • Denis GROZDANOVITCH, De l’art de prendre la balle au bond. Précis de mécanique gestuelle et spirituelle, J.-C. Lattès, 2007. Revue du MAUSS, 2007/2 n° 30, p.496t-529t. DOI : 10.3917/rdm.030.0496t. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-mauss-2007-2-page-496t?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rdm.030.0496t


1 La question est donc toujours la même : entre-t-il, peut-il, doit-il entrer dans nos actions une part, comme on voudra, de générosité, de gratuité, de liberté, de libéralité, de prodigalité, etc. ? Plutôt que de la poser à travers une interrogation sur le don, et s’exposer ainsi à tous les quiproquos moralisateurs ou antimoralisateurs possibles et imaginables, mieux vaudrait sans doute la poser sous l’angle du rapport au jeu. La mise en équivalence du don et du jeu, si brillamment esquissée par Huizinga dans Homo ludens, reste encore à parachever. Pour aller dans ce sens, on trouvera de belles pages dans ce livre particulièrement délectable d’un ancien champion de tennis, squash et courte paume qui nous livre une réjouissante galerie de portraits de joueurs de tous types, attaquants, défenseurs, tricheurs, esthètes, laborieux, réalistes, doués, faussaires, etc., et qui fait revivre, surtout, un esprit du jeu – un esprit de jeu plutôt – qui laissait sa part au plaisir, au « ludisme », « qui exige pour s’épanouir pleinement cette jubilation irremplaçable que dispensent à la fois la gratuité et le goût de l’inutile au cœur de l’action » (p. 254), mais aussi, dans un autre domaine que celui des sports individuels, « le sentiment exaltant de l’équipe », toutes choses qui se caractérisent « par la régénérante, yogique et relative suspension d’identité – hautement thérapeutique pour les névrosés égocentriques qui pullulent à notre époque de repli individualiste » (ibid.). Paradoxes de l’utilitarisme : si la seule chose désirable est le plaisir et si le plaisir, comme le montrait Aristote, ne peut naître que de la liberté dans l’action, ou de l’auto-hypnose dans laquelle entre le joueur (selon Jérôme Charyn, cité par D. G. page 309) dès lors qu’il sait « lâcher prise » quant au résultat – sans pourtant l’oublier – pour entrer dans le cours même du jeu, alors l’efficacité utilitariste suppose de basculer dans l’anti-utilitarisme. Et réciproquement. N’est-ce pas ce miracle qu’accomplit le jeu ? Comme le don ?


Date de mise en ligne : 01/04/2008

https://doi.org/10.3917/rdm.030.0496t