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Les festivals et autres événements culturels

Pages 9 à 115

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  • Collard, F.,
  • Goethals, C.
  • et Wunderle, M.
(2014). Les festivals et autres événements culturels. Dossiers du CRISP, 83(1), 9-115. https://doi.org/10.3917/dscrisp.083.0009.

  • Collard, Fabienne.,
  • et al.
« Les festivals et autres événements culturels ». Dossiers du CRISP, 2014/1 N° 83, 2014. p.9-115. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-dossiers-du-crisp-2014-1-page-9?lang=fr.

  • COLLARD, Fabienne,
  • GOETHALS, Christophe
  • et WUNDERLE, Marcus,
2014. Les festivals et autres événements culturels. Dossiers du CRISP, 2014/1 N° 83, p.9-115. DOI : 10.3917/dscrisp.083.0009. URL : https://shs.cairn.info/revue-dossiers-du-crisp-2014-1-page-9?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/dscrisp.083.0009


Notes

  • [1]
    I. Boogaarts, « “Festivalomanie”, à la recherche du public marchand », Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 57-58, décembre 1992-mars 1993, p. 114-119.
  • [2]
    C. Vauclare, « Les événements culturels : essai de typologie », Culture Études, n° 2009/3, 2009, p. 1-8.
  • [3]
    M. Guérinet al., « Les festivals de musique en Belgique : Fédération Wallonie-Bruxelles et Flandre », in E. Négrieret al., Festivals de musique(s) : un monde en mutation, Paris, Michel de Maule, 2013, p. 168-181.
  • [4]
    Voir à ce sujet : S. Toussaint, « Ne dites plus “Communauté française” ! Quoique… », Les analyses du CRISP en ligne, 7 octobre 2013, www.crisp.be.
  • [5]
    C. Vauclare, « Les événements culturels : essai de typologie », op. cit.
  • [6]
    Cette section s’appuie en partie sur M. Guérinet al., « Les festivals de musique en Belgique : Fédération Wallonie-Bruxelles et Flandre », op. cit.
  • [7]
    H. Baeck-Schilders, « Het eerste nationaal muziekfestival te Brussel in 1869 », Revue belge de musicologie, vol. 55, « Six siècles de vie musicale à Bruxelles », 2001, p. 223-253.
  • [8]
    J.-L. Genard, « Les politiques culturelles de la Communauté française de Belgique : fondements, enjeux et défis », in D. Saint-Pierre, C. Audet (dir.), Tendances et défis des politiques culturelles. Cas nationaux en perspective, Québec, INRS, Presses de l’Université de Laval, 2010, p. 179-218.
  • [9]
    J.-L. Genard, « Les politiques culturelles de la Communauté française de Belgique : fondements, enjeux et défis », op. cit.
  • [10]
    Aujourd’hui, le Festival de Wallonie se compose de sept festivals indépendants, répartis en Wallonie et à Bruxelles, constituant ensemble une fédération.
  • [11]
    SPF Économie, Dépenses moyennes par ménage 1978-2010, http://statbel.fgov.be.
  • [12]
    WBT est une structure partenariale « privé-public » composée d’environ 400 membres affiliés et qui a pour mission la promotion, à l’étranger et en Belgique, du tourisme wallon et bruxellois de loisirs et d’affaires.
  • [13]
    L’Observatoire des politiques culturelles précise que les données de fréquentation sont des données parfois très approximatives. L’exercice de comptabilisation du public des festivals est loin d’être systématique et, quand il a lieu, il se fait la plupart du temps sur la base d’estimations de la part des organisateurs. Rappelons que l’ampleur du public peut constituer un argument de vente aux yeux des sponsors et des pouvoirs subsidiants.
  • [14]
    En 2014, le festival Esperanzah !, qui se tient normalement sur 3 jours, s’est étendu sur 4 jours pour accueillir notamment Manu Chao. L’affluence totale de 46 000 personnes enregistrée en constitue donc une exception.
  • [15]
    Chaque événement mobilise 50 à 60 temps pleins, ainsi que plusieurs centaines de personnes liées indirectement à BME.
  • [16]
    Anciennement Bruxelles International Tourisme et Congrès (BITC), elle-même le résultat de la fusion de deux asbl début 2001 : Tourisme Information Bruxelles (TIB) et Bruxelles Congrès.
  • [17]
    Selon l’arrêté royal du 10 avril 1995 déterminant les activités à caractère industriel ou commercial pour lesquelles le conseil communal peut créer une régie communale autonome dotée de la personnalité juridique, Moniteur belge, 13 mai 1995.
  • [18]
    P. Blaise, Les associations sans but lucratif, Bruxelles, CRISP, Dossier n° 62, 2004, p. 31.
  • [19]
    Sont compris dans le champ d’application des APE les employeurs du secteur non marchand, à savoir : les organismes visés par la loi du 27 juin 1921 sur les asbl, les associations internationales sans but lucratif et les fondations ; les organismes dotés de la personnalité juridique qui ne poursuivent pas un but lucratif et dont l’objet est l’aide aux entreprises ; les sociétés de logement de service public ; les agences immobilières sociales.
  • [20]
    « Ardentes et entreprises côté finances », todayinliege.be, 5 novembre 2011, www.todayinliege.be.
  • [21]
    L’asbl Idée fixe a été constituée à l’origine sous un autre nom : l’asbl C’est tout com.
  • [22]
    Les informations reprises ici sont disponibles sur le site Internet du SPF Sécurité sociale : www.social-security.fgov.be.
  • [23]
    En ce qui concerne la France, le pays occidental qui investit le plus dans la culture, les dépenses culturelles publiques ont été d’environ 1 % du PIB en 2013, contre environ 9 % pour les dépenses publiques dans le domaine de la santé, par exemple.
  • [24]
    A. Vincent, M. Wunderle, Les industries culturelles, Bruxelles, CRISP, Dossier n° 72, 2009.
  • [25]
    Voir à ce sujet M. Wunderle, « Vers moins de soutien public au secteur culturel ? Bilan des gouvernements en matière de culture », Les @nalyses du CRISP en ligne, 23 mai 2014, www.crisp.be.
  • [26]
    Son action échappe à l’analyse du présent Dossier.
  • [27]
    M. Guérinet al., « Les festivals de musique en Belgique : Fédération Wallonie-Bruxelles et Flandre », op. cit.
  • [28]
    Les critères de sélection sont les suivants : diversification du genre musical, programmation présentant au moins 7 concerts, 3 ans d’existence au minimum, durée de 2 jours minimum.
  • [29]
    Ce poids est calculé en considérant séparément chaque niveau de subvention pour chaque festival.
  • [30]
    Le Conseil de la musique est un organe de la Communauté française chargé de la promotion du monde musical en Wallonie et à Bruxelles. À ce titre, il est chargé, depuis 1985, de l’organisation et de la coordination de la Fête de la musique.
  • [31]
    Le concours des Caïus est organisé par Prométhéa et récompense chaque année les entreprises mécènes qui se sont distinguées.
  • [32]
    À ce titre, nous verrons que bon nombre de festivals organisent le recyclage des déchets et sensibilisent les festivaliers sur diverses questions environnementales ou sociétales.
  • [33]
  • [34]
    Pour plus d’informations sur le sujet de la représentation des artistes, cf. Centre des arts scéniques, Le labyrinthe culturel, 2012 (disponible sur : http://arnika.be, rubrique « Qui aime les artistes ? »).
  • [35]
    La loi du 16 juillet 1973 garantissant la protection des tendances idéologiques et philosophiques (Moniteur belge, 16 octobre 1973) traduit l’accord du 24 février 1972 relatif au Pacte culturel en dispositions normatives concrètes.
  • [36]
    Décret du 20 juillet 2005 modifiant le décret du 10 avril 2003 relatif au fonctionnement des instances d’avis œuvrant dans le secteur culturel, Moniteur belge, 14 septembre 2005.
  • [37]
    E. Négrier, « Les publics de festivals changent-ils ? », Huffington Post, 16 août 2013, www.huffingtonpost.fr.

Introduction

1On ne compte plus les événements culturels qui se développent en Wallonie et à Bruxelles depuis une trentaine d’années. Parmi ceux-ci, les festivals, ces événements culturels qui se distinguent par leur récurrence, modifient profondément le paysage culturel en Communauté française. Avec leur multiplication ces dernières années, certains parlent de festivalomanie[1] ou de festivalisation. Ce phénomène, observé un peu partout dans les pays occidentaux, n’échappe pas à la Belgique.

2Les événements culturels, qu’ils soient récurrents ou ponctuels, font la part belle aux arts de la scène (musique avant tout, théâtre et danse dans une moindre mesure). Ils concernent également d’autres disciplines artistiques, dont les arts plastiques, le cinéma, la photographie, la littérature… Ils prennent forme en ville, à la campagne, dans des lieux parfois insolites. Dans tous les cas, les festivals et les autres événements culturels s’affichent comme des manifestations importantes, un moment unique et exceptionnel qui réunit un public autour d’un univers artistique.

3Les événements culturels jouent dorénavant, et au même titre que les institutions culturelles permanentes, un rôle important pour l’accès à la culture. Parmi eux, certains festivals, de par leur ancienneté et leur réputation, sont devenus de véritables institutions, de sorte qu’il serait inconcevable aux yeux de beaucoup de voir ceux-ci disparaître un jour.

4Les événements culturels demeurent à ce jour peu étudiés, du moins selon une approche globale [2]. Quand ils le sont, les travaux portent le plus souvent sur une discipline artistique en particulier ou reposent sur l’étude monographique d’un événement. Les travaux récents de l’Observatoire des politiques culturelles de la Communauté française [3] et la participation de ce dernier à l’étude internationale « Festudy » constituent la première tentative d’étudier le phénomène dans son ensemble. Ces travaux portent sur les festivals de musique tant en Communauté flamande qu’en Communauté française, et ce quel que soit le genre musical.

5Le présent Dossier vient compléter cette première tentative d’étude globale sur les festivals, en élargissant le périmètre à toutes les disciplines artistiques et, dans la mesure du possible, à toutes les formes d’événements culturels, y compris ponctuels.

6La première partie vise à définir les événements culturels et à cerner leurs principales caractéristiques. Le premier chapitre propose une définition théorique de l’événementiel culturel, avant de rappeler, à travers un historique, l’origine et l’évolution de cette forme particulière de diffusion de la création artistique.

7Le deuxième chapitre, plus empirique, dresse un panorama des événements culturels récurrents, autrement dit des festivals, à Bruxelles et en Wallonie. À partir d’une importante collecte de données, ces événements sont analysés selon différents critères, parmi lesquels leur localisation, la ou les disciplines mises en valeur, leur période de déroulement, leur durée, leur ancienneté et le prix d’entrée éventuellement demandé au public. Sans prétendre à l’exhaustivité, il s’agit ici avant tout de dégager les caractéristiques marquantes des festivals qui se déroulent en Belgique francophone.

8L’organisation des événements culturels est rarement le fait d’un acteur unique, mais repose sur la collaboration d’un ensemble de personnes aux objectifs parfois fort différents. La deuxième partie de ce Dossier détaille les acteurs de première ligne (les organisateurs, les pouvoirs publics, les artistes et le public), mais aussi les partenaires (sponsors, médias, associations, sous-traitants spécialisés) qui, chacun pour les raisons qui le concernent (intellectuelles, politiques, économiques…), trouvent un intérêt à l’existence et à la tenue d’événements culturels.

9Précisons que la Communauté française a décidé, en mai 2011, d’adopter la dénomination « Fédération Wallonie-Bruxelles » dans sa communication interne et externe. Ce nouveau nom n’ayant cependant pas la portée juridique que lui donnerait une révision de la Constitution allant dans le même sens, nous maintiendrons, dans ce Dossier, l’appellation constitutionnelle de Communauté française [4].

Première partie : Définition et panorama

I – Définition et contextualisation

10Partant de la littérature scientifique sur le sujet, ce premier chapitre propose une définition de l’événementiel culturel en en présentant les caractéristiques générales. L’approche historique de l’événementiel culturel permet ensuite de situer cette forme de diffusion de l’art dans son contexte.

Les événements culturels : de quoi parle-t-on ?

11Qu’est ce qu’un événement culturel ? Quel est son périmètre ? Et qu’est-ce qui le distingue des autres types de manifestations ?

12Un travail de recension des événements culturels, tel que celui présenté à propos de l’espace Wallonie-Bruxelles dans la section « Panorama des événements culturels récurrents en Wallonie et à Bruxelles » du présent Dossier, met en évidence les difficultés qui existent en matière de définition de l’objet. Il montre l’hétérogénéité de ce champ d’étude car les événements culturels, autant que les festivals d’ailleurs, ne constituent pas un ensemble de manifestations identiques et homogènes. Il n’existe d’ailleurs aucune définition officielle. Sous la même appellation, un grand nombre de situations très diverses peuvent être regroupées. Il en résulte un certain flou. Par son caractère nécessairement subjectif, la définition de l’objet que nous proposons ne sera donc pas sans influence sur le périmètre de l’étude.

13Une manière d’appréhender le sujet est de définir les termes qui le composent. Dans cette optique, la notion d’événement présente un double sens. Elle renvoie tantôt à une occurrence à un endroit et à un temps donnés, tantôt à un fait marquant d’une importance particulière, qui sort de l’ordinaire. Les bases de l’événement impliquent l’existence d’une manifestation concentrée sur un laps de temps donné et qui présente un certain attrait pour un public déterminé. Le caractère culturel de l’événement fait, quant à lui, référence à la création artistique. Il constitue l’essence même de la manifestation.

14Si ces éléments très sommaires permettent de comprendre les fondements de la notion d’événement culturel, une définition plus empirique est nécessaire pour saisir toute l’étendue de l’objet d’étude et ainsi fixer le périmètre de ce Dossier. Il s’agit ici d’exposer les traits communs aux différents événements culturels. À cet effet, une étude réalisée pour le compte du Ministère français de la Culture et de la Communication [5] part de l’observation d’un ensemble diversifié de cas de manifestations relevant de l’univers de l’événementiel culturel et met en avant cinq critères caractéristiques des événements culturels : le caractère artistique, le lieu, le temps, le public et la rareté. Ceux-ci peuvent se retrouver à des degrés divers selon le type d’événement culturel considéré.

Le critère artistique

15L’adjectif culturel renvoie à la création artistique, qu’il s’agisse de la création elle-même ou de sa diffusion. Nous nous sommes limités, dans ce Dossier, à une définition restreinte du terme culturel, entendu comme secteur d’activités, excluant par là même les événements d’ordre religieux, commercial, gastronomique, festif, traditionnel ou encore folklorique.

16De par son caractère artistique, l’événement culturel se distingue des autres types d’événements tels que les événements d’affaires, scientifiques, sportifs, privés… La place de la création est donc centrale et constitutive de la nature de l’événement culturel.

17La création peut tenir une place plus ou moins importante selon les événements, en prenant des formes traditionnelles (un festival centré sur un genre artistique) ou en explorant de nouvelles formes (un événement organisé autour d’une thématique, le métissage des genres artistiques, une commande de création destinée à un événement particulier…).

Le critère de lieu

18L’événement culturel s’inscrit dans un territoire et se construit souvent autour de lui. Il n’est pas rare, à cet effet, d’attacher au nom de l’événement celui du territoire (une ville, une commune…) où il se déroule : Dour Festival, Fernelmont Contemporary Art, Namur en mai… L’unité de lieu et la concentration dans l’espace paraissent donc essentielles, même si le territoire investi peut être plus ou moins large. Le territoire participe pleinement à l’identité de l’événement. Il n’est plus uniquement un support technique, il est un élément primordial pour développer l’esprit de l’événement.

19L’identification d’un événement à un lieu se double parfois d’un lien durable avec une discipline artistique : la chanson française et Spa, le livre et Redu, les arts de la rue et Chassepierre, la bande dessinée et Bruxelles, la musique classique et Belœil…

Redu, le Village du livre

L’activité événementielle peut contribuer au développement d’une ville ou, en l’occurrence, à la redynamisation d’un village. À Redu, petit village situé au cœur de la province de Luxembourg, l’action sur le livre, initiée il y a une trentaine d’années, n’a jamais été relâchée depuis. Le déclic vient de la découverte du village gallois de Hay-on-Wye, premier Village du livre du monde. Haye-on-Wye et Redu se jumellent en 1984. Cette même année, la première Fête du livre est organisée à Redu, lors du week-end de Pâques. Le succès retentissant de cette première édition suscite l’intérêt des libraires et des bouquinistes. Au fil des années, le Village du livre est devenu permanent avec 10, 20, puis plus de 30 librairies. Cette effervescence autour du livre à Redu entraîne dans son sillage l’installation d’autres métiers du livre (relieurs), d’artisans, de cafetiers et de restaurateurs. Outre la Fête du livre durant le week-end pascal, la Nuit du livre y est également organisée chaque année, depuis 26 ans, le premier week-end d’août. Même si la tendance s’est quelque peu inversée depuis la fin des années 2000, conséquence probable de la crise économique et du développement d’Internet, il restait encore, en 2012, 17 librairies à Redu. De par sa réputation, le village continue à attirer de nombreux touristes belges et étrangers. Le dynamisme de ce village de 400 habitants est le résultat d’une politique locale développée à partir d’un événement autour du tourisme culturel.

20La plupart du temps, l’événement culturel investit des espaces non dédiés à la culture : la ville, la rue, un bâtiment, une friche industrielle, une prairie… S’il se déroule dans un espace dédié à la culture, c’est alors à contretemps de la saison ordinaire (Les Nuits Botanique) ou sous des formes décalées, inhabituelles (Museum Night Fever).

Le critère de temps

21Outre la concentration dans l’espace, l’événement culturel suppose la concentration dans le temps. L’événement a un début et une fin délimités. Il est donc éphémère. Il peut durer quelques heures, une semaine ou plusieurs mois. Ce moment, ce temps court, s’oppose à la durée de la saison qui caractérise les institutions culturelles permanentes. Cela exclut les programmations très espacées dans le temps et mal identifiées du point de vue des intentions.

22L’événementiel culturel entre par ailleurs plus largement dans la catégorie des événements planifiés. La préparation de l’événement commence bien avant l’ouverture de l’événement au public et se termine bien après la clôture de celui-ci. Les organisateurs peuvent par ailleurs décider de créer des prolongements en dehors de la période de l’événement, avec l’organisation de stages, d’ateliers, d’un « off »…

Le critère du public

23La plupart des événements, quelle que soit leur taille, affichent l’objectif d’attirer un public important et ciblent souvent des segments particuliers de public, plus ou moins visés ensemble ou exclusivement selon les événements : jeunes, touristes, publics étrangers… Les types de public se distinguent également par leur connaissance de la discipline ou du projet artistique :

  • grand public ;
  • public culturel amateur ou averti ;
  • public professionnel.

24Les événements culturels ont cet avantage de pouvoir repositionner l’accès à la culture au-delà d’un public coutumier caractéristique des équipements culturels traditionnels. Ils jouent par ailleurs un rôle culturel et social important dans les villes et les autres territoires où ils se déroulent. Ils apportent à un public local des spectacles que, bien souvent, celui-ci ne pourrait pas voir autrement. Dans certains cas, il n’existe pas, sur place ou à proximité immédiate, d’équipements culturels permanents diffusant le même type de représentations artistiques. Ce rôle d’animation locale est même décuplé lorsque des partenariats avec d’autres actions culturelles sont développés.

25Au-delà du public physiquement présent dans la diversité de ses segments, il faut prendre en compte le public touché par la médiatisation inhérente à l’événement. Public visé et médiatisation sont ainsi liés, car l’élargissement du public n’est pas possible sans une médiatisation de l’événement.

Le critère de rareté

26L’événement culturel a généralement une finalité qui lui est propre. L’événement revêt alors un caractère de rareté. Chaque événement est unique en fonction des interactions qui apparaissent entre les lieux, les acteurs, les artistes et, plus largement, l’organisation. Ces interactions forment l’identité de l’événement, ce qui le distingue des autres événements. L’identité se construit aussi bien sur le contenu (objectifs spécifiques, originalité de la programmation, exploitation d’une thématique…) que sur la forme. Ainsi, au-delà de la qualité ou de l’originalité de sa programmation, un événement peut tirer son identité du caractère exceptionnel du lieu qu’il occupe ou de sa mise en scène particulière. La Nuit des Chœurs dans les ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville en est un exemple.

27Les événements culturels se distinguent des manifestations culturelles telles que les concerts. Ceux-ci portent généralement sur la présentation d’un seul spectacle, éventuellement précédé d’une première partie. L’événement, quant à lui, concentre, sous une forme particulière, plusieurs créations artistiques dans le temps et dans l’espace. C’est notamment cette concentration artistique qui lui confère un aspect « marquant » ou « important ».

28Malgré son caractère unique et éphémère, l’événement culturel n’exclut pas la récurrence. En effet, la plupart des événements cherchent à s’inscrire dans la durée par leur réitération. La récurrence est ce qui caractérise les festivals culturels. Les festivals forment, à l’heure actuelle, la majeure partie des événements culturels. Leur nombre n’a cessé d’augmenter depuis les années 1980.

Les événements culturels : un phénomène récent ? [6]

29Les premières formes d’événements culturels apparaissent sans doute avec l’organisation de salons dont le concept se répand dans de nombreuses régions d’Europe durant la première moitié du 19e siècle. À côté des musées, ces salons d’exposition artistique, par nature éphémères, mettent en valeur les œuvres de nombreux artistes des beaux-arts (ceux-ci comprennent traditionnellement la peinture, la sculpture, la gravure et l’architecture). La Belgique se caractérise alors par l’efflorescence du nombre d’expositions sur un territoire assez limité. À partir de 1815, ces salons prennent place sur une base triennale à Anvers, à Bruxelles et à Gand, mais on en compte également à Liège, à Malines… Prenant exemple sur Paris, la plupart d’entre eux restent traditionnellement rattachés aux institutions d’académies, mais certains sont organisés par des sociétés indépendantes des institutions officielles et vouées à l’encouragement des beaux-arts. Ces salons sont le signe que l’activité ponctuelle est un moyen de proposer une alternative à l’institution.

30Les sociétés d’artistes, composées de professionnels ou d’amateurs, ont connu un essor durant tout le 19e siècle. Par la création d’événements non permanents, elles ont joué un rôle important dans la diffusion des disciplines artistiques de toutes sortes : les beaux-arts, bien sûr, mais aussi la musique, le théâtre et la littérature. Les salons deviennent un élément incontournable de la vie artistique.

31Durant la seconde moitié du 19e siècle, la plupart des pays industrialisés se lancent dans l’organisation d’événements de dimension nationale, voire internationale. La première Exposition universelle se tient à Londres en 1851, suivie de celle de Paris en 1855. Si celles-ci célèbrent la culture et la civilisation au sens large, elles illustrent aussi la volonté des pays non seulement de soutenir l’essor économique et industriel national, mais aussi de renforcer par divers moyens, y compris artistiques, la cohésion et le sentiment d’appartenance à la nation.

32Dans ce contexte, le premier Festival national de musique classique a lieu à Bruxelles en 1869, à l’occasion de l’inauguration de la gare du Midi [7]. L’organisation de ce festival s’est calquée sur le modèle des grands festivals allemands. L’organisation de ce festival repose sur la constitution, en 1867, d’une fédération des sociétés musicales de Belgique, qui structure les très nombreuses sociétés musicales du pays en sociétés provinciales. Ce festival à vocation itinérante présente l’ambition d’être organisé à tour de rôle par les différentes sociétés provinciales qui le désirent. L’événement est supervisé par l’État, la province et la ville qui l’accueillent et qui en assument le coût. Déjà à cette époque apparaît une tension entre les sociétés de musique amateur et les conservatoires. Pour les premières, le festival doit avant tout revêtir un caractère national et ne plus se restreindre à la seule aristocratie, mais s’ouvrir au public de la bourgeoisie. Pour les seconds, le festival ne peut être l’affaire que de professionnels, seuls à même d’en faire une institution permanente.

33Entre 1869 et 1883, le Festival national de musique classique aura lieu huit fois, dans six villes différentes : Bruxelles (1869), Gand (1875), Anvers (1876), Liège (1877), Bruges (1878), Mons (1879), Bruxelles (1882) et Gand (1883). Souvent déficitaire, celui-ci ne sera pas réitéré en 1884, après la décision du gouvernement de supprimer les subsides octroyés pour son organisation. D’autres événements culturels d’initiative diverse seront créés, à l’instar des salons annuels organisés entre 1884 et 1893 par le Groupe des Vingt (les XX), un cercle d’artistes avant-gardistes formé en réaction à ce qui est perçu comme le conformisme des salons officiels.

34En Allemagne, avec le Festival de Bayreuth, Richard Wagner crée en 1876 l’idée d’« œuvre d’art totale » et réforme la mise en scène et l’architecture théâtrales. Ce festival est l’archétype du festival progressivement transformé en une institution et entièrement associé à une ville de taille modeste. Une vingtaine d’années plus tard, en 1895, c’est la Biennale de Venise qui est inaugurée. Cette manifestation, qui se veut prestigieuse, réunit de nombreuses disciplines (art contemporain, danse, musique, architecture, cinéma) et présente la double originalité d’accueillir des pavillons nationaux et d’attribuer un prix récompensant les meilleures prestations jugées par un jury.

35Le 20e siècle constitue un nouveau tournant dans l’histoire des événements culturels et des festivals. Il représente une période d’ouverture et de démocratisation des arts, encouragée par l’apparition de nouveaux canaux de diffusion culturelle. D’une part, la photographie et la cinématographie élargissent l’éventail des disciplines artistiques. D’autre part, la radio et le phonographe se généralisent, sensibilisant ainsi un nombre toujours plus important d’individus à la musique.

36Progressivement, des politiques de démocratisation de la culture voient le jour avec l’objectif de faire accéder les classes populaires à des productions culturelles susceptibles d’assurer leur émancipation [8]. Ainsi, en 1921, la Belgique connaît une législation tout à fait progressiste sur les bibliothèques publiques et plus généralement sur ce qui s’appelle alors « l’octroi de subventions aux œuvres complémentaires de l’école ». On peut aussi évoquer la création du Théâtre national (1945), auquel vont être confiées des missions de démocratisation de la culture, celle des Tournées Arts et Vie, chargées d’aider à la diffusion de spectacles (1950), celle de la Discothèque nationale (1953), ou encore la reconnaissance d’orchestres…

37Dans la mouvance d’un phénomène se mesurant à l’échelle européenne, la deuxième moitié du 20e siècle est marquée par la mise en place d’une politique de décentralisation de la culture, parallèlement aux objectifs de démocratisation. Cette politique se traduit notamment par la création de festivals en dehors de Bruxelles avec, dans le Sud du pays, les festivals de Chimay, de Liège, de Saint-Hubert, de Stavelot et, au Nord, des festivals à Anvers, Bruges, Gand et Tongres.

38C’est également dans une perspective de décentralisation que le Théâtre national crée en 1959 un événement estival récurrent : le Festival de théâtre de Spa. La conception de la relation entre le théâtre et son festival est la suivante : le Théâtre national rode ses créations en province avant de les présenter à Bruxelles, où s’exerce davantage la sanction de la presse et du public averti.

39Au cours des années 1950-60, le succès que connaissent le jazz et la musique yéyé favorise l’émergence de festivals plus populaires, tels que, pour le jazz, les festivals de Comblain-la-Tour (1959), de Courtrai (1963), le Jazz Bilzen dans le Limbourg (1965) et le Jazz Middelheim (1969), ou, pour le rock, le Festival de Châtelet (1961) ou le Festival de la Guitare d’or à Ciney (1962).

40Le plan quinquennal de politique culturelle présenté en 1968 par Pierre Wigny, alors ministre de la Culture, va renforcer le mouvement de décentralisation en encourageant les provinces et les communes à apporter leur soutien aux événements culturels.

41Au même moment se construisent les bases institutionnelles des politiques culturelles de la Communauté française. La révision de la Constitution belge de 1970 instaure le principe de l’autonomie culturelle et aboutit à la création des communautés culturelles. Trois entités dotées des pouvoirs législatifs pour les matières culturelles sont reconnues : les Communautés culturelles française, néerlandaise et, en 1973, allemande. Les Communautés culturelles et leurs assemblées législatives (les conseils culturels) se voient attribuer, à l’époque, les compétences en matière de culture au sens large, c’est-à-dire les activités le plus directement liées à l’emploi d’une langue déterminée. L’adjectif culturelles est abandonné lors de la réforme constitutionnelle de 1980, qui élargit les compétences des Communautés aux matières personnalisables (l’enseignement suivra en 1988).

42La mise en œuvre de la politique culturelle en Communauté française se traduit, dans le courant des années 1970, par la création d’un important « maillage » culturel, où se côtoient maisons de la culture et foyers culturels (1970), maisons des jeunes (1971), centres d’expression et de créativité (1976), télévisions locales et communautaires (1976)…, auxquels s’ajoute l’ensemble du secteur de l’éducation permanente (1971 et 1976), qui regroupe une multitude d’associations définies par des objectifs explicitement socio-culturels [9].

43Les années 1970 donnent également le coup d’envoi des festivals de musiques actuelles : le rock d’abord, comme Torhout Werchter (1975), mais aussi les musiques du monde, comme le Sfinks Festival, près d’Anvers. Parallèlement, face au constat de la forte dispersion des festivals de musique classique et d’un manque de diffusion à l’étranger, un regroupement est opéré en 1971 dans la partie francophone du pays sous la bannière Festival de Wallonie, à l’image du regroupement ayant eu lieu en Flandre en 1958 [10].

44Le mouvement de création des festivals se poursuit dans les décennies suivantes, tant dans le Nord que dans le Sud du pays. On assiste, en effet, à partir des années 1980, par la conjonction de facteurs socio-économiques et par la prise de conscience des pouvoirs locaux du potentiel économique et médiatique des événements culturels, à une multiplication et à une diversification des festivals.

45Parmi les facteurs socio-économiques, la hausse du niveau de vie, mais aussi l’accroissement du temps et des dépenses consacrés aux loisirs ont soutenu l’émergence et le développement de telles manifestations : entre 1978 et 2010, les dépenses totales de consommation des ménages belges ont augmenté de 179 %, tandis que les dépenses pour le poste « Musées, spectacles et similaires » ont été multipliées par 5 [11]. Par ailleurs, le développement considérable des transports au cours de la même période est venu conforter cette tendance, permettant aux spectateurs potentiels de se déplacer davantage et toujours plus loin pour satisfaire leur soif de culture. Enfin, le succès des événements culturels est également dû à l’extrême plasticité de leur organisation, à leur caractère très opérationnel, qui leur a permis de s’adapter à des situations très diverses.

II – Panorama des événements culturels récurrents en Wallonie et à Bruxelles

46Ce chapitre présente les principales caractéristiques des événements culturels récurrents ou, autrement dit, des festivals en Wallonie et à Bruxelles. Dans cette optique, et à partir d’un recensement original, plusieurs critères sont successivement passés en revue : la localisation, la discipline artistique, l’année de création, la durée, la période de déroulement et l’évolution de la fréquentation.

47Dresser l’inventaire des événements culturels engendre plusieurs difficultés. La première est de parvenir à centraliser les informations. En l’absence de statistiques officielles et rigoureuses, nous avons choisi de nous appuyer sur des sources moins formelles et de procéder, en complément, à notre propre collecte d’informations.

48Pour ce faire, nous avons travaillé à partir des données de l’asbl Wallonie-Bruxelles Tourisme (WBT) [12]. Persuadée des bienfaits des activités culturelles et de loisirs sur le tourisme local, cette structure alimente depuis près de 20 ans une base de données faisant l’inventaire des manifestations publiques, le plus souvent récurrentes, se déroulant en Wallonie et à Bruxelles. Ces données alimentent un site Internet qui fait la promotion de ces activités. L’entretien de cette base de données se fait manuellement, à partir de diverses sources : les organisateurs d’événements, les établissements culturels, les fédérations touristiques, les maisons du tourisme, la presse… Au total, la base de données de WBT contient 1 700 activités de toute nature ayant eu lieu en 2014 ou programmées pour 2015.

49Ici intervient une deuxième difficulté : circonscrire avec précision l’objet d’étude, compte tenu de l’immense hétérogénéité des événements qui le composent. Dans un souci de faisabilité, nous nous sommes limités aux événements culturels récurrents – les festivals.

50Par ailleurs, comme précisé dans la section « Définition et contextualisation », nous considérons ici le terme culturel dans une acception restreinte. N’entrent donc pas dans notre objet d’étude les carnavals, les fêtes folkloriques, commémoratives ou religieuses, les foires commerciales, les fêtes du patrimoine, les festivals gastronomiques…

51Malgré cette précision, on constate que les frontières de l’événementiel culturel sont plus floues que l’on ne pourrait l’imaginer a priori. La limite entre ce qui relève du culturel et de l’artistique et ce qui ne l’est pas n’est en effet parfois pas simple à fixer. Il en va de même pour le caractère événementiel ou récurrent de la manifestation considérée (voir encadré).

Les frontières floues de l’événementiel culturel : quelques exemples d’arbitrage

Ont été repris dans notre échantillon :
La Zinneke Parade, fête folklorique qui présente des aspects de nature éminemment culturelle. Produit d’une collaboration entre habitants, associations, collectifs, écoles et artistes issus de différents quartiers de Bruxelles et d’ailleurs, ce projet est une création collective et participative mêlant le social, le culturel et l’artistique.
La Foire du livre de Bruxelles qui, bien qu’étant une foire commerciale, propose de nombreuses activités autour de l’édition, du livre et de sa diffusion : conférences, débats, expositions, lectures, spectacles…
N’ont pas été repris dans notre échantillon :
Les parcours d’artistes, qui permettent aux amateurs et aux professionnels d’exposer leurs réalisations chez les particuliers ou chez les commerçants, et qui présentent des caractéristiques d’une foire artistique de nature commerciale. Par ailleurs, le nombre important de ce type de manifestations (on en trouve un peu partout en Belgique) rend difficile leur comptabilisation.
Bon nombre d’institutions culturelles, parmi lesquelles les musées, qui se rapprochent par certains aspects du monde du spectacle et dont le fonctionnement repose sur des représentations par nature temporaire et sur une organisation par projet. Ces institutions s’organisent de plus en plus autour de projets à caractère événementiel (expositions temporaires, manifestations nationales…). Ces événements culturels temporaires ne sont toutefois pas, à proprement parler, récurrents. Si, dans certaines institutions, ils ont lieu relativement régulièrement, l’absence d’identité commune entre ces manifestations en fait des événements culturels isolés et ponctuels, ne relevant dès lors pas de cet échantillon.

52Au total, 275 festivals ont été répertoriés, sélectionnés au sein de la liste de WBT ou ajoutés par nos soins. Chacun de ceux-ci a fait l’objet d’un travail de vérification ou de recherche quant au nom, au lieu (code postal et commune) et à la période de déroulement de l’événement. Ces données ont été systématiquement complétées par la date de création, le numéro de l’édition en 2014 (ou 2013 pour les événements bisannuels tombant les années impaires), la fréquence (annuel, bisannuel) et la durée du festival. D’autres données ont été récoltées mais n’ont pu être obtenues systématiquement : la fréquentation du public, le prix d’entrée, le type de structure organisatrice ainsi que le montant des subsides éventuellement reçus.

Répartition géographique

53La cartographie ci-dessous illustre la répartition géographique des festivals culturels en Wallonie et à Bruxelles.

Carte 1

Les festivals culturels en Wallonie et en région de Bruxelles-Capitale (2014)

Description de l'image par IA : Carte des festivals culturels en Wallonie et Bruxelles, avec catégories et nombre de festivals par commune.

Les festivals culturels en Wallonie et en région de Bruxelles-Capitale (2014)

Carte 2

Densité de population en Wallonie et en région de Bruxelles-Capitale (2010)

Description de l'image par IA : Carte de la densité de population en Wallonie et à Bruxelles en 2010, avec des nuances de gris indiquant les habitants par km².

Densité de population en Wallonie et en région de Bruxelles-Capitale (2010)

54L’offre de festivals est répartie sur tout le territoire et touche toutes les localités, qu’elles soient situées en milieu urbain ou en milieu rural. La mise en parallèle avec les densités de population par commune montre qu’ils investissent des territoires parfois très peu peuplés. Dans ce cas, un tel événement peut permettre un accès décentralisé à la culture ou constituer un instrument de valorisation du patrimoine et de dynamisation des localités. La répartition relativement homogène des festivals en province de Luxembourg illustre parfaitement cet état de fait.

55Il existe néanmoins des différences entre provinces. La province de Brabant wallon affiche le plus faible nombre de festivals (17), derrière la province de Namur (20) et celle de Luxembourg (25). L’offre des festivals est plus dense dans les provinces de Hainaut (51) et de Liège (50), qui comptent aussi plus d’habitants.

56La région bruxelloise contraste avec les provinces wallonnes. Elle concentre à elle seule près d’un tiers du nombre total de festivals comptabilisés. Cette proportion est encore plus importante (38 %) lorsque l’on inclut les festivals se déroulant dans plusieurs communes et qui concernent au moins une des 19 communes bruxelloises. Pour Bruxelles, son statut de capitale nationale, où cohabitent deux communautés, et celui de ville internationale jouent évidemment un rôle dans le bouillonnement et la polarisation de l’offre culturelle. Les plus grandes villes wallonnes (Charleroi, Liège, Mons, Namur et Tournai) forment également et logiquement des pôles de concentration des festivals.

57Bien que cette carte donne une idée relativement fidèle du dynamisme de l’offre de festivals culturels, cette analyse ne doit cependant pas laisser penser que ces événements sont tous équivalents ou comparables. Un festival d’envergure nationale voire internationale n’entraîne pas les mêmes implications qu’un événement dont l’audience reste locale.

Répartition par discipline artistique

58Les principales disciplines artistiques dans lesquelles les festivals évoluent sont les suivantes :

  • arts de la scène : musique, théâtre, danse, cirque, arts forains, arts de la rue, performances multidisciplinaires ;
  • audiovisuel : cinéma, vidéo, multimédia, arts numériques ;
  • arts plastiques : beaux-arts, photographie, arts appliqués ;
  • littérature : livres, lettres, contes, poésie.

59Sur la base de cette classification, les festivals répertoriés ont été reliés à une discipline artistique représentative de l’identité de l’événement considéré. La catégorie musique, de par la variété des styles différents qu’elle regroupe, a fait l’objet d’une subdivision. Les sous-catégories retenues sont : classique, pop/rock, jazz/blues, world/trad et autres. Quand plusieurs disciplines coexistent, celle qui domine a été privilégiée. Si aucune des disciplines ci-dessus ne domine réellement, le festival a alors été classé dans la catégorie multidisciplinaire. Si un festival ne peut être rangé dans l’une de ces catégories, il a été classé dans la catégorie autres disciplines.

60De par la variété artistique des festivals, les répartir selon le domaine artistique peut s’avérer réducteur à leur égard car la catégorie choisie ne reflète parfois que partiellement la réalité. Si la classification dans une catégorie est évidente pour la plupart des festivals, elle est plus difficile pour un certain nombre d’entre eux, qui mélangent les disciplines. C’est par exemple le cas de certains festivals de musiques actuelles dites tous publics (pop/rock, urbain, électro, chanson française…), tels que les Francofolies de Spa (qui ne diffusent plus exclusivement de la musique en français), le Brussels Summer Festival (qui intègre aussi du jazz et du classique), ainsi que d’une panoplie de festivals classés dans la catégorie pop/rock, tels que Les Ardentes, le Belzik, l’Inc’rock, le Ronquières Festival…

61Malgré tout, la démarche permet de donner une idée de la représentativité des principales disciplines artistiques dans l’univers des festivals.

62Les festivals de musique dominent notre échantillon, avec près de 50 % de l’offre totale. Cette tendance s’explique par la multitude de genres musicaux existants. La musique pop et rock compte pour 19 % du total des festivals, la musique classique pour 8 %, le jazz et le blues pour 8 % également, la musique du monde pour 4 % et les autres musiques pour 8 %. La prédominance des festivals de musique s’explique également par le fait que l’on compte en leur sein un nombre non négligeable de festivals de petite envergure, de courte durée et à portée locale. Leur organisation, comparable à celle d’un concert, ne nécessite pas d’infrastructure ni de logistique excessivement lourde.

63Les festivals consacrés au théâtre ou à la danse représentent 13 % du total des festivals. Ce chiffre constitue une sous-estimation, puisque l’on compte un nombre important de festivals catégorisés de multi-disciplinaires qui font la part belle à la fois au théâtre et à la danse.

64Avec 12 % du total, le cinéma est la troisième discipline la plus importante à laquelle les festivals sont consacrés.

65Les festivals consacrés à la littérature (7 %) comprennent principalement les festivals de bande dessinée, auxquels viennent notamment s’ajouter les festivals de contes et de lecture.

66Ils devancent la catégorie groupant le cirque, les arts forains et les arts de la rue, qui représentent 4 % du total.

67Viennent enfin les arts plastiques (3 %) et les arts numériques (2 %).

Graphique 1

Répartition des festivals de l’échantillon par discipline artistique

Description de l'image par IA : Diagram circulaire montrant la répartition des festivals par discipline artistique. Les pourcentages varient de 1% à 47%.

Répartition des festivals de l’échantillon par discipline artistique

Répartition par année de création

68Le graphique 2 comptabilise les festivals en activité en fonction de leur année de création. À la lecture de celui-ci, on constate qu’une très grande majorité des festivals a moins de 20 ans (73 %) et que près de 50 % (48 %) ont même moins de 10 ans.

Graphique 2

Répartition des festivals de l’échantillon par année de création

Description de l'image par IA : Graphique montrant le nombre de festivals créés chaque année de 1977 à 2014, avec une augmentation notable après 2000.

Répartition des festivals de l’échantillon par année de création

69Ce graphique ne permet cependant pas de juger du phénomène de « festivalisation » évoqué dans l’introduction. En effet, il ne rend pas compte du nombre de festivals qui, pour une raison ou pour une autre, ont disparu. Ainsi, face au nombre important de festivals nés dans les années 2000, combien ont dû cesser de fonctionner ? À titre d’exemple, nous avons recensé, par rapport à ce qui était prévu, 7 festivals qui n’ont pu être reconduits en 2014 et 4 qui ont été suspendus. La vague de festivals nés dans les années 2000 est peut-être l’illustration du fait que les festivals, comme n’importe quel produit de nature commerciale, suivent un certain cycle de vie et ont, du moins pour une partie d’entre eux, une durée de vie limitée. Ainsi, selon les données collectées, l’âge moyen d’un festival est de 15 ans. Mais qu’en est-il réellement de leur espérance de vie ?

70Les festivals sont des manifestations dont la viabilité est, pour beaucoup d’entre eux, extrêmement fragile. Leur succès et leur inscription dans la durée, si tant est que la pérennité de l’événement constitue une volonté des organisateurs, dépendent d’un certain nombre d’éléments variables et incertains, allant du soutien financier à la météo, en passant par l’adhésion du public. Ils reposent en outre sur la capacité des organisateurs à mener à bien le projet.

71Le schéma classique de développement des événements culturels est constitué d’une phase de lancement, d’une phase de croissance et d’une phase de maturité. Cependant, les événements peuvent, par contrainte ou par souhait, se détourner de ce cheminement linéaire. Le processus peut en effet déboucher, à n’importe quelle étape du développement, sur une période de stagnation, voire de déclin ponctuée soit par l’entrée dans un nouveau cycle de vie, soit par la disparition de l’événement. Cette ultime étape n’est cependant pas un passage obligé.

72Pérenniser un festival demande l’adoption d’une stratégie d’adaptation à son environnement. Cela inclut l’impératif de réduire les risques potentiels pouvant affecter la survie de l’événement, à commencer par celui du financement. Plus un festival est ancien, plus on peut penser qu’il a montré une certaine capacité à surmonter les difficultés. À l’extrême, certains événements montrent une longévité telle que leur existence à court, moyen ou long terme ne semble pas menacée. Ces événements constituent de véritables institutions, à l’instar du Festival de Cannes en France. Ce dernier est, par exemple, parvenu à asseoir une légitimité auprès des professionnels de la discipline et à construire une véritable image de marque internationale.

Durée des festivals

73La durée moyenne d’un festival est de 8 jours. Plus de 70 % des festivals durent moins longtemps, avec une prédominance pour les événements de 3 jours et moins. Cette observation est parfaitement cohérente avec l’idée qu’un festival se veut être limité dans le temps.

74Des différences apparaissent cependant en fonction des disciplines artistiques considérées.

75Les festivals consacrés aux musiques pop-rock et aux musiques du monde, ainsi que les festivals de cirque, des arts forains ou des arts de la rue n’excèdent pas 4 jours en moyenne. Cela vaut pour les festivals de jazz-blues également, si l’on exclut le cas particulier du Škoda Jazz Festival, qui dure 66 jours. Sous la forme de festivals, ces disciplines font généralement l’objet d’une programmation dense, où les artistes se succèdent, parfois sur plusieurs scènes en parallèle.

76La durée des festivals consacrés à la peinture, au cinéma ou aux arts numériques tourne autour de 7 jours en moyenne. La singularité des festivals d’arts numériques repose sur l’importance de la fonction de production ou d’aide à la création qu’ils assument.

77Les festivals de musique classique, de théâtre, de danse ou les festivals multi-disciplinaires durent en moyenne entre 11 et 16 jours. Il n’est pas rare que ces événements aient la forme d’une série de représentations étalées sur plusieurs semaines, parfois sur l’ensemble de la période estivale, mais concentrées sur quelques soirées seulement (souvent le vendredi et/ou le samedi). C’est le cas, par exemple, du Festival international de carillon d’Ath.

78Les festivals consacrés à la photographie n’ont pas été intégrés au graphique 3. Peu représentés au sein de l’échantillon (3 événements seulement), ils présentent de surcroît une durée moyenne particulièrement longue (62 jours). À l’instar de la Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels de Liège, les festivals consacrés à la photographie prennent généralement la forme de plusieurs expositions regroupées sous une même bannière.

Graphique 3

Durée moyenne des festivals par discipline artistique

Description de l'image par IA : Graphique à barres montrant la durée moyenne des festivals par discipline artistique.

Durée moyenne des festivals par discipline artistique

Répartition selon le mois de l’année

79Le critère à travers lequel sont analysés ici les festivals porte sur le mois de l’année durant lequel tombe la date du début de l’événement.

80Les festivals de plein air, qui comptent notamment les nombreux festivals consacrés aux musiques actuelles, se déroulent traditionnellement en été. Il n’est donc pas étonnant de remarquer que plus de 45 % des festivals débutent entre le mois de juin et celui de septembre, contre 18 % entre décembre et mars. Ce phénomène est également à relier au phénomène des vacances d’été.

Graphique 4

Répartition des festivals selon leur date de début (2014-2015)

Description de l'image par IA : Graphique montrant le nombre de festivals par mois, de janvier à décembre.

Répartition des festivals selon leur date de début (2014-2015)

81Néanmoins, mis à part les mois d’hiver, on observe une relative constance dans la répartition des festivals en fonction du mois de l’année. Les événements qui prennent place en dehors de la période estivale sont le plus souvent consacrés à des disciplines moins bien adaptées aux spectacles de plein air, comme le cinéma, le théâtre, la danse ou les arts plastiques.

82Par ailleurs, les mois d’été étant particulièrement chargés en nombre de festivals, les nouveaux événements, pour ne pas subir la concurrence des événements déjà existants, ont tendance à prendre place en dehors de cette période.

Évolution de la fréquentation

83Les statistiques de fréquentation des festivals présentées dans cette section portent sur 52 festivals de musique se déroulant en Wallonie ou à Bruxelles [13]. Elles ont été récoltées par l’Observatoire des politiques culturelles de la Communauté française et complétées par l’équipe du CRISP lorsqu’elles étaient manquantes. La fréquentation d’un événement, telle que communiquée par l’organisateur, correspond généralement à la somme des fréquentations journalières enregistrées tout au long de la période de l’événement. Les festivals de musique ont été sélectionnés pour leur diversité, tant de style que de taille. Par souci de comparabilité, l’échantillon n’inclut aucun festival né après 2008.

84Le graphique 5 montre une augmentation globale de la fréquentation entre 2008 et 2012, de l’ordre de 7,5 %. On constate néanmoins une baisse de la fréquentation entre 2011 et 2012, sans que l’on puisse véritablement parler, à ce stade, d’essoufflement du public pour les festivals de l’échantillon. La baisse constatée tient notamment à l’arrêt en 2012 de certains festivals de petite taille (Picnic Festival, D’hiver Rock Festival et Festival Saint-Hadelin), mais aussi et surtout à la diminution de l’affluence de quelques festivals de grande envergure (Francofolies de Spa, Fiesta City, Brosella Folk and Jazz et Dour Festival). Ces derniers représentent à eux seuls près de 80 % de la diminution globale de fréquentation entre 2011 et 2012. La météo maussade pendant la durée de ces événements figure parmi les raisons invoquées par les organisateurs.

Graphique 5

Évolution de la fréquentation de 52 festivals de musique en Wallonie et à Bruxelles (2008-2012)

Description de l'image par IA : Graphique montrant l'évolution de la fréquentation de 52 festivals de musique en Wallonie et à Bruxelles de 2008 à 2012.

Évolution de la fréquentation de 52 festivals de musique en Wallonie et à Bruxelles (2008-2012)

Sources : Observatoire des politiques culturelles de la Communauté française et CRISP.

85Un autre constat s’ensuit : les festivals de grande envergure occupent une part prépondérante dans le total des fréquentations enregistrées. Ainsi, en 2012, les 7 plus grands festivals de l’échantillon totalisent 73 % du public total. Il s’agit du Brussels Jazz Marathon (250 000 personnes), des Francofolies de Spa (160 000 personnes), du Dour Festival (148 000 personnes), du Brussels Summer Festival (110 000 personnes), de Couleur Café (74 200 personnes), des Ardentes (67 000 personnes) et de Fiesta City (50 000 personnes).

86Parmi les événements étudiés, on constate que certains accueillent, au fil des ans, un public dont le nombre n’évolue plus ou presque plus. Bon nombre de ces festivals ont atteint un stade de maturité et une taille que les organisateurs n’entendent par conséquent pas augmenter. C’est le cas pour la majorité des festivals de grande envergure, dont les statistiques de fréquentation sont globalement stables sur la période 2011-2014, même si l’on observe des fluctuations d’une année à l’autre.

87Tel est également le cas de certains festivals de petite ou de moyenne taille, comme le festival LaSemo (environ 20 000 personnes en 2014) ou Esperanzah ! (environ 36 000 personnes en 2013) [14]. Parmi les raisons de cette stabilité de la fréquentation du public, on trouve les limites en termes de moyens humains, financiers et matériels (y compris la capacité d’accueil) auxquelles l’organisation est susceptible d’être confrontée, ou encore le souhait des organisateurs de préserver une image de convivialité de l’événement ou de maintenir l’originalité de sa programmation, destinée à un public amateur ou averti.

Graphique 6

Évolution récente de la fréquentation du public des festivals de musique de très grande envergure

Description de l'image par IA : Graphique montrant l'évolution de la fréquentation de divers festivals de musique de grande envergure de 2011 à 2014.

Évolution récente de la fréquentation du public des festivals de musique de très grande envergure

Sources : Observatoire des politiques culturelles de la Communauté française et CRISP.

88D’autres festivals affichent par ailleurs une augmentation de la fréquentation du public. C’est le cas du Ronquières Festival, qui ne fait pas partie de l’échantillon puisqu’il a été créé en 2012. Celui-ci a enregistré une affluence de 12 000 personnes pour sa première édition, de 21 000 en 2013 et de 30 000 en 2014. La Fête des Solidarités, créée à Namur en 2013, affiche une même tendance, avec une affluence de 23 000 personnes dès sa première édition et de 30 000 personnes en 2014.

89Il reste cependant à savoir si l’augmentation globale de la fréquentation est le résultat de la diversification et du renouvellement des publics ou du cumul des pratiques de la part d’un public déjà acquis.

Deuxième partie : Les acteurs

90Le lancement d’un nouvel événement requiert des moyens, humains et financiers, que les fondateurs du projet et l’équipe organisatrice qu’ils décident de mettre en place peuvent trouver auprès d’un certain nombre d’acteurs. Dans cette démarche, les pouvoirs publics jouent souvent un rôle prépondérant, tant dans le financement de la plupart des événements culturels que dans l’organisation de certains d’entre eux. Si les pouvoirs publics incarnent le premier interlocuteur auquel s’adresser pour obtenir un soutien financier, celui-ci n’est cependant pas suffisant pour couvrir l’ensemble des charges qu’implique l’organisation d’un événement, ce qui explique que l’équipe organisatrice se tourne également vers d’autres partenaires, privés cette fois, tels que les sponsors et les médias. Des sous-traitants spécialisés contribuent également à la mise en œuvre du concept tandis que les associations participent pleinement à la vie d’un événement de ce type. Une fois l’organisation réglée, vient le temps de la programmation, souvent déterminante pour garantir la notoriété d’un événement et s’assurer les faveurs d’un public nombreux.

I – Les structures organisatrices

91D’impulsion publique ou privée, les événements culturels s’organisent autour de structures plus ou moins importantes et professionnalisées en fonction de leur taille et des moyens dont ils disposent.

Les différents types de structure

92Les festivals naissent très souvent du désir et de la volonté de leurs concepteurs, et reposent sur un concept original ou sur l’opportunité de disposer d’un lieu d’exception. L’idée de départ peut venir de la sphère privée : une ou plusieurs personnes souhaitent donner vie à leur vision d’un événement. C’est le cas de Namur en mai, initié par un couple qui a depuis peu passé le relais à la génération suivante. Le festival est le fruit d’une passion née dans les années 1980, avec la découverte du Musée des arts forains à Paris et de la relation nouée avec la compagnie des Baladins du Miroir.

93Mais l’impulsion peut également être d’ordre politique. Une ville ou une commune, souvent dans le souci de redynamiser sa localité, peut initier le projet, quitte à ce que celui-ci prenne par la suite les traits d’une structure indépendante. Les instances publiques peuvent en effet promouvoir et organiser des événements selon différents biais.

94Ainsi, le festival Musique de la Vallée, qui propose chaque année des concerts de musique classique, a été initié par cinq communes : Attert pour la Belgique et Beckerich, Ell, Préizerdaul et Redange pour le Grand-Duché de Luxembourg. Celles-ci souhaitaient faire bénéficier la localité de concerts de haute qualité et faire connaître, par la même occasion, leurs richesses patrimoniales en les utilisant comme lieux de concert.

95La ville de Bruxelles organise quant à elle chaque année une série d’événements par le biais de l’asbl Brussels Major Events (BME) : Bruxelles-les-Bains, Plaisirs d’Hiver ou encore le Brussels Summer Festival. Cette asbl, constituée en février 2012, compte parmi ses membres des représentants de la ville, ainsi que quatre représentants de la Région de Bruxelles-Capitale. Une cellule Événements, basée à l’hôtel de ville, gère toutes les demandes événementielles. Elle se charge de coordonner les demandes aux différents services, ainsi que d’obtenir les autorisations nécessaires auprès de la police. Mais c’est l’asbl BME qui gère la coordination et la programmation des événements précités. Elle incarne la structure événementielle de Bruxelles, repose sur une équipe d’une quarantaine de personnes renforcée par du personnel temporaire en fonction des besoins [15], et son statut d’asbl lui permet davantage de flexibilité, notamment au niveau des horaires prestés, que si les services étaient intégrés à ceux de la ville. BME a repris, en 2012, une partie des projets gérés alors par le département Bureau des grands événements (BGE) de l’asbl VisitBrussels [16], qui assure la promotion de la Région de Bruxelles-Capitale, des 19 communes qui la composent, des Communautés et des Commissions communautaires qui y sont établies. VisitBrussels soutient le tourisme à Bruxelles dans un sens plus large que le seul événementiel (informations diverses délivrées aux touristes, aide pour les organisateurs de congrès…). L’institution conserve toutefois parmi ses attributions l’organisation de certains événements culturels au sens large, tels que la Fête de la BD (qui est une initiative de la Région de Bruxelles-Capitale, soutenue par la Communauté française, la ville de Bruxelles et la Commission communautaire française), la Fête de l’Iris (Région de Bruxelles-Capitale) ou encore le festival Eat ! Brussels (initiative conjointe de la Région et de la ville). Bruxelles compte donc un ensemble d’outils et de structures complexes, en évolution constante, dont l’objectif commun est de promouvoir les événements culturels. Que ce soit au nom de la ville ou de la Région, au gré des objectifs politiques du moment, ces structures peuvent décider de soutenir seules un projet ou, le plus souvent, d’unir leurs forces.

Le Brussels Summer Festival

L’exemple du Brussels Summer Festival est intéressant, car il illustre la coopération entre l’asbl Brussels Major Events, la structure événementielle de Bruxelles (ville et Région), et une autre asbl, propre au BSF, l’asbl Festival des musiques de Bruxelles qui, selon ses statuts, « a pour objet de créer un événement touristique et national d’envergure à Bruxelles, qui permet à la ville et à la Région bruxelloise de rayonner de manière locale et internationale. Le festival sera ouvert aux différents arts de la scène sans frontières ni culturelles ni musicales. Il gardera une vocation démocratique et veillera à valoriser les artistes de la Communauté française, de la Belgique et des différentes cultures européennes. Le festival tendra à être un vecteur d’augmentation du flux de visiteurs à Bruxelles, valorisant ainsi un tourisme culturel intégré en parfaite harmonie avec la population. En outre, l’association pourra accomplir tous les actes et toutes les opérations lui permettant de réaliser les objectifs en vue desquels elle a été constituée et notamment s’associer, de manière permanente ou occasionnelle, à d’autres personnes physiques ou morales, privées ou publiques, poursuivant des objectifs identiques ou similaires ou de nature à favoriser la réalisation de son objet ». On retrouve ainsi des personnes de Brussels Major Events à la technique et à la coordination ainsi qu’à la gestion du sponsoring, notamment.
Une des particularités du Brussels Summer Festival est d’offrir des activités annexes à la programmation des concerts qui composent son affiche : les « Much More ». Durant les dix jours de festival, diverses activités culturelles sont en effet proposées aux détenteurs d’un pass pour un prix réduit, avec des partenaires tels que les Musées royaux des Beaux-Arts, l’Atomium, Bozar, le Musée des instruments de musique, le Théâtre royal de Toone, le Musée Magritte, le Café central… La volonté que l’événement profite au dynamisme de la ville dans son ensemble est évidente.

96Pour mettre sur pied un événement, les villes et communes peuvent également s’appuyer sur la création d’une régie autonome. Celle-ci est dotée d’une personnalité juridique distincte de la commune et peut être instaurée pour une série limitée d’activités, parmi lesquelles l’organisation d’événements à caractère public [17].

La prédominance du statut d’asbl

97Une fois l’événement sur les rails, la structure organisatrice qui l’encadre peut revêtir différentes formes en fonction de la taille du projet à porter. Cela peut aller d’une petite structure reposant sur quelques bénévoles aux multiples casquettes à une équipe de professionnels comptant plusieurs salariés, épaulés lors de l’événement par des indépendants et de la sous-traitance.

98Dans la majorité des cas, les organisateurs d’un événement, afin d’être en mesure d’attirer des subsides et de se développer, optent pour une structure juridique dotée de la personnalité civile, le plus souvent celle d’association sans but lucratif (asbl). L’association a pour caractéristiques d’être permanente (même si les membres changent, l’association poursuit son fonctionnement), d’être non lucrative (l’objet principal de l’association n’est pas la recherche du profit) et de ne pas partager les bénéfices éventuels (les gains qu’une association réalise ne peuvent être destinés à l’enrichissement personnel des membres, ni durant la vie de l’association, ni à sa dissolution) [18]. Le statut d’asbl permet de dissocier le patrimoine des organisateurs d’un événement culturel de celui de l’association. Ce n’est plus la responsabilité juridique des organisateurs qui est alors engagée mais bien celle de l’asbl. Au contraire d’autres formes juridiques (société anonyme, sprl…), la constitution d’une asbl ne requiert pas l’apport d’un capital de départ. L’asbl peut ouvrir en son nom un compte bancaire et disposer d’un numéro de TVA, ce qui peut vite s’avérer primordial compte tenu des dépenses que génère ce type d’événements. Elle peut procéder à la mise sous contrat des artistes qu’elle souhaite produire lors de l’événement, à la souscription d’un certain nombre d’assurances, ainsi qu’à l’engagement, même réduit, de personnel. Dans ce cadre, le statut d’asbl permet de bénéficier d’aides à l’emploi et de mettre en place, pour les volontaires/bénévoles, le système de défraiement.

Aides à l’emploi

En Région wallonne, les aides à la promotion de l’emploi (APE) consistent à octroyer, sous la forme de points, une aide annuelle visant à subsidier partiellement la rémunération de travailleurs, une réduction importante des cotisations patronales de sécurité sociale et une indexation automatique du montant de la subvention selon l’évolution de l’indice des prix à la consommation. Cette aide à l’emploi doit être préalablement validée par la Direction de la Promotion de l’emploi du Service public de Wallonie et par le ministre régional de l’Emploi. Ces aides visent à favoriser l’engagement de demandeurs d’emploi inoccupés par des employeurs du secteur non marchand [19]. Un rapport d’activité doit être soumis chaque année à la Direction de la Promotion de l’emploi afin de justifier la pertinence de l’aide accordée. L’aide est octroyée pour une durée déterminée de 3 mois minimum à 3 ans maximum (renouvelable) ou pour une durée indéterminée. L’asbl Promotion des arts forains, qui organise chaque année le festival Namur en mai, compte trois employés dont une partie de la rémunération repose sur le régime des APE de la Région wallonne. Même dans une structure organisatrice plus importante comme celle des Francofolies de Spa, on dénombre un emploi bénéficiant de ce régime. La toute grande majorité, voire la totalité des opérateurs culturels, y compris événementiels, bénéficient de l’aide à l’emploi.
Le même type de régime d’aide à l’emploi existe également du côté de la Région de Bruxelles-Capitale sous les traits des agents contractuels subventionnés (ACS). La subsidiation consiste ici en une prime accordée par la Région, ainsi qu’en l’exonération par la sécurité sociale de la plupart des cotisations patronales pour les emplois concernés. La demande de postes ACS est adressée à Actiris, l’organisme régional de placement, et comprend une description du projet et de la fonction des ACS à recruter. C’est ici aussi au ministre de l’Emploi régional d’accorder ou non son feu vert à la prime.

Les mégastructures

99Si, de manière générale, l’organisation d’un événement culturel en particulier constitue l’activité principale de certaines asbl, d’autres structures ont fait de l’événementiel un business en multipliant les grands rendez-vous dont elles ont la charge. Ainsi, Les Ardentes, à travers son organisation, est devenu en très peu de temps un acteur incontournable de la scène événementielle musicale en Wallonie. Depuis 2006 et la création de ce festival électro-rock à Liège, l’équipe a multiplié son implication dans l’organisation d’événements : Les Transardentes, les Fêtes de Wallonie, le Ronquières Festival et, plus récemment, la Fête des Solidarités (cf. infra). L’organisation est actuellement composée de deux structures distinctes [20] : l’asbl Festiv@Liège et la sprl Les Ardentes. La première bénéficie d’une convention avec la Communauté française (notamment pour l’organisation de concerts toute l’année à travers Les Ardentes Club), occupe des employés de statut APE et intervient dans l’organisation des événements cités comme sous-traitant parmi d’autres. La seconde s’occupe des activités plus commerciales, comme la gestion des bars et du sponsoring, et ne perçoit que 3 % de subsides publics. Son chiffre d’affaires en 2012 était de 3,5 millions d’euros.

100L’asbl Idée fixe [21], à Bruxelles, est un autre exemple de structure importante. Elle se retrouve à la manœuvre dans plusieurs grands événements culturels : la Nuit musicale de Seneffe, les Nuits du cirque à Villers-la-Ville, le Festival international du film policier de Liège, la Nuit de feux au domaine provincial d’Hélécine, le festival Scène sur Sambre à l’abbaye d’Aulne, un opéra en plein air (en 2014 : La Bohème) ou encore le Festival international du film historique de Waterloo. L’asbl Idée fixe a été constituée en 1995 et a pour objet « la mise en valeur et la défense de notre patrimoine socio-culturel ». De 2002 à 2010, l’asbl Idée fixe cogérait également, avec l’asbl Asmae, la Nuit musicale de Belœil. Après appel d’offre, les princes de Ligne, propriétaires du château de Belœil, ont préféré l’asbl Belgium to the tops (BTTT) à l’asbl Idée fixe et l’événement a été rebaptisé les Musicales de Belœil.

101Un autre nom incontournable de l’événementiel, sportif mais également musical, le groupe cinacien Covadis, a vu trois de ses sociétés déclarées en faillite en mars 2014 : Covadis Events, Covadis Sports International et Covadis Spectacles. Outre plusieurs grands rendez-vous tennistiques, la société a mis en place le concept de Tempo Festival, un événement musical, à divers endroits de Wallonie. Le Tempo Festival de Mouscron devait prendre la suite du Tempo Festival de Tournai (organisé depuis 2006), pour lequel l’organisateur et la ville de Tournai n’étaient pas parvenu à un accord pour prolonger l’événement. De manière semblable, le Tempo Festival de Rochefort devait remplacer celui de Ciney. La ville aurait là aussi estimé trop élevé l’investissement exigé par l’organisateur privé. Compte tenu des difficultés rencontrées par Covadis, c’est finalement l’ensemble des Tempo Festival (Mouscron, Rochefort, Huy et Durbuy) qui a été annulé.

L’équipe organisatrice

102D’un événement à l’autre, la taille de l’équipe organisatrice varie en fonction des budgets dégagés et de l’ampleur de l’événement. Il est toutefois possible d’identifier plusieurs postes clés indispensables au bon déroulement de ce type de rendez-vous : la direction (administratif, finances, gestion de l’équipe), la programmation, l’encadrement technique, la promotion, le sponsoring, la communication, le responsable de la billetterie, l’accueil des artistes, le responsable de la sécurité, le responsable des volontaires et bénévoles… La liste est longue et plusieurs postes peuvent parfois être occupés par la même personne. Certaines équipes ne sont constituées que de bénévoles, comme lors du Jam’in Jette. Dans les festivals d’une plus grande ampleur, une certaine forme de professionnalisation s’observe et l’organisation repose alors souvent sur une équipe réduite de quelques salariés, renforcée, lors de l’événement, par le travail des stagiaires et des bénévoles. Dans les toute grosses structures, l’équipe de base peut également faire appel à des indépendants et sous-traitants (voir la section « Les sous-traitants spécialisés » du présent Dossier), comme lors des Ardentes (qui font appel à une cinquantaine de sous-traitants avec leurs propres employés) ou des Francofolies de Spa. La société belge Impact Diffusion incarne l’un de ces sous-traitants et s’occupe par exemple de la gestion des sponsors pour les Francofolies de Spa. Outre des formules de sponsoring et de partenariat, Impact Diffusion propose également la gestion de plans médias.

Des équipes organisatrices de différentes natures

103Le festival Namur en mai, via l’asbl Promotion des arts forains, emploie trois salariés, mais compte également chaque année sur trois ou quatre stagiaires issus d’une école de communication, de tourisme ou de relations publiques. Les stages débutent bien avant le festival pour s’achever en même temps. Cela permet à l’équipe de gérer la communication sur l’événement en interne, via des stagiaires formés par ses soins. Un opérateur extérieur s’occupe de la régie sous le principal chapiteau et une collaboration étroite avec les services de la ville de Namur recouvre tout ce qui touche à l’approvision-nement en électricité, la sécurité…

104Le Festival du film francophone de Namur, en octobre, recourt lui aussi à des stagiaires, pour seconder le régisseur général du festival ou épauler l’équipe de programmation.

105Le Festival du conte à Chiny, début juillet, offre un modèle organisationnel assez similaire, avec une équipe professionnelle de quatre personnes : un coordinateur technique et logistique, un coordinateur artistique également responsable de la communication, une responsable administrative et financière également coordinatrice de bénévoles, et enfin une responsable de l’intendance. Cette équipe consacre le reste de l’année à d’autres activités : spectacles, formations, journées réservées aux professionnels, programmation du festival suivant… L’asbl Chiny, Cité des contes est par ailleurs étroitement liée au Centre culturel du Beau Canton, qui vient prêter main forte à l’équipe en période de festival.

106Les Francofolies de Spa sont organisées par l’asbl Belgomania, qui compte, lors du festival, une petite vingtaine de personnes, dont certaines sont responsables de plusieurs postes : direction, programmation, logistique, direction technique, régie, relations médias, mais également gestion du site Internet et des réseaux sociaux ou direction graphique… Les tâches sont nombreuses. La difficulté est de constituer une équipe suffisamment importante lors de l’événement, alors que les besoins sont moindres le restant de l’année. Le festival fait dès lors appel à des indépendants et à des sous-traitants. Le responsable des médias des Francofolies est ainsi un indépendant qui s’occupe le reste de l’année de la promotion de divers artistes. Le poste partenariats et sponsoring a quant à lui été confié à un sous-traitant : la société belge Impact Diffusion.

107Toutes ces équipes sont renforcées en temps voulu par de très nombreux bénévoles (cf. infra).

Une organisation clé sur porte

108La Fête des Solidarités est un cas particulier, en ce sens qu’elle a pu, dès sa première année de programmation, jouir d’une affiche alléchante et d’une organisation bien rodée. L’événement namurois s’appuie en effet sur l’une des structures des Ardentes : l’asbl Festiv@Liège. Le projet a été initié en 2013 par Solidaris (Mutualités socialistes), qui a attribué, après appel d’offre, le contrat à l’asbl liégeoise. En d’autres termes, l’organisation du festival a été confiée par Solidaris à des professionnels, à travers un appel d’offre auquel devaient initialement participer d’autres sociétés spécialistes de l’événementiel : Expansion Sales & Marketing, Yellow Events et Tour des Sites Organisation asbl. Aucune n’a cependant soumissionné. L’investissement important consenti d’entrée de jeu par Solidaris a permis au festival de s’offrir une très belle affiche dès la première année. Mais l’octroi du contrat à Festiv@Liège a été peu apprécié par bon nombre d’organisateurs ayant vu là l’irruption d’un concurrent « institutionnel » fortement sponsorisé imposer ses dates dans une saison estivale déjà bien remplie.

Les bénévoles

109Au-delà de l’équipe de référence, la plupart des festivals font appel à des bénévoles ou à des volontaires. Les deux termes sont souvent utilisés pour désigner les mêmes personnes. Certaines nuances les différencient toutefois. Ainsi, tout travailleur volontaire est considéré comme bénévole mais tous les travailleurs bénévoles ne sont pas des volontaires. Par exemple, les travaux d’intérêt général sont une occupation bénévole, puisque la personne qui doit s’y soumettre n’est pas payée, mais il ne s’agit pas d’une activité de volontariat, car celle-ci doit se faire sur base volontaire, sans obligation pour celui qui l’exerce. L’Union européenne a par ailleurs consacré l’année 2011 Année européenne du volontariat (et pas du bénévolat), et c’est le terme de volontaire qui fait foi dans la loi du 3 juillet 2005 qui traite de cette question.

110Ils ne sont pas moins de 150 volontaires pour Namur en mai, 220 pour le Festival du conte de Chiny, et entre 350 et plus de 1 000 pour les tout grands festivals tels que Couleur Café, les Francofolies de Spa ou Les Ardentes. Les bénévoles sont indispensables aux festivals qui, de manière générale, les recrutent des mois à l’avance via un appel à candidatures lancé sur leur site Internet. Pour attirer ce public souvent jeune à des postes variés tels que la billetterie, les restaurants, l’accueil des artistes, les déchetteries, l’intendance…, plusieurs possibilités existent.

111Pour le travail accompli, les organisateurs d’un événement peuvent tout simplement offrir des places, un t-shirt officiel de l’événement ou ce type de contrepartie. Lors des festivals d’été, le public cible de ce type de dispositif est souvent formé d’étudiants, qui profitent de l’ambiance de l’événement contre la prestation de quelques heures par jour. Ces volontaires partagent donc leur temps entre travail et festival.

112Qu’il s’agisse d’une grande ou d’une petite structure, un encadrement des bénévoles est nécessaire. Les grandes structures ont par définition besoin d’un nombre conséquent de bénévoles, ce qui implique également un travail plus important de gestion de ces bénévoles au sein de la structure organisatrice de l’événement : formation, répartition des postes, gestion des horaires.

113Les instances organisatrices peuvent également opter pour un système de défraiement des volontaires. Pour les organisateurs de Namur en mai, par exemple, ce système de défraiement permet d’être plus exigeant à l’égard des volontaires que lorsqu’il n’existe aucune contrepartie financière. Il permet d’assurer, via le levier financier qu’il représente, des services de qualité, notamment en ce qui concerne l’accueil des artistes ou du public. Et les volontaires s’y retrouvent puisqu’ils sont payés pour leur prestation. Beaucoup d’entre eux couvrent l’événement depuis dix ans. Ils sont 150 à travailler sur le festival.

114Les droits des volontaires sont définis dans la loi du 3 juillet 2005 [22]. Une organisation peut choisir de verser ou non une indemnité de défraiement. Par contre, l’organisation a l’obligation légale d’informer le volontaire, avant qu’il commence son activité au sein de l’organisation, non seulement de l’option choisie (versement ou non d’une indemnité de défraiement), mais également de la nature de cette indemnité éventuelle. Le volontaire engagé dans une ou plusieurs activités couvertes par un défraiement devra, quant à lui, choisir entre deux systèmes. Soit il perçoit le remboursement intégral de ses frais réels sur remise des pièces justificatives (factures, tickets de caisse, indemnités kilométriques…). Il n’y a alors aucune limite imposée. Soit il opte pour un remboursement forfaitaire. Dans ce cas, deux plafonds, indexés chaque année, lui sont imposés : un plafond journalier et un plafond annuel. Pour l’année 2014, le remboursement forfaitaire ne peut ainsi excéder 32,71 euros par jour et 1 308,38 euros par an. Quel que soit le système de défraiement choisi, aucune cotisation sociale n’est à payer et aucun revenu n’est à mentionner sur la déclaration à l’impôt des personnes physiques. Une organisation faisant appel à plusieurs volontaires peut utiliser les deux systèmes d’indemnisation, mais un volontaire actif dans plusieurs organisations doit choisir un seul et même système pour toutes les organisations où il exerce des activités de volontariat.

115Dans la philosophie du volontariat, le défraiement doit être vu comme une compensation et non comme un salaire. Pour éviter certains abus, le législateur a voulu soumettre les chômeurs et les prépensionnés à certaines restrictions par rapport au volontariat et au défraiement possible qui l’accompagne, puisqu’ils doivent préalablement recevoir l’accord de l’ONEM. Les personnes en arrêt maladie doivent, quant à elles, obtenir l’autorisation du médecin conseil ou de leur mutuelle pour pouvoir exercer comme volontaire.

116Depuis le 1er janvier 2007, les organisations, à l’exception de certaines associations de fait, ont l’obligation de souscrire une assurance pour protéger leurs bénévoles et couvrir leur responsabilité civile liée à l’activité de volontariat. Pour autant, le volontaire pourra être déclaré personnellement responsable en cas de faute intentionnelle ou de faute grave (exemple : un volontaire chargé de déplacer du matériel provoque un accident car il est sous l’emprise de l’alcool).

II – Les pouvoirs publics

117Les pouvoirs publics sont des acteurs importants dans le domaine des événements culturels, non seulement comme organisateurs directs, mais aussi par les objectifs et les outils mis en œuvre dans le cadre plus large des politiques culturelles, économiques ou autres.

Les objectifs et les enjeux

118Les politiques culturelles menées par les pouvoirs publics ont évolué au cours du temps. Traditionnellement, il s’agit de soutenir les différentes expressions artistiques, notamment dans les domaines moins commerciaux, pour garantir la diversité, dans un but éducatif, d’émancipation et d’épanouissement personnel. Plus récemment (il y a une vingtaine d’années en France, moins en Belgique francophone), la culture est devenue un élément fondamental dans la conception de politiques plus larges de développement, y compris au niveau local, et de cohésion sociale. Cette nouvelle vision du rôle de la culture a pour conséquence que les nouvelles politiques culturelles sont moins autonomes et vont de pair avec des politiques menées dans d’autres domaines (économie, secteur social, grandes villes…). Elles restent néanmoins des politiques gérées par les Communautés, à l’écart, dans une large mesure, des politiques gérées par les Régions. La notion de développement (culturel) territorial s’efforcerait de mieux articuler l’ensemble de ces politiques, plus précisément en ce qui concerne les politiques sociales, éducatives, économiques (tourisme compris), environnementales… à l’échelle de territoires pour des populations déterminées. Les considérations économiques déclarées concernent les événements culturels, incluant notamment l’anticipation de retombées financières. Rappelons par ailleurs que les politiques culturelles ne mobilisent pas (et n’ont jamais mobilisé) les budgets les plus importants [23].

Objectifs culturels

Vision des pouvoirs publics

119Depuis les années 1960, des objectifs de démocratisation et d’ouverture à de nouveaux publics, qui passent par l’augmentation de l’offre (capacité, nouveaux lieux, événements) et l’extension du champ des expressions culturelles soutenues par les pouvoirs publics, ont modifié l’intervention de ceux-ci dans le domaine culturel. Ce grand mouvement de démocratisation et de soutien accru par les pouvoirs publics est l’une des raisons de la multiplication des événements culturels ces dernières décennies.

120Les pouvoirs publics sont confrontés à l’articulation de leurs politiques avec l’initiative privée, traditionnellement présente dans les industries culturelles (édition, audiovisuel et cinéma, musique enregistrée, jeux vidéo) pour des raisons de rentabilité, laissant les activités artistiques structurellement déficitaires aux pouvoirs publics. L’événementiel culturel prenant de l’ampleur, des entreprises issues de tous les secteurs économiques interviennent de plus en plus dans le financement plus ou moins désintéressé (mécénat, sponsoring) de manifestations culturelles dont elles attendent, au minimum, des retombées positives en termes d’image (voir plus bas, la section « Le sponsoring et le mécénat »). Selon leur public cible, elles peuvent être amenées à soutenir des pratiques culturelles plus difficiles ou pointues, y compris pour l’émergence de nouveaux talents ou le soutien à l’avant-garde artistique.

121Les objectifs poursuivis par les pouvoirs publics sont, quant à eux, d’abord de nature culturelle au sens strict, visant à assurer la visibilité et la viabilité des différentes pratiques artistiques, ainsi qu’une certaine harmonisation dans l’organisation concrète et la gestion de ces pratiques. Les efforts consentis par les pouvoirs publics portent en premier lieu sur le soutien à la création artistique, aux artistes eux-mêmes et aux lieux où ils se produisent. Ces efforts politiques sont marqués notamment par une vision généreuse et humaniste de la culture comme vecteur d’émancipation, mais vont aussi de pair avec des considérations plus immédiates d’identité et de rayonnement des entités politiques concernées, en particulier dans le cas des événements qui sont les activités culturelles les plus susceptibles d’être largement médiatisées.

122À côté du soutien à la création, les pouvoirs publics offrent également des aides à la diffusion des œuvres et des productions, en allant toujours dans le sens du développement ou du maintien de la diversité de l’offre, y compris moins consensuelle. La philosophie générale veut que ces aides ne se placent pas sur le terrain commercial, ce qui, dans la pratique, doit être nuancé. En d’autres termes, l’idée est de ne pas (ou de moins) soutenir les pratiques économiquement rentables, notamment dans le domaine des industries culturelles [24]. Mais, dans certains cas (pour les segments moins rentables de la filière ou pour les œuvres moins commerciales), une aide ciblée est possible pour celles-ci.

123Les efforts de démocratisation ont porté, pour l’essentiel, sur la décentralisation de l’offre culturelle, mouvement auquel la multiplication des événements prend une part active, et sur l’inclusion de publics économiquement moins favorisés. La politique des centres culturels menée par la Communauté française a tenté de rencontrer ces objectifs en couvrant le territoire d’un maillage d’institutions culturelles polyvalentes regroupées sous la catégorie de centre culturel reconnu par la Communauté française. Ces centres sont également tenus à la démocratisation culturelle dans le cadre du droit à la culture, y compris l’accès économique à la culture. Par ailleurs, certaines institutions culturelles ont lancé des initiatives isolées en abaissant leurs prix pour certaines catégories sociales.

L’asbl Article 27

Active depuis 1999, l’asbl Article 27 a pour but de faciliter l’accès à la culture à des personnes en situation sociale ou économique difficile. Concrètement, Article 27, en réseau avec des partenaires à caractère social (notamment des associations de lutte contre la pauvreté et des CPAS), propose des tickets à prix réduit (1,25 euros en 2014) pour des manifestations organisées par ses partenaires culturels, parmi lesquels un certain nombre de festivals. Cette asbl est notamment financée par la Communauté française, la Région wallonne, la Région de Bruxelles-Capitale, la COCOF et certaines provinces, et a pour sponsors Ethias et la Loterie nationale.

124Les pouvoirs publics endossent aussi un rôle prépondérant dans la préservation et la mise en valeur du patrimoine, en agissant par une série de mesures de protection, mais aussi par des interventions financières ponctuelles (restauration, restitution) ou récurrentes (frais d’entretien). La question de la valorisation de certains bâtiments et sites ainsi préservés se pose. Nombre d’entre eux sont utilisés par divers événements culturels, notamment en synergie avec les politiques touristiques, comme par exemple la Grand-Place de Bruxelles.

Revendications du secteur culturel

125Une part de l’élaboration des politiques publiques provient, dans une mesure plus ou moins importante, des revendications des acteurs culturels, eux-mêmes organisés en associations professionnelles le cas échéant (voir plus bas). Ces revendications ont contribué à l’essor des événements culturels constaté depuis les années 1970, notamment par le biais de la multiplication obtenue des mécanismes de soutien (aux artistes, aux structures) et des expressions artistiques soutenues. Une constante est la demande de financements plus pérennes, supérieurs ou du moins maintenus en contexte de crise ; une autre constante porte sur l’amélioration du statut de l’artiste [25]. Actuellement, une partie de ces revendications porte sur l’accompagnement de la révolution numérique, notamment en termes de régulation (droits de propriété intellectuelle). Le secteur de la musique, le plus touché par ces évolutions, fait aujourd’hui l’objet d’une mutation profonde avec un retour des artistes vers la scène, qui redevient leur principale source de revenus. Les nouveaux événements, accompagnés et parfois lancés par les pouvoirs publics, permettent d’absorber, dans une certaine mesure, cette demande supplémentaire des artistes pour des prestations live.

Objectifs économiques et de développement

126L’activité économique au sens large est stimulée par l’organisation d’un festival ou d’un événement. Forts de ce constat, les pouvoirs publics, et notamment les pouvoirs locaux, ont lancé de plus en plus, depuis une vingtaine d’années, des politiques visant à mettre en valeur la composante événementielle au sein de leurs plans de développement et ont intégré la logique culturelle dans leurs politiques touristiques. L’hypothèse est que la plupart des festivals participent à la redistribution de la richesse créée auprès des populations locales par les emplois qu’ils génèrent, même s’ils sont temporaires.

Tourisme

127Menées depuis longtemps, les politiques en matière de tourisme visent à faire connaître et à mettre en valeur un territoire (région, ville…). Si elles portent globalement sur l’image à faire valoir pour le territoire qui en bénéficie, ces politiques comprennent aussi des aspects économiques bien concrets : le tourisme est un secteur de l’économie à part entière. Dans ce cadre, les efforts des pouvoirs publics s’attachent à la promotion du patrimoine, des sites remarquables, des institutions culturelles et de loisirs, de l’art de vivre… Peu à peu, les événements culturels, qui participent de ces divers aspects, ont révélé de nombreux avantages pour les pouvoirs publics : concentration des efforts à un moment donné, structure de gestion relativement légère, coûts relativement limités (en regard d’institutions permanentes), utilisation concomitante de plusieurs lieux (connus et moins connus) auxquels ces événements permettent de sortir de l’ombre, animation, extension de la saison touristique à des périodes creuses (ce qui rentabilise les équipements touristiques) et impact médiatique assuré. Les politiques se différencient toutefois par le type de tourisme visé (catégories sociales et de revenus, tourisme de masse…), ce qui a des incidences sur le genre d’événement soutenu. Une tradition d’accueil touristique préexistante représente un atout pour le succès des politiques de dynamisation menées : les festivaliers présents pour un événement sont tentés de prolonger leur séjour.

Emploi

128L’événement culturel qui recueille un certain succès peut aussi être un moyen de créer des emplois. Ces emplois sont d’abord artistiques (artistes et techniciens) et administratifs (même si le recours aux volontaires et à l’emploi très temporaire est important, voir plus haut la section « Les structures organisatrices »), mais on les retrouve également au niveau des entreprises qui profitent directement du festival (notamment les sous-traitants spécialisés, ainsi que les partenaires locaux). On constate aussi un certain effet au niveau du chiffre d’affaires des entreprises horeca et des commerces. Les pouvoirs publics, notamment au niveau régional, ont logiquement étendu leurs politiques de soutien à l’emploi aux organisateurs d’événements. L’un des enjeux, lié au caractère temporaire des festivals, serait de lutter contre la précarité de la plupart de ces emplois.

129À l’inverse, l’enseignement artistique financé par les pouvoirs publics offre traditionnellement aux artistes des emplois stables d’une tout autre ampleur, emplois qu’ils combinent habituellement avec une carrière artistique propre.

Mise en valeur de l’attractivité des territoires

130Au-delà des simples politiques touristiques, des politiques de développement économique basées notamment sur la valorisation d’événements culturels sont devenues un élément indispensable dans le chef des pouvoirs publics, en particulier au niveau local. Un phénomène récent consiste à appliquer des techniques de promotion, telles qu’utilisées par le secteur privé, à la mise en valeur de territoires et notamment de villes. Ce « marketing urbain » a pour but de renforcer l’image et l’attractivité de la ville, d’abord dans un but touristique, mais aussi sur la durée, en intégrant la composante festive offerte par les événements, y compris culturels. Il peut être le fait des instances publiques elles-mêmes ou être confié à des entreprises privées spécialisées.

131Il s’agit d’abord d’attirer de nouveaux habitants (ou de maintenir les habitants existants) par ces politiques moins coûteuses que la réalisation de nouveaux équipements et la construction de logements. Les catégories sociales visées par ces opérations de mise en valeur (couches sociales moyennes à supérieures) recoupent de manière assez cohérente le public des événements culturels.

132L’objectif ultime consiste à attirer de nouveaux investisseurs dans l’économie locale. Il est vrai que, pour les entreprises, ce sont les critères économiques qui permettent de faire un premier choix d’implantation (accès aux infrastructures de transport et de communication, présence d’une main-d’œuvre bien formée et motivée ou d’équipements universitaires performants et spécialisés). Cela posé, il semble que le dynamisme culturel local soit aussi devenu un atout non négligeable, notamment parce qu’il permet d’attirer et de motiver le personnel recherché et d’associer l’image positive d’une ville à l’entreprise.

133L’un des enjeux consiste à articuler la politique événementielle avec les politiques de mobilité, de logement, d’emploi…, pour la création d’une dynamique de fond qui permette le développement d’un territoire.

Politique sociale

134Un phénomène récent est la systématisation de l’approche transversale en matière d’enjeux sociaux, ce qui inclut notamment des éléments culturels. Parmi les politiques sociales qui intègrent dorénavant une composante culturelle, qui peut à son tour se rapporter à l’événement culturel, on trouve la politique de la jeunesse, la politique d’intégration et la politique des seniors. À ce stade, les composantes culturelles de ces politiques restent embryonnaires en Belgique francophone.

135La plus avancée en ce sens est la politique de la jeunesse, qui vise, en Communauté française, à favoriser la participation individuelle et collective des jeunes par l’apprentissage d’une citoyenneté responsable, active, critique et solidaire, dans un but d’épanouissement et d’émancipation. Parmi les objectifs figurent notamment le soutien et l’encouragement à l’engagement bénévole et la participation à l’ancrage local des jeunes (implication dans les fêtes locales et les activités communales). Ces principes ont débouché sur la participation, en particulier, de maisons de jeunes dans l’organisation d’événements culturels (comme pour Wacolor à Wavre, par exemple).

136Parmi les enjeux sociaux d’intégration mis en avant par les pouvoirs publics figurent notamment la participation de tous à la vie culturelle au sens large et la mixité du public des manifestations culturelles, en mettant notamment sur pied des activités socioculturelles ciblées. La Zinneke Parade bruxelloise bénéficie d’un soutien dans ce cadre.

137Enfin, la politique des seniors évolue également vers un volet consacré à leur intégration plus forte dans la société. Dans ce cadre, les divers niveaux de pouvoir compétents se sont donné pour objectif d’associer et de fédérer les acteurs économiques, sociaux, culturels et sportifs et de mettre en place des projets répondant à leurs besoins. L’activité culturelle a un effet direct sur la santé des seniors, au même titre que les facteurs économiques et environnementaux. Cela dit, les politiques mises en œuvre aujourd’hui se contentent d’encourager l’extension du public vers une plus grande proportion de seniors, notamment par la favorisation de liens intergénérationnels. Certaines villes proposent toutefois des événements culturels à destination particulière des seniors (voir plus bas, la section « La ville de Bruxelles »).

Les acteurs et les instances en Wallonie et à Bruxelles

138Les compétences en matière culturelle sont le fait, en Belgique francophone, de la Communauté française, à laquelle s’ajoutent, à Bruxelles, la Commission communautaire française (COCOF, qui s’adresse aux francophones), la Vlaamse Gemeenschapscommissie (VGC, qui s’adresse aux néerlandophones [26]) et la Commission communautaire commune (COCOM, compétente pour des matières, notamment culturelles, communes aux deux Communautés). Par ailleurs, l’organisation d’événements culturels et de festivals fait partie, du point de vue des pouvoirs publics, d’un cadre plus large que les seules politiques culturelles (voir plus haut la section « Les objectifs et les enjeux »). Elle prend place, notamment, parmi des politiques sociales et de développement économique. Il en découle qu’à des degrés divers, tous les niveaux de pouvoir existant en Belgique participent à l’organisation et au financement d’événements culturels. En particulier, les Régions, dans le cadre notamment de leur politique de l’emploi, les provinces, notamment par leurs politiques touristiques, et les communes, par toutes les politiques visant à renforcer leur attractivité et leur développement, sont des acteurs de premier plan dans la sphère de l’événementiel culturel. Cela dit, la Communauté française, compétente en ce qui concerne la culture et les matières personnalisables, et les communes, dans le cadre du développement local, jouent un rôle prépondérant.

139Les formes d’intervention comprennent des soutiens financiers (subsides) qui peuvent être ponctuels ou se faire par contrats de longue durée, sur la base d’un cahier des charges. Des procédures spécifiques régulent la manière d’attribuer ces subsides. Qu’il soit communal, provincial, régional, communautaire, fédéral ou européen, chaque niveau de pouvoir, pour les raisons qui lui sont propres, est susceptible d’intervenir financièrement en faveur d’un événement culturel. Il existe également des soutiens en nature (comme la mise à disposition de terrains, de lieux ou d’un soutien logistique) ou en ressources humaines (via du personnel mis à disposition ou la prise en charge du service d’ordre et de sécurité).

140Pour le segment spécifique de la musique en Communauté française, le financement public compte en moyenne pour plus d’un tiers du budget total des festivals en 2011 [27] (voir Tableau 1 ci-dessous). Ce chiffre se base sur un échantillon de 52 festivals musicaux se déroulant en Wallonie ou à Bruxelles. L’échantillon se défend d’être représentatif, mais il témoigne de la diversité des festivals en Communauté française [28]. Les auteurs de l’étude précisent par ailleurs que tous les festivals ne bénéficient pas d’un soutien public, ni ne sont financés de la même manière.

Tableau 1

Répartition du financement public sur le total des recettes des festivals de musique en Communauté française (2011)[29]

Tableau montrant la répartition du financement public sur le total des recettes des festivals de musique en Communauté française (2011).
Niveau de pouvoir Part moyenne dans le total des recettes Communal 7 % Provincial 4 % Régional 7 % Communautaire 18 % Fédéral 0 % Européen 1 % Total des subventions publiques 37 %

Répartition du financement public sur le total des recettes des festivals de musique en Communauté française (2011)[29]

Source : M. Guérinet al., « Les festivals de musique en Belgique : Fédération Wallonie-Bruxelles et Flandre », in E. Négrieret al., Festivals de musique(s) : un monde en mutation, Paris, Michel de Maule, 2013, p. 177.

141Parmi les pouvoirs publics subsidiants, la Communauté française apparaît en Wallonie et à Bruxelles comme le plus grand contributeur financier dans le budget des festivals de musique. Acteurs du développement local, les communes, les provinces et la Région wallonne participent également de manière non négligeable au financement de ce type d’événements. L’Autorité fédérale et l’Union européenne interviennent, quant à elles, de manière exceptionnelle dans le financement des festivals, et plus largement des événements culturels.

142L’Autorité fédérale, lorsqu’elle intervient financièrement, le fait le plus souvent à travers la Loterie nationale, société de droit public dont l’État fédéral est l’unique actionnaire. Une partie des recettes de la Loterie nationale (environ 30 %) est en effet affectée au soutien de projets d’intérêt général, culturels entre autres. Le festival international Europalia, le festival Next dédié aux arts scéniques, les Nuits du cirque sont quelques exemples d’événements culturels qu’elle soutient.

143De 2000 jusqu’à 2013, l’Union européenne, à travers le Programme culture, a soutenu financièrement des activités et actions, des projets de coopération culturelle et des festivals répondant à des critères bien précis. L’Union européenne ne prend en charge qu’une partie du financement des événements qu’elle soutient. Les projets de coopération impliquant un partenaire belge issu de Wallonie ou de Bruxelles sont nombreux parmi l’ensemble des projets de coopération subventionnés par le Programme culture 2007-2013. Les bénéficiaires sont la plupart du temps des institutions culturelles, mais on y trouve également quelques événements, parmi lesquels Ars Musica, Namur en mai, le Festival de Wallonie, la Zinneke Parade… Dans le cadre du Programme culture 2007-2013 toujours, l’appel spécifique destiné aux festivals n’a connu que trois éditions et n’a bénéficié qu’à un seul festival belge, le Kunstenfestivaldesarts.

144D’autres programmes européens peuvent également soutenir certains événements culturels selon le cas. Le festival City Sonic, Festival international des arts sonores de Mons bénéficie, par exemple, du soutien de l’Union européenne par le biais du programme FEDER Interreg IV Wallonie-France-Vlaanderen.

La Communauté française

145Les initiatives et les interventions de la Communauté française (ou Fédération Wallonie-Bruxelles) constituent, à l’échelle de son territoire, le principal soutien public aux événements culturels les plus importants. De plus, la Communauté française soutient non seulement les événements et festivals (c’est-à-dire les organisateurs et organismes), mais aussi les artistes, notamment quand ils se produisent lors de ces événements. La politique menée par la Communauté française a également évolué vers un rôle d’harmonisation des pratiques dans le domaine des événements culturels.

Figure 1

Organigramme simplifié du Ministère de la Communauté française

Description de l'image par IA : Organigramme du Ministère de la Communauté française avec divers services et directions.

Organigramme simplifié du Ministère de la Communauté française

146Au sein du Ministère de la Communauté française, il n’existe pas d’entité administrative propre qui se consacre exclusivement aux événements culturels (ou aux festivals), ou encore aux artistes qui s’y produisent. Les activités d’encadrement et de financement sont le fait des différents services administratifs du Ministère, selon leurs compétences (notamment en ce qui concerne les divers secteurs et sous-secteurs artistiques).

147Le soutien financier aux événements culturels doit être mis en perspective avec la répartition du budget de l’Administration générale de la Culture (voir Graphique 7). Le secteur de la Jeunesse et de l’Éducation permanente a pris la première place depuis quelques années, devant celui des Arts de la scène, ce qui dénote un glissement des types de soutien pratiqués. Les Affaires générales, troisièmes en ordre d’importance, ne comprennent pas de postes consacrés directement au soutien d’activités artistiques.

Graphique 7

Répartition du budget de l’Administration générale de la Culture

Description de l'image par IA : Diagram circulaire montrant la répartition du budget culturel en 2011.

Répartition du budget de l’Administration générale de la Culture

Budget total (2011) : 281 885 000 euros.
Source : Communauté française, Focus Culture 2011.

148Au sein de la Direction générale de la Culture, plusieurs services généraux ont parmi leurs attributions des soutiens directs ou indirects aux festivals ou autres événements culturels, et aux artistes susceptibles de s’y produire. D’une manière générale, les événements bénéficient de subsides largement inférieurs à ceux accordés aux structures permanentes, même en retirant les très gros opérateurs (l’Opéra royal, l’Orchestre philharmonique, le Théâtre national, Charleroi Danse, le Botanique…).

Service général des Arts de la scène

149C’est au niveau du Service général des Arts de la scène qu’on trouve les plus importants soutiens à l’événementiel culturel. Avant d’analyser en détail les politiques menées dans les différents services dépendant des Arts de la scène, le tableau récapitulatif des budgets par domaine culturel permet de constater la prépondérance du théâtre et de la musique (plus de 80 % du total) au sein de ceux-ci.

Graphique 8

Répartition du budget du Service général des Arts de la scène par domaine culturel

Description de l'image par IA : Diagram circulaire montrant la répartition budgétaire des différents domaines culturels.

Répartition du budget du Service général des Arts de la scène par domaine culturel

Source : Communauté française, Focus Culture 2011.

Service de la Diffusion

150Le Service de la Diffusion des Arts de la scène a pour objet de promouvoir la diffusion, à Bruxelles et en Wallonie, de spectacles (théâtre, musique, danse, arts forains, du cirque et de la rue) d’artistes ou de groupes artistiques issus de la Communauté française, en pilotant et coordonnant les programmes des Tournées Art et Vie et des Spectacles à l’école, en améliorant la visibilité des artistes et groupes auprès des programmateurs, et en octroyant des subventions aux petits lieux de diffusion pluridisciplinaire.

151Principal outil de diffusion des spectacles, les Tournées Art et Vie soutiennent la circulation des spectacles vivants diffusés en public (en dehors du temps scolaire), y compris lors d’événements culturels. Des dispositifs spécifiques visent à soutenir la diffusion de la musique classique (le Programme classique) et des musiques actuelles (le Programme rock, voir encadré). Concrètement, il s’agit de l’octroi de subventions par représentation ; des aides complémentaires accordées par les services culturels des provinces francophones et par la COCOF sont possibles.

Le Programme rock

Le Programme rock, principale forme de soutien du rock du Service de la Diffusion de la Communauté française, a comme double objectif la prise en compte de la dynamique du secteur rock en Communauté française et la volonté de proposer des aides adaptées aux réalités du terrain, à la spécificité de cette expression artistique et des acteurs qui la relaient, englobant tous les styles de la musique alternative, rock, pop, électro, hardcore…
Le Programme rock soutient ainsi en 2014 les groupes et les organisateurs. Parmi les groupes soutenus figurent notamment Do or Die, Eté 67, Ghinzu, Girls in Hawaii, Jeronimo, Joshua, Major Deluxe, Vismets, Hollywood Porn Stars, The Moon Invaders, Malibu Stacy, Montevideo, Alpha 2.1, Mud Flow, Bikinians, Daggers, Driving Dead Girl, Joy, Raymondo, Sharko, Soldout, Superlux, The Von Durden Party Project, Depotax ou Puggy. De même, de nombreux festivals, tels l’Autumn Rock, le Bear Rock, le PacRock, le Dour Festival, le Durbuy Rock, la Fiesta du Rock, les Aralunaires, le Verdur Rock, le Ward’in Rock, le Bucolique Festival ou le festival LaSemo ont été soutenus par le Programme rock.

152La participation aux Tournées Art et Vie est conditionnée par des principes impératifs : seuls les spectacles reconnus par le Service de la Diffusion peuvent être subventionnés (en 2014, la liste comprend plusieurs centaines de spectacles d’artistes individuels et de groupes) ; et seuls les programmateurs reconnus sont habilités à introduire des demandes de subsides Art et Vie.

153Parmi les règles qui s’appliquent aux spectacles figurent notamment des conditions d’originalité et de durée. La subvention, forfaitaire (selon le nombre d’artistes sur scène et de techniciens), ne peut être qu’une contribution au paiement de l’artiste (elle ne peut pas constituer la seule forme de paiement). Le prix de la prestation lui-même doit être suffisant pour couvrir les frais de la représentation et la rémunération des artistes et techniciens, charges sociales et fiscales comprises. Des conditions quant à la participation du public (publicité de la représentation, droit d’entrée de minimum 4 euros) excluent du programme Art et Vie les manifestations gratuites, les représentations privées ou les spectacles se donnant sur invitation.

154La grande majorité des organisateurs éligibles dans le cadre des Tournées Art et Vie est formée d’institutions permanentes, mais des organisateurs d’événements s’y trouvent aussi. Des conditions particulières détaillées s’appliquent aux festivals. En premier lieu, les festivals bénéficiant d’un subside d’un des services des Arts de la scène peuvent introduire des demandes de subvention Art et Vie, pour autant que le montant de ce subside n’excède pas 100 000 euros par édition. Les autres festivals font l’objet d’une reconnaissance particulière du Service de la Diffusion sur la base d’un dossier comprenant notamment les statuts du festival candidat, les programmations antérieures (existence d’au moins 2 ans requise), la programmation de l’édition concernée (au moins un tiers d’artistes de la Communauté française exigé), les comptes et bilans des deux dernières éditions, une note détaillant l’expérience professionnelle du directeur artistique ou du programmateur, une note détaillant les publics visés et une note détaillant la situation géographique et le contexte socio-économique.

155Dans deux cas particuliers, le Service de la Diffusion n’intervient pas : pour la Fête du 27 septembre (qui émarge à un budget particulier au Service du Théâtre) et la Fête de la musique (le 21 juin, qui émarge à un budget particulier alloué au Conseil de la Musique [30]).

156Le Service de la Diffusion participe à l’organisation d’événements dont l’objectif principal est de promouvoir, principalement auprès des programmateurs, une plus grande visibilité des artistes ou groupes artistiques sélectionnés par des jurys spécialisés. Depuis 2012, ProPulse, le Rendez-vous des arts de la scène s’inscrit dans ce cadre (voir plus bas, la section « Les artistes »).

Service du Théâtre

157Le Service du Théâtre, relevant du Service général des Arts de la scène, a pour mission de promouvoir, favoriser et développer la création et les initiatives artistiques dans le domaine du théâtre en Communauté française. La diffusion internationale des théâtres est assurée par Wallonie-Bruxelles International (WBI), en partenariat avec Wallonie-Bruxelles Théâtre/Danse (WBTD). Les activités de loin les plus importantes du Service du Théâtre concernent la gestion des reconnaissances, des conventions et des contrats-programmes des théâtres et compagnies de tous types et leur subventionnement. Toutefois, il octroie aussi des subventions aux festivals et associations de promotion et de recherche théâtrales, et assure le secrétariat des commissions consultatives relevant du secteur.

158Le Service du Théâtre est le domaine des Arts de la scène le plus important sur le plan budgétaire : en 2011, le budget global s’élevait à 39 758 000 euros. Certains organismes, dans le cadre de leur convention ou de leur contrat-programme, ont l’obligation d’organiser des événements culturels. Le Théâtre de Liège doit par exemple organiser cinq événements spécifiques, pendant la durée de son contrat-programme, sous forme de temps forts ou de festivals, autour de la jeune création et/ou de la danse. Il doit aussi organiser un événement spécifique autour des écritures actuelles.

159Parmi les organisateurs de festivals aidés figurent notamment Del Diffusion Villers asbl (69 314 euros, 2013), le Festival du Jeune Théâtre asbl (organisateur du Festival de Liège, 407 200 euros, 2013), le Festival de Spa (255 910 euros, 2013), le Festival Théâtre au Vert asbl (31 304 euros, 2012), le Festival Vacances théâtre de Stavelot asbl (25 000 euros, 2012) et le Kunstenfestivaldesarts (597 566 euros, 2013). On remarque, en comparant la situation du Festival de Spa et celle du Festival Jeune Théâtre, que la taille n’est pas le seul critère déterminant l’ampleur de la subvention, qui tient également compte de critères artistiques et de viabilité économique (le Festival de Liège, organisé par Festival Jeune Théâtre asbl programme des œuvres moins accessibles de jeunes auteurs émergents, dans lesquelles se produisent de jeunes artistes de faible notoriété).

Service des Musiques

160Le Service des Musiques a pour objet de promouvoir, de favoriser et de développer la circulation des ensembles musicaux professionnels et la création musicale contemporaine en Communauté française, en gérant les conventions et contrats-programmes, en octroyant des subventions aux institutions musicales et lyriques et aux organisateurs de concerts et festivals, en octroyant des bourses aux compositeurs, en réalisant des CD thématiques…

161Le Conseil de la musique contemporaine et le Conseil de la musique classique, qui ont compétence d’avis sur tout ce qui touche à la musique contemporaine professionnelle et à la musique classique professionnelle respectivement, se prononcent notamment sur les subventions aux festivals et aux manifestations.

162Les budgets ventilés selon les sous-secteurs musicaux reflètent la philosophie évoquée plus haut de soutien plus important aux expressions musicales non rentables. Le budget global pour la musique classique et contemporaine s’élève, pour 2013, à 30 170 000 euros, dont 23 524 000 euros vont aux deux institutions majeures que sont l’Opéra royal de Wallonie et l’Orchestre philharmonique royal de Liège. La part éventuelle allouée aux festivals n’est pas distinguée. Le budget global affecté au secteur des musiques non classiques en Communauté française s’élève à 3 062 000 euros pour l’année 2012. La relative faiblesse de ce montant, dix fois inférieur environ à ce qui a cours pour les musiques classiques, a fait l’objet de critiques dans un passé récent, alors que l’assise économique des musiques non classiques s’érode rapidement à l’ère des technologies numériques.

163Contrairement à la pratique du Service du Théâtre, le Service des Musiques ne reprend pas les festivals sous forme de postes budgétaires séparés.

Service des Arts forains, des Arts de la rue et des Arts du cirque

164Le Service des Arts forains, des Arts de la rue et des Arts du cirque cherche à promouvoir, favoriser et développer la création, les manifestations et initiatives dans les domaines du cirque, des arts forains et des arts de la rue en Communauté française, en gérant les contrats-programmes et conventions et en octroyant des subventions aux compagnies, festivals, projets de création, lieux de création et activités de promotion. À l’inverse des autres directions du Service des Arts de la scène, le Service des Arts forains, des Arts de la rue et des Arts du cirque soutient majoritairement des événements culturels, en raison du profil particulier du domaine artistique qu’elle représente.

165Un certain nombre de festivals bénéficient de subventions : le Festival de Chassepierre (convention) ; le festival Les Unes fois d’un soir (convention) ; le festival Up ! (via la convention de l’Espace Catastrophe) ; le Festival Rue du Bocage (convention) ; le festival Les Tchafornis (convention) ; le festival Les Fêtes romanes (convention) ; le Visueel Festival Visuel ; le festival La Piste aux espoirs ; Namur en mai ; et le Festival Bitume (convention pluridisciplinaire).

Service de la Danse

166L’un des Services dépendant du Service général des Arts de la scène, le Service de la Danse, a pour mission de promouvoir, favoriser et développer la création et les initiatives artistiques dans le domaine de la danse professionnelle d’aujourd’hui en Communauté française. Ses missions se traduisent notamment par l’octroi de subventions aux compagnies, aux projets chorégraphiques et aux festivals de danse.

167Budgétairement, le Service de la Danse est le domaine des Arts de la scène qui a connu l’augmentation la plus significative : en dix ans, le budget dévolu à la danse est passé de 3,5 à plus de 6 millions d’euros (2011). Ce dernier montant comprend la subvention au Centre chorégraphique de la Communauté française Charleroi/Danses (3 320 000 euros), les subventions de fonctionnement aux compagnies et associations bénéficiant d’un contrat-programme ou d’une convention (2 317 000 euros) et les subventions ponctuelles ou aides aux projets et festivals (450 000 euros). À l’instar des Services du Théâtre et de la Musique, on note la part limitée occupée par les événements culturels au sein du Service de la Danse.

Service des Projets interdisciplinaires (et du conte)

168Enfin, le Service des Projets interdisciplinaires (et du conte) a pour objet de promouvoir, favoriser et développer la création, la diffusion et les initiatives artistiques de niveau professionnel en Communauté française dans les domaines interdisciplinaire (c’est-à-dire qui associent en parts significatives deux ou plus de deux types d’expression artistique) et du conte, sur le modèle des autres Services chargés d’un domaine d’expression artistique.

Autres services généraux

169Le Service général des Lettres et du livre, et notamment la Direction de la Promotion des lettres, soutiennent quelques événements dans leur secteur. Il s’agit en particulier de la Fureur de lire (voir encadré), opération de sensibilisation du grand public à la lecture.

La Fureur de lire

La Fureur de lire s’inspire de Lire en fête, un événement lancé en France en 1989. L’idée était alors de faire descendre la lecture dans la rue et de créer un moment festif partagé par le plus grand nombre, sur le modèle de la Fête de la musique. L’objectif qui perdure aujourd’hui est de valoriser les potentialités de la lecture (en termes de plaisir, d’ouverture, de formation…) ainsi que tous les acteurs de la chaîne du livre : auteurs, éditeurs, libraires et bibliothécaires.
Coordonnée par le Service général des Lettres et du livre, la Fureur de lire se déroule chaque année vers la mi-octobre et prend place dans différents lieux de Wallonie et de Bruxelles, dans un esprit de festivité et de proximité avec le public. Durant 5 jours, ce sont plusieurs centaines d’animations en lien avec la lecture, pour la plupart gratuites, qui sont proposées aux bébés, aux enfants, aux adolescents et aux adultes.
Les animations sont majoritairement organisées et accueillies par les bibliothèques de Wallonie et de Bruxelles, mais des librairies (labellisées) et des associations participent également à la Fureur de lire.

170L’événement commercial qu’est la Foire du livre de Bruxelles comporte également un volet non lucratif d’animations et de conférences qui reçoit le soutien du Service général des Lettres et du livre.

171Le Service général du Patrimoine et des Arts plastiques soutient également quelques événements, notamment en ce qui concerne le design. Il propose également son aide pour l’organisation d’un événement.

172Le Service général de l’Audiovisuel et des multimédias ne dépend pas de la Direction générale de la Culture, mais directement du Secrétariat général du Ministère de la Communauté française. En son sein, le Service de la Promotion et de la diffusion cinéma vise à encourager et à soutenir la promotion et la diffusion du cinéma d’auteur, et en particulier du cinéma d’auteur belge francophone, tant en Belgique qu’à l’étranger notamment en soutenant les producteurs, les distributeurs, les organisateurs de festivals, les responsables de plates-formes numériques, les ateliers et les exploitants de salles de cinéma. Encore une fois, les festivals occupent une place secondaire parmi les missions de ce service.

173Le Centre du cinéma subventionne les œuvres dès le moment du tournage. Il soutient aussi la promotion des films belges via des aides lors de la sortie dans les salles, ainsi que lors d’une sélection dans les principaux festivals. Outre ce rôle, le Centre du cinéma soutient également tous les moyens de diffusion et de distribution en aidant les festivals, plusieurs salles de cinéma, les centres culturels et Point-Culture.

174Le Service général inspection de la Culture gère le Centre de prêt de matériel de Naninne, où toute association (asbl ou association de fait) ou institution qui organise une activité socio-culturelle peut solliciter un prêt. Les prêts sollicités par les associations reconnues ou subventionnées par la Direction générale de la Culture sont traités immédiatement. Des conditions de délais s’appliquent aux autres associations. Les prêts peuvent notamment porter sur du matériel de festival, du matériel scénique, du matériel de concert, d’éclairage… Le Centre de prêt de matériel de Naninne et les autres centres de prêt publics (dépendant de la COCOF ou des provinces) sont surtout sollicités par les petits festivals locaux.

175À ce stade, il est possible de donner un panorama global approximatif (établi à partir des chiffres disponibles) des événements culturels aidés par la Communauté française, selon leur domaine artistique. On constate que près de la moitié des subsides sont destinés aux festivals musicaux, les musiques non classiques obtenant un peu plus que les musiques classiques. Si l’on y ajoute le théâtre ainsi que la danse, on atteint les trois quarts des sommes attribuées. À l’inverse, les arts plastiques et les arts numériques apparaissent marginalisés : il y a très peu d’événements indépendants dans ces secteurs (la plupart des expositions se font en interne au niveau des institutions muséales).

Graphique 9

Ventilation des soutiens financiers de la Communauté française aux festivals et aux événements par catégorie artistique (2012)

Description de l'image par IA : Diagram circulaire montrant la répartition des financements par catégorie artistique.

Ventilation des soutiens financiers de la Communauté française aux festivals et aux événements par catégorie artistique (2012)

Source : Communauté française.

La Commission communautaire française (COCOF)

176La Commission communautaire française (COCOF) vient la plupart du temps en appoint aux initiatives de la Communauté française sur le territoire bruxellois (dans les matières culturelles, la COCOF est subordonnée à la Communauté française, dont elle applique la politique en tenant compte des spécificités bruxelloises). Parmi les initiatives plus particulièrement soutenues par la COCOF, on trouve l’aide apportée à la promotion, à la diffusion et à la production de la chanson française en Région bruxelloise, par exemple par le biais de l’organisation de la Biennale de la chanson. Par ailleurs, la COCOF soutient le festival Ars Musica, la Société philharmonique, les activités musicales gratuites, le Festival des Midis-Minimes ou les concerts dans les parcs. Elle soutient aussi l’initiation à la musique et à l’opéra réalisée par le service éducatif du Théâtre royal de la Monnaie et par les Jeunesses musicales.

177Comme la Communauté française, la COCOF dispose d’un service de prêt de matériel. Au niveau de l’administration, le service de prêt de matériel audiovisuel relève du Service de la Culture (Direction d’administration Affaires culturelles et tourisme). Peuvent notamment y faire appel les asbl culturelles, sociales et de jeunesse exerçant leurs activités sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale.

Les communes

178Les communes, pour renforcer leur image et développer le commerce et le secteur touristique, soutiennent, dans des proportions variables, la plupart des événements culturels organisés sur leur sol. Au cours du temps, la plupart des villes moyennes ou grandes se sont dotées d’instruments spécifiques (en interne ou sous forme d’asbl liées à la ville) chargés de l’organisation d’événements, notamment culturels. D’une manière générale, la part purement culturelle des événements passe souvent au second plan derrière l’aspect festif (et parfois derrière les objectifs commerciaux). Les exemples choisis comprennent, aux côtés de deux grandes villes, la capitale culturelle wallonne, Mons, et une ville de taille moyenne à tradition touristique séculaire, Spa.

La ville de Bruxelles

179La ville de Bruxelles organise chaque année, dans le cadre de sa politique d’animation urbaine, Bruxelles-les-Bains, la Foire du Midi, les Plaisirs d’hiver, ainsi que le Brussels Summer Festival, Place au printemps et la Nuit blanche, qui sont soit des festivals, soit des événements festifs à composante plus ou moins commerciale. De nombreuses autres manifestations ont également lieu tout au long de l’année à Bruxelles, soit soutenues soit co-organisées par la ville : des manifestations folkloriques (Ommegang, Meyboom…) ou des initiatives publiques. Il s’agit d’une véritable politique événementielle menée par la ville dans le but avoué de proposer un événement, quel qu’il soit, tout au long de l’année.

180Les grands événements lancés par la ville de Bruxelles génèrent une augmentation de la fréquentation touristique de la capitale (2,5 millions de visiteurs pour les Plaisirs d’hiver), développent le commerce local et assurent des retombées économiques importantes pour la ville. D’abord, ils augmentent l’activité des commerces alentour (jusqu’à 20 à 30 %) ; ensuite, ils permettent de développer l’emploi bruxellois ; enfin, ils renforcent la fréquentation touristique. Cette politique a pour objet de revaloriser l’image de Bruxelles et de faire revivre des quartiers où la convivialité et l’activité économique se dégradaient.

181Nous avons analysé plus haut (voir la section « Les structures organisatrices ») quelques instances qui organisent des événements culturels pour la ville de Bruxelles. Parmi ceux-ci, le Brussels Summer Festival a contribué à l’essor, dans un passé récent, du quartier Mont des Arts / place Royale comme plaque tournante de l’offre culturelle bruxelloise (avec également l’ouverture du Musée Magritte et celle du centre d’information touristique BIP), y compris en soirée.

Nuit blanche

182Plusieurs capitales européennes, dont Bruxelles, organisent une Nuit blanche, et ont élaboré une charte Nuit blanche Europe, qui définit leur vision commune de l’événement. Organisée à Bruxelles par le Service de la Culture et l’asbl Brufête liée à la ville, Nuit blanche est une manifestation culturelle ouverte à tous et gratuite, à la fois artistique et populaire, qui privilégie la création urbaine sous toutes ses formes, met en lumière différentes facettes de la ville et met en scène l’espace public revisité par les artistes et les associations bruxelloises. L’une des spécificités de Nuit blanche Bruxelles, depuis son adhésion en 2005 à Nuit blanche Europe, est son aspect participatif, lequel repose sur un appel à projets lancé vers l’ensemble des acteurs culturels, dans une optique élargie à la politique sociale et à la politique d’intégration (notamment par l’inclusion de catégories socio-économiquement plus faibles ou de populations issues de l’immigration).

183Lors de la Nuit blanche, le public est aussi invité à devenir artiste le temps d’une nuit via différents ateliers participatifs. Outre les activités artistiques, Nuit blanche, comme les autres événements culturels gérés par la ville, est aussi l’occasion de mettre en avant un autre « Brussels by Night » plus festif au travers de soirées et concerts divers, de proposer un espace de réflexion autour de tables de conversation ouvertes à tous (Université de la nuit), mais également de générer des retombées économiques.

Politique des seniors

184Chaque année, le Service des Seniors organise la Semaine des seniors pour les 55 ans et plus sur le territoire de la ville de Bruxelles. Cet événement gratuit propose aux aînés d’assister à des conférences, à des festivités et à des activités dans les différents quartiers de la ville ; il comporte un aspect culturel. La programmation focalise son attention sur les problématiques actuelles que rencontrent les seniors en ville.

Liège

185La ville de Liège a créé un département Culture, musées et tourisme au sein de son administration, mettant en commun des compétences séparées auparavant (elles sont toujours gérées au sein de départements distincts par la ville de Bruxelles, par exemple ; voir plus haut). Par sa nature même, ce nouveau département est voué à assurer la gestion transversale des collections à valeur patrimoniale de la ville, qu’il s’agisse d’œuvres d’art, de cartes anciennes, de livres précieux, de témoins archéologiques ou encore d’archives. Ce département gère également l’animation de projets et de lieux culturels tels que les musées, les bibliothèques, les fonds patrimoniaux. D’autres institutions, comme le Théâtre de Liège, bénéficient des services de ce département, qui assure également la gestion d’une maison et d’un office du tourisme.

186Concrètement, le département comprend la gestion des Affaires culturelles, de la Bibliothèque Ulysse Capitaine, du service de la Lecture publique, du Patrimoine culturel (archives et collections), des Musées communaux et de l’Office du tourisme. Il promeut et encadre les actions et activités touristiques et culturelles de la ville de Liège. Ceci dit, et comme à Bruxelles, le but affiché est d’occuper le calendrier toute l’année par de grands événements récurrents, qu’ils soient culturels, festifs ou plus commerciaux, tels que les festivals, les fêtes et les foires. La ville de Liège soutient notamment des festivals d’envergure nationale (Les Ardentes) aux côtés de la Communauté française.

Mons

187Mons est depuis 2002 la capitale culturelle de la Wallonie, sur une initiative de la Région wallonne. Jusqu’à présent, les réalisations concrètes dans ce cadre ont surtout concerné les équipements culturels de la ville (musées, théâtres, Orchestre de chambre de Wallonie en résidence). Le Festival du film d’amour, qui s’insère dans cette politique, a été fondé plus tôt (1984).

188Mons a également, avec la ville tchèque de Pilsen, été sélectionnée comme capitale culturelle européenne pour 2015. La Fondation Mons 2015 est une structure autonome (c’est une exigence européenne) qui garantit à la direction artistique son indépendance et sa capacité à disposer de son budget. Son conseil d’administration, où siègent cependant des femmes et des hommes politiques locaux, provinciaux et régionaux, est présidé par une personnalité indépendante issue du monde économique (Guy Quaden, ancien gouverneur de la Banque nationale de Belgique). La Fondation Mons 2015 n’en collabore pas moins étroitement avec les autorités de la ville de Mons. Une attention particulière est accordée à l’implication de la population locale, et notamment des seniors, des jeunes, et des catégories moins favorisées.

189La Maison du tourisme du pays de Mons et le site visitmons.be développent l’image de la ville, comme pour d’autres initiatives identiques (Visitbrussels, voir plus haut), combinant économie et culture. Mons a été parmi les premières communes wallonnes à se doter d’une véritable politique de marketing urbain.

Spa

190La ville de Spa se positionne depuis plusieurs siècles comme lieu de tourisme thermal, de loisirs, mais aussi d’activités culturelles. Signalons les événements d’ampleur que sont à l’heure actuelle le Festival de théâtre et les Francofolies (voir plus haut). Un office de tourisme très présent centralise toutes les activités de toutes les institutions au sein de l’administration communale. Le tourisme est le principal secteur économique spadois, avec la gestion des sources. Par ailleurs, Spa accueille des manifestations commerciales dans le domaine culturel : par exemple, en ce qui concerne les arts plastiques, la Fine art week Spa.

Initiatives de gestion de l’espace urbain

L’Association de management de centre-ville (AMCV), soutenue par la Région wallonne, a été créée en 1997 pour dynamiser les centres urbains. L’action de l’AMCV vise à appliquer au centreville des méthodes de gestion privée des grands centres commerciaux. Dans ce cadre, elle soutient les animations et événements divers. Elle regroupe des acteurs publics et privés, parmi lesquels des associations locales de gestion du centre-ville. Les principales villes de Wallonie en font partie, la plupart sous forme d’une asbl spécifique liée aux autorités communales. Les différentes associations de management de centre-ville sont par ailleurs soutenues par les autorités régionales. La Région wallonne leur accorde trois types d’aide à l’emploi : les postes de gestionnaire et d’assistant peuvent être financés par le dispositif des aides à la promotion de l’emploi (APE) ; des emplois de stewards urbains par le recours au programme de transition professionnelle (PTP) ; et l’amélioration du cadre de vie urbain par du personnel Rosetta (Convention de premier emploi). Onze villes wallonnes sont actuellement concernées : Arlon, Charleroi, Châtelet, La Louvière, Liège, Louvain-la-Neuve, Mons, Mouscron, Namur, Tournai et Wavre.

Les autres intervenants

Les Régions

191Les Régions soutiennent la plupart des événements par des aides à l’emploi et, pour les plus importants, par des subsides directs.

La Région wallonne

192Les aides à la promotion de l’emploi (APE, voir plus haut) permettent à l’employeur de bénéficier d’un subside plus ou moins élevé selon la situation. Parmi les employeurs pouvant faire appel à ce programme d’emplois subsidiés, on trouve notamment les pouvoirs locaux (dont les communes) et le secteur non marchand (dont les asbl). D’autres politiques peuvent être utilisées, dont le programme de transition professionnelle (PTP) et le programme d’activation des seniors. Les aides à la promotion de l’emploi sont largement utilisées par les organisateurs d’événements culturels, qu’il s’agisse d’initiatives publiques ou privées.

193La Région wallonne organise, promeut et soutient les initiatives privées et publiques, en concertation avec les 5 fédérations touristiques wallonnes, les 42 maisons du tourisme et les divers offices du tourisme et syndicats d’initiative. Le Commissariat général au Tourisme coordonne la politique régionale en matière touristique.

194La Direction de la Stratégie touristique a pour mission de suivre la mise en œuvre de la stratégie de développement touristique de la Wallonie. À cette fin, elle abrite l’Observatoire du tourisme wallon, réalise ou accompagne différentes études stratégiques structurantes et encourage la mutualisation de l’ingénierie touristique. Elle coordonne la mise en œuvre de la démarche « Wallonie destination qualité », qui s’adresse aux entreprises du secteur sur le modèle du Programme qualité du tourisme suisse. Elle apporte son soutien aux grands événements culturels (Musicales de Belœil, Fêtes de Wallonie), mais aussi au folklore (carnavals, marches, grands feux). À nouveau, les événements culturels s’insèrent dans une politique plus large.

La Région de Bruxelles-Capitale

195Les emplois subsidiés ACS sont l’équivalent des APE wallons pour Bruxelles (voir plus haut).

196Dans le domaine du tourisme, Visitbrussels est l’agence de communication du tourisme de la Région de Bruxelles-Capitale, son but étant d’étendre et de renforcer l’image d’une des principales villes européennes, siège des principales institutions de l’Union européenne. Parmi ses missions, on trouve l’organisation ou le soutien de grands moments festifs, culturels ou sportifs dans le but proclamé de faire de Bruxelles une ville où il se passe toujours quelque chose (et ce en lien avec l’organisation de congrès et le tourisme d’affaires). Encore une fois, la logique économique prime, les grands événements sportifs prenant cette fois-ci place aux côtés des événements culturels et des événements festifs.

Les institutions gérées en commun par plusieurs niveaux de pouvoir

197La complexité de la structure de l’État belge et l’imbrication des compétences a conduit plusieurs niveaux de pouvoir à fonder ensemble des agences spécifiques chargées de politiques communes ciblées.

Wallonie-Bruxelles Tourisme

198L’asbl Wallonie Bruxelles Tourisme (WBT) sert de coupole des institutions chargées du tourisme. WBT est doté de bureaux à l’étranger et soutient directement certains événements.

Wallonie-Bruxelles International

199Wallonie-Bruxelles International (WBI) est l’agence chargée des relations internationales de la Région wallonne et de la Région de Bruxelles-Capitale. Plus spécifiquement, elle est l’instrument de la politique internationale menée par la Wallonie, la Communauté française et la Commission communautaire française de la Région de Bruxelles-Capitale (COCOF), et elle valorise à l’étranger le talent des Belges francophones. Dans le cadre d’accords avec 70 pays et régions, ainsi qu’auprès de l’Union européenne, WBI soutient les créateurs et entrepreneurs de Wallonie et de Bruxelles. Un volet important de l’action de WBI et de ses filiales spécialisées (WBImages, WBMusiques…) concerne la culture en assurant la visibilité et la promotion des talents culturels et artistiques de la Communauté française. Ses activités hors Communauté française sont importantes, y compris par la gestion de festivals (en particulier au Théâtre des Doms, en Avignon). La gestion de ces aspects artistiques est, en amont, largement le fait des services de la Communauté. Le réseau de WBI s’occupe de l’accompagnement et de la promotion sur place.

Wallonie-Bruxelles Images (WBImages)

200Créée en 1984, WBImages est l’agence officielle pour la promotion de l’exportation de l’audiovisuel en (et hors de) Communauté française. Elle a pour mission de faciliter l’accès des professionnels de Wallonie et de Bruxelles aux différents marchés audiovisuels et de les aider à promouvoir et à vendre leurs productions sur les marchés internationaux. WBImages est soutenue par les Régions : l’agence est cofinancée et cogérée par le Centre du cinéma et de l’audiovisuel et par Wallonie-Bruxelles International. WBImages est également un bureau d’information, notamment pour les festivals internationaux. Par ailleurs, WBImages collabore avec différents festivals (accueil à Bruxelles des programmateurs, présence sur place). Dans ce cadre, WBImages utilise la notion de festivals prioritaires : il s’agit de festivals internationaux donnant accès à l’aide à la promotion et à la mobilité pour les films belges. WBImages est par ailleurs membre de l’European Film Promotion (EFP) qui regroupe l’ensemble des agences de promotion européennes et mène des actions pour la promotion du cinéma européen.

Wallonie-Bruxelles Musique et Wallonie-Bruxelles Théâtre/Danse

201Sur le modèle de WBImages, Wallonie-Bruxelles Musique vise à aider et promouvoir les artistes, producteurs et éditeurs à s’exporter et à s’inscrire dans les secteurs de l’industrie culturelle musicale au niveau international. De même, Wallonie-Bruxelles Théâtre/Danse, également cogérée par la Communauté française et Wallonie-Bruxelles International, cherche à promouvoir la création théâtrale et chorégraphique belge francophone à l’étranger, en organisant, par exemple, des rencontres avec des programmateurs.

Les provinces

202Les provinces wallonnes se sont dotées de politiques touristiques et contribuent au financement d’événements. Cela dit, les engagements concrets, tant par le biais de la culture que par le biais du tourisme, sont moins conséquents que ceux d’autres pouvoirs publics. Les provinces gèrent surtout des équipements culturels et font de la promotion touristique en rapport avec le secteur (comme les Régions). Les cinq provinces wallonnes et leurs fédérations touristiques ont groupé leurs forces au sein du Centre d’action touristique des provinces wallonnes (CATPW).

203Quelques spécificités apparaissent. Le Brabant wallon soutient notamment le théâtre et le folklore, et dispose d’un centre de prêt de matériel comme la Communauté française et la COCOF. La province de Hainaut apporte un soutien spécifique à Mons 2015 ; les compétences en termes de culture et de tourisme sont ici fusionnées dans la même politique. Une certaine importance y est accordée aux festivals. La province de Liège soutient de grands événements à la limite de l’événement culturel tel que défini dans le présent Dossier (Exposition 14-18, par exemple), ainsi que des artistes musiciens. La province de Namur soutient notamment les jeunes talents et les projets culturels à ancrage socio-culturel ; elle dispose aussi d’une centre de prêt de matériel. Le Luxembourg enfin offre une aide dite polyvalente (technique, administrative et promotionnelle) aux festivals.

III – Les partenaires

204Si les pouvoir publics, à travers leur impulsion et leur soutien, constituent un acteur majeur dans la vie des festivals ou d’autres événements culturels, ceux-ci dépendent également de partenaires privés : les sponsors et les mécènes, dont des partenaires locaux (commerçants…), ainsi que les médias, qui contribuent à leur manière au succès de l’événement. Le soutien accordé par ces partenaires peut prendre la forme d’une aide financière ou d’une aide en nature. Cette dernière consiste à mettre à disposition des instances organisatrices de l’événement des moyens matériels, logistiques ou humains, des produits, des compétences, des services, des espaces médias ou encore des infrastructures.

205De leur côté, les associations (organisations non gouvernementales, en particulier actives dans la protection de l’environnement, la coopération au développement, la protection des droits humains…) ont indéniablement trouvé leur place au sein des grands événements estivaux qui leur donnent l’occasion de toucher et de sensibiliser un large public à leur cause. Enfin, les sous-traitants spécialisés contribuent à l’organisation et au bon déroulement des événements en assurant une série de services tels que la billetterie, l’accueil, le montage et le démontage des structures utilisées…

Le sponsoring et le mécénat

206Comme l’explique Prométhéa, l’association pour la promotion du mécénat d’entreprise en faveur des arts et du patrimoine, il n’existe pas de définition légale du mécénat en Belgique. Il s’agit d’ailleurs de l’un des chevaux de bataille de cette asbl connue comme interlocuteur de référence en matière de mécénat d’entreprise. Le mécénat, au sens strict du terme, s’entend communément comme une aide en principe dénuée de toute retombée, économique ou autre. Prométhéa garde cependant à l’esprit le fait qu’une entreprise peut difficilement se permettre d’investir dans un projet qui n’aurait aucun lien avec son core business. Elle défend dès lors la définition suivante : « Le mécénat d’entreprise est un soutien en numéraire ou en nature, apporté sans contrepartie directe par une entreprise à une personne physique ou morale pour l’organisation d’activités non lucratives présentant un intérêt pour la collectivité. » En pratique, il s’agit de formules de partenariat où il n’y a pas de contrepartie directe (à l’inverse du sponsoring commercial), mais où il peut exister une contrepartie indirecte, contrairement à la vision complètement désintéressée incarnée par la philanthropie. Le mécénat s’entend alors comme un réel outil de communication et de marketing. Si une partie de l’investissement consenti par l’entreprise mécène n’induira pas de retour, un retour indirect est attendu en termes de visibilité (logo sur une affiche, présence dans un dossier de presse) et de relations publiques (places gratuites pour les employés de l’entreprise ou certains clients ; développement des contacts professionnels, notamment avec les instances publiques, facilité par le lieu de rencontre que peut incarner l’événement soutenu par l’entreprise mécène).

Législation fiscale pour le mécénat d’entreprise en Belgique

Comme il n’existe pas de définition légale du mécénat en Belgique, il n’y a pas non plus d’avantage fiscal particulier à devenir mécène. Tout comme les sponsors, les entreprises mécènes peuvent toutefois déclarer le versement attribué en tant que charge et dépense professionnelle, à la rubrique sponsoring de leur déclaration fiscale, afin de pouvoir prétendre à une déduction.

Différence entre sponsor et mécène

207Un sponsor, selon Prométhéa, est « une entreprise qui soutient une personne, un organisme ou une action d’intérêt général, non pas dans un but de philanthropie mais bien commercial. Ce soutien se fait avec des contreparties, à savoir notamment la promotion des produits et services de l’entreprise, ainsi que sa notoriété et son image de marque ». La nuance est ténue entre mécénat d’entreprise et sponsoring commercial. Dans le second cas, un retour sur investissement direct est attendu et prévu par contrat : tenue d’un stand, vente de produit, merchandising auprès des festivaliers… Contrairement au mécène, le sponsor recherche par ailleurs de manière évidente à être vu par le plus grand nombre, et en cela, les festivals ou autres gros événements culturels lui offrent bien entendu la vitrine qu’il désire.

Les grandes marques et le sponsoring culturel et événementiel

Pour connaître les conditions selon lesquelles les grandes marques acceptent de s’investir comme sponsor, il suffit très souvent de se promener sur leur site Internet. À titre d’exemple, relevons quelques critères mis en avant par une entreprise industrielle (Coca-Cola Belgium), une entreprise de services (la banque ING) et une entreprise publique (la Loterie nationale), toutes trois très présentes lors des festivals d’été, pour accepter de sponsoriser un événement.
Coca-Cola choisit de soutenir des projets et activités qui correspondent au mieux à son principal groupe cible (les jeunes), et de se concentrer sur des événements d’une certaine ampleur. La marque entend soutenir des projets qu’elle estime être en concordance avec les valeurs qu’elle véhicule, notamment sur les préoccupations de développement durable [31]. Sur son site Internet, Coca-Cola Belgium précise également que « le sponsoring où un ou plusieurs de nos produits sont présents et peuvent être vendus, et où nous pouvons mener une enquête auprès du public pendant et/ou après l’événement a plus de chances ». La marque de boissons gazeuses indique encore qu’elle souhaite donner la priorité à des partenariats conclus sur le long terme et que, même si le placement de logo est un atout considérable pour elle, elle n’en fait pas une priorité absolue pour s’investir en tant que sponsor.
Du côté de chez ING également, on souhaite faire valoir, à travers le sponsoring, « l’entrepreneuriat durable ». La banque souhaite par ailleurs « toucher le plus grand nombre possible de personnes » et privilégie dès lors les projets musicaux destinés au grand public, tels que les festivals. L’objectif pour la banque est clairement d’entrer en contact avec ses clients ou clients potentiels par le biais d’animations ou d’offres de services divers. Ainsi, sur plusieurs festivals (les Francofolies de Spa, Couleur Café, Les Ardentes, Dour…), ING proposait en 2014 aux festivaliers un stand où ils pouvaient retirer des photos et vidéos souvenirs de l’événement. Il s’agit également de mettre en place une politique attractive auprès du personnel et des clients de la banque. Celle-ci offre en effet les places négociées avec le festival par le biais d’un concours sur sa page Facebook.
La Loterie nationale fournit quant à elle sur son site Internet un document type pour soumettre une demande de sponsoring. L’organisateur qui sollicite un partenariat devra entre autres préciser quel public cible il compte atteindre, combien de personnes devrait attirer l’événement, quelles sont les contreparties publicitaires proposées en retour du montant alloué par la Loterie en tant que sponsor, quelles sont les opportunités promotionnelles ou d’attractivité sur le terrain pour la Loterie, combien de places (normales ou VIP) l’organisateur s’engage à fournir, quel matériel publicitaire peut être placé lors de l’événement…

208Le mécénat est-il pour autant complètement absent de l’événementiel culturel ? Non, mais sans définition légale claire le concernant, il est parfois difficile de le différencier du sponsoring. À titre d’exemple toutefois, si Jupiler, omniprésent aux Francofolies de Spa, s’y affiche de manière évidente en tant que sponsor, le cas de Chimay est moins évident. En 2009, les bières de Chimay ont en effet remporté un Caïus [32] pour le partenariat entamé en 2000 avec le Festival du court-métrage de Bruxelles en tant que principal mécène de l’événement. Le soutien apporté par les bières de Chimay est en partie financier mais prend également la forme d’une offre gratuite de produits par la marque et s’apparente, selon Prométhéa, à du mécénat de compétence. Sans souci de matraquage visuel, Chimay, par sa présence sur le festival, donne l’opportunité aux festivaliers de découvrir ses produits. Comme c’est souvent le cas dans ce genre de relation, ce partenariat est né d’une rencontre entre les responsables de la société qui commercialise la bière trappiste et les fondateurs de l’asbl Un soir… un grain, qui organise l’événement. En plus du soutien matériel, Chimay s’est également investi sur le plan humain dans le festival.

209En résumé, ce qui différencie principalement le mécénat du sponsoring, c’est l’approche : le mécène souhaite mettre en avant, par rapport à sa clientèle ou son personnel, une certaine forme de responsabilité citoyenne et sociétale, alors que le sponsor commercial met en place des partenariats avec un retour direct sur investissement. Sur cette base, on peut supposer que les grands événements, pouvant offrir un retour important aux sociétés partenaires, attireront davantage les sponsors, alors que les plus petites structures pourraient davantage attirer les mécènes.

210De manière générale, les grands sponsors commerciaux (boissons, banques, grande distribution…) recherchent les grands événements, ce qui leur assure la visibilité qu’ils souhaitent. Ils exigent généralement d’être les seuls présents lors de l’événement dans leur domaine d’activité. BNP Paribas Fortis a par exemple décidé de se retirer des festivals musicaux et c’est ING qui s’est alors engouffrée dans la brèche. Le retour sur investissement attendu par ces sponsors est prévu par contrat et comprend des contreparties publicitaires, des ventes de produits, des places gratuites, un accès direct, via des stands, des animations ou autres, aux festivaliers. Cependant, un autre critère, difficilement quantifiable celui-là, lie les deux partenaires d’un sponsoring commercial, tout comme ceux d’un mécénat : l’image. Une entreprise peut chercher à profiter de la bonne image d’un festival. Une bonne image en termes de réussite et de développement, de renommée, de valeurs sociétales véhiculées (comme à Couleur Café ou Esperanzah !)… A contrario, les instances organisatrices d’un événement culturel pourront refuser un sponsor sur la base de l’image qu’il véhicule. Le responsable de la communication d’un festival confie ainsi : « Nous faisons en priorité appel à nos partenaires de longue date. Pour ce qui est du sponsoring, il ne faut pas que les sociétés partenaires apportent une image négative au festival. Nous n’allons pas demander à des sociétés pétrolières de nous sponsoriser… » Les bons partenariats reposent sur un partage d’identité cohérent entre le festival et le sponsor. Ainsi, le festival Esperanzah ! compte parmi ses partenaires la banque Crédal, qui propose à ses clients des placements éthiques et solidaires.

211Souvent issus de contacts personnels entre les responsables de l’événement et ceux de l’entreprise qui souhaite apporter son aide, les partenariats défendus par chaque intervenant visent souvent le long terme et reposent sur une certaine logique. Jupiler ou Maes trouvent de manière assez évidente leur place au sein des festivals de musique en plein air. Le Festival Nature de Namur, au mois d’octobre, qui propose notamment un concours renommé de photographie, a pour partenaires des marques comme Canon et Nikon. L’entreprise Fedex, société internationale de transport express, est présente comme partenaire dans tous les festivals de films en Belgique (Festival du film francophone de Namur, Festival international du film d’amour de Mons, Anima, Brussels International Fantastic Film Festival…). Ce partenariat repose sur un lien historique entre l’entreprise et le cinéma, puisque Fedex assure l’acheminement des films (autrefois sous la forme de bobines) vers les festivals. Depuis 1999, Fedex a orienté ses partenariats en Belgique exclusivement dans le secteur cinématographique.

Sponsors locaux

212Si les gros festivals ont tendance à attirer les gros sponsors, la carte du « local » est quant à elle fréquemment jouée par les plus petites structures. Par exemple, le garage Peugeot Baudouin Pierre prête au festival Namur en mai les véhicules nécessaires au transport des artistes vers les gîtes, partenaires également, où ils logent, tandis que les sandwiches proposés aux volontaires qui montent les stands sont fournis par une boulangerie namuroise. En 2014, les propriétaires des cafés de la place du Marché aux légumes ont même déboursé 1 000 euros pour obtenir la programmation de spectacles sur la place. La prévente de tickets permet également d’associer les commerçants de la région (ce qui va dans le sens des politiques de développement au niveau local). C’est le cas notamment du Folestival, à Longueville, fin juillet, pour lequel les préventes se font à 15 euros au lieu de 20 dans différentes enseignes de la région. Le festival Esperanzah ! a quant à lui décidé de tout miser sur les sponsors locaux en tournant le dos aux grandes marques partenaires des débuts. C’est dès lors un brasseur local, la Brasserie de Silly, qui fournit le festival en limonades et en bières.

Les médias

213Le partenariat que les responsables d’un événement culturel entretiennent avec la presse est primordial pour s’assurer l’audience la plus large possible et attirer le public. Cette relation s’apparente à du sponsoring : une couverture médiatique (spots télé et radio, encarts dans la presse écrite…) à moindre prix est assurée pour l’événement, en contrepartie de laquelle le média partenaire se voit associé à l’événement (logo sur les affiches et matériel promotionnel, relais direct auprès des auditeurs, téléspectateurs et lecteurs à travers des émissions ou rubriques spéciales…) et peut bénéficier, la plupart du temps, de places gratuites à offrir sous forme d’un concours, par exemple.

214L’attrait de la presse écrite, de la télévision ou de la radio pour les événements culturels est assez évident. Des programmes sont mêmes conçus expressément pour couvrir certains d’entre eux, dont notamment les festivals d’été. Une actualité positive en période creuse journalistiquement parlant est aussi une opportunité. En s’inscrivant dans un partenariat, les médias s’offrent une couverture à la source de l’événement, tandis que celui-ci jouit, par cette même collaboration, d’une visibilité accrue auprès du public. On peut par contre se demander si le fait qu’un média devienne partenaire d’un événement n’amenuise pas son sens critique lorsqu’il s’agit d’en livrer le compte rendu.

Le monde associatif

215Enfin, en marge des partenariats classiques, les festivals offrent également un espace pour toute une série d’associations qui font désormais entièrement partie du « concept » de festival. Il y a bien entendu les très nombreuses ONG présentes sur des événements tels que Couleur Café ou Esperanzah !. Mais les exemples ne manquent pas ailleurs non plus. Ainsi, l’asbl Surdimobil, créée en 1999, vise à sensibiliser le public sur les causes possibles de la surdité, ainsi que sur les difficultés rencontrées par les personnes souffrant de ce handicap. Elle est présente sur plusieurs festivals d’été comme Les Ardentes, les Francofolies de Spa et Esperanzah !. L’asbl Plain-pied, qui travaille avec les personnes à mobilité réduite, compte parmi les partenaires des Francofolies de Spa depuis 2002.

216Le développement durable et le traitement des déchets représentent également une préoccupation marquée pour quasiment tous les événements culturels de l’année. Cette préoccupation trouve sa raison d’être dans le fait que ces grands rendez-vous rassemblent énormément de monde, ce qui génère évidemment une masse impressionnante de déchets. Depuis plusieurs années maintenant, une prise de conscience semble opérer. En 2014, de très nombreux festivals se sont ainsi attaqués au problème du tri sélectif à travers le soutien à la campagne Emball’Agir (initiée par la Région wallonne, la Communauté française et Fost Plus), dont l’objectif est de réduire l’impact environnemental des événements par la prévention et la gestion des déchets d’emballages ménagers. Il en va ainsi du Ronquières Festival, des Ardentes, des Rencontres médiévales de Braine-le-Château, du Festival de jazz de Comblain-la-Tour, de l’Inc’rock Festival, du Festival international des arts de rue de Chassepierre, de Scène sur Sambre…

217La Fête des Solidarités constitue un cas particulier. En plus d’une affiche musicale ambitieuse, et ce dès sa première année de programmation, ce rendez-vous initié par les Mutualités socialistes a cherché à se différencier d’autres événements par la présence de nombreuses associations, d’ONG humanitaires, et par l’organisation de débats autour de l’évolution de la société, des choix de consommation, de la capacité des artistes à faire évoluer la société…

Les sous-traitants spécialisés

218Différents sous-traitants jouent un rôle essentiel, quoique parfois discret, dans le développement des événements culturels : billetterie, catering, montage, démontage, accueil des artistes et du public, navettes, gestion des campings… Chaque événement requiert une organisation et une infrastructure plus ou moins lourde. Certains organisateurs confient ces différents postes à des volontaires. Des sous-traitants spécialisés existent cependant et s’illustrent à travers des structures organisationnelles plus importantes.

219Pour ce qui est de la billetterie, la société Sherpa.be s’est taillé une belle part du marché belge et risque fort de renforcer encore sa position. En effet, le leader belge du ticketing vient d’être racheté par Ticketmaster International, filiale du géant américain de l’événementiel Live Nation Entertainment. Cette opération devrait permettre à la société de consentir les investissements nécessaires à son développement. Compte tenu de sa notoriété, la marque Sherpa devrait persister. Ticketmaster avait précédemment déjà mis la main sur un autre grand nom du ticketing, Ticketnet Belgium, dont l’ancien actionnaire majoritaire était le groupe Rossel (Le Soir, SudPresse, Vlan…). Ces différentes sociétés proposent non seulement des canaux de vente pour les tickets d’entrée (site Internet, Call Center, réseau de points de vente…) mais également la gestion de la commercialisation de la billetterie sur place, lors de l’événement, grâce notamment à des logiciels adaptés.

220Dans un autre registre, l’asbl Asmae, à Bruxelles, qui accompagne des jeunes sur des questions de citoyenneté, de coopération et d’éducation au développement, encadre et forme des volontaires afin de proposer différents services aux organisateurs d’événements. Sur place, les volontaires sont épaulés par des responsables formés et des permanents de l’association. Asmae participe ainsi au festival Couleur Café (gestion d’une partie des entrées principales du site et gestion du camping), à l’Inc’rock Festival (montage et démontage des infrastructures), aux Musicales de Belœil (accueil des visiteurs et des artistes, vente des programmes, catering, montage et démontage), au Brussels Summer Festival (gestion des entrées), ou encore au jeune festival Wacolor, à Wavre (montage, maintenance technique et démontage des infrastructures, sécurité du site, bars). Pour chaque événement auquel l’asbl participe, l’organisateur verse à Asmae une rémunération globale servant à soutenir des projets de développement menés par l’association avec différents partenaires au Maroc, en Égypte ou au Sénégal.

221La société liégeoise Sans frontière regroupe quant à elle des menuisiers, des ferronniers, des techniciens de la lumière et du son, des créatifs… Elle s’est occupée de confectionner et d’installer les podiums, les gradins, les portiques, ou encore des accès aux personnes à mobilité réduite pour Esperanzah !, les Francofolies de Spa, Couleur Café ou Les Ardentes. Elle produit également dans ses ateliers à Grâce-Hollogne de nombreux éléments de décor et s’est déjà démarquée au fil du temps par quelques propositions innovantes, telles que le stand D6Bels de la RTBF aux Francofolies de Spa en 2012 : un hexagone bâché de 22 mètres recouvrant une infrastructure tout en verre à travers laquelle les festivaliers peuvent apercevoir les animateurs et artistes présents sur le festival.

IV – Les artistes

222Les événements culturels, au contraire des manifestations culturelles ordinaires, peuvent offrir une affiche variée concentrant les œuvres et les spectacles de plusieurs artistes. Les choix de programmation, si le public y adhère, contribuent au succès et à la renommée de l’événement. Cette programmation dépend bien entendu du type d’événement et de la discipline concernée (musique, théâtre, arts de la rue…).

223Le programmateur a une responsabilité importante dans le sens où ses choix vont avoir un impact sur la fréquentation de l’événement et donc sur les recettes issues de la vente de billets. Ainsi, sa prise de risque peut être plus ou moins importante, en fonction qu’il choisisse la carte de la découverte ou celle de la popularité. Ce choix est influencé par l’identité que les concepteurs désirent donner à l’événement et par le public auquel il choisit de s’adresser.

224La majorité des artistes, ceux dont la renommée n’est pas encore acquise, gèrent eux-mêmes les tâches annexes à la création artistique, en ce compris le travail de promotion auprès des programmateurs et de la presse. Les grands noms, quant à eux, font généralement appel à des agents artistiques (aussi appelés impresarios ou managers) ou à des agents de placement (bookers) qui jouent, les premiers notamment et les seconds exclusivement, le rôle d’intermédiaires entre les artistes et les programmateurs potentiels de salles ou de festivals. Rétribués au pourcentage sur le cachet ou à la commission sur les bénéfices générés par la prestation, ils ont pour mission de démarcher, de négocier et de vendre le spectacle des artistes qu’ils représentent, et ce compte tenu de leur actualité. La représentation de l’artiste auprès des programmateurs n’est pas exclusive, elle se fait la plupart du temps sur un territoire délimité. Plusieurs agents peuvent ainsi s’occuper d’un même artiste. Il se peut qu’un organisateur fasse directement appel à ces agents, voire qu’il négocie avec l’un d’entre eux la programmation de plusieurs artistes de son « catalogue » pour un prix réduit. Il arrive également que certaines têtes d’affiche soient programmées lors de plusieurs événements derrières lesquels on retrouve le même organisateur. Selah Sue et Coely étaient, par exemple, à l’affiche de la Fête des Solidarités en 2014, après avoir été programmés aux Ardentes la même année. Les groupes Yodelice, Suarez et Puggy se sont quant à eux produits au Ronquières Festival ainsi qu’aux Fêtes de Wallonie. Derrière ces quatre événements, on retrouve l’asbl Festiv@Liège.

225À côté des agents qui exercent leur profession en tant que travailleurs indépendants, il existe des agences artistiques et/ou de booking. Les plus connues sont celles qui œuvrent dans la sphère musicale, quel que soit le genre représenté (jazz, rock, musique du monde…). Parmi les agences de booking actives en Belgique liées à la musique, on peut par exemple citer : Intersection, Hystérias, Jazztronaut, Progress, PIAS, Nada, Forward, Green House Talent ou encore l’incontournable Live Nation Belgium, filiale de Live Nation.

226Les grands festivals de musique qui cherchent à élargir sans cesse leur public mélangent souvent les styles musicaux et accueillent entre autres des artistes qui jouissent d’une grande popularité. Ce constat est particulièrement vrai pour les festivals d’été, dont le but est d’attirer un public familial, qui ne constitue pas, la plupart du temps, un public averti et qui, pour être charmé par une affiche, doit être attiré par des artistes reconnus.

227Le choix d’une tête d’affiche peut être déterminant, car celle-ci permet parfois à elle seule d’attirer le public suffisant pour que l’événement soit financièrement viable. Conscients de leur importance, les artistes au statut de tête d’affiche n’hésitent plus aujourd’hui à négocier à la hausse leurs exigences pécuniaires. Dans le domaine des musiques actuelles, l’insertion par le programmateur de clauses d’exclusivité pour une période et un territoire donnés dans le contrat des artistes constitue dorénavant une pratique répandue. Preuve des difficultés liées à la multiplication des festivals, cette pratique permet à l’organisateur de se prémunir de la concurrence. L’équilibre financier d’un événement culturel, petit ou grand, est donc toujours délicat entre l’inflation des cachets artistiques et la volonté d’accueillir des artistes connus, pour attirer un public plus sensible, surtout en temps de crise, aux « valeurs sûres ».

228Ces artistes connus du public absorbent la majorité du budget artistique de l’événement, le reste étant partagé entre les autres artistes présents à l’affiche et de renommée plus modeste. La disproportion entre le plus petit et le plus grand cachet artistique d’un même événement est d’autant plus importante que le programmateur peut se prévaloir d’un rôle de tremplin ou de porte d’entrée joué par l’événement. Les grands festivals sont en effet l’occasion pour des artistes moins connus de se produire devant un public large et dans des conditions matérielles de qualité. Pour beaucoup d’autres programmateurs, le passage d’un artiste par ces grands festivals constitue un gage de qualité et un critère suffisant pour les programmer à leur tour. Ces éléments non financiers sont, pour les artistes moins connus, des aspects importants qui viennent s’ajouter au montant du cachet dans la décision de se produire quelque part.

229À côté des têtes d’affiche, on trouve donc des artistes « intermédiaires » ou moins connus, mais aussi des nouveaux venus, inconnus du grand public. Un festival pourra ainsi s’enorgueillir d’avoir révélé tel ou tel artiste. Il s’agit également de combler des plages horaires délaissées par les têtes d’affiche parce que peu susceptibles d’attirer un large public. De nouvelles têtes sont par ailleurs un atout pour éviter que le public ait l’impression de voir la même affiche partout.

230Pour repérer de nouveaux talents, les programmateurs réalisent une veille artistique continue sur Internet et sur le terrain. Ils assistent aux événements concurrents, en Belgique ou à l’étranger, ils usent de leur réseau professionnel et de leur expérience. Certains se rendent également dans des salons pour les professionnels de l’industrie musicale. À l’échelle internationale, on peut citer le Womex (Berlin) dans le domaine des musiques du monde ou le Midem (Cannes) pour la pop. À l’échelle régionale, le festival Pro-Pulse réunit durant cinq jours plus d’une soixantaine d’artistes à découvrir à Flagey (musique classique et contemporaine), aux Halles de Schaerbeek (théâtre, danse, conte, arts forains, cirque, arts de la rue et spectacles musicaux) et au Botanique (musiques du monde et urbaines, jazz, folk, chanson française, pop-rock, rock dur et électro). Si le public traditionnel est ici convié, le rendez-vous s’adresse avant tout aux professionnels : programmateurs, agents, managers… ProPulse est une initiative de la Communauté française, en partenariat avec AssProPro (l’association des programmateurs professionnels) et Court-Circuit (centre d’information sur le rock).

231Les artistes amateurs peuvent également émerger grâce aux concours qu’organisent certains événements, à l’image, par exemple, des Franc’off, aux Francofolies de Spa, pour lesquels se produisent gratuitement des artistes participant au concours et dont un jury de professionnels désigne plusieurs lauréats qui se produiront ensuite sur les grandes scènes. Court-Circuit propose d’ailleurs sur sont site Internet [33] une liste de concours et autres initiatives ayant pour objectif l’émergence de nouveaux talents : le programme d’accompagnement musical Ça balance, le concours Circuit (pop-rock, rock dur et électro), le concours Du F. dans le texte (répertoire francophone), l’opération Tremplin (qui donne l’opportunité aux lauréats de se produire dans plusieurs festivals du Brabant wallon tels que l’Inc’rock, Un soir autour du monde ou Jyva’zik), le concours du Verdur Rock… Sans compter les nombreux festivals qui, en marge des Francofolies de Spa ou du Verdur Rock déjà évoqués, organisent leur propre tremplin pour les jeunes talents : le Dour Festival, Autumn Rock, LaSemo, Metal Méan, Durbuy Rock…

232Aujourd’hui, la promotion des artistes passe également par Internet, avec par exemple la plate-forme www.comedien.be, mise en place par l’asbl Vertige dès 2002. Il ne s’agit pas ici d’une agence mais bien d’une communauté d’artistes (comédiens, musiciens, metteurs en scène, auteurs, régisseurs, scénographes, compagnies…), membres du site contre versement d’une cotisation et qui peuvent faire valoir leur CV par ce biais.

233Si les artistes peuvent faire appel à des agents pour les représenter auprès des programmateurs, des fédérations professionnelles spécifiques aux métiers d’artiste défendent leurs intérêts auprès des autorités [34]. L’exercice quotidien du métier d’artiste s’inscrit en effet dans un cadre réglementaire dépendant du Ministère de la Communauté française, qui organise l’activité artistique en termes de création et de diffusion. Conformément au Pacte culturel de 1972 [35], la Communauté française reconnaît officiellement des organisations représentatives d’utilisateurs agréées (ORUA) afin d’associer les principaux acteurs de terrain à l’élaboration et à la mise en œuvre de la politique culturelle. Ces organisations facilitent le travail des instances officielles en leur proposant un ou plusieurs représentants au sein de l’instance d’avis (organe de consultation) dont relève la catégorie professionnelle dont elles s’occupent. Il y a, en Communauté française, 28 instances d’avis qui conseillent le ministre de la Culture.

234Pour être agréée, l’organisation représentative doit remplir cinq conditions sur une liste de six, parmi lesquelles celle de mener « une activité réelle qui consiste au moins à représenter une discipline ou une catégorie professionnelle du secteur concerné » [36].

235La Communauté française compte actuellement 28 organisations agréées :

  • 5 concernent le domaine du livre, de l’édition et de la lecture publique ;
  • 7 concernent les musées, les arts visuels et plastiques ;
  • 2 concernent les centres culturels et la diffusion ;
  • 14 concernent les arts de la scène.

236Les diverses ORUA sont également représentées au sein de la Commission de concertation des arts de la scène (CCAS). Cette commission est la réunion des différentes fédérations ou organisations représentatives et a pour mission de donner des avis et des recommandations au ministre de la Culture sur les arrêtés qui régissent le secteur. La CCAS agit donc directement sur l’organisation même du secteur.

237Les conditions sociales de l’artiste se discutent quant à elles au sein des organes de concertation sociale, à savoir les commissions paritaires qui réunissent, par secteur d’activité économique, les organisations représentatives des employeurs et des travailleurs du secteur concerné.

V – Le public

238Plusieurs études, en France mais aussi en Communauté française, permettent de cerner les principales caractéristiques du ou des publics des événements culturels. Ces études concernent en majeure partie les festivals de musique, les événements les plus fréquents. Il est également possible, par le croisement des observations, de discerner quelques évolutions.

Caractéristiques principales

239Comme pour l’accès à la culture en général, le public des événements est plus diplômé que la moyenne de la population et appartient aux couches sociales moyennes à supérieures. Cela dit, des différences importantes peuvent être observées selon les cas : il existe une relative diversité apparente des publics, selon les types d’événement considérés (grand public ou public spécialisé, voire pointu ; événement attirant la grande foule ou s’adressant à un public limité) et les motivations des spectateurs.

240Une première différenciation peut se faire selon l’ampleur de l’événement, qui draine selon les cas un public local ou régional, voire transfrontalier ou international. La composition de ce public reflète également l’orientation donnée par les organisateurs à l’événement (courant artistique programmé, politique de prix, mais aussi type de campagne publicitaire et public ciblé). Dans certains cas, une manifestation pointue (comme, par exemple, la Journée des harmonies et le Grand rassemblement des saxophonistes, tous deux à Dinant), ayant peu d’équivalent ailleurs, peut attirer un public peu nombreux mais international.

241Le degré d’implication (réel ou attendu) des spectateurs influe lui-même sur la sociologie du public. Des publics très investis dans la connaissance, même jeunes (et parfois critiques à l’égard de la programmation), côtoient des publics émotionnellement liés à tel ou tel artiste ou genre et des spectateurs cherchant seulement à se divertir. Cette caractéristique traverse tous les styles d’expression artistique, même si la plupart des expressions artistiques ont un public dominant. Même la pratique festivalière de musiques classiques, réputées constituer un champ de spécialistes ou du moins d’amateurs bien informés, comporte depuis toujours une importante part de public moins impliqué. Le degré d’ouverture supposé du public envers des artistes ou des expressions artistiques moins médiatisés, voire sa capacité de découverte, sont un enjeu important pour tous les organisateurs d’événements culturels. Une erreur d’appréciation de leur part dans ce domaine peut engager la viabilité de leur entreprise.

242Un autre aspect concerne les valeurs (solidarité, développement durable…) mises en avant par les organisateurs et qui se reflètent au niveau de la sociologie du public.

243En raison des constantes évoquées plus haut, une politique de prix très concurrentielle ou la gratuité (souvent pratiquée pour les événements culturels qui ont aussi pour vocation l’animation urbaine) ne sont pas nécessairement un gage de présence de grande foule, même si le budget loisirs des spectateurs potentiels a crû moins vite que l’offre.

244Depuis peu, les efforts actifs des pouvoirs publics pour inclure des publics moins favorisés se reflètent dans le public assistant aux événements culturels. Concrètement, des partenariats entre les organisateurs et, notamment, des institutions culturelles, le milieu associatif (socio-culturel) et le monde scolaire portent leurs fruits.

Enjeux pour la pérennité de l’événement et évolutions

245Parmi les tendances de fond, on constate une augmentation régulière du public depuis plusieurs années, voire décennies, toutes manifestations confondues. Quelques grands axes caractérisant le public sont d’un plus grand intérêt pour les organisateurs (et artistes impliqués) et les pouvoirs publics partenaires, et ont été étudiés pour des événements récurrents, notamment en France [37].

246La fidélité. Le taux de renouvellement, évalué à 40 % pour les festivals musicaux, relativise la fidélité souvent évoquée. Les causes en sont pour partie naturelles, notamment dans les grands festivals rock à public homogène et très jeune. Mais le renouvellement va également de pair avec un rajeunissement, y compris dans les secteurs classiques, et une relative ouverture aux publics socialement moins favorisés, et ce à l’instigation des pouvoirs publics. Ce taux de renouvellement est supérieur à celui des publics des lieux culturels permanents. Ce relatif manque de fidélité peut faire évoluer l’identité d’un événement et les retombées qu’il engendre, y compris à court terme.

247La participation du public à l’ensemble de la programmation. Contrairement aux apparences, cette participation n’est pas très intense : 40 % des spectateurs, en moyenne, n’assistent qu’à un concert. Seuls 5 % suivent plus de 50 % de la programmation. Ces habitudes de consommation introduisent de l’incertitude pour les organisateurs, tenus d’assurer une programmation équilibrée sur la durée de l’événement (journée entière, série de dates). Une consommation ponctuelle et dispersée, avec l’achat de billets à la carte, a également un effet négatif immédiat sur les recettes obtenues. Une parade des organisateurs peut être de mettre en vente un pass ou abonnement à moindre prix couvrant l’ensemble des prestations dans le cadre de l’événement, incitant le public à assister à une plus grande partie du festival.

248Le rayonnement au-delà du lieu de création. Ce dernier point reçoit toute l’attention des pouvoirs publics associés, puisqu’il est déterminant pour les retombées économiques et en termes d’image que ceux-ci souhaitent. Rappelons que le territoire de la Communauté française offre des avantages de localisation géographique par rapport à d’autres régions (position centrale dans l’Europe du Nord-Ouest peuplée et développée) et par ses moyens de communication. Cela dit, il semble que l’impression de rayonnement des événements dont la vocation affichée va au-delà d’une localité doive être nuancée. En une génération, la multiplication des événements, au point que plusieurs se concurrencent dans une même région au cours de l’année (et parfois à des dates très rapprochées), a réduit la zone d’attirance et de recrutement du public des événements : seuls deux spectateurs sur trois proviennent de régions voisines. En d’autres termes, l’offre, en répondant mieux à la demande, a des effets, sauf pour quelques exceptions de prestige ou de grande notoriété (par exemple le Dour Festival), sur l’origine du public. Ceci n’est pas sans conséquence sur les retombées économiques attendues, notamment en termes de tourisme qui est majoritairement, pour la plupart des événements, un tourisme de proximité.

Conclusion

249Les événements culturels sont par définition des manifestations temporaires et souvent éphémères. Ponctuels ou récurrents – on parlera alors de festivals –, ils n’affichent pas toujours dès le départ l’ambition de s’inscrire dans la durée. Leur succès dépend d’ailleurs de nombreux facteurs difficilement prévisibles. Ainsi, leur organisation repose bien souvent sur l’investissement personnel et la bonne volonté de bénévoles réunis autour d’un projet commun. Ces événements nécessitent en outre la mobilisation d’acteurs (organisateurs, pouvoirs publics, sponsors, artistes, sous-traitants spécialisés, public…) aux objectifs parfois fort différents. L’équilibre du budget sur lequel repose leur organisation dépend en grande partie des recettes propres (vente de tickets, merchandising…) et des éventuels soutiens financiers extérieurs, qu’ils soient publics ou privés. L’affluence du public est toujours incertaine.

250Les événements culturels se caractérisent donc par une fragilité intrinsèque. Chaque édition présente son lot de risques, qui peuvent mettre en péril la viabilité du modèle. Malgré la disparition, ici et là, de festivals, on assiste toutefois indéniablement, depuis une trentaine d’années, à leur multiplication et à leur massification, sans que cette tendance montre les signes d’un quelconque essoufflement.

251Le succès global du phénomène repose sur un certain nombre de facteurs, d’ordre politique (démocratisation et décentralisation de la culture), socio-économique (augmentation du pouvoir d’achat et du temps consacré aux loisirs), culturel (développement de la culture de masse), contextuel (mobilité croissante des individus ou concurrence entre les villes)…

252Cette évolution doit néanmoins être appréciée à travers la hiérarchie et la diversité des événements existants. Parmi les événements culturels, on remarque en effet des différences importantes en termes de contenu artistique, de taille et de rayonnement géographique. Si le festival était historiquement considéré comme un événement exceptionnel, d’une qualité artistique rare et rassemblant un large public, on assiste aujourd’hui à une banalisation de la formule. Tout qui désire bénéficier du label de qualité que véhicule ce terme peut créer un événement auquel il attribue le nom de festival. Le terme peut également être utilisé pour mettre l’accent sur le caractère unique de l’événement et ainsi susciter auprès du public un sentiment de nécessité d’y assister. Les expositions temporaires s’appuient sur cette idée pour stabiliser, voire augmenter la fréquentation des musées.

253Les événements se distinguent également par les objectifs de leurs organisateurs. Ainsi, un atout dont peut se prévaloir un festival est de permettre la diffusion de formes artistiques qui trouveraient difficilement une place dans les circuits commerciaux ou au sein de la programmation courante des institutions culturelles permanentes. Cependant, bon nombre d’événements se détournent de cet objectif pour s’inscrire dans une logique fortement économique et commerciale. Pour ceux-là, la valeur artistique de l’événement peut passer au second plan, l’objectif premier devenant celui d’attirer le plus de monde possible et de générer un maximum de recettes. En poussant cette logique à l’extrême, la culture en vient à ne plus constituer qu’un moyen d’engranger des bénéfices, pécuniaires ou en termes d’image de marque pour les sponsors de l’événement. Cette dérive vers une logique purement capitaliste est surtout susceptible de toucher les événements capables de drainer un public de masse. Elle concerne donc principalement les festivals de musiques actuelles et touche moins les événements mettant en avant des disciplines pointues, qui attirent un public d’initiés ou d’amateurs, par définition limité.

254Sur un autre plan, les événements culturels constituent pour les pouvoirs publics un instrument privilégié pour mettre en œuvre des politiques de différentes natures.

255Les politiques de développement au sens large, d’abord. Outre les effets économiques directs et immédiats qu’ils entraînent, les événements permettent de rendre attractifs les territoires. C’est particulièrement vrai pour certains centres urbains qui, pendant une longue période, ont vu leur population diminuer au profit de leur périphérie. Dans le contexte de concurrence que se livrent les villes et les communes, les événements constituent des outils de promotion qui peuvent s’avérer efficaces. Dans certains cas, l’événement culturel peut même devenir un puissant levier pour élaborer des projets urbains de grande ampleur. Tel est le principe qui sous-tend le dispositif Capitale européenne de la culture (CEC) proposé par l’Union européenne. C’est vrai aussi en milieu rural, où des villages font face à un déclin de la population sous l’effet de l’urbanisation croissante. Même si elles sont difficiles à chiffrer, les retombées en termes d’attractivité touristique que génèrent les événements culturels ne sont pas négligeables. Ceux-ci donnent à la ville ou à la commune qui les accueille une visibilité, voire une image qu’elle n’aurait pas en leur absence. Grâce notamment à la valorisation du patrimoine, les événements permettent de renouveler et d’amplifier le fonctionnement touristique du territoire concerné.

256Les événements culturels accompagnent également les politiques sociales d’intégration. S’il y a parfois une dimension opportuniste dans cette approche – les organisateurs se prévalent de cette capacité à tisser des liens ou à renforcer une identité locale, les bailleurs étant bien contents de les croire –, on constate que certains événements sont effectivement conçus dans cette perspective.

257Enfin, compte tenu de l’importance que représente l’aide publique dans le budget des événements culturels, les missions de ces derniers intègrent une partie des exigences des politiques culturelles. En ce sens, l’événement culturel s’institutionnalise. La nature des décisions prises à son égard tend à se rapprocher de celles qui président au fonctionnement d’équipements culturels permanents. Les politiques de démocratisation de la culture, qui visent à faciliter l’accès à celle-ci, tant d’un point de vue social (par la levée des obstacles financiers) que géographique (par la décentralisation de la diffusion culturelle), peuvent opportunément s’appuyer sur l’organisation d’événements. Ces politiques se traduisent notamment par l’encouragement d’une politique tarifaire avantageuse, voire de la gratuité, qui caractérise plusieurs événements locaux, souvent mis sur pied par les communes. Par le développement de politiques ciblées, les pouvoirs publics ont également poussé à une ouverture plus grande des événements culturels à des publics traditionnellement moins présents (par exemple, les seniors ou les personnes handicapées) ou défavorisés. Enfin, la souplesse et la plasticité de l’organisation des événements, qui peuvent être localisés partout, sans utilisation de bâtiments spécifiques, permet un accès décentralisé à la culture, y compris en milieu rural.

258Pour qu’un événement culturel puisse perdurer, voire se développer, la structure qui l’organise doit nécessairement poser des choix importants en termes de localisation, de programmation, de partenariats, d’identité… Pour séduire, un festival doit pouvoir se réinventer, ce qui peut parfois constituer un défi, d’autant que l’offre de manifestations ne semble pas décroître.

259La pérennisation des événements culturels dépend également de la capacité de l’équipe organisatrice à limiter les risques potentiels. Pour ce faire, celle-ci doit développer une politique de communication efficace, fidéliser le public, diversifier les soutiens publics ou privés, multiplier les collaborations…

260Le financement reste, pour les événements culturels comme dans beaucoup d’autres domaines, une question cruciale. En plus de solliciter les pouvoirs publics, bon nombre d’organisateurs d’événements se tournent dès lors vers des partenaires privés : sponsors, mécènes, médias, monde associatif. Ces derniers tirent de leur collaboration avec les festivals et autres événements culturels une visibilité importante et immédiate auprès du public attiré par la manifestation. De manière indirecte, ils bénéficient également de l’image festive, positive et proche de certaines valeurs que véhicule ce type de rendez-vous. En contrepartie, ces acteurs privés apportent leur contribution financière, assurent certains services (navettes, catering, animations…) ou, dans le cas des médias, couvrent l’événement et lui assurent une publicité à moindre prix. Parfois, le soutien public ou privé à l’événement se fait au prix d’une perte d’autonomie dans les choix artistiques de l’organisateur.

261La professionnalisation des structures organisatrices et l’unification des forces à travers la coopération constituent une autre réponse apportée à la fragilité des événements culturels. La difficulté réside notamment dans le fait que ces structures organisatrices ne reposent, dans le meilleur des cas, que sur quelques emplois fixes pendant une bonne partie de l’année, que viennent renforcer, à l’heure de l’événement, des indépendants et sous-traitants (pour la communication, le support technique, le montage, le démontage…), ainsi que des stagiaires et de très nombreux bénévoles.

262Le nombre et le succès des divers événements culturels les conduisent à occuper dorénavant une place de choix dans la vie culturelle. Un enjeu important concerne l’évolution du rôle des pouvoirs publics face à cette offre culturelle particulière. Le soutien public aux événements culturels constitue une transformation de l’action publique vers une forme d’intervention par projet. Les événements culturels sont des structures temporaires, dont la présence sur le territoire est moins matérielle et durable qu’un théâtre ou une salle de concert. La question de l’articulation des événements avec l’offre culturelle présente dans la durée, incarnée par les institutions permanentes, se pose donc avec une acuité renouvelée dans un contexte de crise économique et financière. La stagnation, voire la diminution annoncée des budgets culturels dans l’avenir amènera inévitablement les pouvoirs publics à réaliser des arbitrages. La question est de savoir si ceux-ci se feront en faveur des événements culturels ou des institutions culturelles permanentes.

263Sur le terrain, un rapprochement s’esquisse dans certains cas entre événements culturels et institutions permanentes (parmi les plus grandes structures). Certaines institutions culturelles traditionnelles, dotées d’équipes permanentes (artistiques et administratives) et qui encourent des frais de fonctionnement importants, utilisent leurs moyens pour donner à certains moments de leur programmation des aspects de festivals thématiques, présentés comme tels dans les médias. Parallèlement, l’extension de l’offre d’événements culturels, qui remplit dorénavant tout le calendrier – quand ce ne sont pas certains grands événements qui présentent des programmes à plusieurs moments de l’année –, donne un caractère permanent au phénomène de l’événementiel culturel. Dans ce cadre, les choix des pouvoirs publics, y compris dans la coordination des différents niveaux de pouvoir impliqués (Communautés, Régions et pouvoirs locaux principalement), seront déterminants pour l’avenir de la sphère événementielle culturelle.

Glossaire

264Agent artistique (manager) : souvent appelé également impresario ou manager, il est mandaté par un artiste ou un groupe d’artistes afin de gérer sa carrière et ses intérêts dans une discipline particulière (théâtre, danse, musique, cinéma, arts de la rue…). Il représente les artistes et les fait connaître auprès de différents producteurs, leur procure des engagements professionnels, négocie les cachets et les modalités de leurs contrats. L’agent artistique travaille également sur le volet promotionnel : relations avec les médias, événements professionnels, gestion de l’agenda de l’artiste (tournées, spectacles…). Outre des conseils d’ordre juridique, financier ou administratif, il peut également être amené à conseiller les artistes sur toutes les questions concernant leur carrière d’un point de vue artistique. L’agent artistique travaille en tant qu’indépendant ou au sein d’agences artistiques spécialisées. Selon les conditions défi nies avec l’artiste, il peut être rétribué au pourcentage sur le cachet de l’artiste ou par une commission sur les bénéfices générés par la prestation.

265Agent de placement (booker) : intermédiaire entre les artistes et les programmateurs de salles ou de festivals. À côté des agents qui exercent leur profession en tant que travailleur indépendant, il existe des agences de booking. Les plus connues sont celles qui œuvrent dans la sphère musicale, quel que soit le genre représenté (jazz, rock, musique du monde…). Parmi les agences de booking belges liées à la musique figurent Intersection, Hystérias, Jazztronaut, Progress, PIAS, Nada, Forward, Green House Talent ou Live Nation Belgium, filiale de Live Nation.

266Association sans but lucratif (asbl) : groupement de personnes physiques ou morales qui poursuivent des objectifs non lucratifs. L’asbl ne se livre pas à des opérations industrielles ou commerciales, ne cherche pas à procurer à ses membres un gain matériel et se conforme à la loi du 27 juin 1921, modifiée par celle du 2 mai 2002.

267Catering : dans le domaine de l’événementiel, ensemble des activités de restauration collective à l’usage du public. Il peut être pris en charge par les organisateurs eux-mêmes, être confié à une entreprise spécialisée ou être assuré dans le cadre d’un contrat de sponsoring. Le catering peut être un poste important des recettes d’un événement.

268Emplois subsidiés : dans le cadre des politiques de l’emploi, postes de travail pour lesquels les pouvoirs publics compétents versent des subventions pour une durée en principe limitée à des entreprises ou à des administrations publiques en échange de l’embauche de personnes présentant certaines caractéristiques (par exemple, des chômeurs de longue durée). Il s’agit notamment des aides à la promotion de l’emploi (APE) et des agents contractuels subventionnés (ACS), politiques menées respectivement par la Région wallonne et la Région de Bruxelles-Capitale.

269Événement culturel : manifestation artistique publique, souvent dans un lieu déterminé, pour une durée limitée et qui, par sa rareté, revêt un caractère unique.

270Festival : événement culturel récurrent.

271Festivalisation ou festivalomanie : tendance à la multiplication et au développement rapides des festivals. Cette évolution a des conséquences en termes de modification des actions de promotion touristique des territoires et de développement au niveau local, ainsi que pour la sphère artistique.

272Industries culturelles : à l’intérieur du domaine de la culture considérée comme une branche de l’économie, ensemble des sous-secteurs où s’appliquent des processus industriels de fabrication (reproduction en théorie illimitée à partir de prototypes uniques). Il s’agit notamment des secteurs du livre, de l’audiovisuel en général (cinéma ou télévision), de la musique enregistrée et des jeux vidéo. À l’inverse, les arts plastiques, le spectacle vivant et l’architecture, caractérisés par l’unicité de l’œuvre, sont exclus du champ des industries culturelles.

273Mécénat : faute de définition légale, le mécénat au sens strict s’entend communément comme une aide fournie par une personne ou une entreprise à un projet (culturel, sportif ou social), dénuée de toute retombée – économique ou autre – pour le mécène. Dans la pratique cependant, la nuance entre mécénat d’entreprise et sponsoring est ténue. Souvent, le mécénat équivaut à un partenariat sans contrepartie directe mais impliquant une contrepartie indirecte (en termes d’image ou de contacts professionnels, par exemple). Par ce biais, le mécène entend mettre en avant une certaine forme de responsabilité citoyenne et sociétale.

274Off : les événements off sont ceux dont la programmation est présentée en marge de l’affiche officielle d’un événement culturel. Cette programmation parallèle offre l’occasion de proposer au public de découvrir de nouveaux artistes ou des spectacles qui n’entrent pas dans les critères de la programmation officielle. Certains festivals off ont acquis autant de notoriété, voire davantage, que le festival officiel auquel ils sont associés. Le festival Voies off, à Arles, qui consacre la photographie émergente, ou le Festival off d’Avignon, pour le théâtre, en sont deux exemples notables. En Belgique, les Franc’off consistent en la programmation gratuite de nouveaux talents issus d’un concours organisé dans le cadre des Francofolies de Spa.

275Structure organisatrice : les organisateurs d’un événement culturel peuvent être des personnes physiques. La plupart du temps toutefois, l’organisation de l’événement est aux mains de structures organisatrices pérennisées, notamment dès que l’événement devient récurrent. Ces structures peuvent être des personnes morales (majoritairement des asbl) ou des administrations publiques.

276Sponsoring : moyen de communication pour les entreprises qui, en contrepartie d’une aide financière, matérielle ou technique, bénéficient d’une visibilité importante auprès du public qui assiste à la manifestation qu’elles soutiennent. Ce soutien génère un retour direct pour le sponsor, soit en termes de ventes, soit en termes d’image.

277Sous-traitant : par la prise en charge d’une partie déterminée de la production ou pour l’exécution de certains services spécialisés, une entreprise ou une organisation peur faire appel à une autre entreprise, dénommée sous-traitant.

278Volontaire : le volontariat est une activité exercée sans rétribution ni obligation par le biais d’une organisation sans but lucratif, en dehors de tout contrat de travail ou équivalent. Le volontaire ne perçoit pas de salaire mais peut bénéficier d’un défraiement éventuel. Tout travailleur volontaire est considéré comme bénévole mais tous les travailleurs bénévoles ne sont pas des volontaires. Par exemple, les travaux d’intérêt général sont une occupation bénévole, puisque la personne qui doit s’y soumettre n’est pas payée, mais il ne s’agit pas d’une activité de volontariat, car celle-ci ne se fait pas sur une base volontaire, sans obligation pour celui qui l’exerce. En principe, toute personne qui le souhaite peut devenir volontaire. Toutefois, pour éviter certains abus, le législateur a prévu des conditions particulières pour les chômeurs, les prépensionnés ou encore les personnes en arrêt maladie.

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Date de mise en ligne : 01/05/2017

https://doi.org/10.3917/dscrisp.083.0009