Les organisations syndicales et patronales
- Par Étienne Arcq
- et Pierre Blaise
Pages 9 à 149
Citer cet article
- ARCQ, Étienne
- et BLAISE, Pierre,
- Arcq, Étienne.
- et al.
- Arcq, É.
- et Blaise, P.
https://doi.org/10.3917/dscrisp.068.0009
Citer cet article
- Arcq, É.
- et Blaise, P.
- Arcq, Étienne.
- et al.
- ARCQ, Étienne
- et BLAISE, Pierre,
https://doi.org/10.3917/dscrisp.068.0009
Notes
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[1]
Entreprises industrielles et commerciales et établissements sans finalité économique confondus.
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[1]
Entreprises industrielles et commerciales et établissements sans finalité économique confondus.
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[1]
La liberté d'association est inscrite dans la Constitution belge de 1831, mais les obstacles juridiques à sa mise en œuvre restent nombreux.
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[2]
Les syndicats locaux de typographes s'étaient fédérés dès 1867 ; mais ce n'est que plus tard que les travailleurs du bois (1883), suivis des métallurgistes (1886), des mineurs, des travailleurs du tabac, de ceux de la carrosserie et de la sellerie et des ouvriers de la pierre (1890), des travailleurs du bâtiment (1897), des relieurs (1898), etc., font de même.
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[3]
Les données relatives aux effectifs citées dans ce Dossier sont celles déclarées par les organisations elles-mêmes.
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[4]
Les sources divergent quant à la date de création de cette organisation, certaines la situant en 1921, d'autres en 1922, d'autres encore en 1924.
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[5]
Depuis la modification des statuts intervenue lors du congrès tenu du 11 au 13 décembre 1997.
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[6]
À la FGTB, le comité est en fait composé, outre les membres du bureau, d'un délégué de centrale par 10 000 affiliés et d'un représentant de régionale par 20 000 affiliés.
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[7]
Résultat de la fusion en 1998 entre la Centrale chrétienne des travailleurs du bois et du bâtiment (CCTBB) et la Centrale chrétienne des diverses industries (CCDI). Il est à noter que le 13 octobre 2007, une déclaration d'intention visant à aboutir à une fusion entre la CSC – Bâtiment et Industrie et la CSC-Énergie Chimie a été signée par les organes statutaires des deux organisations. Par ailleurs, début 2007, la CSC – Métal et ACV-CSC Textura ont décidé de lancer les pourparlers en vue de leur fusion (programmée pour décembre 2009).
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[8]
En principe. La durée de la législature sociale a été de 5 ans entre 1958 et 1963 et entre 1995 et 2000.
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[9]
Dans le cadre de ses missions consultatives, le comité pour la la prévention et la protection au travail a essentiellement pour mission de rechercher et de proposer tous les moyens pour favoriser le bien-être des travailleurs lors de l'exécution de leur travail et de contribuer activement à tout ce qui est entrepris dans ce but. Dans l'exercice de sa mission, il donne des avis et formule des propositions sur la politique de prévention des accidents et des maladies professionnelles et sur le plan d'action annuel du chef d'entreprise, ses modifications, son application et ses résultats. Le comité est aussi chargé d'émettre un avis préalable notamment sur tous les projets, mesures et moyens à mettre en œuvre qui peuvent avoir des conséquences sur la sécurité, l'hygiène ou la santé. Par sa mission de contrôle, le comité examine la manière dont le service de prévention s'acquitte de ses tâches. Il veille également au respect des législations existantes en matière de santé et de sécurité intéressant l'entreprise.
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[10]
À l'exception d'un statu quo en 2000 par rapport à 1995.
Première partie. Les organisations syndicales
I. Histoire du syndicalisme belge
1La naissance du mouvement syndical, en Belgique comme dans les autres pays d'Europe, remonte au 19e siècle. Son histoire débute avec la révolution industrielle et l'apparition du prolétariat ouvrier.
2La révolution industrielle se produit d'abord en Angleterre où elle est principalement suscitée par la révolution agricole et par les innovations techniques. Elle se répand ensuite en Europe et en Amérique plus ou moins rapidement selon les pays. En Belgique, elle débute fin du 18e siècle et l'intense activité économique qui se développe se déroule en dehors de tout cadre professionnel organisé.
3Avec l'apparition de la machine, la société jusqu'alors essentiellement agricole se transforme progressivement en société industrielle. Cela conduit à la fois à l'accroissement de la part de l'extraction des matières premières et de leur transformation dans l'économie et à l'apparition de nouveaux groupes sociaux : la bourgeoisie industrielle, qui devient le groupe dominant et influence fortement les domaines politique, social, économique et culturel, d'une part, et la classe ouvrière, d'autre part.
L'apparition de la classe ouvrière
4Cette dernière est constituée, à côté d'un petit nombre d'ouvriers qualifiés qui proviennent des métiers pré-industriels (cuir, bois, textile, etc.), d'une masse sans cesse croissante d'ouvriers provenant des campagnes, sans qualification et déracinés de leur culture d'origine, ou recrutés parmi les pauvres des grandes villes. Elle regroupe d'anciens artisans, d'anciens paysans, des ouvriers ruraux, des indigents. Cette masse se concentre autour des usines et forme le prolétariat industriel qui, à la différence des ouvriers qualifiés, ne possède aucune tradition de défense ni d'association.
5À cette période, l'exploitation ouvrière est très grande : la main-d'œuvre doit s'aligner sur le rythme des machines, la durée du travail atteint jusqu'à 16 heures par jour, les salaires sont maintenus à un niveau fort bas en raison de la main-d'œuvre abondante et de l'absence de cadre légal en la matière.
6Les conditions de vie de la classe ouvrière sont extrêmement misérables : logement déplorable, travail des enfants (en 1846 un ouvrier sur quatre a moins de 16 ans), surexploitation du travail des femmes, alcoolisme, mauvaise alimentation, analphabétisme, en sont les principales caractéristiques. À côté de cette misère matérielle, les ouvriers doivent aussi supporter le mépris, la suspicion et l'inégalité juridique : la « classe laborieuse » est assimilée à une « classe dangereuse ».
7En Belgique, en particulier, le sort de la classe ouvrière est un des moins enviables de l'ensemble des pays industrialisés, en raison notamment du fait que l'économie est essentiellement tournée vers l'exportation (imposant une diminution des prix de revient pour rester compétitif) et du fait que l'indépendance de la Belgique en 1830 s'est faite au profit de la bourgeoisie.
8Une population nouvelle se concentre dans les villes autour des usines. Les pauvres, auparavant isolés et dispersés, commencent à constituer une masse concentrée. Cette concentration facilite l'émergence d'une même façon de penser et d'agir, d'une même mentalité et d'un même comportement. Ainsi, dans le courant de la seconde moitié du 19e siècle, une conscience commune naît : celle de constituer un groupe, une classe sociale – le prolétariat – qui partage les mêmes intérêts et dont les buts sont communs, confrontée à une autre classe, celle des patrons, des capitalistes qui constituent la classe bourgeoise.
9Face à une situation d'insécurité économique, d'absence de protection sociale et d'analphabétisme devenant de plus en plus insoutenable, le monde ouvrier va s'engager dans un processus de contestation et s'organiser progressivement.
La naissance des organisations syndicales
10Au moment où la révolution industrielle connaît son essor, le prolétariat industriel est inorganisé. Dans l'optique libérale de l'époque, qui est alors prédominante, des règles législatives interdisent toute organisation des citoyens d'un même état ou profession, comme la loi Le Chapelier de 1791, ou considèrent que les coalitions d'ouvriers constituent des délits, comme la loi du 22 Germinal an XI relative aux livrets ouvriers ; certains articles du Code pénal de 1810 vont dans le même sens. Après l'indépendance du pays, ces règles édictées sous le Régime français, comme beaucoup d'autres, sont intégrées dans le droit belge.
11Dans le courant de la première moitié du 19e siècle, cependant, les ouvriers qualifiés des métiers créent des sociétés de secours mutuel (c'est le cas des imprimeurs à Gand en 1806, des menuisiers-charpentiers en 1809, des fileurs de coton à Gand en 1810 et des imprimeurs à Bruxelles en 1816, par exemple). Ces caisses de secours sont destinées à assurer leurs membres « contre les éventualités imprévisibles et onéreuses ». Elles sont tolérées par les pouvoirs publics malgré l'existence d'une législation qui interdit toute forme d'association (jusqu'en 1830 [1]) et de coalition (jusqu'en 1866). Progressivement, elles ajoutent à leur objet la défense des droits de leur métier : résistance aux baisses salariales, protection des conditions de travail, etc. Des caisses de résistance ou de grève sont ainsi créées à partir de 1834. Ces caisses demeurent particularistes dans la mesure où elles limitent leur action à la défense des intérêts d'un métier et des ouvriers qualifiés qui y appartiennent, sans remettre en cause les structures de la société.
12Le syndicalisme belge est apparu assez tardivement, probablement parce que d'autres formes de solidarité (coopératives, mutuelles) mobilisaient déjà les moyens disponibles des travailleurs. Ceux-ci étaient poussés à s'affilier d'abord à ces organisations dont les bienfaits se mesuraient dans le court terme, alors que l'affiliation à une caisse de grève était perçue comme un investissement à long terme.
L'Union philanthropique des chapeliers de Bruxelles (1838)
L'Association typographique de Bruxelles (1842)
Les Amis réunis des menuisiers et charpentiers (1852)
13Chaque profession qualifiée, comme les chapeliers, les typographes, les menuisiers, possède sa société de secours, puis de résistance. Cette forme d'association, souvent locale, va toutefois rapidement se révéler insuffisante par rapport au développement de l'industrie.
14L'apparition des syndicats d'ouvriers des usines et des fabriques, soumis également aux lois interdisant les coalitions, remonte à 1857 et à la création de deux sociétés fraternelles de tisserands et de fileurs à Gand : la Broederlijke Maatschappij der Wevers van Gent et la Maatschappij der Noodlijdende Broeders. Une première fédération, le Werkersbond, créée en 1860, regroupe ces deux fraternelles et un syndicat de métallurgistes créé en 1859.
15Les premières associations de ce type connaissent une vie éphémère en raison de l'opposition de la bourgeoisie, de l'idéologie libérale ambiante (non-intervention de l'État dans le domaine social, par exemple), des particularismes des métiers et de la faiblesse des organisations. Par ailleurs, l'action mutualiste se renforce sous la forme de coopératives de consommation qui connaîtront un développement important.
16Sur le plan légal, le délit de coalition est aboli en 1866. Mais subsistent les peines relatives au « délit d'atteinte à la liberté de travail » prévues par l'article 310 du Code pénal et dans la loi du 30 mai 1892, qui limitent dès lors l'activité des organisations. Il faudra attendre 1921 pour que l'article 310 soit abrogé et que l'exercice du droit de grève ne soit plus entravé.
17On ne saurait trop insister sur la véritable rupture que marquent les événements de 1886. C'est un moment crucial de l'histoire sociale : les émeutes qui ont lieu dans les bassins industriels de Liège d'abord, du Hainaut ensuite sont violemment réprimées. C'est au lendemain de ces événements qu'une législation ouvrière se met progressivement en place (interdiction de tout travail industriel aux enfants de moins de 14 ans, suppression du truck system, prise en charge par certains pouvoirs publics d'une partie des allocations de chômage) et, parallèlement, les institutions ouvrières et les formations politiques vont pouvoir se développer.
18Des efforts sont entrepris en vue de faire adhérer les syndicats de métier locaux et régionaux à des fédérations nationales de métiers qui rassemblent des ouvriers qualifiés et des ouvriers de l'industrie, ou des mineurs. On assiste alors à une nouvelle forme de concentration : des fédérations syndicales professionnelles ou d'entreprise réunissent des travailleurs de toutes qualifications d'une même branche d'activité au niveau national (typographes, travailleurs du bois, métallurgistes, etc. [2]).
19Le mouvement de centralisation se poursuit en 1908 par la création de centrales professionnelles. Alors que les fédérations des métiers étaient constituées des syndicats locaux qui détenaient le pouvoir de décision pour l'ensemble de leurs activités, les centrales regroupent des sections locales disposant de peu d'autonomie. Les centrales relèvent soit de l'industrie (métallurgistes, par exemple), soit de la profession (lithographes, relieurs, chapeliers, etc.).
20Les effectifs de ces syndicats centralisés ont crû de manière telle que, à la veille de la guerre 1914-1918, ils représentaient la majorité des travailleurs syndiqués.
21Longtemps, les initiatives ouvrières se sont manifestées sans avoir de coloration politique particulière. Les choses ont toutefois commencé à changer à partir de l'émergence d'une prise en compte politique de la question ouvrière.
22Le Parti ouvrier belge (POB), ancêtre du Parti socialiste créé en 1885, et la Ligue démocratique belge (LDB), d'obédience chrétienne, apparue en 1891, vont donner un nouveau cadre aux structures syndicales.
23Sur le plan interprofessionnel, la création de la Commission syndicale, organisme de coordination et de centralisation, est décidée par le POB et réalisée en 1898. Émanation du Parti, elle s'en dégage progressivement. Ainsi, en 1905, la Commission syndicale renouvelle ses statuts et se donne des instances dirigeantes propres. Elle affilie dorénavant des organisations non adhérentes au parti, d'où la nouvelle appellation de 1907 : « Commission syndicale du POB et des syndicats indépendants ». Avant la guerre, la Commission syndicale décide de ne plus affilier que des centrales ou des fédérations nationales.
24De son côté, la Ligue démocratique belge crée en 1904, dans le prolongement de l'encyclique Rerum Novarum de 1891, un Secrétariat général des unions professionnelles chrétiennes. Certains, dont la CSC elle-même, font remonter le début de l'existence du syndicalisme chrétien à la création en 1886, à Gand, d'une de ces unions professionnelles, le syndicat antisocialiste du coton (De Vrije Katoenbewerkersbond). Dès 1893, des fédérations de métiers se constituent et, après la création du Secrétariat, des fédérations d'industrie.
25Le Secrétariat général des unions professionnelles chrétiennes rejette le principe de la lutte des classes et se caractérise par son anti-socialisme ; il jouit d'une certaine autonomie par rapport au Parti catholique.
26Les centrales qui s'étaient fédérées au sein du Verbond der Christelijke Beroepsverenigingen van België (1908) en Flandre et de la Confédération nationale des syndicats chrétiens et libres des provinces wallonnes (1909) vont créer, en 1912, la Confédération générale des syndicats chrétiens et libres de Belgique (en néerlandais : Algemeen Christene Vakverbond). Cette année-là a lieu le premier congrès indépendant de la Ligue démocratique qui approuve les statuts de la nouvelle confédération.
27Alors que les syndiqués sont minoritaires au sein de la classe laborieuse jusqu'en 1914, les syndicats deviennent des organisations de masse après la Première Guerre mondiale.
Le développement du syndicalisme entre les deux guerres
28L'après guerre est marqué par un fort accroissement du nombre de membres des syndicats affiliés à la Commission syndicale et de ceux de la Confédération chrétienne. Les effectifs syndicaux de la première passent en effet de 129 177 en 1914 à 687 610 en 1920, tandis que ceux de la seconde connaissent une progression plus limitée de 123 000 membres en 1914 à 156 631 en 1920 [3].
29Parallèlement à cet essor, les organisations vont renforcer leurs structures au travers d'une forte tendance à la centralisation industrielle. Elles vont aussi développer leurs actions dans le sens de la création d'un système de relations collectives de travail et de l'élaboration d'une législation du travail (journée de 8 heures, congés payés, etc.).
De la Commission syndicale à la CGTB
30La Commission syndicale du POB et des syndicats indépendants poursuit un processus de centralisation qui aura pour effet de renforcer progressivement son autorité.
31Souhaitant dépasser un statut de simple organisme de coordination, la Commission syndicale prend la responsabilité, pour la première fois en 1919, de manifestations pour les 8 heures, le minimum salarial et la suppression de l'article 310 du Code pénal. La Commission syndicale intervient également dans la conciliation des conflits de frontière syndicale qui opposent les centrales entre elles. Un service d'études lui est rattaché, une Centrale d'éducation ouvrière est créée en 1911 et le Conseil économique est créé en 1921. La même année, l'École ouvrière supérieure voit le jour dans le but de préparer à l'action sociale les militants des organisations du mouvement socialiste. La Commission syndicale organise en outre des unions et des fédérations syndicales sur le plan régional interprofessionnel et élabore un statut-type à leur intention en 1923.
32La création d'une caisse centrale de résistance complémentaire à celles des centrales avait échoué avant la guerre. L'instauration d'une caisse de réassurance pour grèves et pour lock-out, est souvent discutée pour enfin aboutir en 1937, mais elle ne sera pas utilisée avant la guerre. Elle implique un pouvoir accru de la Commission syndicale dans la direction des conflits, ce qui constitue un enjeu important du débat qui l'opposait aux centrales professionnelles.
33Le mouvement de centralisation se réalise sur le double plan des centrales professionnelles et de la Commission syndicale. Les syndicats locaux se regroupent au sein des centrales nationales d'industrie. Et des centrales fusionnent, de telle sorte que le nombre de celles affiliées à la Commission syndicale se réduit de 31 en 1920 à 24 en 1937. Sur le plan interprofessionnel, la Confédération générale du travail de Belgique (CGTB) succède, en décembre 1937, à la Commission syndicale. La CGTB adopte une déclaration de principe et modifie ses statuts dans le sens d'un renforcement des pouvoirs de la Confédération. Progressivement, l'organisation syndicale va s'émanciper de la tutelle du parti.
34La CGTB, à la suite de la Commission syndicale, poursuit l'objectif de la réalisation d'une société sans classes. Son action est cependant essentiellement pragmatique et réformiste. Sa déclaration de principe, en 1937, la confirme dans cette voie : « La CGTB poursuit par son action quotidienne la réalisation de réformes tendant à l'amélioration des conditions de travail et à l'élévation du niveau de tous les salariés. » Elle revendique des réformes des structures économiques et elle opte pour une démocratie économique qui complète la démocratie politique et dont la réalisation passe par la nationalisation des industries de base.
35Ses effectifs connaissent un léger recul entre 1919 et 1939, année où elle enregistre 546 224 membres.
La Confédération des syndicats chrétiens de Belgique
36Les efforts des syndicats chrétiens en vue de poursuivre la centralisation commencée avant la guerre ne se heurtent pas aussi nettement qu'à la Commission syndicale à la résistance des structures professionnelles. Les centrales professionnelles et les fédérations de métier y sont effectivement plus faibles et la Confédération renforce son influence sur elles et en crée même de nouvelles. Des syndicats exclusivement féminins sont créés (comme le Syndicat de l'aiguille en 1907).
37En 1923, la Confédération générale des syndicats chrétiens et libres de Belgique prend le nom qu'elle porte aujourd'hui encore : la Confédération des syndicats chrétiens de Belgique (CSC). D'abord encouragée par la Confédération, la syndicalisation séparée des femmes est ensuite critiquée et la commission intersyndicale féminine, qui regroupe les fédérations féminines, est intégrée à la CSC en 1925-1926. La Confédération se développe continuellement pendant l'Entre-deux-guerres et atteint 339 769 membres en 1939.
38Une Caisse centrale de résistance est instaurée en 1926 ; elle succède à la Caisse nationale de réassurance (créée en 1922). Au-delà de son rôle de soutien financier en cas de grève ou de lock-out, cette caisse traduit et renforce l'autorité dont la Confédération est investie.
39La Confédération fait également preuve d'autorité vis-à-vis des centrales par ses interventions lors des conflits liés aux frontières syndicales. Par ailleurs, elle constitue après 1921 des fédérations régionales interprofessionnelles et elle se réserve le droit d'approuver la nomination de leurs propagandistes.
40Le syndicalisme chrétien, marqué dès ses origines par un fort sentiment d'anti-socialisme, défend une doctrine favorable à la collaboration des classes. Ses prolongements sont sensibles pendant l'Entre-deux-guerres, période durant laquelle se développent une idéologie corporative et la revendication d'une organisation de l'économie sur la base des professions. Sur les problèmes immédiats, il y a pourtant presque identité de revendication avec la Commission syndicale (salaires, heures de travail, etc.) ; la CSC ajoute toutefois à ses objectifs les problèmes de la famille auxquels elle attache une importance particulière.
Le syndicalisme libéral
41Le premier syndicat indépendant des deux mouvances précédentes apparaît à Gand dans la seconde moitié du 19e siècle. D'autres groupements semblables se constituent par la suite ailleurs en Flandre ainsi qu'en Wallonie.
42En 1922 est créé le Verbond der Liberale Vakbonden der beide Vlaanderen [4], organisation réunissant l'ensemble des syndicats libéraux de Flandre orientale et de Flandre occidentale.
43La Centrale nationale des syndicats libéraux est constituée en 1930 ; elle deviendra après la Seconde Guerre mondiale la Centrale générale des syndicats libéraux de Belgique (CGSLB).
44Limité d'abord au secteur privé, le syndicalisme libéral n'apparaît dans le secteur public qu'en 1923, à Malines. Fondé, indépendamment du parti, sur la base des principes libéraux, le syndicalisme libéral veut regrouper dans une association de fait tous les travailleurs des deux secteurs. La CGSLB est le plus centralisé des trois principaux syndicats : elle ne possède pas de centrales professionnelles à l'exception du Syndicat libéral de la fonction publique (SLFP) et de deux regroupements (un syndicat d'enseignants et une organisation active dans l'aviation civile, cf. infra) qui l'ont rejointe. Ses structures reposent sur un découpage géographique. En 1939, la centrale libérale comptait 59 543 membres.
Les syndicats pendant et après la Seconde Guerre mondiale
45En Belgique occupée et après négociation avec l'occupant est créée, en novembre 1940, l'Union des travailleurs manuels et intellectuels (UTMI) avec la participation de syndicalistes socialistes, chrétiens, libéraux ainsi que d'organisations nationalistes flamandes (Arbeidsorde et Vlaamsch nationaal Syndicaat). Les effectifs de l'UTMI vont décroître d'année en année au cours de l'occupation.
46Les syndicalistes hostiles à la collaboration vont se retrouver dans la clandestinité ou l'exil. De nouvelles organisations apparaissent alors, à une période où l'action syndicale se concentre essentiellement sur les lieux de travail.
47Dans la clandestinité, des comités d'usine se constituent, notamment dans la métallurgie ; leur unification mènera à la création du Mouvement métallurgiste unifié (MMU), puis au Mouvement syndical unifié (MSU) sous l'égide d'André Renard. Simultanément des militants communistes lancent des Comités de lutte syndicale (CLS), qui se regroupent à la fin de la guerre en une Confédération belge des syndicats uniques (CBSU). Par ailleurs naît en 1942 le Syndicat général unifié des services publics (SGUSP).
48Pendant l'occupation, des représentants des employeurs (affiliés au Comité central industriel de Belgique) et des travailleurs (CSC et CGTB) rédigent ensemble un projet d'accord de solidarité sociale en vue d'inspirer la politique sociale du gouvernement. Il s'agit du « Pacte social » qui sera signé en décembre 1944.
49Après la guerre, une tentative de réaliser un syndicat unique échoue suite au refus de la CSC. Après avoir participé à une première réunion, elle estime la tentative prématurée. En outre, les dirigeants de la CSC refusent de négocier avec les syndicats communistes.
50Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la première préoccupation des syndicats est de se reconstituer et, pour la CGTB, de réformer ses structures. Les trois mouvements syndicaux créés pendant la guerre, le MSU, la CBSU et le SGSP, refusent de s'intégrer purement et simplement à la CGTB. Au congrès de fusion qui les rassemble, les quatre organisations décident de se dissoudre et de fusionner le 1er mai 1945 en une nouvelle organisation : la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB). Elle se dote à cette occasion d'une nouvelle déclaration de principe dont les orientations générales traduisent les grands courants qui traversent à cette époque le syndicalisme (anarcho-syndicaliste, communiste et socialiste).
51En 1948, dans le contexte de la Guerre froide et du « Coup de Prague », la FGTB décide d'exclure de son bureau les délégués communistes issus de la CBSU et les membres communistes du comité national démissionnent la même année. Cette exclusion ne frappe pas les membres affiliés ni les cadres à d'autres niveaux, de sorte que la FGTB n'est pas un syndicat exclusivement socialiste mais compte à l'époque une importante composante communiste ainsi qu'une aile renardiste non négligeable.
Les trois principales organisations syndicales au lendemain de la Seconde Guerre mondiale
| Fédération générale du travail de Belgique (FGTB) | 553 100 membres |
| Confédération des syndicats chrétiens de Belgique (CSC) | 342 500 membres |
| Centrale générale des syndicats libéraux de Belgique (CGSLB) | 50 000 membres |
II. Doctrines, structures, implantations et moyens
52Le syndicalisme belge a défini très tôt des options qui le caractérisent aujourd'hui encore. Il s'agit, en ordre principal, du pluralisme syndical, de la double centralisation structurelle et de l'organisation par centrales professionnelles.
53La centralisation et la structuration du mouvement syndical s'effectuent d'abord au niveau du secteur d'activité, par la constitution de centrales professionnelles et, ensuite, au niveau interprofessionnel par la formation de fédérations ou sections régionales. Avec la centralisation par secteur, le syndicalisme belge se différencie de la structuration par métier chère au syndicalisme anglais. Par ailleurs, l'histoire des rapports entre centrales professionnelles et confédérations interprofessionnelles a connu de fortes tensions et explique qu'aujourd'hui l'aspect professionnel soit prépondérant, plus encore à la FGTB que dans les organisations relevant des courants chrétien et a fortiori libéral
54Les syndicats se sont regroupés selon les clivages confessionnels et idéologiques qui ont déterminé la structuration des partis politiques. Bien que l'unification ait souvent été réclamée, le mouvement ouvrier dispose d'institutions (mutualités, coopératives, partis politiques, syndicats) concurrentes. Le clivage culturel ou linguistique entre la Flandre, où la CSC est dominante, et la Wallonie, où la FGTB est majoritaire en termes d'affiliation, divise aussi le mouvement ouvrier et date de ses origines.
55Enfin, la FGTB et la CSC ont adopté un mode d'organisation qui regroupe les travailleurs selon le statut professionnel : elles possèdent des centrales distinctes pour affilier les ouvriers, les employés et les agents des services publics. La CGSLB possède une centrale distincte pour les seuls travailleurs des services publics, de l'enseignement libre et de l'aviation civile.
56Aujourd'hui, le syndicalisme belge continue à être marqué par un souci d'« unité d'action dans la pluralité des organisations ». Les trois organisations, FGTB, CSC et CGSLB, telles qu'elles apparaissent, sont celles qui ont été reconstituées après la Seconde Guerre mondiale.
57À côté des trois principaux syndicats existent également des syndicats « neutres », « indépendants » ou « apolitiques », de constitution plus récente. Ils regroupent des membres du personnel de certaines administrations publiques ou des travailleurs de branches d'activité particulières (personnel des trams, des vicinaux, dockers et marins) ou encore du personnel de cadre. Certains d'entre eux, comme la Confédération nationale des cadres (CNC), sont confédérés au sein de l'Union nationale des syndicats indépendants (UNSI). Cette union, fondée en 1982, réclame sa reconnaissance comme organisation représentative des travailleurs.
Des doctrines pour orienter l'action
58Si les syndicats sont de grandes organisations, il ne faut cependant pas les assimiler à des administrations bureaucratiques. En tant qu'expression organisée d'un mouvement social porteur des valeurs d'émancipation de la classe des travailleurs, de justice sociale et de démocratisation de l'économie, ils sont toujours marqués par la perspective militante, même si celle-ci doit composer, parfois difficilement, avec un professionnalisme et une expertise très exigeants, requis notamment par la concertation sociale.
59Les doctrines syndicales expriment les dimensions militantes des syndicats. Elles sont très marquées par les conditions dans lesquelles les syndicats sont nés et se sont développés. Elles orientent les choix fondamentaux qui sont faits lors de l'adoption des résolutions des congrès. Les doctrines sont un peu la « marque » des organisations, étant entendu que dans l'action concrète, le pragmatisme atténue fortement les différences sauf dans des cas comme l'opposition au Plan global en 1993 ou au Pacte de solidarité entre les générations de 2005 qui ont donné lieu à des attitudes contrastées des syndicats. Ce pragmatisme a permis aux trois syndicats de traverser la crise économique des années 1975-1990 et de s'adapter plus ou moins facilement aux politiques néo-libérales.
La doctrine de la FGTB
60Les statuts de la Commission syndicale se réfèrent à la Charte de Quaregnon adoptée par le Parti ouvrier belge (POB) en 1894 :
« Les richesses en général et spécialement les moyens de production (...) doivent (...) être considérés comme le patrimoine de l'humanité (...). Le droit à la jouissance de ce patrimoine par les individus ou par les groupes ne peut avoir d'autre fondement que l'utilité sociale et d'autre but que d'assurer à tout être humain la plus grande somme possible de liberté et de bien-être (...). [Le régime capitaliste] divise la société en deux classes nécessairement antagonistes : l'une qui peut jouir de la propriété sans travail, l'autre obligée d'abandonner une part de son produit à la classe possédante. »
62La transformation de la société par la suppression des classes sociales est donc jugée indispensable, mais ne peut se faire avec la classe possédante, une telle transformation étant contraire à ses intérêts : « L'émancipation des travailleurs sera essentiellement l'œuvre des travailleurs eux-mêmes. »
63Cette référence directe à la lutte des classes est reprise dans la Déclaration de principe jointe aux nouveaux statuts de la FGTB adoptés lors de sa création en 1945 et qui les introduit aujourd'hui encore :
« Émanation directe des forces laborieuses organisées, la FGTB proclame que l'idéal syndicaliste, visant à la constitution d'une société sans classe et à la disparition du salariat, s'accomplira par une transformation totale de la société.
Née de la lutte des classes, elle tient à souligner l'évolution de celle-ci en une lutte non moins vigoureuse de l'ensemble des producteurs contre une oligarchie bancaire et monopolistique, devenue maîtresse souveraine de tout l'appareil de production. »
65Cette conception reste fidèle à l'esprit des fondateurs du socialisme. Pour eux, l'essentiel est d'aboutir à une société différente où le travail « créateur de toutes les valeurs et source de tous les biens, soit enfin considéré comme facteur primordial, les autres facteurs n'étant que subordonnés ou parasites ».
66D'où une double constance dans les programmes économiques et sociaux élaborés au fil du temps par l'organisation :
- l'une consistant à défendre le droit des pouvoirs publics dans l'organisation de la société et de l'économie face à l'initiative privée ;
- l'autre consistant à développer des revendications d'égalité et de démocratie également dans le champ de l'activité économique et face au pouvoir du chef d'entreprise privée, notamment en accroissant les possibilités des travailleurs d'être entendus.
68Les conceptions générales de l'action syndicale de la FGTB ont été traduites en objectifs politiques par différents congrès.
69Dans les années 1950, la FGTB a fait le bilan des réformes introduites après la guerre par la loi portant organisation de l'économie. Deux congrès vont alors orienter pour de nombreuses années l'action de la FGTB. Celui de 1954 dont le rapport est consacré au thème Situation économique et perspectives d'avenir et celui de 1956 au cours duquel André Renard présente le rapport Holdings et démocratie économique. Les holdings y sont analysés comme le principal instrument de la mainmise du capitalisme sur l'économie. Il faut donc leur enlever le contrôle de la décision économique en les intégrant à une planification souple répondant aux intérêts de l'ensemble de la société.
70La référence à la lutte des classes est répétée dans les résolutions finales du Congrès d'orientation doctrinale de la FGTB en 1971 et régulièrement depuis lors :
« Fidèle à ses principes de base, la FGTB rejette toute formule d'intégration dans le système capitaliste. (...) La négociation à laquelle le mouvement syndical participe, dans le domaine économique, financier et social, n'implique nullement la communauté d'intérêts des interlocuteurs, ni l'expression de la collaboration de classes. (...) La FGTB, née de la lutte des classes, opte pour la transformation de la société par une politique offensive de revendications précises, à réaliser par tous les moyens y compris l'action directe, s'orientant vers la société socialiste démocratique. »
72L'un des apports importants du congrès a été l'approfondissement de la notion de contrôle ouvrier. Le contrôle ouvrier se définit comme le refus d'intégration dans la société capitaliste et la participation contestataire et transformatrice. Le contrôle ouvrier s'oppose à la cogestion qui donnerait aux syndicats des responsabilités mais non le pouvoir :
« Le syndicat n'a pas à assumer les responsabilités de la gestion patronale d'une entreprise dans le système capitaliste, mais son action incessante doit limiter les abus du capitalisme et le soumettre de plus en plus à l'intérêt général.
Institutionnaliser le partage du pouvoir peut impliquer soit l'acceptation de la logique du système économique du capitalisme, soit l'existence d'un arbitre soi-disant “neutre” ; le contrôle ouvrier permet à la fois la non-intégration et la prise de responsabilités à des degrés divers chaque fois qu'il est utile. »
74Le congrès réaffirme les principes qui doivent selon la FGTB être à la base de la planification. La mise en place au début des années 1970 des instruments de la planification économique et de la concertation qui l'accompagne a débouché à la fin de la décennie sur la définition du statut de l'initiative industrielle publique et la création de sociétés publiques d'investissement, au plan national puis au plan des régions. Ces réalisations qui n'ont cependant rencontré qu'en partie les vœux de la FGTB, ont pour la plupart été abandonnées à partir des années 1980. La vague de libéralisation des services publics a secoué la FGTB. Sa difficulté de se réorienter est peut-être à la source d'une perte d'influence.
La doctrine de la CSC
75Les conceptions de l'action syndicale de la CSC reposent sur des valeurs issues de la doctrine sociale de l'Église catholique. L'encyclique Rerum Novarum publiée en 1891 par le pape Léon XIII reste la charte fondamentale du mouvement ouvrier chrétien. Deux autres encycliques ont été publiées dans la lignée de la première : il s'agit de Quadragesimo Anno, du pape Pie XI, datant de 1931, et de Mater et Magistra, du pape Jean XXIII, publiée en 1961. Ces encycliques affirment la prééminence de la personne humaine sur les richesses, la production, les institutions et l'ordre social. La référence à l'Église n'implique cependant pas que le syndicat chrétien en soit une institution structurellement dépendante. La CSC accueille d'ailleurs des travailleurs non pratiquants ou pratiquant d'autres religions. L'abandon du « C » de chrétiens a parfois été débattu, mais n'a jamais été décidé à l'inverse du Parti social chrétien.
76Parmi les documents élaborés par le Mouvement ouvrier chrétien (MOC) lui-même (qui regroupe les mutualités chrétiennes, la CSC, les Équipes populaires, Vie féminine, la JOC et le groupe ARCO et qui se définit comme un mouvement social global à finalité politique), on citera le Catéchisme syndical, publié en 1937. Complètement revu en 1952, il a encore connu d'autres rééditions par la suite.
77Pour la période postérieure à la Seconde Guerre mondiale, on citera Le syndicalisme chrétien, sa nature et sa mission, texte adopté par le congrès de 1951 et La CSC responsable de l'avenir, adopté par le congrès de 1968.
78Dès l'introduction à la première partie du rapport Le syndicalisme chrétien, sa nature et sa mission, il est stipulé que, s'ils ne sont pas une institution d'Église, « les syndicats chrétiens sont des groupements de travailleurs chrétiens qui, de manière libre et autonome, dans le cadre de la société démocratique, consacrent leurs forces à l'émancipation de la classe ouvrière et à la création d'un monde plus humain, caractérisé par une reconnaissance authentique de l'homme par l'homme ».
79Le document reste ainsi dans la droite ligne du courant de pensée chrétienne ayant valorisé le travail humain dans une perspective divine et plus spécifiquement du courant des catholiques sociaux du 19e siècle, opposés à la lutte des classes mais en même temps soucieux à la fois de lutter contre le capitalisme sans supprimer la propriété ni le capital en lui-même et de réagir contre le salariat en tant que régime et prônant dès lors une participation des travailleurs à la gestion de l'entreprise, « communauté de travail ». C'est le thème de la cogestion qui ne va d'ailleurs pas jusqu'à demander l'élimination du pouvoir de décision du capital.
80La démocratisation de l'entreprise est un thème essentiel pour la CSC. La doctrine de la cogestion des années 1950 a été approfondie et dans la lignée du document La CSC responsable de l'avenir, l'organisation s'est prononcée en 1971 pour l'autogestion.
81« Une économie au service de l'homme et de la société », titre d'un rapport adopté dans les années 1980, caractérise la doctrine de base de la CSC, doctrine qui est actualisée régulièrement dans les congrès de la Confédération. Les comités régionaux ont également formulé leur propre approche.
82Les principes généraux de sa conception de l'économie ont été redéfinis par la CSC en 1980. Parmi ces principes on relèvera notamment que, selon la CSC, l'économie doit « favoriser d'une manière optimale l'égalité entre tous les êtres humains dans ce qui leur est fondamental, en assurant à chacun des chances égales pour la vie ». L'économie doit encore être démocratique en « organisant la participation de tous au pouvoir économique ». Cette économie démocratique repose sur deux piliers : l'autogestion et la démocratie formelle, telle qu'elle est exercée par le Parlement et le gouvernement.
83La démocratie économique doit encore se réaliser au niveau de l'entreprise à travers trois objectifs :
« – la réorientation du pouvoir au profit des travailleurs concernés et de la collectivité ;
– le pouvoir de décision sur l'affectation et le partage de la plus-value dans le cadre des règles déterminées par la communauté ; – la définition du contenu du travail et des conditions de travail. »
85Le dernier approfondissement doctrinal de la CSC date de son congrès statutaire de 1994, au cours duquel elle a réexplicité les valeurs sur lesquelles elle entend appuyer son action :
- le personnalisme, qui suppose le respect de la dignité humaine et la reconnaissance de la valeur première de la personne ;
- le travail, en tant que moyen de subsistance de l'homme et de la société, possibilité d'épanouissement personnel, contribution au développement de la société et moyen d'intégration sociale ;
- la justice, à travers l'économie de marché corrigée socialement et la redistribution (du pouvoir, du travail, des revenus, de la fortune et du savoir) ;
- la solidarité au sein du groupe des travailleurs au sens large et au-delà des frontières ;
- l'attention à la chose publique en faveur des générations actuelles comme des générations futures ;
- la démocratie et la participation, comme manière optimale de prendre des décisions dans la société ;
- la tolérance et l'égalité, comme modèles de base pour des efforts en faveur d'une société pluraliste et diversifiée ;
- la famille sous toutes ses formes comme cellule de base de la société.
87Au cours de ce congrès, la CSC a également réaffirmé que la « dimension chrétienne » continue à influencer ses positions. Elle a aussi tranché la question de savoir s'il fallait centrer le syndicat sur les travailleurs ou l'élargir pour devenir un syndicat de citoyens. Le choix a été de ne pas utiliser le terme de citoyen, mais d'être attentif à des thèmes plus larges que ceux liés au travail et qui sont importants pour les travailleurs.
La doctrine de la CGSLB
88La CGSLB rejette les principes doctrinaux inspirés du marxisme et ne reconnaît pas la doctrine sociale de l'Église catholique. Sa charte sociale, adoptée en 1945, s'inspire des droits sociaux définis par la Déclaration universelle des Droits de l'Homme. Selon l'article 3 des statuts adoptés à l'époque, la CGSLB a pour but de :
« Contribuer par tous les moyens légaux, sur le plan national et international, au progrès social, à la défense des droits de l'homme et à celle des intérêts moraux et matériels de tous les preneurs de travail, tant salariés qu'appointés et pensionnés.
Fonder l'entente entre preneurs et donneurs de travail sur le respect mutuel des droits et des devoirs réciproques, conformément aux principes libéraux essentiels de liberté, de solidarité, de progrès, de justice et de paix sociales.
Le principe de la propriété est quelque chose d'intangible, comparable à un droit naturel, inhérent à l'existence même de l'être humain. C'est un corollaire immédiat de la liberté individuelle.
Il faut considérer la propriété individuelle comme un outil, un stimulant et une garantie de la liberté essentielle de la personnalité humaine.
La famille reste un des fondements essentiels de la société occidentale, telle que nous la concevons : base de protection, d'éducation et de formation des jeunes. »
90Le syndicalisme libéral a précisé le sens de son action lors de son congrès de 1975. Une résolution relative au syndicalisme libéral définit ses données de base, la liberté et la solidarité : « Le congrès constate que le libéralisme et le syndicalisme ne s'excluent pas mais, au contraire, qu'ils s'impliquent mutuellement ; que dans la lutte pour une société plus libre, objectif libéral par excellence, le syndicalisme libre est un instrument irremplaçable ; qu'en outre un syndicalisme authentique, interprète et arme de la classe ouvrière ne peut s'épanouir que dans un régime libéral démocratique sans trahir sa nature et sa mission. »
91En ce qui concerne les libertés personnelles, la CGSLB estime qu'elles ne trouvent leur pleine signification que « dans la garantie d'une part minimum à la prospérité, au bien-être et à la participation ». Ce minimum ne peut être défini en termes absolus : « Il y a lieu de l'augmenter constamment par la lutte syndicale en fonction de nécessités et d'aspirations en évolution. » Dans cette optique, la CGSLB prône « la libre concertation sur les conditions de rémunération et de travail, et ce sur une base paritaire entre les organisations de travailleurs et d'employeurs sans tutelle des autorités ».
92En ce qui concerne la solidarité, la CGSLB donne la priorité à une structure interne interprofessionnelle et aux négociations paritaires interprofessionnelles.
Les structures syndicales
93L'organigramme de la FGTB comme celui de la CSC pourraient prendre la forme de deux colonnes, qui correspondent à la double structuration de ces organisations, professionnelle et interprofessionnelle, dont le niveau le plus bas serait le niveau de l'entreprise et le niveau local et qui monteraient par paliers jusqu'au niveau national, et se prolongeraient sur le plan international.
94L'affiliation au syndicat s'effectue par l'intermédiaire de la centrale professionnelle à la FGTB. Tandis qu'à la CSC l'affiliation passe par la fédération régionale interprofessionnelle, même si c'est le délégué au sein de l'entreprise qui l'a enregistrée.
La dimension professionnelle
95Les centrales de la CSC et de la FGTB correspondent à des groupements de travailleurs d'un ou de plusieurs secteurs économiques. Ainsi par exemple, les travailleurs des différentes industries du métal (sidérurgie, métaux non ferreux, fabrications métalliques, garages, réparation des navires, etc.) sont regroupés dans les mêmes centrales : les trois entités régionales issues de la Centrale des métallurgistes de Belgique (CMB) affiliée à la FGTB (cf. infra) et la CSC – Métal affiliée à la CSC.
96Ces travailleurs sont représentés par les responsables de ces centrales vis-à-vis des employeurs des différentes industries du métal, eux-mêmes regroupés dans des associations professionnelles (Agoria, p. ex.).
97Les centrales représentent et défendent le point de vue des travailleurs vis-à-vis des employeurs et des pouvoirs publics concernant la vie sociale et économique des secteurs concernés.
98Le nombre des centrales professionnelles et la répartition des secteurs économiques selon les centrales ne sont pas semblables à la CSC et à la FGTB. Cela est dû en partie au fait que l'implantation des deux syndicats n'a pas eu lieu au même moment ni dans les mêmes secteurs. Au fil du temps, certains secteurs sont entrés en déclin tandis que d'autres ont connu un essor : ces variations dans la structure de la population active ont eu des répercussions sur les effectifs syndicaux et sur les frontières et le remodelage des centrales. Les tableaux présentent les effectifs de la FGTB et de la CSC par centrale professionnelle pour l'année 2005 (dernière année pour laquelle les données sont disponibles).
Les centrales professionnelles de la FGTB (2005)
| Syndicat des employés, techniciens et cadres de Belgique (SETCA) | 357 978 |
| Centrale générale (CG) | 350 764 |
| Centrale générale des services publics (CGSP) | 284 576 |
| Centrale de l'industrie du métal de Belgique (CMB) 1 | 179 155 |
| Centrale alimentation – horeca – services | 100 627 |
| Textile, vêtement et diamant | 42 175 |
| Union belge des ouvriers du transport (UBOT) | 38 094 |
| (FGTB Jeunes) 2 | 15 452 |
| Total | 1 368 821 |
Les centrales professionnelles de la FGTB (2005)
1 Scindée en 2006 en trois entités distinctes (cf. infra).2 Qui ne constitue pas une centrale professionnelle.
Les centrales professionnelles de la CSC (2005)
| Landelijke Bedienden Centrale – Nationaal Verbond voor Kaderpersoneel (LBC-NVK) | 297 449 |
| CSC – Bâtiment et industrie | 231 207 |
| CSC – Alimentation et services | 221 245 |
| CSC – Métal | 184 781 |
| CSC – Services publics | 148 908 |
| Centrale nationale des employés – Groupement national des cadres (CNE-GNC) | 145 415 |
| CSC – Transport et communications (CSC – Transcom) | 82 128 |
| ACV-CSC-Textura 1 | 59 411 |
| CSC – Énergie Chimie | 54 646 |
| (Enter – Ticket jeunes) 2 | 53 003 |
| Christelijke Onderwijs Centrale (COC) | 41 578 |
| CSC – Enseignement (CSC – E) | 41 389 |
| Christelijke Onderwijzersverbond (COV) | 40 118 |
| Total | 1 601 278 |
Les centrales professionnelles de la CSC (2005)
1 Contrairement aux autres centrales nationales de la CSC, la dénomination en français comme en néerlandais de la centrale du textile est ACV-CSC – Textura alors que les autres se présentent sous la dénomination CSC en français et ACV en néerlandais.2 Qui ne constitue pas une centrale professionnelle.
99L'un de ces changements, parmi les plus importants intervenus durant les dernières décennies, est l'augmentation du nombre de personnes occupées dans le secteur tertiaire, celui des services, y compris les services publics, et la stagnation, voire la diminution du nombre de personnes occupées dans le secteur secondaire, le secteur industriel.
100Traditionnellement, les syndicats – du moins la FGTB et la CSC – comptaient la majorité de leurs affiliés parmi les ouvriers du secteur secondaire. La différence entre ouvrier et employé se réfère ici plus à une distinction de statut qu'à des différences dans les conditions matérielles de travail. Dans certains secteurs, comme la chimie, par exemple, le passage d'ouvriers au statut d'employé est un phénomène qui prend de l'ampleur. La structure de la population active évoluant au profit du secteur tertiaire, qui occupe une majorité d'employés, tend donc à renforcer le poids relatif des centrales d'employés du secteur privé.
101Il reste peu de centrales homogènes du point de vue professionnel : celles du textile et du vêtement à la CSC (ACV-CSC Textura), celle du transport à la FGTB (UBOT), par exemple. D'autres sont plus hétérogènes, regroupent plusieurs secteurs moins importants du point de vue du nombre de travailleurs occupés ou résultent de fusions plus ou moins récentes de centrales. C'est le cas à la FGTB de la Centrale générale, qui regroupe les travailleurs des secteurs de la construction, de la chimie, du verre, du tabac, des différentes industries du bois, de l'agriculture et de nombreux autres secteurs encore, et à la CSC de la centrale Bâtiment et industrie qui regroupe plusieurs de ces secteurs depuis la fusion des centrales qui affiliaient les travailleurs du bois, du bâtiment et de l'industrie intervenue en 1998.
102Une caractéristique essentielle de la dimension professionnelle de la CSC et de la FGTB réside dans le fait que les ouvriers et les employés sont représentés par des centrales différentes. Cette distinction dans l'organisation reflète la différence de statut que la législation sociale réserve aux deux catégories de travailleurs. Mais la persistance de cette séparation structurelle ne tend pas à accélérer le rapprochement de ces statuts, pourtant revendiqué en principe par les organisations. De même, les agents statutaires des services publics, soumis à un statut juridique encore différent de ceux des ouvriers et des employés, et les agents contractuels du secteur public sont organisés dans des centrales distinctes tant à la CSC qu'à la FGTB et à la CGSLB.
103Alors qu'il existe à la CSC et à la FGTB plusieurs centrales ouvrières, il n'en va pas de même pour les employés du secteur privé. La FGTB ne comporte qu'une seule centrale d'employés, le Syndicat des employés, techniciens et cadres (SETCA), et la CSC en comporte deux, l'une flamande, la Landelijke Bedienden Centrale (LBC), l'autre francophone, la Centrale nationale des employés (CNE).
104Les centrales d'employés regroupent donc en principe des travailleurs appointés quel que soit le secteur économique dans lequel ils sont occupés. Elles sont donc des centrales à caractère intersectoriel. Ce sont ces centrales qui affilient également les employés des secteurs non-marchands (santé, y compris les hôpitaux et les mutuelles, animation socio-culturelle, aide sociale, insertion professionnelle, etc.).
105Il existe au sein de certaines centrales ouvrières un courant favorable à un syndicalisme d'industrie, mode d'organisation qui regrouperait dans une seule centrale les ouvriers et les employés d'un même secteur industriel.
106Une différence importante existe entre la CSC et la FGTB du point de vue des frontières syndicales en ce qui concerne les enseignants : la grande majorité des enseignants affiliés à la FGTB sont membres du secteur enseignement de la Centrale générale des services publics (CGSP-enseignement), ceux de l'enseignement libre étant rattachés au SETCA-enseignement libre (SEL). À la CSC, du côté francophone, il existe aujour-d'hui une seule centrale (CSC – Enseignement ou CSC – E), résultat de la fusion en juin 2005 des quatre centrales autonomes pour les enseignants qui existaient auparavant, tandis que du côté flamand deux centrales distinctes affilient respectivement les enseignants de l'enseignement primaire (COV) et ceux du secondaire de tous les réseaux (COC). Centrales francophone et néerlandophones sont membres de la Fédération des syndicats chrétiens des services publics (FSCSP). Une autre différence concerne les affiliés des secteurs de l'énergie (gaz et électricité) : à la CSC ces travailleurs (qui ont tous un statut d'employé) sont rattachés à une centrale ouvrière, la CSC – Énergie-chimie tandis qu'à la FGTB ils sont rassemblés dans le secteur gaz-électricité-coke de la Centrale générale des services publics (CGSP-Gazelco).
107De manière générale, les centrales professionnelles de la FGTB et de la CSC sont restées unitaires. Ce n'est toutefois pas le cas à la CSC pour les centrales d'employés (CNE et LBC) et pour les centrales d'enseignants (CSC – E, COC et COV). À la FGTB, depuis le 21 avril 2006, la centrale des métallurgistes est scindée en trois entités (bruxelloise, wallonne et flamande) tout en conservant une structure faîtiaire. Les entités wallonne et bruxelloise ont créé ensemble une association « Métallurgistes Wallonie-Bruxelles » (MWB). Dans de nombreuses centrales, il existe une structuration régionale qui peut avoir plus ou moins de poids dans le rapport de force interne à la centrale.
108Les centrales syndicales ont plusieurs traits communs du point de vue de leur organisation et de leur pouvoir interne.
109À la base, on trouve les sections syndicales d'entreprise, parfois regroupées en sections locales.
110Un niveau intermédiaire entre le niveau de base et les organes nationaux de direction et de gestion des centrales est le niveau professionnel régional (sections professionnelles régionales à la FGTB, fédérations professionnelles régionales à la CSC), chargé notamment de représenter les membres à la centrale nationale. Ce niveau est essentiel, aussi bien à la CSC qu'à la FGTB, parce que c'est celui où se trouvent les permanents syndicaux directement en contact avec la vie des entreprises. Seules les grandes centrales ont des structures professionnelles régionales réparties dans tout le pays.
111Les permanents syndicaux professionnels ont des tâches multiples. Une grande partie de leur temps est consacrée à l'aide qu'ils apportent aux délégués dans l'accomplissement de leurs missions. Par exemple, ils participent à la négociation et signent les conventions collectives de travail dans les entreprises et ils interviennent dans la conciliation des conflits lorsque ceux-ci n'y ont pas trouvé de solution. À la FGTB ce niveau d'action syndicale possède une autonomie et une tradition conflictuelle relativement plus grande qu'à la CSC.
112Les permanents syndicaux professionnels suscitent la création de nouvelles délégations syndicales là où elles sont encore inexistantes. Ils appliquent les décisions des instances nationales de la centrale et participent à l'élaboration de ces décisions. Ils participent aussi à la vie interprofessionnelle régionale en siégeant dans les organes de décision qui existent à ce niveau.
113Le niveau national des centrales est celui où s'examinent les problèmes professionnels et économiques généraux des secteurs. Les responsables de ce niveau sont chargés de la représentation des travailleurs dans les commissions paritaires. C'est dans les commissions paritaires que se négocient les salaires et que s'opère l'articulation salaires/productivité. Ce niveau est aussi essentiel dans les décisions concernant les grèves, bien que celles-ci peuvent être décidées au niveau de l'entreprise et au niveau régional. Toutefois, seules les centrales peuvent les reconnaître.
114Les centrales nationales possèdent leurs propres organes de décision : congrès, comité, bureau.
115Les centrales sont les piliers des deux grandes organisations syndicales interprofessionnelles que sont la FGTB et la CSC. Elles participent à la composition de toutes les instances des organisations syndicales.
116À la FGTB, statutairement, ce sont elles qui, fédérées au niveau national, désormais appelé fédéral [5], donnent à l'organisation interprofessionnelle le pouvoir de créer des sections régionales et des interrégionales. Les structures interprofessionnelles de la FGTB sont donc le fruit de l'initiative des centrales fédérales. Ces structures, bien qu'ayant des missions et des moyens propres et qu'une participation au pouvoir de décision des organes interprofessionnels nationaux leur soit réservée, restent sous la tutelle de fait des centrales.
117Les centrales de la FGTB possèdent une grande autonomie de gestion par rapport à l'organisation fédérale interprofessionnelle. Celle-ci procède néanmoins à des audits. Elles fixent le montant des cotisations dans une fourchette décidée au sein de la FGTB fédérale par la Commission financière, gèrent leur propre caisse de résistance et ont le pouvoir de déclencher une grève sans dépendre d'un autre niveau de décision. Ce sont elles qui ont, en fin de compte, statutairement le dernier mot en ce qui concerne le déclenchement d'une grève interprofessionnelle, que ce soit au niveau fédéral ou au niveau interrégional, ce qui n'exclut pas l'existence de grèves déclenchées par le niveau interprofessionnel avec l'appui des centrales. Comme il n'existe pas de caisse de solidarité interprofessionnelle, ce sont les centrales qui financent les actions interprofessionnelles.
118À la CSC, les centrales nationales constituent également un centre de gravité important. Le système de vote dans les organes nationaux interprofessionnels leur réserve deux tiers des voix.
119À la FGTB, au bureau fédéral et dans les organes dirigeants des interrégionales, les centrales n'ont que la moitié des voix, l'autre moitié étant réservée aux instances interprofessionnelles. À la CSC aussi les centrales détiennent la moitié des voix dans les instances de décision des comités régionaux et communautaires. Quoi qu'il en soit, dans les deux organisations, les centrales qui comptent le plus de membres se voient reconnaître une influence prépondérante sur l'ensemble des structures syndicales, mais aucune centrale n'est en mesure à elle seule de dicter la ligne de conduite de l'organisation interprofessionnelle.
120Les centrales de la CSC ont moins d'autonomie que celles de la FGTB. L'organisation nationale interprofessionnelle possède sur elles un droit de contrôle financier. Elles sont tenues de cotiser à la caisse centrale de résistance et de respecter le règlement commun pour le déclenchement d'une grève.
121La CGSLB n'est pas formée de plusieurs centrales professionnelles. La défense des intérêts professionnels des travailleurs est prise en charge par les délégués syndicaux d'entreprise, toutes catégories et tous secteurs confondus. Ils sont cependant moins nombreux que ceux des deux autres syndicats. Ils sont assistés par des secrétaires permanents locaux, professionnels de la Centrale. Des secrétaires de zone (les zones de la CGSLB correspondent aux sections régionales de la FGTB et aux fédérations de la CSC) polyvalents sont aussi amenés à intervenir dans l'aide directe aux délégués.
La dimension interprofessionnelle
122En tant qu'organisations nationales interprofessionnelles, la CSC, la FGTB et la CGSLB se veulent représentatives de tous les travailleurs, actifs et inactifs, de toutes les branches d'activité, du secteur public comme du secteur privé ainsi que des chômeurs, des prépensionnés et des pensionnés. Cette dimension correspond à un ensemble de revendications et à une doctrine générale proposés à tous les travailleurs, occupés ou non.
123Cette dimension correspond aussi à une logique d'action où les interlocuteurs des syndicats sont les employeurs, eux-mêmes organisés sur le plan interprofessionnel au sein de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), et les pouvoirs publics nationaux pour les décisions politiques sur les matières économiques et sociales. Les trois organisations syndicales nationales interprofessionnelles sont représentées dans la Confédération européenne des syndicats (CES) ; sur le plan mondial elles sont membres de la Confédération syndicale internationale (CSI), résultat de la fusion de deux organisations mondiales : la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), dont étaient membres la FGTB et la CGSLB, et la Confédération mondiale du travail (CMT), à laquelle était affiliée la CSC. Elles sont en outre représentées à la Conférence internationale du travail et au Comité économique et social européen.
124Sur le plan interprofessionnel, les syndicats sont organisés à plusieurs niveaux. On trouve des instances statutaires de décision et de gestion au niveau national, au niveau des communautés (uniqement à la CSC) et des régions mais également au niveau des régionales interprofessionnelles. Dans les organisations syndicales, le terme « régional » se réfère en réalité à une dimension sous-régionale. On verra plus loin qu'il existe aussi des instances syndicales dont les limites correspondent aux trois régions de l'État fédéral belge : les interrégionales de la FGTB, les comités régionaux de la CSC et les régionales de la CGSLB.
Les structures régionales interprofessionnelles
125L'ensemble des structures régionales professionnelles (sections ou fédérations professionnelles régionales) forme un groupement interprofessionnel régional reconnu statutairement tant à la FGTB qu'à la CSC. Comme les centrales, elles possèdent leurs propres organes de décision et de gestion : congrès, comité, bureau. On les appelle sections régionales interprofessionnelles à la FGTB et fédérations régionales interprofessionnelles à la CSC. À la CGSLB, sur un plan interprofessionnel correspondant aux sections régionales de la FGTB et aux fédérations de la CSC, sont constituées des zones.
126Les structures régionales interprofessionnelles des trois organisations ont pour mission d'organiser la vie syndicale locale comme par exemple la propagande générale ou l'organisation de certains services syndicaux (administration, paiement des allocations de chômage, formation, service juridique par exemples). Les permanents interprofessionnels régionaux représentent les travailleurs dans les comités subrégionaux de l'emploi et de la formation professionnelle.
127Certains services syndicaux interprofessionnels sont décentralisés au niveau des régionales. Le service chômage, qui effectue le paiement des allocations de chômage aux affiliés, est décentralisé vers le niveau communal.
128Les régionales interprofessionnelles ont une représentation spécifique dans les instances régionalisées et dans les instances nationales, à côté des centrales professionnelles. À la FGTB, cette représentation dans les instances fédérales se fait depuis 1982 à travers les interrégionales.
129Le nombre des fédérations régionales de la CSC (vingt-et-une) est plus élevé que celui des sections régionales de la FGTB (dix-huit). Les frontières géographiques ont été délimitées dans le passé en relation avec l'évolution de l'industrialisation. Elles ne sont donc pas identiques dans les deux syndicats.
130Plusieurs régionales correspondent à des bassins industriels ou à des centres économiques comme Liège-Huy-Waremme, Charleroi, Mons-Borinage, le Centre en Wallonie, ou Anvers, le Limbourg, Gand, Bruges ou Courtrai en Flandre. Elles recouvrent dans leur grande majorité un territoire d'une taille inférieure à celui d'une province ou parfois même d'un arrondissement administratif.
131La CGSLB se différencie des deux autres organisations par sa structure interprofessionnelle de la base au sommet et par une plus grande dissémination de ses secrétariats zonaux et locaux.
Les structures interprofessionnelles régionalisées
132Le processus de régionalisation des structures syndicales s'est amorcé avant la réforme des institutions politiques de l'État, même si la reconnaissance statutaire des nouvelles instances mises en place est intervenue plus tard. Il correspond également à la période de la mise en place de la décentralisation économique avec notamment la création des Conseils économiques régionaux.
133À la FGTB d'abord, des différences de points de vue et de comportements se sont accentuées selon les régions à l'occasion de la grande grève de l'hiver 1960-61. L'idée de regroupements régionaux est apparue par la suite du côté wallon. En 1963, un protocole dérogeant temporairement aux statuts de la FGTB fut adopté. Il prévoyait des règles de vote et de parrainage des candidatures garantissant à chacune des communautés linguistiques, mais aussi aux minorités au sein de ces communautés, une protection qui équivalait à une espèce de droit de veto et une obligation de compromis. Cette nécessité de recherche de compromis en cas de rupture entre les votes des centrales et des interrégionales est aujourd'hui inscrite dans les statuts de la FGTB.
134Le protocole prévoyait aussi la parité linguistique au bureau et au secrétariat. Cette règle est aujourd'hui également inscrite dans les statuts.
135Au cours des années 1960, le rapprochement des régionales wallonnes et le développement de leur action ont abouti à l'institutionnalisation des interrégionales wallonne, flamande et bruxelloise qui furent dotées d'une organisation officielle par le congrès statutaire de 1978.
136À la CSC furent créés, plus tardivement qu'à la FGTB mais également sous l'impulsion des responsables wallons, des organes de délibération et de décision sur les plans régional et communautaire. Par une décision du bureau national prise en 1978 furent institués les comités régionaux wallon, flamand et bruxellois, ainsi qu'un comité communautaire francophone. Ces modifications furent inscrites dans les statuts par décision du Comité national du 22 mai 1984. Contrairement à la FGTB, la CSC, où la prépondérance flamande est nette, ne connaît pas de règle de compromis applicable dans les organes nationaux de décision en cas de désaccord entre Flamands et Wallons.
137Les interlocuteurs régionaux des instances syndicales régionalisées sont les pouvoirs publics des régions et des communautés ainsi que le patronat organisé sur le plan régional : Union wallonne des entreprises, BECI-UEB, VOKA-VEV, UCM et UNIZO. Les organisations syndicales sont confrontées aux politiques des gouvernements régionaux et communautaires.
138Le « fait bruxellois » a également ses répercussions dans les organisations syndicales. Aussi bien à la CSC qu'à la FGTB, il a été nécessaire de tenir compte de la double appartenance communautaire de la région bilingue de Bruxelles. Mais tandis qu'à la FGTB, l'Interrégionale de Bruxelles se confond avec la section régionale bruxelloise, le Comité régional bruxellois de la CSC ne recouvre qu'une partie de la fédération de Bruxelles-Hal-Vilvorde.
139Longtemps, le centre de gravité de la CGSLB a été à Gand où l'organisation conserve son siège administratif. Mais actuellement, le centre de décision se trouve plutôt à Bruxelles où est localisé le siège social de l'organisation. Cela découle entre autres de la modification des statuts opérée en 1989. Suite à cette modification statutaire, deux régionales (wallonne et flamande) ont été créées, avec reconnaissance d'une place spécifique pour Bruxelles. À l'occasion de la dernière modification statutaire opérée en 2007, une régionale de Bruxelles a officiellement été mise en place.
Le niveau national ou fédéral interprofessionnel
140Les instances dirigeantes de la FGTB et de la CSC – congrès, comité, bureau et secrétariat – ont des compétences et des compositions assez semblables.
141Toutefois, la centralisation au niveau national interprofessionnel est beaucoup plus importante à la CSC qu'à la FGTB. C'est cependant la CGSLB qui possède la structure la plus centralisée.
142C'est au niveau national que sont désignés les représentants des travailleurs dans les multiples organes nationaux consultatifs qui ont été créés par les pouvoirs publics au niveau national ou fédéral pour les associer à la décision politique ainsi que dans de nombreux comités de gestion nationaux, particulièrement dans le domaine de la sécurité sociale. Les organisations sont confrontées quelquefois au problème de la définition du mandat et du contrôle de ces représentants, qui ont à traiter des dossiers de nature le plus souvent extrêmement technique.
143Les grandes organisations syndicales ont mis sur pied un service administratif général et des services spécialisés nationaux : service d'études, service juridique et service formation et information. Un service spécialisé est chargé du suivi de tout ce qui concerne le fonctionnement des conseils d'entreprise et des comités pour la prévention et la protection au travail. Certains de ces services ont une structure juridique propre tandis que les organisations elles-mêmes n'ont pas de personnalité juridique.
144En outre, sont également organisées en service, parfois au niveau régional, les activités syndicales en faveur des catégories spécifiques de travailleurs : les femmes, les jeunes, les immigrés, les travailleurs sans emploi, les pensionnés et prépensionnés. Certaines centrales organisent aussi ces catégories.
145Les cadres constituent également une catégorie spécifique de travailleurs. Ils sont affiliés par les trois organisations syndicales en tant que travailleurs salariés. À la CSC, les cadres francophones peuvent s'affilier au Groupement national des cadres (GNC), rattaché à la Centrale nationale des employés (CNE), tandis que les cadres néerlandophones sont affiliés directement à la Landelijke Bedienden Centrale (LBC) qui a constitué en son sein le Nationaal Verbond voor Kaderleden (NVK). À la FGTB, les cadres sont regroupés au sein du Syndicat général des cadres (Sygéca), l'une des composantes du SETCA. À la CGSLB, les cadres sont directement rattachés à la Centrale, comme les travailleurs des autres catégories.
146La Confédération nationale des cadres (CNC), organisation créée en 1966 et cofondatrice de l'Union nationale des syndicats indépendants (UNSI), se démarque des autres organisations syndicales au sujet de la conception du cadre. Cette organisation a obtenu la reconnaissance comme organisation représentative en vue de participer aux élections sociales depuis 1987.
La tension entre les dimensions professionnelle et interprofessionnelle
147Si la réalité de base du syndicalisme est la défense des intérêts professionnels des travailleurs, il n'est pas moins vrai que les organisations ont la volonté de former au niveau le plus élevé des ensembles interprofessionnels. Mais l'autorité et l'autonomie de ce niveau restent relatives dans la mesure où les règles de vote dans les organes nationaux, aussi bien à la CSC qu'à la FGTB (sauf au bureau national), consacrent la prédominance des centrales en leur réservant deux tiers des votes, le dernier tiers étant attribué aux structures interprofessionnelles [6].
148Du reste, la composition des organes dirigeants des régionales interprofessionnelles est conçue de façon à refléter l'importance des différentes centrales à ce niveau, de sorte que les structures régionales interprofessionnelles sont elles-mêmes dans une large mesure sous la tutelle des sections ou fédérations professionnelles les plus importantes.
149La prédominance de l'axe professionnel se manifeste dans les organisations par la difficulté qu'ont les groupes spécifiques – femmes, jeunes, chômeurs, etc. – à faire prendre en compte leur défense par l'organisation. Face à ce problème, la CSC a créé le conseil général, où, bien que n'y ayant pas le droit de vote, les représentants des groupes spécifiques peuvent se faire entendre. À la FGTB, les groupes spécifiques sont représentés au bureau de l'Interrégionale wallonne et disposent de représentants au Comité.
150En période d'expansion économique jusqu'au milieu des années 1970, l'autonomie des centrales jouait à plein. Elles ont rempli leur rôle revendicatif en matière de salaires et de conditions de travail. Aujourd'hui, ce rôle se trouve encadré par les contraintes en provenance du niveau interprofessionnel dans un contexte où le rapport de force des organisations syndicales s'est affaibli.
151En conséquence, l'importance relative des axes professionnel et interprofessionnel est remise en question. D'une part, la liberté de négociation des secteurs professionnels se trouve réduite par la politique salariale – notamment définie par la norme salariale indicative, elle-même liée à la compétitivité des entreprises – et d'autre part, la nécessité est plus grande de trouver des solutions équitables à un niveau plus général que celui de la branche d'activité.
Évolution de l'implantation et de l'audience
152L'importance des organisations syndicales peut se mesurer quantitativement de deux manières différentes. L'implantation syndicale dépend du nombre des affiliés de chaque organisation et de leur répartition selon les régions ou les secteurs. L'audience syndicale s'évalue à l'occasion des élections sociales auxquelles tous les travailleurs des entreprises concernées sont électeurs, qu'ils soient syndiqués ou non, alors que les candidats sont eux nécessairement présentés par les organisations syndicales reconnues, sur des listes à leur sigle, qui peuvent ainsi apprécier leur attractivité sur l'ensemble des travailleurs.
L'affiliation syndicale
153Après la Seconde Guerre mondiale, les effectifs des principales organisations syndicales ont crû très nettement : le nombre des affiliés à la FGTB a été multiplié par presque 2,5 entre 1945 et 2005 (respectivement 553 072 et 1 368 821 membres), tandis que celui de la CSC a presque quintuplé au cours de la même période (342 500 membres en 1945 et 1 601 278 en 2005). Quant aux effectifs de la CGSLB ils s'élèvent, en 2005, à 251 512 membres.
Les effectifs des trois principales organisations syndicales par région (2005)
| CSC | FGTB | CGSLB | |
| Région wallonne | 387 795 | 563 591 | 50 325 |
| Région bruxelloise | 181 704 | 171 013 | 30 183 |
| Région flamande | 1 026 226 | 634 217 | 171 004 |
| Total | 1 601 278 1 | 1 368 821 | 251 512 |
Les effectifs des trois principales organisations syndicales par région (2005)
1 Dont 5 373 pour lesquels la Région n'est pas précisée.154D'une manière générale, on observe une diminution du nombre des travailleurs syndiqués dans les entreprises, même si le nombre total des membres des organisations syndicales est stable ou en augmentation. Il faut en effet tenir compte du nombre parfois très élevé de chômeurs, de prépensionnés et de pensionnés qui restent affiliés. Le taux de syndicalisation n'a guère évolué, mais sa signification n'est plus la même qu'il y a vingt ou trente ans.
155Cette évolution a été accompagnée d'autres transformations : la structure économique du pays et la composition de la classe ouvrière se sont modifiées et, partant, la base sociale des organisations syndicales. Les aspects les plus accentués au cours de cette période concernent le développement du secteur tertiaire et la diminution, accélérée depuis 1974, du nombre des travailleurs manuels. Le nombre des travailleurs qui ont un contrat de travail d'employé est aujourd'hui supérieur à celui des travailleurs qui ont un contrat de travail d'ouvrier. D'autre part, certains secteurs d'activité ont disparu ou se sont fortement réduits, alors que d'autres sont apparus ou ont connu une extension rapide. Un autre aspect est la diminution du nombre des grandes entreprises par fermeture ou restructuration alors qu'il est plus difficile pour les organisations syndicales de s'implanter dans les PME.
156Sur le plan syndical, ces évolutions se traduisent par des transformations de la base sociale et des structures des organisations. Aujourd'hui, le secteur industriel ne constitue plus la base des syndicats ; la croissance de la part des affiliés du secteur tertiaire, y compris non marchand, n'est toutefois pas proportionnelle à l'augmentation des travailleurs du secteur.
157Une autre manifestation de l'évolution du monde du travail et de l'implantation syndicale a trait au nombre et à l'importance des centrales professionnelles.
158À la FGTB, on assiste depuis 1945 au prolongement du processus de concentration ; le nombre des centrales se réduit : 16 en 1945, 11 en 1985, 7 en 2007 (si l'on considère que les métallurgistes constituent une seule centrale. Certaines d'entre elles (services publics, centrale générale) se sont renforcées, tandis que l'on observe le déclin de certaines centrales (textile, vêtement, diamant, transport). Des centrales (chapeliers, mineurs, travailleurs du spectacle, de la pierre, ouvriers du livre, tramway-men) ont disparu, le plus souvent par fusion avec des centrales plus importantes. Le nombre d'employés affiliés a plus que triplé au cours de cette période.
159Ce phénomène de concentration se produit à la CSC également. Après la création de la centrale CSC – Bâtiment et industrie [7], le plus récent regroupement a conduit à la création de la centrale CSC – Enseignement qui fusionne les quatre centrales francophones de l'enseignement. Le nombre actuel de centrales affiliées au syndicat chrétien est de douze, dont trois qui affilient des enseignants. Depuis 1945, certaines centrales ont connu une progression très forte : c'est le cas notamment des centrales d'employés, de l'enseignement libre, des services publics, de la métallurgie. Un processus de regroupement des fédérations régionales de la CSC a également été entrepris. Il a pour effet de réduire leur nombre de 32 (au début des années 1990) à 21.
Les élections sociales
160Des élections sont organisées tous les quatre ans [8] en vue du renouvellement des comités pour la prévention et la protection au travail (CPPT), dans les entreprises comptant au moins 50 travailleurs, et des conseils d'entreprise (CE), dans celles d'au moins 100 travailleurs. Ces deux organes réunissent l'employeur ou ses délégués et les représentants élus des travailleurs.
161Le CPPT, instance essentiellement consultative organisée par la loi du 4 août 1996 relative au bien-être des travailleurs lors de l'exécution de leur travail, exerce des missions d'avis et des missions de contrôle [9].
162Le conseil d'entreprise, institué par la loi du 20 septembre 1948, est informé et consulté sur les questions économiques, financières et sociales de l'entreprise et celles concernant l'organisation du travail. Sa compétence, comme celle du CPPT, est principalement consultative.
163Les élections sociales ont eu lieu pour la quatorzième fois en 2004 dans 5 814 entreprises pour les CPPT et dans 3 151 pour les CE. Moins de la moitié des travailleurs était cependant concernée, compte tenu de l'importance des PME où les élections sociales ne sont pas organisées. L'enjeu premier des élections se situe au niveau des entreprises : leurs résultats déterminent la composition des CPPT et des CE et reflètent les rapports de force entre syndicats à ce niveau. On peut cependant analyser les résultats d'une façon plus globale en additionnant ceux de différentes entreprises d'une région, d'un secteur, du pays. Cette façon de procéder a l'avantage de relever des tendances de fond qui traversent le scrutin et de révéler l'état des rapports de force entre les différents syndicats à un moment donné.
Résultats en % des voix et des sièges (CPPT) (2004) [1]
Résultats en % des voix et des sièges (CPPT) (2004) [1]
Résultats généraux des élections sociales (en % des voix) (CPPT) (1958-2004) [1]
Résultats généraux des élections sociales (en % des voix) (CPPT) (1958-2004) [1]
164A l'échelle du pays, dans l'ensemble des entreprises concernées, la CSC confirme, avec 53,8 % des voix aux CPPT, la majorité absolue qu'elle avait acquise pour la première fois en 1991 ; en sièges elle détient une telle majorité depuis 1971 (60 % des sièges en 2004). La FGTB est en légère régression par rapport au scrutin précédent (36,3 % des voix ; 34,2 % des sièges). Le syndicat libéral, se rapproche, sans la franchir, de la barre des 10 % et demeure loin derrière la CSC et la FGTB (CGSLB : 9,9 % des voix et 5,8 % des sièges). D'autres « listes » (la Confédération nationale des cadres – CNC et des listes indépendantes) sont concernées par les élections sociales mais elles ne présentent des candidats que pour l'élection des conseils d'entreprise, et dans le seul collège électoral cadres. La comparaison avec les principales listes n'a de sens qu'en se limitant au collège cadres.
165Si l'on replace les résultats de 2004 dans l'évolution des élections qui se sont déroulées depuis 1958 (pour les CPPT ; les premières élections datent de 1950 pour les CE), on constate que les tendances antérieures se confirment. À l'exception du scrutin de 1983 caractérisé par un renversement conjoncturel des tendances observées jusqu'alors (interruption des reculs successifs de la FGTB, tandis que la CSC enregistrait pour la première fois des résultats en retrait par rapport aux scrutins précédents), la CSC améliore son score à chaque élection [10], tandis que la FGTB régresse à chaque fois. C'est le cas en 2004 également mais avec des écarts très faibles comparativement aux résultats de 2000 : la CSC atteint un nouveau « plafond historique » aux CPPT comme aux CE ; la FGTB connaît un léger tassement ; la CGSLB qui n'a connu qu'un seul et léger recul (en 1991) progresse légèrement en 2004, aux CPPT comme aux CE.
166À l'échelle du pays, dans les établissements du secteur non marchand, la CSC recueille 69 % des voix, tandis que la FGTB obtient quasiment un quart des suffrages. La CGSLB, à l'instar de la FGTB, obtient des résultats meilleurs dans les entreprises industrielles et commerciales et elle a tendance à se stabiliser dans le secteur non marchand.
Répartition des voix (en %) par région dans les entreprises industrielles et commerciales (CPPT) (2000-2004)
| FGTB | CSC | CGSLB | ||||
| 2004 | 2000 | 2004 | 2000 | 2004 | 2000 | |
| Wallonie | 51,2 | 53,5 | 42,7 | 41,5 | 6,2 | 5,0 |
| Bruxelles | 39,4 | 40,5 | 45,5 | 45,8 | 15,2 | 13,7 |
| Flandre | 35,5 | 37,0 | 53,6 | 52,6 | 10,9 | 10,4 |
| Pays | 39,5 | 41,2 | 49,6 | 48,9 | 10,9 | 9,9 |
Répartition des voix (en %) par région dans les entreprises industrielles et commerciales (CPPT) (2000-2004)
167L'audience des organisations syndicales varie considérablement selon les régions.
168Dans les entreprises industrielles et commerciales wallonnes, la FGTB demeure le premier syndicat. Elle y détient toujours la majorité absolue en voix (51,2 %) comme en sièges (53,6 %), mais ces majorités ont tendance à s'éroder. La CSC, avec 42,7 % des voix, demeure à distance de la FGTB. La CGSLB enregistre ses moins bons résultats en Wallonie. Bien qu'en progrès, le syndicat libéral ne recueille que 6,2 % des suffrages (son audience est nettement plus élevée en Flandre, et encore plus à Bruxelles).
169Dans le secteur non marchand, la CSC est de loin la première formation en Wallonie, mais sa position dominante (63,6 % des voix) s'y érode quelque peu au profit de la FGTB (31,2 %) et de la CGSLB (5,2 %).
170Depuis plusieurs scrutins, la FGTB et la CSC se livrent une lutte pour la position de premier syndicat dans les entreprises industrielles et commerciales de la région bruxelloise (dix-neuf communes). L'écart entre les deux organisations, inférieur à 1 % des voix en 1991, s'élève à 6 % à l'issue des élections de 2004, en faveur de la CSC. La CGSLB qui, traditionnellement, réalise ses meilleurs résultats à Bruxelles, voit son implantation s'améliorer encore en 2004 (15,2 %).
171Dans les établissements sans finalité économique, la CSC demeure premier syndicat à Bruxelles mais, avec 49 % des voix, elle n'obtient plus la majorité absolue en voix qu'elle détenait en 1995. C'est à Bruxelles qu'elle réalise ses moins bons résultats dans le secteur non marchand relativement aux autres régions. La FGTB, en progrès dans ces établissements, réalise à Bruxelles son meilleur score (41 %) ; la CGSLB aussi (10 % des voix).
Répartition des voix (en %) par région dans les établissements sans finalité économique (CPPT) (2000-2004)
| FGTB | CSC | CGSLB | ||||
| 2004 | 2000 | 2004 | 2000 | 2004 | 2000 | |
| Wallonie | 31,2 | 29,8 | 63,6 | 65,7 | 5,2 | 4,5 |
| Bruxelles | 41,0 | 39,3 | 49,0 | 49,0 | 10,0 | 11,7 |
| Flandre | 15,6 | 13,8 | 78,8 | 80,1 | 5,6 | 6,1 |
| Pays | 24,8 | 23,0 | 69,0 | 70,6 | 6,2 | 6,4 |
Répartition des voix (en %) par région dans les établissements sans finalité économique (CPPT) (2000-2004)
172En Flandre, dans les entreprises industrielles et commerciales, la CSC conserve sa position de premier syndicat (53,6 %) et y détient toujours la majorité absolue, en voix comme en sièges. Sa progression se fait au détriment de la FGTB (35,5 %), la CGSLB progressant pour sa part légèrement (10,9 %).
173Dans les établissements sans finalité économique, la CSC conserve une position largement dominante en Flandre, où elle recueille encore 78,8 % des suffrages dans les écoles de l'enseignement libre et dans les services sociaux et de santé. La FGTB obtient 15,6 % des voix et la CGSLB 5,6 %.
Les relations des organisations avec le monde politique
174Les statuts des trois organisations syndicales interprofessionnelles prévoient explicitement leur indépendance vis-à-vis des partis politiques. Il n'en reste pas moins qu'elles appartiennent toutes trois à l'un des mondes philosophiques ou familles idéologiques et participent par là à la structuration caractéristique de la société belge.
175Si les organisations syndicales sont structurellement indépendantes des partis politiques, il existe cependant dans certains cas des liens plus ou moins formels avec eux. Ces liens connaissent toutefois des évolutions, de sorte que certaines organisations syndicales n'ont plus un relais politique unique.
176À la CSC, c'est par le biais de ses comités communautaires et régionaux que le syndicat participe au Mouvement ouvrier chrétien (MOC) et à l'Algemeen christelijk Werknemersverbond (ACW) dont il est une des organisations constitutives. Le MOC, par exemple, coordonne la collaboration entre la CSC francophone, l'Alliance nationale des mutualités chrétiennes (ANMC), les coopératives chrétiennes (ARCO), les Équipes populaires (EP), Vie féminine (VF), la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et la Jeunesse ouvrière chrétienne féminine (JOCF).
177Les liens politiques du MOC et de l'ACW sont différents.
178Longtemps, l'ACW a disposé d'une représentation officielle au sein du parti social-chrétien flamand, le CVP, qui lui réservait des places sur ses listes électorales à côté des autres standen, le Boerenbond et l'organisation flamande des classes moyennes (NCMV, aujourd'hui UNIZO). La suppression officielle des standen au sein du parti a été opérée en 1989, même s'ils continuaient dans les faits à exercer un rôle en son sein. Par ailleurs, un débat interne a eu lieu au sein de l'ACW au sujet des relations politiques du mouvement. Même si le parti, devenu le CD & V en 2001, reste le relais privilégié du syndicat, un processus de distanciation est observable. Ainsi, lors de son dernier congrès, l'ACW a voté une résolution où il reconnaît que le partenariat politique se fait au projet, au coup par coup, avec tous les partis démocratiques et non plus avec un seul parti privilégié.
179Le MOC, de son côté, a opté depuis 1972 pour le pluralisme politique. Mais le parti social-chrétien francophone, le PSC, puis par la suite le Centre démocrate humaniste (CDH, créé en 2002) reste un relais politique privilégié pour certaines organisations du MOC ou centrales de la CSC. D'une façon récurrente, du côté du MOC, il y a des tentatives de trouver des formes politiques d'alliance des forces de gauche : des contacts réguliers ont progressivement été noués par le MOC avec Écolo et avec le PS.
180En 1945, la nouvelle FGTB aux composantes socialiste, communiste et renardiste, rompt avec le système de l'affiliation collective au POB, que la CGTB avait pratiqué jusqu'alors. Mais l'Action commune socialiste, créée en 1949 à l'initiative du PSB, reste un lien institutionnel entre les différentes organisations socialistes : la FGTB, le PS, le SP. A, l'Union nationale des mutualités socialistes (UNMS) et la Fédération belge de l'économie sociale et coopérative (FEBECOOP). La cohésion de cet organe est très variable selon les époques et selon les sections régionales et des ruptures ont parfois eu lieu.
181Un autre lien institutionnel existe entre parti et syndicat : un représentant de la FGTB siège avec voix consultative au bureau du PS et du SP. A. L'Interrégionale de Bruxelles, bien qu'invitée, ne siège actuellement pas au sein des bureaux des deux partis socialistes.
182Les rapports entre la FGTB et les partis socialistes (PSB à structure unitaire jusqu'en 1978, PS et SP, puis SP. A, depuis lors) ont été émaillés de tensions. Ces tensions surgissent notamment lorsque ceux-ci sont associés au pouvoir. Ainsi la FGTB s'est-elle opposée en 20005 au Pacte de solidarité entre les générations qui était soutenu par les deux partis socialistes.
183Avant la constitution du PLP en 1961, des rapports relativement soutenus existaient entre la CGSLB et le parti libéral. Ceux-ci furent rompus lorsque le nouveau parti reconnut d'autres syndicats que la CGSLB (notamment le Cartel des syndicats indépendants) et leur accorda un siège au sein de son bureau permanent. Aujourd'hui, la CGSLB entretient des contacts avec les partis libéraux (Open VLD et MR), mais elle se présente également comme ouverte à l'égard des autres partis.
Les moyens financiers
184Afin de remplir l'ensemble de leurs missions, les organisations syndicales ont d'importants besoins financiers.
185Si les structures et les fonctions des organisations syndicales ont connu beaucoup de transformations depuis leur origine, un fait reste inchangé : leurs principales ressources proviennent des cotisations individuelles de leurs membres.
186L'affiliation à un syndicat a été dans le passé un geste à haute signification collective du point de vue de la solidarité de classe. La constitution d'une caisse de résistance reste aujourd'hui encore une fonction très importante des cotisations versées par les travailleurs.
187Mais cette première motivation a tendance à se doubler d'une autre, dans la mesure, les syndicats apparaissent comme fournissant un service, une sorte d'assurance ou de garantie d'être pris en charge en cas de difficulté individuelle dans les rapports avec l'employeur en ce qui concerne le contrat d'emploi. Et de fait, la cotisation syndicale ouvre l'accès à divers services tels que la défense en justice en cas de litige avec l'employeur. Les syndicats ont aussi la réputation d'être efficaces dans le traitement des dossiers des chômeurs.
188Le système des primes réservées aux seuls syndiqués dans la plupart des secteurs et dans les services publics réduit fortement le coût financier de l'affiliation.
189Les cotisations syndicales sont modulées en fonction de la situation des travailleurs (actifs/inactifs). Les affiliés chômeurs, prépensionnés ou jeunes paient une cotisation réduite. C'est ainsi que certaines centrales connaissent des diminutions importantes de recettes étant donné le nombre important d'affiliés touchés par le chômage.
190À la FGTB, ce sont les centrales professionnelles qui récoltent les cotisations et fixent leur montant. Une part des cotisations est consacrée à l'alimentation de la caisse de grève de la centrale, une autre est affectée au financement de l'interprofesssionnelle fédérale qui redistribue une partie aux interrégionales.
191La FGTB fédérale répartit ses moyens financiers selon les besoins de son administration et de ses services ; elle prévoit aussi le montant des dotations réservées aux interrégionales et assure le paiement des permanents interprofessionnels des sections régionales.
192À la CSC, la perception des cotisations se fait par les fédérations régionales interprofessionnelles. Le conseil général fixe le montant minimum de la cotisation, que les centrales et les fédérations régionales peuvent décider de moduler en fonction de leurs besoins.
193Traditionnellement, une part importante des ressources des cotisations revient à la CSC nationale interprofessionnelle, qui exerce, par le bureau journalier, un contrôle sur l'administration et sur les finances de toutes les organisations affiliées. Les fédérations et les centrales sont tenues de présenter annuellement leurs projets de budget au bureau conformément au modèle établi. Les projets de budget servent de base pour la fixation des subsides éventuellement accordés par la CSC aux centrales ou aux fédérations régionales qui en font la demande. Le contrôle financier du niveau national interprofessionnel sur les autres niveaux est beaucoup plus important à la CSC qu'à la FGTB.
194Une part importante de la cotisation des membres est destinée à la constitution de caisses de résistance ou caisses de grève. À la FGTB, les caisses de résistance relèvent des centrales nationales qui les alimentent et les gèrent selon leur propre règlement d'ordre intérieur. Il existe cependant une caisse centrale de réassurance-grève. À la CSC, il a été créé une seule caisse centrale de résistance à laquelle sont tenues de cotiser les centrales professionnelles. À la CGSLB existe une caisse unique de solidarité. L'avoir des caisses de grève est séparé des autres avoirs des syndicats et doit pouvoir être mobilisé en cas de nécessité.
195Un autre flux financier transite par les services agréés de paiement des allocations de chômage créés par les organisations syndicales. L'Office national de l'emploi leur alloue une indemnité pour les frais d'administration occasionnés par le paiement de ces allocations. Cette indemnité est calculée en fonction du nombre de dossiers traités. Les services agréés de paiement des indemnités de chômage ont une comptabilité distincte de celle des syndicats.
196En tant qu'organisations, les syndicats sont en contact direct avec leur environnement économique. Le chômage, dont le taux reste élevé, très élevé même dans certaines sous-régions, ne les a pas seulement mis devant des défis en termes de stratégie revendicative ou d'action à entreprendre en faveur de l'emploi dans les entreprises, il les a touchés également de plein fouet en tant qu'employeurs.
197Malgré un nombre de membres qui reste stable et même en augmentation, les syndicats ont dû faire face à des rentrées moindres de cotisations parce que nombre de leurs membres payent une cotisation réduite en tant que chômeurs ou prépensionnés. La tertiairisation du marché de l'emploi n'est pas favorable aux syndicats étant donné que les employés et les cadres s'affilient habituellement beaucoup moins que les ouvriers. La rigueur budgétaire de l'action gouvernementale s'est traduite pour les syndicats par une limitation des montants qui leur sont alloués en tant qu'organismes de payement des allocations de chômage.
III. L'action syndicale
198La période entre les deux guerres est marquée par un renforcement du mouvement syndical belge : en 1921, le droit cesse de faire obstacle au développement du fait syndical et le nombre des membres des centrales s'accroît sensiblement. Les syndicats commencent à être considérés comme des interlocuteurs par le patronat et par les pouvoirs publics. Les relations entre l'employeur et le travailleur, de nature individuelle car basées sur le contrat de travail, sont renforcées par l'entrée en scène des acteurs collectifs que sont les syndicats et les organisations patronales.
199Des relations collectives de travail s'établissent. Les conditions de travail (durée, salaires, etc.) sont négociées au niveau de l'entreprise ou du secteur. Les premières commissions paritaires apparaissent à partir de 1919 dans les mines, la sidérurgie, etc. ; elles réunissent des représentants des employeurs et des travailleurs.
200Les pouvoirs publics interviennent dans le domaine social et, lorsque le rapport de force est favorable, une législation ouvrière s'élabore. La suppression de l'article 310 du Code pénal, la promulgation d'une loi sur la liberté d'association (1921), la journée des huit heures de travail et la semaine des 48 heures (1921), l'intervention de l'État dans l'assurance contre le chômage, l'octroi des congés payés (1936), et d'autres aspects préfigurant la sécurité sociale, en sont quelques exemples.
201Dans les moments de crise, notamment en 1932, les organisations syndicales sont, par contre, acculées à une action plus défensive de maintien des acquis.
202En 1936, alors que la tension est particulièrement forte, le gouvernement convoque une Conférence nationale du travail en vue d'arriver à un accord qui mettrait fin à la crise sociale. L'accord porte sur l'augmentation des salaires, l'institution des congés payés (vacances annuelles) et la semaine des 40 heures. D'autres Conférences nationales du travail ont lieu avant et après la guerre. Elles préfigurent l'instauration de la fonction consultative à laquelle participent les syndicats dans deux organes consultatifs créés après la guerre : le Conseil central de l'économie (CCE, 1948) et le Conseil national du travail (CNT, 1952). Ces deux organes sont encore en pleine activité aujourd'hui, le CNT ayant étendu ses activités à la conclusion de conventions collectives de travail.
203Par ailleurs, un groupe de négociation réunit au niveau fédéral l'ensemble des interlocuteurs sociaux. Le « Groupe des dix » (composé de représentants des syndicats et des employeurs et présidé par le président de la FEB) se réunit, notamment, pour négocier les accords interprofessionnels et rencontrer les autorités politiques.
204Les intérêts des travailleurs salariés sont à la fois convergents et divergents. Les points communs entre les travailleurs salariés s'expliquent par la position de subordination qu'ils occupent par rapport aux employeurs. À la différence des travailleurs indépendants, les salariés sont soumis à l'autorité d'un employeur, qui a le droit de leur donner des ordres pour l'exécution de leur contrat de travail. La loi du 3 juillet 1978 sur les contrats de travail définit le cadre légal dans lequel le travailleur exécute le contrat qui le lie individuellement à l'employeur. Ce statut commun aux salariés est l'un des éléments déterminants lorsqu'on recherche ce qui fait d'eux une classe sociale.
205Il convient néanmoins de tenir compte de l'éclatement du contrat de travail (à durée indéterminée, à durée déterminée, d'intérimaire, de franchisé, etc.) et de la mondialisation qui permet d'éviter les frontières et les contraintes réglementaires. Elle aboutit à la mise en compétition des entreprises, des régions, voire des États, et conduit à une mise en concurrence des travailleurs entre eux, avec pour effet de les isoler progressivement au sein de leur classe sociale.
Action syndicale et intérêts des travailleurs
206C'est sur la condition salariale, commune aux ouvriers et aux employés comme d'ailleurs aux cadres, que s'enracine l'action syndicale en faveur de la classe des travailleurs. Cette action vise à mettre en évidence la convergence des intérêts, à la traduire en revendications et à mobiliser les travailleurs en vue d'obtenir un rapport de force favorable, pour les concrétiser.
207L'un des moyens pour rendre légitime un ensemble de revendications qui ne correspondent que partiellement à la variété des aspirations individuelles est de faire appel à la doctrine syndicale. Le point commun aux diverses doctrines syndicales est de se référer à la valeur de la solidarité. Mais les organisations syndicales sont loin d'être monolithiques et derrière l'affirmation de la solidarité peuvent se profiler la prédominance d'un groupe ou d'un courant interne sur d'autres.
208Dans la situation de pluralisme syndical que connaît la Belgique, la défense des intérêts des travailleurs s'inscrit dans un contexte de concurrence entre organisations, ce qui déforce l'action syndicale et la solidarité. La pratique des fronts communs, c'est-à-dire des partenariats et des alliances à la fois au niveau des revendications et des formes d'action, tente de pallier cet inconvénient. L'état du rapport de force entre organisations syndicales peut rendre plus ou moins aisée la constitution d'un front commun. Au niveau interprofessionnel national, les contacts sont fréquents entre la FGTB et la CSC, notamment lorsque les deux organisations se préparent à négocier un accord interprofessionnel avec le patronat ou lorsque, en période électorale, elles rédigent un mémorandum commun.
209Après la révolution industrielle et l'introduction du machinisme, la classe ouvrière avait une homogénéité beaucoup plus grande qu'aujourd'hui, notamment par sa localisation dans des bassins industriels. Mais cette homogénéité n'a jamais été totale. Il faut bien reconnaître qu'à toutes les époques les travailleurs ont eu, individuellement, des intérêts qui peuvent parfois s'opposer. Cela n'est certainement pas moins vrai aujourd'hui des travailleurs salariés. Filtrer les aspirations des travailleurs pour les traduire en revendications compatibles avec leurs intérêts les plus convergents n'a jamais été une tâche aisée pour les syndicats.
210Aujourd'hui, c'est plutôt l'hétérogénéité qui caractérise la classe salariée. Le monde ouvrier est devenu extrêmement divers. S'il subsiste encore de grandes entreprises, on a assisté au démantèlement de la grande industrie lourde traditionnelle dans laquelle s'était forgée la culture syndicale ouvrière. Lorsqu'ils ne sont pas licenciés pour cause de fermeture, nombre de travailleurs se sont souvent retrouvés dans de petites unités, filiales de sociétés multinationales, dont le centre de décision n'est généralement pas en Belgique. Nombreux sont ceux qui travaillent dans des PME, où les rapports sociaux sont très différents de ceux de la grande industrie. Par ailleurs, le monde des cols blancs a pris une ampleur à la mesure du développement des services. Les traditions de l'action syndicale ne sont pas les mêmes dans ces deux mondes. Cette différence peut se répercuter dans les organisations syndicales par des divergences dans les stratégies revendicatives. Au sein du monde des employés s'est développée une nouvelle catégorie de salariés avec la montée du secteur non marchand, qui comprend à son tour le secteur de l'économie sociale et le monde associatif actif dans les domaines social et culturel. De leur côté, les travailleurs des grandes entreprises publiques qui ont été privatisées ou sont en voie de l'être sont confrontés, avec leurs syndicats, au passage du statut de service public à celui du salariat, et cela de façon souvent très abrupte et dans des conditions qui les mettent directement sous le feu de la concurrence internationale.
211Ces changements ont été accompagnés par une diversification de statut au sein même du salariat : le statut de travailleur salarié à temps plein et à durée indéterminée est de moins en moins la seule norme mais côtoie une série d'autres statuts caractérisés par une plus ou moins grande précarité. On a ainsi vu se développer le travail à temps partiel, les contrats à durée déterminée, le recours au travail intérimaire et à la sous-traitance. Se sont également multipliés les statuts de travailleurs subventionnés dans le cadre de programmes fédéraux ou régionaux de résorption du chômage.
212L'envergure des changements qui ont affecté le monde du travail depuis quelque trente-cinq ans a nécessairement influencé l'action syndicale. À la génération des militants formés à l'action syndicale avant la crise économique et très critiques vis-à-vis des stratégies économiques de l'entreprise a succédé une nouvelle génération de syndicalistes qui n'a connu que le contexte de crise et de restructurations ainsi que l'atmosphère d'insécurité permanente. C'est dire que la situation économique de l'entreprise détermine aussi le type d'action syndicale. En période de récession sociale, de pression à la baisse sur les salaires, de menace de délocalisation, de montée du stress et des exigences de polyvalence, beaucoup d'intérêts des travailleurs peuvent passer au second rang derrière la lutte pour le maintien de l'emploi.
213La mondialisation de l'économie pose à l'action syndicale un défi sans précédent. Certes, elle n'est pas un phénomène entièrement nouveau. Les capitaux se meuvent dans l'espace international depuis l'aube du capitalisme. Mais l'action syndicale traditionnelle est née dans un contexte où les ancrages nationaux ou régionaux des grandes sociétés étaient relativement stables. La mondialisation correspond à la montée de l'emprise des grands groupes multinationaux sur l'économie de la plupart des pays. Peu d'entreprises d'une certaine importance parviennent à rester en dehors de l'influence et des stratégies de ces groupes. De leur côté, ceux-ci se renforcent par des jeux d'alliance ou d'absorption qui vont dans le sens d'une concentration économique toujours plus grande des centres de décision stratégiques en dehors des frontières régionales ou nationales. La mondialisation ne correspond pas seulement à la dimension du contrôle des entreprises mais également à celle de la production. À la dimension internationale des grands groupes d'entreprises correspond la dimension internationale des marchés des biens et des services.
214La mondialisation modifie la perception des intérêts des travailleurs, des entreprises et des pouvoirs publics (ces derniers en tant que gestionnaires de l'intérêt général). Le nouveau cadre dans lequel se place la définition de ces intérêts change les rapports de force entre eux. L'action syndicale se trouve devant des contraintes nouvelles. Les entreprises sont placées dans une situation de guerre économique permanente qui met à mal les anciennes solidarités sociales. L'exacerbation de la concurrence internationale a sans doute pour effet que la subordination du travailleur est moins ressentie vis-à-vis de l'employeur que vis-à-vis de l'extérieur. Mais comment les travailleurs des entreprises qui peuvent faire face à ces contraintes externes et qui ont des résultats économiques très brillants peuvent-ils être solidaires des autres ?
215L'action syndicale a aussi nécessairement dû prendre en compte qu'une proportion très importante d'affiliés des organisations syndicales sont sans emploi (chômeurs, dont de nombreux chômeurs âgés, prépensionnés, etc.). Si le syndicalisme belge a remarquablement résisté à la traversée de la crise économique, c'est sans doute en partie dû à tout le volet de l'action syndicale consacré aux services aux affiliés (payement des allocations de chômage et de prépension, défense en justice, etc.). Par ailleurs, les syndicats sont aujourd'hui confrontés, outre l'objectif traditionnel du pouvoir d'achat, à la lutte pour la sauvegarde de l'emploi et à la question de la solidarité avec les sans-emploi. Ceux-ci font pression sur les structures syndicales pour trouver un meilleur mode interne de représentation de leurs intérêts. Ils le font parfois aussi de l'extérieur des organisations lorsqu'ils tentent de mettre sur pied des organisations de chômeurs indépendantes des syndicats.
216Convergence et divergence des intérêts des travailleurs se retrouvent à beaucoup de niveaux de l'action syndicale. On les retrouve au niveau même des structures syndicales, au point où divergent les intérêts professionnels des travailleurs regroupés par branche d'activité d'une part et d'autre part leurs intérêts considérés d'un point de vue plus général, le point de vue de la solidarité interprofessionnelle. Elle se marque aussi dans la conception même de l'action syndicale.
217L'action syndicale n'est pas nécessairement limitée aux domaines social et économique. Certains voient même comme une nécessité pour l'action syndicale traditionnelle, sous peine de ne plus pouvoir soutenir le rapport de force socio-économique, de s'ouvrir à des thématiques sociales et culturelles plus larges. D'autres luttes d'émancipation individuelle et collective ont en effet émergé, par exemple dans le domaine de l'environnement (y compris la consommation, la santé, l'urbanisme, l'énergie, la mobilité, etc.) et, plus récemment, dans le domaine de la justice (y compris les droits de l'homme) ou du développement (participation aux différents forums sociaux, par exemple). Aucun mouvement n'a cependant débouché sur des organisations puissantes capables de peser sur la décision comme l'a été le syndicalisme en ce qui concerne la question sociale.
Le cadre légal de l'action syndicale
218Bien qu'inscrite à l'article 20 de la Constitution de 1831, la liberté d'association resta longtemps entravée dans son exercice. Trois articles du Code pénal d'application lors de l'indépendance de la Belgique prévoyaient des peines sévères pour toute coalition, qu'elle fût patronale ou syndicale. Le simple fait de faire grève était considéré comme un délit. En 1866, les articles du Code pénal interdisant les coalitions sont supprimés ; mais un nouvel article 310 permet de poursuivre en justice les meneurs de grèves. Si le droit de coalition est reconnu, toute action syndicale est empêchée dans la pratique. Ce n'est qu'en 1921 que l'article 310 est supprimé et que la grève devient licite dans le secteur privé.
219La Charte sociale européenne et le Pacte de l'ONU sur les droits économiques, sociaux et culturels (introduits dans le droit belge respectivement par les lois du 11 juillet 1990 et du 15 mai 1991) affirment en termes généraux le droit de grève. En Belgique, certaines catégories de travailleurs comme les militaires, par exemple, sont toutefois exclues de ce droit. La jurisprudence, notamment celle établie par la Cour de cassation, estime que la participation à une grève n'est pas en soi un acte répréhensible. Par ailleurs, pour être légitime, une grève ne doit pas nécessairement être reconnue par une organisation syndicale et l'organisation de piquets de grève a été acceptée comme faisant partie intégrante du droit de grève. Mais des grèves accompagnées de faits comme la violence ou la déprédation peuvent être déclarées fautives par les tribunaux. Un Protocole a été conclu en 2002 entre les organisations syndicales et patronales. Il préconise que les employeurs ne recourent pas unilatéralement aux tribunaux en vue d'interdire les piquets de grève et les barrages devant les usines et les zonings industriels, tandis que les travailleurs doivent respecter les procédures de conciliation et de préavis.
220En 1921, les organisations de travailleurs se voient également protégées par une loi garantissant effectivement la liberté d'association et donc la liberté syndicale. Cette loi assure aux travailleurs le droit de constituer sans autorisation préalable des organisations ayant pour but de promouvoir et de défendre leurs intérêts, de s'affilier à ces organisations, d'élire librement leurs représentants, d'organiser leur gestion et leurs activités et de formuler leur programme d'action. Cette liberté serait incomplète sans la garantie de la liberté, également prévue par la loi, de ne pas faire partie d'une association et de se retirer librement d'une association en tout temps et en en respectant le règlement. La liberté d'association est également consacrée au niveau international par la convention n° 87 de l'Organisation internationale du travail, approuvée par la loi belge du 13 juillet 1951.
221Plusieurs dispositions légales parlent des organisations syndicales « représentatives ». La notion de représentativité a reçu une signification précise du point de vue du droit des relations collectives du travail. Mais la reconnaissance légale de la représentativité des organisations syndicales (comme par ailleurs des organisations patronales) repose sur un état de fait : l'existence du « fait syndical », c'est-à-dire la reconnaissance des organisations syndicales par le patronat, lui-même organisé. Elle repose aussi sur le fait de remplir un certain nombre de conditions, notamment en termes de nombre d'affiliés et de présence dans des secteurs différents.
222Le Pacte social de 1944 contient le principe de la reconnaissance mutuelle des organisations patronales et syndicales. Il contenait un paragraphe définissant les critères de représentativité que les pouvoirs publics devaient adopter à l'avenir. Ces critères étaient formulés de telle façon qu'ils excluaient le syndicat libéral, numériquement beaucoup moins important que la FGTB et la CSC. Ils imposaient en effet le seuil de 200 000 membres cotisants, seuil que n'atteignait pas le syndicat libéral à l'époque. La présence de représentants de celui-ci au sein des grands organes de consultation (le Conseil central de l'économie et le Conseil national du travail) dès le début de leur entrée en activité relève d'une décision politique prise dans le contexte particulier de l'immédiat après-guerre. Une décision semblable n'a pas été prise pour associer la CGSLB aux travaux du Conseil économique et social de la Région wallonne.
223Les principes en vigueur aujourd'hui pour la reconnaissance de la représentativité syndicale et patronale ne se basent pas sur les critères définis par le Pacte social mais sur des mesures prises dans le cadre de lois.
224Sont considérées comme organisations représentatives des travailleurs en application de la loi du 5 décembre 1968 :
- les organisations interprofessionnelles de travailleurs et d'employeurs constituées au plan national et représentées au Conseil central de l'économie et au Conseil national du travail ; les organisations de travailleurs doivent, en outre, compter au moins 50 000 membres. Ce critère permet d'entrée de jeu aux trois syndicats « traditionnels » (la FGTB, la CSC et la CGSLB) d'être considérés comme représentatifs ;
- les organisations professionnelles affiliées à ou faisant partie d'une organisation interprofessionnelle visée au paragraphe précédent. Ce critère permet aux centrales syndicales qui composent la CSC et la FGTB d'être considérées comme représentatives.
226La représentativité des organisations interprofessionnelles de travailleurs est donc définie par un critère géographique, un critère numérique et un critère qui renvoie à d'autres législations, celles qui régissent le Conseil central de l'économie et le Conseil national du travail. Celles-ci ne définissent pas de nouveaux critères mais font dépendre la reconnaissance de la représentativité d'une décision politique de la compétence du ministre fédéral des Affaires économiques ou du ministre fédéral de l'Emploi et du Travail.
227La manière dont les syndicats sont impliqués dans l'instauration et le fonctionnement des conseils d'entreprise est fixée par la loi du 20 septembre 1948 portant organisation de l'économie et ses arrêtés d'application. La loi du 4 août 1996 relative au bien-être des travailleurs lors de l'exécution de leur travail règle quant à elle le fonctionnement du comité pour la prévention et la protection au travail.
228Avec la transposition en droit belge de la directive européenne sur les comités d'entreprise européens s'est également élargi le cadre légal de l'action syndicale.
229Il faut néanmoins relever que la Belgique a été citée dans les rapports de la Confédération syndicale internationale comme ne respectant pas les normes sociales principales fixées par l'OIT pour deux raisons : l'absence de reconnaissance du fait syndical dans les PME et l'intervention des tribunaux civils dans le règlement des conflits du travail. À ce propos des accords entre interlocuteurs sociaux ont été conclus sur la grève en 2002 et sur la présence syndicale dans les PME en 2007.
L'action professionnelle
230Pour défendre les intérêts professionnels des travailleurs, les syndicats sont présents, d'une part, dans l'entreprise, d'autre part, sur le plan du secteur auquel appartient cette entreprise.
231Dans l'entreprise, les représentants des travailleurs (la délégation syndicale, les membres des conseils d'entreprise et des comités pour la prévention et la protection au travail élus par les travailleurs) sont en contact direct avec le chef d'entreprise ou son représentant. Sur le plan sectoriel existe un système de représentation des employeurs et des travailleurs au sein des commissions paritaires.
L'action syndicale dans l'entreprise
232Historiquement, l'entreprise est le premier lieu de l'action syndicale. C'est là que furent menées les premières luttes syndicales et que furent conclues les premières conventions collectives, comme des sortes de traités de paix destinés à mettre fin aux hostilités de la grève ou du lock-out. La dimension conflictuelle qui est à l'origine de l'implantation syndicale dans les entreprises a été longtemps caractéristique de la culture syndicale ouvrière très présente dans les grandes entreprises industrielles. Si cette dimension tend à s'atténuer sous l'influence d'une multiplicité de facteurs, elle n'en reste pas moins toujours très perceptible, surtout dans les entreprises installées dans les grands bassins industriels traditionnels. Par contre, l'affrontement par la grève tend à devenir plus courant qu'auparavant dans les secteurs à majorité d'employés, par exemple le secteur bancaire ou les différentes branches de la grande distribution.
233Le pluralisme syndical se retrouve au sein des entreprises, où les travailleurs ont la liberté de choisir à quel syndicat ils souhaitent s'affilier. Mais les cas où un seul syndicat est présent ne sont pas rares, surtout dans le secteur non marchand.
234Il y a également de nombreuses entreprises où aucun syndicat n'est présent officiellement, par le biais par exemple d'une délégation syndicale, d'un conseil d'entreprise ou d'un comité pour la prévention et la protection au travail. Dans ces entreprises, souvent des PME, si des travailleurs sont syndiqués, cette affiliation ne débouche pas nécessairement sur du militantisme et a fortiori sur des actions de défense des intérêts des travailleurs. Il est beaucoup plus difficile aux syndicats d'y établir une présence active notamment en raison de la législation en vigueur dans ce type d'entreprise. La défense des intérêts professionnels se situe en dehors de l'entreprise, dans les commissions paritaires. En effet, les conventions collectives qui y sont signées s'appliquent, du moins en ce qui concerne les clauses normatives individuelles et pour autant qu'elles aient été rendues obligatoires par arrêté royal, à toutes les entreprises du secteur, même si les syndicats n'y ont aucune représentation.
235L'action syndicale dans l'entreprise suppose la solidarité entre les travailleurs affiliés aux différents syndicats lorsqu'il s'agit des rapports avec l'employeur. Cette solidarité est fréquente et les fronts communs entre organisations sont de pratique courante dans les entreprises, par exemple lors du dépôt de cahiers de revendications. Les fronts communs sont également fréquents lorsque l'entreprise connaît des restructurations (fusion, filialisation, etc.) avec ou sans licenciements collectifs. Les syndicats sont aussi sur la brèche en cas de fermeture d'entreprise. Mais l'unité de vue sur les stratégies à suivre est parfois difficile à réaliser. Certaines conventions collectives d'entreprise ne sont pas signées par l'ensemble des organisations présentes.
236Les syndicats sont dans une situation de concurrence dans leurs rapports avec les travailleurs, en ce qui concerne par exemple la recherche d'affiliation ou lors des élections sociales. Cette concurrence peut avoir des répercussions (absence de solidarité ou, au contraire, surenchère de la part d'une organisation) sur les rapports avec les employeurs, par exemple sur la manière de traduire les revendications des travailleurs ou de recourir aux actions de grève.
237L'action syndicale dans l'entreprise comprend plusieurs facettes. La plus ancienne forme de représentation des travailleurs est la délégation syndicale. Son institution repose non sur une loi mais sur des conventions collectives signées dans les commissions paritaires ou dans les entreprises dans le cadre de la convention collective n° 5 du Conseil national du travail sur le statut des délégations syndicales (conclue le 24 mai 1971). Les délégations syndicales sont chargées essentiellement de formuler les revendications des travailleurs et de conclure avec l'employeur des conventions collectives propres à l'entreprise. Les permanents syndicaux extérieurs aux entreprises participent à ces négociations. Ils signent les conventions collectives, qui sont ensuite déposées au greffe du service des relations collectives du travail du Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale.
238Les membres de la délégation syndicale veillent à l'application des conventions collectives et de la législation sociale. Ils sont souvent les intermédiaires entre les travailleurs et l'employeur lorsque ceux-ci ont des réclamations individuelles au sujet de l'application du droit social ou au sujet de l'organisation du travail. Cette facette de l'activité des délégués syndicaux prend parfois une grande ampleur, au point que beaucoup d'entre eux se perçoivent comme de véritables assistants sociaux au sein des entreprises.
239Dans les grandes entreprises industrielles, les délégués syndicaux sont les interlocuteurs quasi obligés pour un très grand nombre de questions. Le rapport de force dû à la forte syndicalisation leur donne des prérogatives qui vont jusqu'à influencer l'organisation du travail. Ce type de situation syndicale se fait cependant de plus en plus rare car les entreprises où elle s'observait ont été souvent soit démantelées en plusieurs filiales indépendantes soit fermées en tout ou en partie.
240Dans les PME, il n'est souvent pas possible d'instituer une délégation syndicale, le seuil de 20 travailleurs souvent requis n'étant pas atteint. Les syndicats tentent de s'entendre avec les organisations de classes moyennes qui représentent le plus souvent le patronat de ce type d'entreprises pour mettre sur pied des modalités spécifiques de représentation et de défense syndicale des travailleurs. Dans les secteurs du commerce de détail alimentaire et non alimentaire, les commissions paritaires ont mis sur pied trois organes régionaux de concertation (Flandre, Wallonie, Bruxelles) qui sont habilités à intervenir au même titre qu'une délégation syndicale d'entreprise auprès des employeurs qui occupent moins de 20 travailleurs concernant les relations de travail et concernant l'application, dans l'entreprise, des lois, conventions, etc. Cette expérience n'a pas donné entière satisfaction.
241De manière plus générale, à la fin de l'année 2007, les interlocuteurs sociaux ont conclu un accord visant à améliorer la représentation syndicale dans les PME, y compris de plus de 20 travailleurs. Cet accord doit à présent être concrétisé dans les secteurs.
242La loi impose aux entreprises de plus de 100 travailleurs de créer un conseil d'entreprise et aux entreprises de plus de 50 travailleurs de créer un comité pour la protection et la prévention au travail. Il s'agit d'organes consultatifs composés d'une part de l'employeur, d'autre part de travailleurs élus. À l'exclusion des représentants des cadres, les représentants des travailleurs sont élus sur des listes présentées exclusivement par les organisations syndicales représentatives. L'activité de ces deux organes officiels absorbe une grande part de l'action syndicale d'entreprise. Les travailleurs élus assistent aux réunions de ces organes, préparent ces réunions, étudient le bilan social de l'entreprise et les informations qui leur sont communiquées sur la situation économique, transmettent leurs conclusions aux autres travailleurs et en débattent avec eux.
243L'étendue du champ de l'action syndicale dans l'entreprise est très différente selon les entreprises et les secteurs. L'interprétation des dispositions légales et conventionnelles peut être plus ou moins restrictive ou extensive selon le rapport de force établi dans chaque cas entre les travailleurs et l'employeur.
L'action syndicale sectorielle
244En passant du niveau de l'entreprise à celui de la branche d'activité, on passe en quelque sorte du particulier au général. Les questions professionnelles sont envisagées d'un point de vue où l'intérêt du secteur dans son ensemble est censé prévaloir sur celui des entreprises particulières.
245Les travailleurs sont représentés par les permanents de leur centrale professionnelle face aux représentants patronaux dans les commissions paritaires.
246L'activité centrale des commissions paritaires est la négociation des conventions collectives du secteur. C'est à ce niveau que les salaires sont définis. Dans certains secteurs, la négociation salariale a lieu au sein de sous-commissions paritaires compétentes chacune pour un bassin industriel. En siégeant dans les commissions paritaires, les représentants syndicaux participent directement à l'élaboration du droit social. Ce faisant, ils étendent leur influence sur l'ensemble des entreprises du secteur, y compris sur celles où les syndicats sont peu ou pas implantés. De plus, ils participent à une fonction importante des commissions paritaires, celle qui consiste en la conciliation des conflits d'entreprise qui n'auraient pas trouvé de solution en leur sein. Enfin, fonction peut-être secondaire mais non négligeable au sein de ces commissions, les représentants syndicaux élaborent, avec leurs interlocuteurs patronaux, des avis sur les aspects sociaux de la vie des secteurs.
247Dans les secteurs non marchands, des commissions paritaires ont également été créées.
248Une activité importante des permanents des centrales syndicales au niveau sectoriel est de participer à la gestion des fonds de sécurité d'existence et des fonds sectoriels pour la formation professionnelle. Les premiers sont des fonds créés pour accorder aux travailleurs des prestations de sécurité sociale complémentaires au régime général : compléments d'allocations de chômage, pensions complémentaires, interventions complémentaires à l'assurance soins de santé, etc. Ces fonds gèrent aussi les primes syndicales, c'est-à-dire les primes versées par les employeurs aux travailleurs syndiqués afin de compenser partiellement leur contribution financière. Quant aux fonds sectoriels pour la formation professionnelle, certains d'entre eux existent déjà de longue date, mais la plupart ont été créés pour mettre en application les accords interprofessionnels qui demandaient aux secteurs de consacrer une part de la masse salariale à la formation professionnelle au bénéfice soit des chômeurs soit des travailleurs ayant besoin de recyclage professionnel. Ces fonds sont créés sous la forme d'association sans but lucratif gérées paritairement par les syndicats et les organisations patronales du secteur.
249Mais de même qu'il y a des rapports de force différents entre travailleurs et employeurs d'une entreprise à l'autre, il y a des rapports de force différents d'un secteur à l'autre. Au niveau sectoriel, le rapport de force est la résultante de ceux qui existent dans les entreprises du secteur, mais il est également fonction de la santé économique de ce secteur.
250Il faut encore mentionner la présence des représentants syndicaux dans les commissions spéciales consultatives instituées pour certains secteurs au sein du Conseil central de l'économie. Ces organes ont une compétence consultative en matière économique. Ils étudient notamment l'évolution de la conjoncture propre à ces secteurs, l'emploi, la compétitivité et formulent des avis à ce sujet.
L'action interprofessionnelle
251Au-delà de la défense des intérêts professionnels des travailleurs, les doctrines syndicales ont, dès l'apparition des grandes organisations interprofessionnelles, défini des objectifs généraux, les ont traduits en revendications et ont mené des actions à plusieurs niveaux pour les faire aboutir.
252Les actions interprofessionnelles répondent à des logiques différentes des actions professionnelles. Les interlocuteurs ne sont pas les mêmes et le moyen d'action privilégié qu'est la grève prend une signification différente dans un contexte interprofessionnel, dans la mesure où une grande partie des revendications, même si elles peuvent avoir des conséquences sur les coûts des entreprises, sont adressées à d'autres acteurs de la décision que le patronat, en particulier les pouvoirs publics.
253Prises dans leur ensemble, les doctrines syndicales interprofessionnelles correspondent à de véritables projets de société. Pour les mettre en œuvre, les syndicats sont devenus très tôt des groupes de pression sur les décisions en matière économique et sociale.
254Au plan national, se plaçant sur le terrain de l'influence sur la décision politique, les syndicats se comportent dès lors comme les autres agents économiques et sociaux avec lesquels ils sont nécessairement amenés à entrer dans des compromis. Et l'action syndicale se trouve intégrée dans les rouages du système étatique.
255Dans ce mouvement de pénétration de l'espace de la décision en matière économique et sociale, les syndicats se sont toujours trouvés en présence de leurs interlocuteurs patronaux et d'autres groupes d'intérêt (classes moyennes, organisations d'agriculteurs, organisations de défense des consommateurs, de la famille, et, plus récemment, de l'environnement, des droits de l'homme, etc.) qui œuvrent selon des méthodes semblables. La stratégie des pouvoirs publics a été de reconnaître la représentativité des interlocuteurs sociaux dans un nombre croissant de domaines.
256Les formes d'intégration peuvent être très diverses, la plus répandue étant la participation aux organes de consultation. Au sein de la Commission de l'indice, par exemple, chargée d'établir l'indice des prix à la consommation, indice dont dépend l'indexation des salaires prévue par les conventions collectives. Des représentants syndicaux sont membres du Conseil de régence de la Banque nationale.
257Dans un domaine comme celui de la sécurité sociale, lors de la mise sur pied d'un système généralisé d'assurances sociales en 1944, les syndicats ont revendiqué et obtenu que les interlocuteurs sociaux soient associés à la gestion des grands organismes assureurs par lesquels transitent les flux financiers en provenance des cotisations à charge des travailleurs et des employeurs.
258C'est ainsi que les syndicats ont au fil du temps et surtout sur le plan interprofessionnel adopté une attitude et rempli une fonction toutes deux proprement gestionnaires. Cela a été renforcé à l'occasion de la mise sur pied de la gestion globale de la sécurité sociale. Les syndicats siègent au sein du comité de gestion des organismes de la sécurité sociale.
259En étendant son champ d'action, le syndicalisme a pénétré des domaines de la décision socio-économique où les partis politiques sont également à l'œuvre. Les syndicats ne se sont pas cantonnés dans des fonctions de consultation ou de gestion, mais ils ont aussi largement utilisé leurs relais politiques pour peser sur la législation et sur les options budgétaires de l'État.
260Les bureaux nationaux des grandes organisations syndicales se réunissent en général deux fois par mois pour examiner les aspects socio-économiques des décisions politiques à prendre, en voie d'être prises ou déjà prises. Tout au long du processus de décision, ils prennent attitude en fonction des grandes options définies par leurs congrès et comités nationaux et définissent la position que leurs représentants devront adopter dans les différents organes consultatifs ou au cours de réunions de concertation tripartite.
261L'action syndicale interprofessionnelle comporte également tout un volet de négociation directe avec les employeurs, soit au Conseil national du travail au sein duquel des conventions collectives interprofessionnelles peuvent être signées depuis 1968, soit en dehors de toute institution au sein du Groupe des dix, par exemple lors de pourparlers pour la signature d'accords interprofessionnels.
262Ces pourparlers sont suivis avec de plus en plus d'attention par le gouvernement, qui souhaite des accords interprofessionnels en conformité avec sa politique économique, sociale et surtout budgétaire. Au cours des années 1980, ces souhaits du gouvernement se sont transformés en exigences, que ne contredisait pas l'interlocuteur patronal, au point que la décision politique s'est à plusieurs reprises substituée à la négociation entre interlocuteurs sociaux lorsque ceux-ci n'aboutissaient pas à un accord interprofessionnel. Dans le courant des années 1990, le gouvernement a continué à exercer une pression sur les négociations des interlocuteurs sociaux afin qu'ils orientent leurs décisions dans le sens de ses objectifs (eux-mêmes partiellement définis sur le plan européen). Mais il s'est à diverses reprises heurté à une coalition des interlocuteurs sociaux, lesquels refusaient ensemble que le gouvernement se substitue à leur libre négociation interprofessionnelle.
263Cette intense activité syndicale interprofessionnelle suppose d'importants moyens d'organisation : services d'études, commissions internes, délégués compétents dans des domaines spécialisés. Elle suppose aussi une bonne circulation de l'information à la fois du sommet vers la base et de la base vers le sommet.
264Mais les grandes organisations syndicales échappent difficilement aux critiques de ceux qui – que ce soient leurs propres affiliés ou une opinion extérieure – les jugent trop impliqués dans le système de décision politique.
265L'action syndicale du niveau interprofessionnel a été depuis une vingtaine d'années en partie décentralisée au niveau des régions et, pour la CSC, des communautés. Au fur et à mesure de la mise en place des institutions politiques des régions et des communautés, les organisations syndicales ont pu, avec l'interlocuteur patronal, orienter une partie de la politique menée par les gouvernements des communautés et des régions en siégeant dans les organes consultatifs installés à ces niveaux. Leur impact auprès de leur gouvernement respectif varie toutefois considérablement d'une région à l'autre. En Flandre et à Bruxelles, les syndicats participent à des accords tripartites où sont également impliqués les organisations patronales et les gouvernements régionaux. Les volets de la politique de l'emploi qui sont demeurés de compétence fédérale font l'objet de demandes de régionalisation de la part de partis politiques flamands. Les syndicats redisent leur attachement au maintien du statu quo, notamment parce qu'ils craignent une défédéralisation de l'assurance-chômage ; cette position n'est cependant pas sans provoquer des tensions internes entre les ailes syndicales parties prenantes au niveau des régions.
266Anticipant la décentralisation économique et la réforme des institutions politiques ou s'adaptant à ces nouvelles réalités, les syndicats se sont dotés de nouveaux moyens de délibération et de décision et ont petit à petit transformé dans une certaine mesure le poids respectif de l'interprofessionnel et du professionnel en leur sein. L'action syndicale interprofessionnelle a encore d'autres dimensions. Au niveau sous-régional (sections régionales à la FGTB, fédérations régionales à la CSC et zones à la CGSLB), les syndicats tentent de prendre en compte les conséquences, pour la vie régionale, de la santé économique des entreprises. Un thème fréquemment porté par les syndicats à ce niveau d'action est la lutte contre la désindustrialisation et la défense de l'emploi dans la région qui correspond souvent à un centre économique ou à un bassin industriel où domine souvent l'une ou l'autre industrie.
267On observe cependant de grandes différences de conception et d'objectif entre syndicats ou entre régionales d'un même syndicat. Souvent, la conception de l'action syndicale interprofessionnelle est marquée par celle de la centrale la mieux représentée en entreprises ou en affiliés. Par exemple, aussi bien à la FGTB qu'à la CSC, les conceptions de l'action syndicale à Charleroi et à Liège ont été longtemps marquées par les centrales des métallurgistes des deux organisations.
268Les sections, zones ou fédérations régionales interprofessionnelles des syndicats organisent divers services au bénéfice de leurs membres comme le payement des allocations de chômage, l'information juridique et la défense en justice, etc.
269L'action syndicale peut prendre des formes particulières en faveur de groupes spécifiques d'affiliés. Dans les grandes organisations, des services ont été créés afin de défendre tant dans l'organisation qu'à l'extérieur (principalement à l'égard du patronat et des pouvoirs publics) les femmes, les travailleurs étrangers ou d'origine étrangère, les jeunes, les sans-emploi ainsi que les pensionnés et prépensionnés. En ce qui concerne les femmes travailleuses, les actions syndicales sont étudiées et préparées à l'intérieur des organisations par des structures féminines – responsables et commissions féminines – à différents niveaux. Une adaptation interne des structures des organisations est perceptible ces dernières années ; elle va dans le sens d'une certaine prise en compte du point de vue des femmes dans les syndicats et l'intégration d'un nombre croissant de permanents dans les structures syndicales.
270À l'égard des jeunes, une partie de l'action syndicale est consacrée à la formation. Mais l'importance du chômage des jeunes conduit aussi les responsables des jeunesses syndicales à s'intéresser aux politiques et aux mesures favorables à l'emploi des jeunes.
271L'action en faveur des travailleurs étrangers tente de prendre en compte leur situation spécifique due à leur statut particulier et veille à la bonne application de la réglementation relative à l'occupation de ces travailleurs. Elle se développe également à l'égard de ceux qui, bien qu'ayant opté pour la nationalité belge, connaissent des discriminations liées à leur origine. Elle vise plus largement l'intégration de ces travailleurs dans le syndicat, dans l'entreprise et dans la société. Les syndicats sont ainsi fortement impliqués dans les questions pour la régularisation des sans-papier.
272Face au développement du chômage, les organisations syndicales ont été mises devant la nécessité de reformuler les objectifs et les modalités de leur action. Le nombre des travailleurs sans emploi qui restent affiliés à leur syndicat est très élevé. Comme l'action professionnelle tend à s'orienter davantage vers la défense de l'emploi existant, ce sont les structures interprofessionnelles surtout qui prennent en compte les problèmes rencontrés par les chômeurs, prépensionnés et pensionnés. L'action interprofessionnelle à l'égard des sans-emploi porte également sur la législation sociale et sur les conséquences en termes de politique industrielle de la permanence d'un taux élevé de chômage. Elle remplit enfin le rôle d'information envers les sans-emploi. Cette forme d'action interprofessionnelle permet aussi aux sans-emploi et aux pensionnés et prépensionnés de conserver une forme d'organisation collective au sein de leur syndicat et de conserver un lien avec celui-ci et avec les travailleurs actifs.
273À noter aussi que les régionales wallonnes des organisations syndicales ont mis en place des services d'accompagnement des chômeurs dans le cadre du contrôle de la disponibilité des chômeurs effectués par l'ONEM. Par ailleurs, des accompagnateurs syndicaux participent aux cellules pour l'emploi mises en place en cas de restructuration des entreprises depuis l'adoption du Pacte de solidarité entre les générations.
L'action syndicale internationale
274Afin de répondre aux développements de l'économie sur le plan international, les organisations syndicales tentent de joindre leurs efforts par delà les frontières des États. Les premières tentatives et les premières concrétisations de collaboration internationale datent de la fin du 19e et du début du 20e siècle (dans le cadre des Internationales). Aujourd'hui, au plan mondial, la FGTB, la CSC et la CGSLB sont affiliées à la Confédération syndicale internationale (CSI) née en 2006 de la fusion de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et de la Confédération mondiale du travail (CMT). Sur le plan européen, les trois organisations belges sont membres de la Confédération européenne des syndicats (CES). De même, leurs centrales professionnelles s'associent à celles d'autres organisations au sein de structures professionnelles internationales, elles-mêmes liées aux confédérations interprofessionnelles CSI et CES.
275L'action syndicale sur le plan mondial consiste principalement en des activités de représentation dans les organismes internationaux ou en des préparations, des études, des publications en vue de la participation des organisations membres au Comité économique et social des Nations-Unies, aux travaux de l'Organisation internationale du travail (OIT) notamment dans la perspective de la négociation de conventions internationales, etc. La CSI soutient également la création et le développement du syndicalisme dans les pays du Tiers-Monde, elles effectuent des missions et œuvrent à la défense des droits syndicaux là où ils sont menacés. Elles remplissent un rôle d'information et de coordination des organisations nationales membres et des structures professionnelles qui leur sont associées.
276La FGTB et la CSC se sont associées aux Forums sociaux mondiaux, mouvements d'opposition à la mondialisation néolibérale apparus au Brésil en 2001 et qui rassemblent des associations de la société civile, des syndicats de travailleurs, des organisations non gouvernementales (ONG). En Belgique, le mouvement altermondialiste a pu compter sur l'appui des deux principales organisations syndicales et la création des sections locales d'ATTAC (Association pour la taxation des transactions internationales et l'aide aux citoyens) a bénéficié de la présence et de l'expérience de syndicalistes.
277Au niveau européen, une plus grande proximité géographique, culturelle, dans les domaines économiques et sociaux, semble favoriser l'action conjointe des confédérations nationales. Outre des interventions comme la représentation au Conseil économique et social européen, par exemple, des actions concertées des travailleurs de plusieurs pays ont lieu et des revendications sont portées en commun.
278Aux niveaux interprofessionnel et sectoriel, l'autonomie de négociation des interlocuteurs sociaux sur le plan européen est reconnue par le Traité de Maastricht qui intègre quasi complètement un accord conclu le 31 octobre 1991 entre la CES, l'Union des industries et des employeurs d'Europe (UNICE, devenue en janvier 2007 BusinessEurope) et le Centre européen des entreprises publiques (CEEP). Des conventions collectives de travail peuvent à partir de ce moment être conclues tant au niveau interprofessionnel que sectoriel. Et leur application est garantie soit selon des procédures établies par les interlocuteurs sociaux et les États, soit par une décision du Conseil sur proposition de la Commission à la demande des interlocuteurs sociaux (employeurs et travailleurs). Un « dialogue social » est instauré aussi bien dans le secteur public (un accord-cadre existe par exemple entre la CES et le CEEP en matière d'énergie et de transport ferroviaire) que dans le secteur privé (secteurs des banques, des assurances, du commerce, par exemple). D'un point de vue institutionnel, un Comité du dialogue social vient renforcer le dialogue social européen. Mais la question de la représentativité des organisations qui y participent ou qui voudraient y être admises reste en suspens. Par ailleurs, des divergences de conception de l'action syndicale européenne affectent la CES qui semble hésiter entre les différents modèles d'intégration auxquels se réfèrent les syndicats nationaux.
279L'action syndicale est particulièrement difficile à organiser dans les entreprises qui appartiennent à un groupe d'entreprises, surtout si le centre de décision de ce groupe n'est pas situé en Belgique. Longtemps, des syndicats nationaux et internationaux ont pris des initiatives ponctuelles pour établir des contacts entre délégués syndicaux des entreprises appartenant à un même groupe et situées dans des pays différents ou pour obtenir une forme de représentation auprès de la direction du groupe. Un cadre légal européen a été défini par la directive 94/45/CE du 22 septembre 1994 concernant l'institution d'un comité d'entreprise européen ou d'une procédure dans les entreprises de dimension communautaire et les groupes d'entreprises de dimension communautaire en vue d'informer les travailleurs. La directive a été transposée en droit belge par la convention collective de travail n° 62 conclue le 6 février 1996 au Conseil national du travail.
280Les syndicats considèrent l'adoption de cette directive et la conclusion de cette convention collective comme une avancée dans l'établissement d'un contre-pouvoir au sein des groupes d'entreprises. La plupart du temps, l'information sur la stratégie des groupes n'est en effet jamais donnée dans les filiales qui les composent et c'est la première fois que la direction des groupes est désignée comme un interlocuteur des travailleurs de ces entreprises.
281La procédure d'installation d'un comité d'entreprise européen est relativement souple. La directive définit clairement les critères à prendre en compte pour identifier les entreprises concernées. Une phase volontariste est prévue durant laquelle un groupe spécial de négociation composé de délégués des différentes entreprises concernées est chargé de définir les règles concernant la composition, les attributions et le mode de fonctionnement du futur comité. Ce n'est qu'en cas de refus par la direction du résultat de ces négociations ou en cas d'échec du groupe spécial de négociation que des dispositions minimales prévues par la directive doivent s'appliquer. Ces règles minimales ne précisent pas quelles informations sont à fournir aux représentants des travailleurs. De plus, elles n'imposent pas que l'information soit communiquée préalablement à une décision stratégique qui affecterait l'existence ou la structure d'une entreprise du groupe.
Deuxième partie. Les organisations patronales
I. Historique
282Au début du 19e siècle l'intense activité économique de la révolution industrielle se déroule en dehors de tout cadre professionnel organisé, aussi bien pour les travailleurs que pour les employeurs. La liberté d'association est limitée par le code pénal hérité du régime français qui reprend des dispositions adoptées en 1791 par la Constituante. Ces dispositions sont destinées à abolir les institutions corporatives de l'Ancien Régime. L'interdiction de toutes formes de coalition s'applique aux employeurs comme aux travailleurs jusqu'en 1866, date à laquelle le délit de coalition disparaît du code pénal belge.
283Avant l'abolition du délit de coalition, la loi s'applique cependant avec moins de rigueur à l'égard des ententes patronales que vis-à-vis des coalitions ouvrières. Ces ententes patronales ont un caractère éphémère, à l'instar de celles des travailleurs. Elles préfigurent cependant les organisations patronales qui voient le jour dès le milieu du 19e siècle. Ainsi, en 1842, on trouve la trace de l'existence d'un Comité des industriels, qui regroupe une trentaine d'industriels de Belgique. Ce comité a eu une existence très brève.
284La fonction première des ententes patronales est de résister aux coalitions de vendeurs de matières premières ou d'acheteurs de produits. Elles apparaissent généralement au cours de périodes de crise industrielle. Elles ont pour but de protéger les prix de vente par une action concertée et d'accroître ainsi les bénéfices et la rémunération des capitaux investis. De même, les ententes sur les niveaux de salaire communs permettent de limiter la concurrence.
285Des patrons se sont ainsi petit à petit regroupés sur une base locale et par industrie en syndicats d'achat et de vente. Leurs préoccupations sont surtout économiques et techniques. Mais, face aux associations ouvrières qui se créent, les patrons commencent à se défendre collectivement. Répondre ensemble aux conflits avec les travailleurs est une motivation de se coaliser. C'est ainsi qu'à côté des syndicats patronaux d'achat et de vente, voient le jour des syndicats « d'emploiement » qui organisent la solidarité patronale en cas de grève. Ces syndicats d'emploiement, nés pour faire face aux travailleurs, apparaissent souvent à la suite d'un conflit et ont notamment pour objet de créer une caisse de résistance destinée à soutenir les employeurs touchés par une grève. En permettant la coopération entre employeurs, ces syndicats aboutissent à une coordination des conditions de travail, pour en arriver en définitive à une organisation s'occupant de tous les problèmes posés aux chefs d'entreprise dans leur rôle d'employeurs. L'extension des conflits du travail et l'organisation des travailleurs a joué un rôle déterminant dans le regroupement des employeurs dans des organisations stables et structurées.
286La crise économique et les luttes sociales extrêmement dures des années 1880 amènent les gouvernements à intervenir notamment par un début de législation sociale. La défense contre cet interventionnisme ou la nécessité de l'orienter dans un sens favorable sont pour le patronat une nouvelle motivation à s'organiser afin de faire entendre leurs intérêts collectifs.
287Enfin, en Belgique comme dans d'autres pays, le socialisme entreprend une critique radicale du système économique capitaliste. En 1895, des industriels de différents secteurs s'associent pour fonder le Comité central du travail industriel, première ébauche d'une organisation patronale nationale représentative de l'ensemble des secteurs industriels. À sa création, le Comité central comprend une forte représentation des charbonnages, des secteurs du verre et de la métallurgie, mais ne comprend pas d'entreprises de secteurs aussi importants que ceux de la chimie, de la construction, ou du textile, secteur où l'on dénombre 23 % de l'emploi industriel. En 1913, le Comité central du travail industriel se réorganise et devient le Comité central industriel.
288À l'exception de la Fédération générale des brasseurs belges, créée en 1869, et de la Fédération nationale belge du bâtiment et des travaux publics, constituée en 1884, c'est surtout après 1900 que commencent à apparaître des organisations patronales sectorielles.
289Des patrons des différents secteurs des fabrications métalliques fondent en 1906 la Fédération des constructeurs de Belgique. En 1909, cinq groupements patronaux du secteur des mines se regroupent et fondent la Fédération charbonnière. La même année des armateurs fondent l'Union des armateurs belges et deux ans plus tard est créée l'Union des exploitations électriques en Belgique.
290L'Entre-deux-guerres voit s'accélérer le processus de création des organisations patronales. En 1919 à l'initiative du ministre de l'Industrie, du Travail et du Ravitaillement sont créées les premières commissions paritaires, où sont appelés à siéger des représentants des travailleurs et des employeurs. Ce début d'institutionnalisation des relations collectives du travail est un des facteurs importants qui explique l'efflorescence des organisations patronales de cette période.
291Des associations se créent dans les secteurs de la chimie (1919), des pâtes, papiers et cartons (1920), de la sidérurgie (1921), du pétrole (1926), du béton (1936), des ports et des bureaux commerciaux et maritimes (1937), des sablières (1937), de l'alimentation (1937), du sucre et de ses dérivés (1938).
292Durant cette période se créent également les premières organisations patronales dans le secteur des services. Des entreprises d'assurance s'unissent dès 1920 dans la crainte d'une nationalisation du secteur au lendemain de la guerre. Les banques créent leur association en 1936 au lendemain d'une importante réforme du secteur du crédit et de la création de la Commission bancaire. Dans l'Entre-deux-guerres également, on assiste à la création d'une organisation patronale régionale en Flandre, le Vlaams Economisch Verbond (1926).
293Quelques organisations patronales sont créées pendant la guerre 1940-1945 dans les secteurs des métaux non-ferreux (1940), dans le domaine des matériaux de construction (producteurs d'asbeste-ciment, 1941 ; producteurs de chaux, calcaire et dolomies, 1942), dans les industries du textile (unification en 1940 d'organisations existantes en Flandre et en Wallonie) et de l'habillement (vêtement et confection, 1941). Après la Seconde Guerre, le mouvement d'institutionnalisation des relations collectives du travail se poursuit et de nouvelles commissions paritaires sont créées. Il ne faut sans doute pas voir dans cette institutionnalisation l'unique cause de la création des nouvelles organisations patronales. Il s'agit là d'un mouvement beaucoup plus général vers une politique économique concertée très interventionniste de cette époque. Du reste la création en 1946 de la Fédération des industries de Belgique a sans doute aussi contribué à stimuler la création d'organisations patronales sectorielles.
294On voit en effet une nouvelle vague de création d'organisations patronales : industrie de la chaussure (1945) ; industrie du gaz (1946) ; industries de la transformation du papier et du carton, tabac, terre cuite, verre (1947) ; industrie cimentière (1949).
295Dans l'Après-guerre, et parfois assez tardivement, se sont aussi unifiées des organisations éparses. Par exemple en 1946 se fédèrent certains groupements nationaux ou locaux dans l'industrie du bois ; la même année le Groupement des hauts-fourneaux et le Groupement des relamineurs belges du fer et de l'acier fondent le Comité de la sidérurgie belge ; en 1968 se fédèrent différentes associations patronales du secteur de la distribution. Enfin, en 1977, est fondée par fédération d'associations existantes l'organisation patronale des industries graphiques.
II. Les organisations en présence
296Contrairement aux organisations syndicales, les organisations patronales ont pour la plupart opté pour la personnalité juridique et ont adopté la forme de l'association sans but lucratif (la plus fréquente), celle de l'union professionnelle ou celle de la société coopérative.
Structures et modes d'organisation
297L'objet social des groupements patronaux est repris dans leur acte fondateur. Sont la plupart du temps mises en avant la promotion, la défense et la représentation des intérêts professionnels des membres. La définition de l'objet du groupement est plus ou moins extensive selon les capacités de l'organisation de mettre en œuvre des moyens nombreux et diversifiés. Par ailleurs, les changements observables dans la structure des activités économiques, dans les modes de production, dans les découvertes technologiques, dans l'importance relative des différents secteurs, etc. se répercutent dans la définition des domaines d'intervention des groupements.
298Dans la plupart des cas, pour définir son domaine d'action, une association patronale se réfère au champ de compétence des commissions paritaires au sein desquelles elle siège.
299Le mode d'affiliation diffère d'une organisation à l'autre : dans certains cas, l'affiliation est individuelle (l'entreprise est affiliée et paye sa cotisation de membre), dans d'autres elle est collective (une fédération s'affilie et paye une cotisation collective pour l'ensemble des entreprises qu'elle représente). Le cas des entreprises multinationales ou multisectorielles pose des problèmes d'affiliation qui sont parfois résolus à un niveau plus élevé que le niveau national. Par exemple, l'association européenne du secteur de la chimie affilie des fédérations nationales ainsi que des entreprises multinationales du même secteur.
300Le taux d'affiliation est soumis à des variations dont les causes peuvent être multiples : cessation d'activité, fusion d'entreprises, démission motivée par diverses raisons, etc. On peut raisonnablement penser que toutes les grandes entreprises sont affiliées à une organisation patronale et qu'elles y jouent un rôle important, par exemple par la présence de l'un de leurs dirigeants dans les organes de pouvoir de l'association.
301Dans la description d'une organisation patronale, il faut distinguer les organes de décision politique et son staff de permanents. Les aspects politiques sont du ressort du conseil d'administration. Les membres qui le composent reçoivent de leurs pairs un mandat ; ils sont amenés à prendre avis et à faire rapport devant leur base réunie en assemblée générale. Le conseil d'administration délègue certaines fonctions à son président ou au bureau exécutif ou encore à la direction générale de l'organisation. Des commissions spécialisées ou des groupes de travail les assistent dans leurs tâches et participent à la définition des positions à défendre. Le staff est composé de l'ensemble des services administratifs et des départements fonctionnels qui occupent un certain nombre de permanents. Ces permanents peuvent jouer un rôle non négligeable dans les processus de décision de l'organisation, sans pour autant disposer d'un pouvoir formel. À la différence des membres du conseil d'administration qui sont désignés pour une durée déterminée, le personnel des instances permanentes assure la continuité. En outre, les dirigeants de départements acquièrent dans leur matière des connaissances techniques, une compétence, une maîtrise qui renforcent leur importance. Cette situation de fait conduit certains d'entre eux à se percevoir et à être perçus à l'extérieur de l'organisation et par les membres comme incarnant l'organisation.
302Pour négocier dans certains domaines, comme en matière de relations collectives du travail ou de réglementation économique, les organisations sont représentées soit par des permanents (directeur général, directeur des questions sociales, conseiller spécialisé en matière de sécurité sociale, etc.) auxquels elles donnent un mandat, soit, surtout à des niveaux élevés de discussion, par l'administrateur délégué.
303La mise en œuvre des objectifs du groupement patronal requiert la mobilisation de ressources importantes. Les cotisations sont habituellement calculées sur la base du chiffre d'affaires ou du nombre d'emplois de l'entreprise. À côté du financement par le biais des cotisations, il y a, d'une part, les contributions financières, volontaires ou obligatoires, destinées à rémunérer des activités et des services spécifiques ou ponctuels, et, d'autre part, l'implication personnelle des chefs d'entreprise dans leur groupement et la mise à sa disposition de cadres supérieurs. Ces dernières ressources sont loin d'être négligeables, des auteurs les estiment entre 10 et 30 % des moyens de certaines associations. En outre, les pouvoirs publics, par le biais de subsides ou d'interventions diverses, peuvent constituer une source de revenus supplémentaires.
La Fédération des entreprises de Belgique
304La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) est la seule organisation patronale interprofessionnelle dont le champ d'action couvre l'ensemble des entreprises du secteur privé marchand au niveau du pays.
305La FEB est née, le 1er janvier 1973, de la fusion de la Fédération des industries belges (FIB) et de la Fédération des entreprises non-industrielles de Belgique (FENIB). La FIB avait elle-même succédé en 1946 au Comité central industriel. Quant à la FENIB, elle avait succédé, en 1957, à la Fédération des employeurs du commerce, des banques et des assurances, issue elle-même, en 1953, du Comité de liaison commerce, banques, assurances, créé en 1947.
Les organes de pouvoir de la FEB
306La FEB est restée longtemps une association de fait. Contrairement aux trois grandes organisations syndicales, elle est devenue une asbl. L'assemblée générale a approuvé les statuts de l'association le 28 octobre 2004.
307La FEB a trois sortes de membres : des membres effectifs, qui siègent au conseil d'administration, des membres adhérents et des membres correspondants. La FEB n'affilie pas directement des entreprises, mais des organisations sectorielles d'employeurs. Les intérêts des entreprises sont représentés en son sein par l'intermédiaire de 31 fédérations sectorielles, qui sont ses membres effectifs et auxquelles s'affilient les entreprises. Ce mode de structuration fut adopté dès le lendemain de la Seconde Guerre par la FIB. Il renforça singulièrement le poids de l'organisation centrale du patronat en lui donnant une représentativité accrue : elle fut depuis ce moment l'émanation d'organisations sectorielles existantes. Toute entreprise affiliée à l'un de ces groupements est donc également représentée par la FEB.
308Les fédérations, membres effectifs de la FEB, jouissent d'une représentation égalitaire au sein de l'organe dirigeant de la FEB, le conseil d'administration. Celui-ci est en effet composé de membres mandatés par chaque groupement sectoriel (un membre effectif et un suppléant par groupement). À ces membres représentant les principaux secteurs économiques s'ajoutent trois membres représentant respectivement chacune des trois organisations patronales interprofessionnelles régionales, le VOKA – Vlaams Economisch Verbond, l'Union wallonne des entreprises (UWE) et Brussels Enterprises Commerce and Industry (BECI)-Union des entreprises de Bruxelles.
309Outre les membres effectifs, la FEB affilie des organisations à titre de membres adhérents. Il s'agit pour la plupart d'organisations sectorielles, parfois anciennement membres effectifs.
310Le conseil d'administration est l'organe de décision de la FEB. Il élit le président et les vice-présidents ainsi que les membres du comité directeur. Il se réunit au moins une fois par mois. Chaque membre dispose d'une voix quels que soient l'im portance économique du secteur, le nombre de travailleurs qu'il occupe ou le montant de la cotisation qu'il paie. Cette règle de traitement égalitaire est conjuguée avec la règle du consensus. Cette situation pourrait être à la source de tensions insurmontables au sein de l'organe de décision de la FEB. En pratique, même si les membres mandatés par les organisations des grands secteurs sont écoutés en proportion du poids économique qu'ils représentent, ils n'ont sans doute pas l'influence qu'ils auraient s'ils étaient représentés selon une règle proportionnelle tenant compte de leur importance.
Les fédérations sectorielles membres effectifs de la FEB
| Secteur | Nom de l'association | Sigle |
| Alimentation | Fédération de l'industrie alimentaire | FEVIA |
| Armateurs | Union royale des armateurs | |
| Assurances | Union professionnelle des entreprises d'assurances | ASSURALIA |
| Union professionnelle des courtiers d'assurances | UCPA | |
| Automobile et cycle | Fédération de l'industrie de l'automobile et du cycle | FEBIAC |
| Banques, bourse, crédit et placement | Fédération belge du secteur financier | FEBELFIN |
| Béton | Fédération de l'industrie du béton | FEBE |
| Brique | Fédération belge de la brique | FBB |
| Bureaux d'ingénierie | Organisation des bureaux d'ingénieurs-conseils, d'ingénierie et de consultance | ORI |
| Chaux, calcaire, dolomies et produits connexes | Fédération des industries extractives et transformatrices de roches non combustibles | FEDIEX |
| Chimie et sciences de la vie | Fédération belge des industries chimiques et des sciences de la vie | ESSENSCIA |
| Ciment | Fédération de l'industrie cimentière belge | FEBELCEM |
| Compagnies aériennes | Belgian Airways Transportation Association | BATA |
| Construction | Confédération construction | |
| Cuir | Union de la tannerie et de la mégisserie belge | UNITAN |
| Distribution | Fédération belge de la distribution | FEDIS |
| Energie | Fédération belge des entreprises électriques et gazières | FEBEG |
| Fédération pétrolière belge | FBP | |
| Fibres-ciment | Union professionnelle belge des producteurs de fibres-ciment | |
| Habillement et confection | Creamoda, Belgian Fashion | CREAMODA |
| Interim | Fédération des partenaires de l'emploi | FEDERGON |
| Industries graphiques | Fédération belge des industries graphiques | FEBELGRA |
| Industrie technologique | Fédération belge de l'industrie technologique | AGORIA |
| Nettoyage | Union générale belge du nettoyage | UGBN |
| Papier, carton | Association de fabricants de pâtes, papier et cartons de Belgique | COBELPA |
| Fédération des industries transformatrices de papier et de carton | FETRA | |
| Ports | Fédération patronale des ports belges | |
| Sablières | Groupement des sablières | |
| Sidérurgie | Groupement de la sidérurgie | GSV |
| Textile, bois et ameublement | Fédération du secteur du textile, du bois et de l'ameublement | FEDUSTRIA |
| Transport et commerce international | Fédération d'employeurs pour le commerce international, le transport et les branches d'activités connexes | |
| Verre | Fédération de l'industrie du verre | FIV |
Les fédérations sectorielles membres effectifs de la FEB
Les membres adhérents de la FEB
| Activités diverses | Groupement des activités diverses | |
| Agences de paris | Union professionnelles des agences de paris | UPAP |
| Agents immobiliers | Institut professionnel des agents immobiliers | IPI |
| Attractions et tourisme | Attractions et Tourisme | ATTA |
| Auteurs compositeurs et éditeurs | Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs | SABAM |
| Banque d'épargne | Groupement belge des banques d'épargne | |
| Bois | Conseil national du bois | BOIS |
| Conseils en organisation et gestion | Association belge des conseils en organisation et gestion | ASCOBEL |
| Crédit | Union professionnelle du crédit | UPC |
| Employeurs Eupen, Malmedy, Saint-Vith | Fédération générale des employeurs Eupen-Malmedy – Saint-Vith | |
| Gestion des emballages industriels | Val-I-Pac | VAL-I-PAC |
| Industries céramiques | Fédération des industries céramiques de Belgique | FEDICER |
| Industrie de la chaussure | Fédération belge de l'industrie de la chaussure | FEBIC |
| Industrie diamantaire | Syndicat de l'industrie diamantaire belge | SBD |
| Institutions de pensions | Association belge des institutions de pension | ABIP |
| Matériaux de construction | Groupement des producteurs belges de matériaux de construction | PMC |
| Matériel et équipement | Association professionnelle de fabricants, importateurs et distributeurs | UNAMEC |
| médicaux | de dispositifs médicaux | |
| Medias audiovisuels | Fédération belge des entreprises audiovisuelles | FEBELAV |
Les membres adhérents de la FEB
311Un autre équilibre des influences est réalisé au sein du comité de direction. Les membres en sont nommés par le conseil d'administration. Composé du président et des vice-présidents, de personnalités représentatives des principaux secteurs de l'économie (présidents d'un certain nombre de fédérations sectorielles, présidents honoraires de la FEB, dirigeants de grands groupes industriels), et des présidents des trois associations patronales interprofessionnelles régionales, le comité de direction se réunit deux fois par mois.
312Le bureau de la FEB comprend le président, les trois vice-présidents et l'administrateur délégué.
313L'administrateur délégué est chargé de la gestion journalière de la FEB, il représente un élément de continuité dans l'organisation par rapport à la présidence qui, bien qu'elle soit une fonction à temps plein, sans être incompatible avec l'exercice d'une fonction dans une entreprise, se renouvelle tous les trois ans. De plus si les présidents et les vice-présidents sont des chefs d'entreprise ou des dirigeants de grands groupes d'entreprises, l'administrateur délégué est choisi parmi le staff de la FEB.
314L'administrateur délégué dirige l'administration de la FEB avec le directeur général.
315L'administrateur délégué et le président sont en contact avec les médias et personnifient la FEB aux yeux du public.
316Les positions du conseil d'administration sont préparées par des commissions et des groupes de travail auxquels participent des techniciens mandatés par les fédérations de secteurs et des membres du staff permanent de la FEB. On compte plus d'une vingtaine de commissions internes et plus de cinquante groupes et sous-groupes de travail spécialisés dans les divers domaines d'intervention de l'organisation patronale.
317La commission économique fait le point deux fois par an sur la marche des affaires en vue d'établir les prévisions économiques publiées chaque année en juin et en décembre. Elle prend l'initiative d'une série d'études sur les facteurs déterminants de la compétitivité des entreprises belges. Chaque année également, elle se penche sur le rapport du Conseil central de l'économie consacré à la compétitivité belge qui sert de base à l'élaboration de la norme salariale.
318La commission des questions sociales prépare les positions que la FEB défendra devant le gouvernement, le Parlement ou dans les organes paritaires où elle siège. Elle traite du droit du travail individuel et collectif, au niveau national comme au niveau européen, de l'évolution de la sécurité sociale, de la politique de sécurité et de prévention, ainsi que du marché du travail.
319La commission juridique élabore les prises de position de la FEB dans toutes les matières relevant du droit des affaires. Parmi les dossiers d'actualité, notons les projets de modernisation du droit comptable, le concordat, le révisorat d'entreprises, le droit des sociétés, la responsabilité pénale des personnes morales, la loi sur les droits d'auteur, la législation en matière de sécurité privée, la réforme de la loi sur les pratiques du commerce, l'évaluation de la loi relative à l'information précontractuelle.
320Les autres commissions sont spécialisées dans les questions de communications, d'énergie, d'environnement, de fiscalité, etc.
Les services et les publications
321L'administration de la FEB comprend plusieurs départements et services. Le département économique comprend le service Analyse et politique économiques, le service Télécommunications et transports, le service Energie et environnement, le service Petites et moyennes entreprises et le service Relations économiques extérieures. Le département social comprend le service Sécurité sociale, le service Questions du travail et le service Sécurité et prévention. Un troisième département regroupe les questions juridiques et fiscales et un quatrième traite des questions européennes.
322La FEB dispose enfin d'un département Communications. Elle publie en français et en néerlandais le mensuel Forward qui livre des informations et des analyses sur des thèmes socio-économiques à l'intention des dirigeants d'entreprises. L'organisation publie aussi dans les deux langues Infor FEB, centré sur l'actualité politique, économique et sociale, et Focus, qui développe des analyses thématiques sur la stratégie de Lisbonne, le marché du travail, la responsabilité sociale des entreprises, etc. Ces deux dernières publications sont diffusées sur support papier ainsi que par voie électronique. Briefing FEB, principalement diffusé en ligne, présente de façon synthétique les résultats de l'action de la FEB sur des questions d'actualité.
323L'organisation publie également des brochures thématiques gratuites ou payantes consacrées à des questions de droit social et de gestion de l'entreprise, ainsi que sur le développement durable.
Dans l'orbite de la FEB
324Dans l'orbite de la FEB gravitent des entités spécialisées, comme l'asbl Centre de recherche et de formation en relations de travail (CRFRT), elle fonctionne grâce à des fonds versés par les entreprises ressortissant à la Commission nationale paritaire auxiliaire pour employés (CNPAE) et organise des programmes de formation à l'intention des employeurs et des cadres des entreprises appartenant à cette commission paritaire.
325La FEB assure le secrétariat d'ICC Belgique, la branche belge de la Chambre de commerce internationale (ICC), dont le siège se trouve à Paris.
326Avec ICC Belgique, la FEB a fondé le Centre belge d'arbitrage et de médiation (CEPANI), qui promeut des formes alternatives de résolution de litiges et gère des dossiers concrets d'arbitrage et de médiation.
327La FEB soutient le projet d'Associations & Fondations Assistance (AFA), une fondation d'utilité publique qui se présente sous la dénomination d'Excellence for non profit. Cette fondation effectue des études sur la vie associative et offre des services au monde associatif (conseil juridique en gestion d'asbl et de fondations, audit, assistance à des projets de mécénat).
328La FEB a participé également à la création, avec Agfa Healthcare et onze hôpitaux et groupes hospitaliers belges, de l'asbl Healthcare Belgium, qui promeut la médecine à distance et attire une clientèle fortunée étrangère vers ces hôpitaux.
La représentation des intérêts des entreprises par la FEB
329La FEB affirme représenter au total plus de 30 000 entreprises, dont 25 000 PME, ce qui correspondrait, en termes d'emplois, à un million et demi de travailleurs.
330La frontière entre l'affiliation des entreprises aux organisations de la FEB et l'affiliation à celles des classes moyennes n'est pas toujours très nette. S'il y a une certaine concurrence entre ces organisations pour la représentation des petites et moyennes entreprises, il faut reconnaître qu'elles ont leur propre spécificité. La question ne se pose sans doute pas pour des secteurs où sont présents exclusivement des artisans et des indépendants. Certains secteurs comme celui des garages ou le secteur horeca (hôtels, restaurants, cafés) par exemple ont préféré une affiliation à des organisations de classes moyennes plutôt qu'à la FEB.
331Mais, mise à part la question de la représentation des PME au niveau interprofessionnel et dans certains secteurs, l'une des caractéristiques du monde patronal est l'unicité de la représentation, alors que du côté syndical on se trouve en présence d'un pluralisme d'organisations. La représentativité de la FEB transcende le clivage confessionnel. Il existe bien une organisation qui réunit les chefs d'entreprises chrétiens, l'Association chrétienne des dirigeants et cadres (ADIC), mais celle-ci n'a pas de rôle de représentation officielle auprès des pouvoirs publics ni dans le champ de la concertation sociale. Au pluralisme syndical ne correspond aucune division institutionnelle du monde patronal. Certes des intérêts des entreprises peuvent être pris en compte de façon différente par les partis politiques orange et libéraux, partis avec lesquels la FEB a le plus d'affinités, mais avec lesquels elle n'entretient aucun lien structurel permanent. Les relations entretenues par la FEB avec ces partis relèvent plutôt de contacts personnels favorisés par une proximité de préoccupations et d'objectifs.
332Un certain nombre d'organisations, dont certaines sont d'anciens membres effectifs, sont affiliées à la FEB à titre de membres adhérents. Elles ne sont pas représentées au sein du conseil d'administration mais peuvent dans certains cas être entendues par lui et participer aux travaux de certaines commissions d'études. Elles peuvent aussi bénéficier des services de la FEB, par exemple en matière d'information.
333C'est au regard de sa représentativité sociologique que la FEB a été appelée par diverses réglementations à siéger comme organisation patronale interprofessionnelle dans des organes de consultation, de négociation ou de gestion. Au total, la FEB siège dans quelque 150 organes d'intérêt fédéral interprofessionnel.
334La FEB est, avec les organisations de classes moyennes et d'agriculteurs, l'interlocuteur des syndicats de travailleurs et du gouvernement fédéral dans la concertation sociale.
335Elle siège au Groupe des dix, qui rassemble les interlocuteurs sociaux au plus haut niveau lors des négociations qui s'ouvrent tous les deux ans en vue de la signature des accords interprofessionnels. C'est le président de la FEB qui préside le Groupe des dix.
336Comme interlocuteur des syndicats, elle siège dans de nombreux organes paritaires, dont les deux principaux en matière de concertation sociale sont le Conseil national du travail et au Conseil central de l'économie. Elle est présente aussi au comité de gestion des grands organismes de la sécurité sociale et à la Commission de l'indice, chargée d'établir l'indice des prix à la consommation.
337En matière de commerce extérieur, elle siège à l'Agence pour le commerce extérieur et à l'Office national du Ducroire. L'Agence organise des missions commerciales et développe des études relatives aux marchés extérieurs, tandis que l'Office couvre les risques liés à l'exportation, aux importations et aux investissements à l'étranger.
338Citons encore le Conseil de la consommation, où a lieu la concertation avec les organisations de consommateurs, et le Conseil fédéral du développement durable, où les représentants de la FEB retrouvent non seulement les représentants des syndicats, mais également d'autres acteurs, notamment des ONG actives dans le domaine de la protection de l'environnement.
339Enfin la FEB siège à la Commission paritaire nationale auxiliaire pour employés (CPNAE), une commission paritaire compétente pour les employés des entreprises des branches d'activité pour lesquelles il n'existe pas de commission paritaire pour employés.
340Au plan international, la FEB est représentée dans de multiples instances et entre autres au Bureau international du travail (BIT) ou au Comité consultatif économique et industriel auprès de l'OCDE (BIAC). Au niveau de l'Union européenne, la FEB est représentée au Comité économique et social et au Fonds social européen, ainsi que dans des comités consultatifs mis sur pied par la Commission européenne dans des domaines comme ceux de la formation professionnelle, de la sécurité et la santé sur les lieux de travail, de la libre circulation des travailleurs dans l'Union, etc. Elle est également membre de l'organisation européenne interprofessionnelle du patronat, BusinessEurope (anciennement Union des confédérations de l'industrie et des employeurs d'Europe – UNICE).
Les fédérations de secteurs de la FEB
341Dès que l'on envisage l'aspect sectoriel du regroupement des entreprises, on se trouve en présence d'un foisonnement d'organisations.
342Le regroupement sectoriel des entreprises a en effet donné lieu à des organisations plus ou moins homogènes et plus ou moins centralisées, ou encore représentant des branches d'activité plus ou moins importantes dans la vie économique. Du point de vue de la concertation sociale, le champ de compétence de chacune d'entre elles correspond à celui de la ou des commissions paritaires où elle siège. Ce champ de compétence est défini par l'arrêté royal qui institue chaque commission paritaire.
343Du point de vue de la dimension moyenne des entreprises affiliées, de grandes différences s'observent entre les organisations. Certains secteurs sont très concentrés, les entreprises y étant souvent de grande dimension et leur nombre parfois très réduit. C'est le cas par exemple des secteurs du pétrole ou de la production d'électricité. Dans des secteurs comme la sidérurgie ou les banques, quelques grandes entreprises sont nettement dominantes.
344Dans d'autres secteurs, comme la chimie ou la distribution, la variété de taille est plus grande, le nombre d'entreprises très élevé et, partant, le nombre des PME également. Dans certains secteurs, comme celui de l'habillement, on trouve jusqu'à 90 % de PME.
345Les grandes fédérations sectorielles sont très hétérogènes du point de vue des types d'activités économiques qu'elles regroupent et sont en réalité composées d'un certain nombre de sous-secteurs : c'est le cas de la chimie, de la construction ou de la distribution. La fonction des sous-secteurs est de réaliser un premier regroupement de base qui sert d'intermédiaire à l'expression des intérêts des membres. Mais l'existence de sous-secteurs donne lieu à des modes d'organisation eux-mêmes divers, que l'on peut classer en deux grandes catégories.
346Il y a les organisations où les entreprises sont affiliées directement à l'organisation sectorielle et ensuite réparties au sein de celle-ci dans un certain nombre de sections spécialisées, qui sont des subdivisions de l'organisation elle-même.
347C'est le cas d'AGORIA, née en 2000 de la restructuration de l'ancienne Fédération des entreprises de l'industrie des fabrications métalliques, mécaniques, électriques et de la transformation des matières plastiques (FABRIMETAL). L'évolution des produits et des modes de production avait rendu obsolète l'ancien nom de l'organisation. La nouvelle organisation couvre treize secteurs :
- aérospatial ;
- automatisation industrielle ;
- automobile ;
- contracting et maintenance ;
- électrotechnique ;
- mécanique et mécatronique ;
- métaux et matériaux ;
- montage et grues ;
- plastiques ;
- produits de construction ;
- sécurité et défense ;
- technologies de l'information et de la communication ;
- transformation du métal.
349Elle se présente comme la fédération de « l'industrie technologique », terme par lequel elle affirme que la connaissance est à considérer comme une matière première importante dans le secteur qu'elle représente. Les entreprises sont affiliées à l'asbl AGORIA et réparties dans l'un des treize secteurs.
350À la Fédération des industries chimiques de Belgique (FEDICHEM), qui s'est transformée en juin 2007 en ESSENSCIA, Fédération belge des industries chimiques et des sciences de la vie, les entreprises sont affiliées à l'une des dix-neuf sections professionnelles qui assurent la représentation des entreprises et la défense des intérêts spécifiques à leur secteur d'activité.
351Dans d'autres cas, l'organisation sectorielle est elle-même une fédération qui regroupe des organisations distinctes. Ainsi la Fédération belge des entreprises de distribution (FEDIS) regroupe douze associations représentatives du commerce indépendant et intégré, tant alimentaire qu'à assortiments multiples ou spécialisés, auxquelles sont affiliées les entreprises. De même, dans le secteur financier, l'Association belge du secteur financier (FEBELFIN) a été créée en mars 2003 pour regrouper l'Association belge des banques (ABB), l'Union professionnelle du crédit (UPC), l'Association belge des assets managers (BEAMA), l'Association belge des membres de la bourse (ABMB) et l'Association belge du leasing (ABL).
352En dehors des secteurs de la chimie, des fabrications métalliques, de la construction et de la distribution, les organisations sectorielles de la FEB sont nettement plus homogènes. Il est même des cas où, dans une seule branche d'activité, plusieurs sous-secteurs ont leurs organisations, sans que celles-ci ne se soient jusqu'à présent regroupées en une organisation commune, par exemple dans le secteur des industries extractives et dans le secteur du papier et du carton. Mais ces cas deviennent rares en raison de la vague de concentrations et de fusions entre organisations qui a eu lieu au cours des dernières années. Dans le secteur énergétique par exemple, s'il y a eu fusion entre les organisations patronales du gaz et de l'électricité, la Fédération pétrolière belge reste autonome. Une des dernières fusions en date a été la fusion en décembre 2006 de FEBELTEX, représentant le secteur du textile, et FEBELBOIS, représentant le secteur du bois et de l'ameublement. Le conseil d'administration de la nouvelle organisation, FEDUSTRIA, comprend, en nombre égal, des représentants des anciennes organisations ; les statuts prévoient que la présidence et la vice-présidence sont alternées entre les représentants du textile d'une part, du bois et ameublement de l'autre.
353La FEB ne regroupe pas tous les secteurs organisés. Outre ce qui sera dit ci-après à propos des classes moyennes et du secteur non marchand, il faut noter que plusieurs secteurs se sont dotés d'une organisation professionnelle sans éprouver le besoin de s'affilier à l'organisation interprofessionnelle nationale du patronat. Il s'agit souvent de secteurs où existent des organisations relativement spécialisées ou de nouvelles branches d'activités, qui s'insèrent mal dans les organisations sectorielles membres de la FEB, étant donné la manière dont le champ de compétence des organisations est défini. Ce n'est que récemment que la Fédération belge des constructeurs d'automobiles et de cycles (FEBIAC) est devenue membre de la FEB.
354De nouveaux secteurs se sont organisés et sont devenus membres de la FEB. On peut citer le secteur de l'intérim, dont l'organisation, FEDERGON, a fourni un président à la FEB, l'Union générale du nettoyage (UGBN) et l'Organisation des bureaux d'ingénieurs-conseils, d'ingénierie et de consultance (ORI).
355Plusieurs fédérations de la FEB se sont adaptées à la structure de l'Etat fédéral en créant des ailes internes compétentes pour les matières régionales et communautaires. Ainsi, AGORIA est établie sur le plan fédéral, avec trois ailes régionales : AGORIA Wallonie, AGORIA Bruxelles et AGORIA Vlaanderen. Il en va de même pour la Fédération Construction et pour ESSENSCIA (chimie et sciences de la vie), tandis que FEVIA (industrie alimentaire) et FEDUSTRIA (textile, bois et ameublement) n'ont que deux ailes, une flamande et une wallonne. Toutefois la plupart des fédérations n'ont pas créé de structures régionales spécifiques de ce type.
Les positions de la FEB en matière économique et sociale
356L'ensemble des communiqués du conseil d'administration de la FEB constitue la doctrine de la FEB. Celle-ci est donc élaborée au fil de l'actualité et est susceptible d'évoluer sur un certain nombre de sujets. Sans qu'il y ait l'équivalent d'une charte doctrinale de base, qui servirait de texte fondateur aux positions de l'organisation, celle-ci fait preuve d'une référence constante au libéralisme économique.
357À différentes occasions, l'organisation patronale a exprimé son attachement à l'économie de marché et sa conception du rôle de l'État dans l'économie. Dans la décennie qui a suivi la guerre, la FIB s'était fermement opposée aux doctrines qui prônaient l'étatisation de certains secteurs de l'économie.
358En 1971, la FIB, dans son vingt-cinquième rapport annuel intitulé La FIB, pourquoi ? rappelait le « grand principe d'action qu'est la liberté d'entreprendre », « philosophie singulièrement efficace », « meilleur des modèles économiques disponibles ». Et de citer longuement à cette occasion son livre blanc, Pour une politique d'expansion, de 1955 : « Un principe essentiel (...) : la liberté de l'homme, sa liberté économique autant que spirituelle, intellectuelle, politique et sociale, permettant le libre épanouissement des qualités de la personne. Envisagée sous son aspect économique, cette liberté se révèle être un des facteurs les plus féconds de l'activité humaine. Elle suscite l'invention, l'initiative et l'entreprise, provoque l'émulation de la concurrence, face à l'effort créateur et à la productivité, réalise l'abondance des biens dans la poursuite du rendement et du revenu. Par l'intermédiaire du marché, c'est elle aussi qui assure les plus larges possibilités de satisfaction des besoins aux meilleures conditions de prix. La liberté constitue ainsi une des conditions les plus favorables à la réalisation du bien commun comme à celle de l'intérêt personnel. Et ce serait briser un des ressorts les plus essentiels de la vie économique que de la vinculer. »
359Enchaînant sur ceci, la FIB admettait certes un rôle de l'État mais en donnait une définition précise :
« ... la liberté ne suffit pas chaque fois et nécessairement à réaliser le bien commun de la société industrielle. Elle peut susciter des situations abusives, qui sont parfois sa négation même. Parfois aussi, s'exerçant dans le cadre des intérêts individuels, elle est impuissante à accéder aux entreprises d'intérêt général, qui sont cependant indispensables à l'existence et au développement de la communauté. Et c'est ici que l'État, gardien du bien commun, trouve ses raisons d'intervenir. À partir de ces principes, les missions de l'Etat se définissent assez aisément :
– assurer le libre exercice de la liberté ;
– régler les conflits qui surgissent nécessairement entre les hommes, par l'usage même de cette liberté ;
– susciter les initiatives particulières, lorsque la réalisation du bien commun l'exige ;
– suppléer à une carence de ces initiatives et redresser leurs erreurs, lorsqu'elles peuvent compromettre le bien commun. Si ces principes sont acceptés, l'opportunité de l'intervention de l'Etat et ses modalités deviennent alors une simple question de fait. Elles s'apprécieront selon leurs mérites, dans chaque cas particulier où le problème se pose et non dans l'abstrait des principes, le critère étant : quelle est la modalité susceptible de promouvoir au mieux l'intérêt de la société ? »
361À ces conceptions générales fait pendant un pragmatisme qui ne s'oppose pas aux interventions de l'Etat orienté vers les aides aux entreprises, aides qui ont pris de multiples formes et une très grande extension dès la fin des années 1950 et que l'Union européenne tend à supprimer. Comme organisation interprofessionnelle nationale, la FEB porte sa préférence vers des formes d'aides non sélectives à toutes les entreprises, comme par exemple des aides fiscales.
362La crise économique des années 1970 et 1980 a vu l'organisation patronale réaffirmer ses thèses contre ce qu'elle percevait comme l'effritement des valeurs de base de la société. Les thèmes qu'elle a développés à la fin des années 1970 en réponse à cette « crise de société » ont été la réhabilitation de la libre entreprise et de l'économie du marché, la défense de la propriété privée, la légitimité de l'autorité, la réhabilitation du profit, la nécessité du risque, de l'effort, de l'inégalité, etc.
363Le diagnostic de la FEB sur la crise économique a largement influencé les programmes des partis et des gouvernements auxquels ils ont participé. La FEB dénonçait la crise des finances publiques et expliquait la montée du chômage par la hausse des coûts salariaux, le caractère trop libéral de l'assurance chômage, les contraintes de la réglementation du travail et de la fiscalité. Pour la FEB il était nécessaire d'alléger les coûts des entreprises par la compression des coûts salariaux, la limitation des charges sociales, la réduction de la fiscalité des entreprises et la rationalisation des processus de production. L'un des thèmes favoris de la FEB depuis les années 1980 a été la suppression des réglementations en matière de marché du travail et de conditions de travail. Et l'une des principales revendications patronales de cette période aura été et reste encore la flexibilité des conditions de travail dans les entreprises.
364Aujourd'hui tous ces thèmes restent présents dans les revendications de la FEB. Ils s'insèrent dans le thème plus large de la compétitivité des entreprises qui, à son tour, s'inscrit dans le thème de la globalisation.
365En 2003, après la nomination d'un nouvel administrateur délégué, la FEB adopte une stratégie de communication plus incisive et une attitude plus proactive dans la présentation de ses positions. C'est le cas dans le processus de concertation qui a abouti à la loi du 23 décembre 2005 relative au Pacte de solidarité entre les générations, qui rencontre une part importante des revendications de l'organisation. Elle lance un processus de réflexion interne qui aboutit en 2006 à la publication de Stratégie 2010. Croissance et emploi : brisons les tabous ! Ce document présente ses solutions face aux « défis communs à toutes les économies européennes », que sont pour elle, d'une part, la globalisation et, d'autre part, le vieillissement de la population. Les thèmes récurrents de ses positions sont reformulés : « Fondamentalement, il s'agit de créer les conditions permettant à l'esprit d'entreprise de donner sa pleine expression. L'entreprise ne s'épanouit que lorsqu'elle n'est pas accablée par des contraintes trop lourdes. Elle a besoin de main-d'œuvre de qualité et en quantité suffisante. En retour, elle crée de l'emploi, de l'innovation et de la prospérité, ce qui permet de faire face aux besoins légitimes de la société tout en supprimant progressivement l'emprise de l'État. »
366Ses propositions s'organisent autour des neufs thèmes clés suivants :
- créer un climat favorable pour l'entrepreneur ;
- une main-d'œuvre plus nombreuse, mieux qualifiée et moins chère ;
- assurer la disponibilité des capitaux à un coût raisonnable ;
- de l'énergie à un prix concurrentiel ;
- de l'espace pour entreprendre ;
- des pouvoirs publics qui soutiennent la croissance et la compétitivité ;
- une réduction radicale de la pression fiscale et parafiscale ;
- moins de charges administratives ;
- une amélioration continue du savoir-faire des entreprises.
368Du point de vue de la politique sociale, la FEB n'a jamais rejoint les conceptions les plus libérales qui se sont exprimées en matière de réforme de la sécurité sociale et qui envisageaient la privatisation pure et simple de certains de ses secteurs. Elle s'est toujours montrée attachée au système tel qu'il a été mis sur pied, pour autant que ne soient pas alourdies les charges sociales des entreprises et que le volume des dépenses n'obère pas la faculté de redressement des finances publiques.
369Toutes ces positions et revendications sont autant de défis pour une organisation comme la FEB. Les secteurs qui la composent sont très inégalement situés sur l'échelle de la santé économique et du point de vue de l'exposition à la concurrence internationale. Les secteurs peuvent prôner de leurs points de vue des remèdes partiels différents, voire en contradiction les uns avec les autres. Le rôle d'arbitre de la FEB dans l'expression de revendications valables pour l'ensemble des employeurs du secteur privé suppose la capacité de gérer d'éventuelles tensions internes importantes, qui sont parfois perceptibles lorsque le conseil d'administration est amené à approuver un préaccord interprofessionnel négocié au Groupe des dix.
370Une ligne de tension interne potentielle peut être celle qui existe entre les grandes entreprises, qui ont une capacité d'influence sur le conseil d'administration, et les PME qui sont pourtant la majorité des affiliés à la plupart des fédérations de secteur. Il est vrai que de nombreuses PME sont des entreprises qui appartiennent à des groupes d'entreprises. Leur gestion relève alors de critères qui sont ceux de la grande entreprise multinationale.
371Il peut y avoir enfin des divergences d'intérêts entre les entreprises à haute intensité de capital et les entreprises à haute intensité de main-d'œuvre. Dans ces cas les options en matière de sécurité sociale ou de politique salariale peuvent être très divergentes et doivent connaître un arbitrage interne.
Les organisations patronales régionales
372La création des organisations patronales régionales est à replacer dans le contexte de l'émergence des politiques économiques régionales ainsi que dans le cadre de la réforme des institutions politiques.
373Depuis la crise industrielle des années 1930, la nécessité d'une politique économique régionale a été ressentie dans tous les pays industrialisés. Dès 1926, est créé en Belgique le Vlaams Economisch Verbond (VEV) avec pour mission de favoriser la diffusion du néerlandais dans la vie des affaires et de combler le retard de la région flamande en matière d'industrialisation.
374Dès la fin de la Seconde Guerre, les dirigeants d'entreprises participent à l'action régionale d'expansion économique : au niveau local (au sein des chambres de commerce ou des comités d'expansion et plus tard des intercommunales de développement), au niveau provincial (au sein des conseils économiques provinciaux) et au niveau régional (au niveau des différents conseils économiques régionaux).
375En 1970, une nouvelle conception de la politique économique se concrétise par la loi portant organisation de la planification et de la décentralisation de l'économie. Cette loi entraîne la participation des forces économiques et sociales régionales à l'élaboration de cette politique et à son exécution.
376C'est dans cette perspective que sont créées l'Union wallonne des entreprises (UWE) en 1968 et l'Union des entreprises de Bruxelles (UEB) en 1971. Les représentants des organisations patronales régionales sont appelés à siéger au sein des conseils économiques régionaux qui furent réformés en application de la loi de 1970.
377À cette régionalisation de la politique économique se superpose la réforme des institutions politiques en application de la révision de la Constitution de 1970. Même si elle n'est appliquée que très progressivement en ce qui concerne les régions, cette réforme institutionnelle donne dès 1974 un contenu plus concret à la politique économique régionale, notamment parce que des budgets sont consacrés dès cette époque aux économies régionales. Dans un premier temps cette politique se traduit par la nomination au sein du gouvernement national de ministres chargés de l'économie régionale et compétents pour chacune des trois régions du pays. Après 1980 sont créées les institutions politiques de la Flandre et de la Wallonie et ces deux régions sont dotées de compétences propres et des moyens budgétaires correspondants. La politique économique régionale est l'une des matières les plus importantes à être transférées de l'Etat central vers les régions. En différentes étapes, les exécutifs régionaux créés au sein du gouvernement national acquièrent leur autonomie et deviennent responsables devant leur propre assemblée régionale. La réforme institutionnelle est amplifiée en 1988, les régions se voyant dotées de compétences et de moyens financiers accrus. La Région de Bruxelles-Capitale est quant à elle dotée de ses institutions politiques en 1989.
378Tout au long de ce processus de réforme, le rôle d'interlocuteurs sociaux des associations patronales régionales, tout comme celui des ailes régionales des organisations syndicales, s'est consolidé. Leurs domaines d'activités se sont étendus à toutes les matières économiques et sociales qui sont devenues de la compétence des exécutifs régionaux et communautaires. Il s'agit de la politique économique régionale, de certains aspects des relations sociales, de la formation professionnelle et de la politique de l'emploi. Les organisations patronales régionales sont concernées aussi par les politiques d'environnement et d'aménagement du territoire, de l'énergie, du commerce extérieur, ainsi que des travaux publics et de la recherche scientifique appliquée dans les matières de la compétence des régions. Leurs représentants siègent aujourd'hui dans plusieurs organismes consultatifs d'intérêt régional. Citons par exemple le Conseil économique et social de la Région wallonne (CESRW) et les organismes correspondant pour la Région flamande et pour la Région de Bruxelles-capitale. Il en va de même pour les organismes de placement et de formation professionnelle des chômeurs issus de l'ancien Office national de l'emploi (ONEM), dont seule la compétence relative au payement des chômeurs est restée fédérale : l'Office régional de la formation et de l'emploi (FOREM), le Vlaamse Dienst voor Arbeidsbemiddeling en Beroepsopleiding (VDAB), Bruxelles Formation et l'Office régional bruxellois de l'emploi (ORBEM, aujourd'hui ACTIRIS).
379La représentativité des associations patronales régionales n'est cependant pas aussi aisée à définir que celle de la FEB et des fédérations professionnelles. Il faut observer que dans bien des cas le lieu d'implantation des établissements ne correspond pas au lieu où est situé le siège social ou, dans le cas d'entreprises liées à un groupe, au centre réel de décision. Cela peut amener à relativiser la signification proprement « régionale » de ces organisations. Cette remarque vaut sans doute beaucoup moins pour le VOKA-Vlaams Economisch Verbond (VEV), qui compte traditionnellement parmi ses membres une majorité de PME d'origine locale.
380Les organisations patronales régionales ont signé avec la FEB un protocole d'accord sur le partage des compétences des organisations régionales selon lequel :
« La FEB représente, en tant qu'organisation nationale et intersectorielle, les entreprises à l'égard des autorités publiques et au sein des institutions publiques compétentes pour les matières nationales et internationales.
L'Union des entreprises de Bruxelles (UEB), l'Union wallonne des entreprises (UWE) et le VOKA-VEV représentent les entreprises vis-à-vis des autorités publiques et au sein des institutions publiques compétentes pour les matières régionales et communautaires.
Cette répartition des tâches vaut non seulement pour les institutions socio-économiques, mais aussi pour les institutions socioculturelles. »
382Les trois associations patronales régionales sont représentées au conseil d'administration et au comité directeur de la FEB. De plus, les présidents et les administrateurs délégués du VOKA-VEV, de l'UWE et de BECLUEB se réunissent au sein d'un comité de coordination et de contact en vue de la mise au point de positions communes ou compatibles dans des dossiers d'intérêt commun.
383La délimitation des matières nationales et régionales n'est pas toujours aussi claire que le protocole le laisse supposer. Ainsi en matière de marchés publics nationaux par exemple, les entreprises des trois régions sont soucieuses d'une répartition équilibrée. Les associations patronales régionales sont attentives à cet aspect et se chargent de communiquer à leurs membres les informations qu'elles recueillent et défendent leurs intérêts face à l'attribution des marchés publics nationaux.
384Les associations patronales régionales ont d'autre part signé avec plusieurs fédérations sectorielles nationales membres de la FEB des conventions bilatérales de collaboration. Aux termes de ces accords chaque fédération reconnaît aux associations régionales leurs compétences pour la défense des intérêts de nature interprofessionnelle régionale des entreprises intéressées dans leurs régions respectives. Réciproquement les associations patronales régionales reconnaissent que les fédérations sectorielles sont les organismes appropriés pour la défense des intérêts sectoriels spécifiques de leurs membres.
L'Union wallonne des entreprises
385En gestation dès 1965, la décision de créer une organisation wallonne d'employeurs fut prise fin 1967. Les statuts de l'Union wallonne des entreprises (UWE) ont été adoptés en avril 1968, année où fut déposé le projet de loi portant organisation de la planification et de la décentralisation économique. L'organisation a pris la forme d'une asbl en 1975. Ses membres sont des entreprises industrielles, commerciales et des services, actuellement au nombre d'environ 6 000. En 2003, il fut question d'un rapprochement entre l'UWE, l'Union des classes moyennes (UCM), des ailes wallonnes de fédérations sectorielles et les chambres de commerce et d'industrie wallonnes. Le projet avait notamment pour but de rationaliser l'offre en matière de service d'études, d'aide à la création, à l'investissement, à l'exportation et de centraliser des fonctions comme le secrétariat social et les caisses d'assurances sociales. Un tel rapprochement, plus ambitieux que celui qui s'est réalisé en Flandre puisque celui-ci n'a concerné que les chambres de commerce et le VEV (cf. infra), n'a pas abouti en Wallonie, où les organisations citées ont préféré en rester à des formules de partenariat plutôt que fusionner.
386Les organes dirigeants de l'UWE sont de type classique. Le conseil d'administration compte, outre le président et les vice-présidents, 106 membres, qui reflètent les diverses composantes (secteurs, sous-régions, PME) du tissu économique wallon.
387La majorité des problèmes que traite l'UWE sont de type interprofessionnel. Pour les questions sectorielles, plusieurs fédérations sectorielles membres de la FEB ou des ailes wallonnes de ces fédérations, ont conclu avec elle des conventions de collaboration. Dans le passé, l'UWE a créé des sections locales dont seule subsiste aujourd'hui l'Union des entreprises wallonnes de Liège (UWEL).
388Le principal organisme régional où siège l'UWE est le Conseil économique et social de la Région wallonne (CESRW), où elle occupe dix sièges sur les vingt attribués aux représentants des employeurs. Elle est présente également à l'Agence pour la stimulation technologique créée dans le cadre du plan Marshall pour la Wallonie, au Conseil de l'éducation et de la formation (Communauté française), au Conseil de la politique scientifique en Région wallonne, à la Commission régionale d'aménagement du territoire, etc.
389L'Union wallonne des entreprises publie des périodiques et des études. Dynamisme wallon, mensuel, est destiné à un public plus large qu'UWE-information, un mensuel réservé aux membres. Parmi les études particulières, il faut citer le Rapport sur la situation économique de la Wallonie, publié chaque année, ainsi que le Guide web de l'entrepreneur wallon. Depuis 2003, elle publie deux fois par an, en avril et en novembre, Le point conjoncturel, qui synthétise l'évolution économique internationale et belge, situe la Wallonie dans cet environnement. Cette publication donne également les résultats de l'enquête faite auprès des entreprises wallonnes sur leurs activités, leurs exportations et leurs investissements.
390Dans L'entreprise, source de progrès. Axes d'une doctrine de l'Union wallonne des entreprises (mai 1985), l'organisation fait référence à l'économie sociale de marché, qui suppose selon elle le respect d'un certain nombre de règles : maîtrise par l'entreprise de ses gains de productivité qu'elle répartit, selon les circonstances, entre le capital, les travailleurs et les clients ; prise en compte volontariste de la nécessité d'innovation ; vérité économique par l'acceptation de la concurrence et du risque avec leurs conséquences.
391Concernant les relations collectives du travail, l'organisation patronale wallonne ne prône pas une dimension régionale dans les négociations entre les interlocuteurs sociaux :
392« Les négociations entre les interlocuteurs sociaux au niveau de l'entreprise doivent s'insérer dans les accords conclus à un niveau plus élevé (interprofessionnel ou sectoriel). Cette négociation devrait se dérouler dans un climat de sérénité suffisante pour ne considérer la grève que comme un recours ultime et après consultation démocratique et sans contrainte de tout le personnel. La grève à caractère politique doit être prohibée.
393Le respect des règles de conciliation et de négociation ainsi que des accords collectifs en général est impératif, tant dans le chef des employeurs que des travailleurs en vue de préserver de saines relations sociales dans l'entreprise.
394Il faut organiser juridiquement la responsabilité des signataires des conventions collectives de sorte que le non-respect des engagements ou des procédures soit sanctionné. »
395Contrairement au VOKA-VEV, l'UWE estime que le cadre fédéral de la sécurité sociale et de la politique de l'emploi reste approprié. Dans un mémorandum commun avec l'Union des classes moyennes publié à l'occasion des élections fédérales de juin 2007, elle affirme qu'« il est possible et indispensable de mieux faire fonctionner l'État fédéral sans nouveaux transferts de compétence. Une meilleure articulation des compétences actuelles permet d'atteindre tous les objectifs souhaités. » Elle n'est pas favorable non plus à une régionalisation de l'impôt des sociétés.
BECI-Union des entreprises de Bruxelles
396L'Union des entreprises de Bruxelles (UEB) a été constituée en asbl en 1971 par quelque trente-six membres fondateurs représentatifs des principaux secteurs de l'économie bruxelloise (banque, assurance, fabrication métallique, chimie, etc.). L'UEB a pour objet de regrouper les entreprises de Bruxelles-Capitale, de participer à toute consultation ou représentation de la vie économique ou sociale sur le plan local, régional, national ou international. Les membres doivent avoir un siège implanté dans la Région de Bruxelles-Capitale.
397Un rapprochement s'est opéré entre l'UEB et la Chambre de commerce et d'industrie de Bruxelles (CCIB). Dans un premier temps, en 1999, les deux organisations se sont réunies au sein de la Maison des entreprises bruxelloises. Un pas de plus a été réalisé en novembre 2006 par la signature par les deux organisations d'une convention de collaboration consolidant leur synergie. En 2007, elles décidaient de donner une image publique à cette collaboration en adoptant un nom commun : Brussels Enterprises Commerce and Industry (BECI). Chacune a cependant tenu à conserver son autonomie, l'UEB en tant qu'interlocuteur social, la CCIB en tant que service aux entreprises. La chambre de commerce et l'organisation patronale demeurent deux organisations juridiquement distinctes, avec chacune leur conseil d'administration et leurs organes de pouvoir, mais elles se sont dotées d'un comité exécutif commun composé à parité de délégués francophones et néerlandophones des conseils d'administration de chaque association. Ce comité est présidé alternativement par le président de BECI-Chambre de commerce et le président de BECI-UEB.
398L'affiliation des entreprises est appelée à devenir commune aux deux organisations. Traditionnellement l'UEB avait trois types d'affiliation : les entreprises directement affiliées (aujourd'hui au nombre d'environ 600), les entreprises affiliées collectivement par le biais de leur fédération sectorielle et des fédérations sectorielles membres en tant que telles.
399Les organes de direction de BECLUEB sont les organes classiques d'une asbl. Son conseil d'administration est composé d'un nombre égal de membres francophones et néerlandophones. La gestion journalière du nouvel ensemble est assurée par un administrateur délégué et par un administrateur directeur issus de chacune des deux composantes, qui ont mis en commun le staff de leurs collaborateurs. Une série de commissions et groupes de travail communs mis sur pied avant la création de BECI poursuivent leurs activités en matière économique, sociale, d'urbanisme, d'environnement, de mobilité et de commerce extérieur.
400BECLUEB publie le mensuel Entreprendre/Dynamiek et, à un rythme bimensuel, une newsletter électronique. Il a publié un Guide de l'import/export de et vers Bruxelles, ainsi qu'un Who's who, répertoire des quelque 3 000 entreprises affiliées aux deux organisations qui le composent.
401BECI-UEB représente les entreprises bruxelloises au sein de divers organes consultatifs ou de gestion constitués au niveau de la région. Citons le Conseil économique et social de la Région de Bruxelles-Capitale (CESRB) où BECI-UEB occupe sept sièges sur les treize réservés aux représentants patronaux, la Société de développement régional de Bruxelles (SDRB), la Commission régionale de développement (CRD) et ACTIRIS (nouveau nom de l'Office régional bruxellois de l'emploi).
402À l'époque de la création des institutions politiques bruxelloises (1989), l'UEB s'était montrée relativement satisfaite du nouveau statut de la région, notamment par ce qu'il consacrait « la vocation profonde de Bruxelles » qui est « d'équilibrer en permanence ses trois fonctions régionale, nationale et internationale ».
403BECI-UEB souligne que la réalité du bassin socio-économique bruxellois dépasse les frontières administratives de la région et souhaite faciliter la collaboration entre Bruxelles et les autres entités fédérées.
404BECI-UEB se montre extrêmement réticent face aux revendications flamandes de régionalisation de la sécurité sociale et de la politique de l'emploi. Si une politique d'activation régionalisée devait être menée à budget fixe, Bruxelles risquerait selon lui de s'enliser dans une spirale négative. Dans le mémorandum qu'il a publié à l'occasion des élections fédérales de juin 2007, BECI-UEB affirme que « les entreprises établies en région bruxelloise n'ont aucun intérêt à voir s'établir des régimes de sécurité sociale ou fiscaux différents d'une région à l'autre si ceci devait conduire à un alourdissement administratif et surtout à une diminution de la compétitivité de nos entreprises ».
Le VOKA-Vlaams Economisch Verbond
405À sa création en 1926, le Vlaams Economisch Verbond (VEV) s'est inscrit dans la mouvance du mouvement flamand, aux orientations d'abord essentiellement culturelles et linguistiques, mais ensuite économiques et sociales. Des revendications concernant par exemple la création de facultés d'enseignement supérieur pour les sciences commerciales et sociales étaient apparues dès les années 1905-1906.
406Le VEV fut créé dans le but d'une part de stimuler les intérêts économiques flamands et d'autre part de favoriser la flamandisation du monde des affaires en Flandre. L'association a d'emblée pris la forme d'une asbl. Le 1er janvier 2004, l'asbl Vlaams Economisch Verbond change sa dénomination en VOKA – Vlaams Economisch Verbond. Avec le VOKA- – Kamers van Koophandel, qui réunit les huit chambres de commerce flamandes, il forme le VOKA – Vlaams Netwerk van Ondernemingen (Réseau flamand des entreprises), qui affirme représenter au total 18 000 entreprises, soit 62 % de l'emploi régional du secteur privé.
407Ses organes de direction sont de type classique : l'assemblée générale annuelle élit un conseil d'administration ; celui-ci désigne un comité de direction et, en particulier, un administrateur délégué chargé de la gestion journalière de l'organisation. Les membres de l'association sont de deux types : les membres effectifs ont droit de vote à l'assemblée générale et peuvent bénéficier des services de l'asbl ; les membres adhérents désignent leurs représentants au conseil d'administration et au comité de direction. Les entreprises s'affilient directement au VOKA – Vlaams Netwerk van Ondernemingen, qui répartit les montants des cotisations entre les deux composantes. Traditionnellement, les PME sont très nombreuses dans l'association régionale flamande. Les relations de l'association avec ses membres sont multiples. Outre la représentation et la défense des intérêts, les services aux membres constituent probablement une réelle motivation à l'affiliation. Le VEV a pris l'initiative de la création de sociétés de type commercial parmi lesquelles des sociétés anonymes spécialisées en comptabilité, en matière fiscale, dans la diffusion internationale de publicité ou en matière d'information en management. D'autres services sont constitués sous forme d'asbl : une caisse de compensation d'allocations familiales, une mutuelle et un fonds de prévoyance. Le VOKA-VEV est à l'origine de plusieurs organes d'information dont le plus important est le quotidien De Financieel Economisch Tijd, édité depuis 1968 par la société anonyme Uitgeversbedrijf Tijd (dénommée depuis 2006 MEDIAFIN) qui a été créée à l'initiative du VEV. Par ailleurs le VOKA-VEV diffuse également le mensuel VOKA Tribune.
408La structuration du VOKA-VEV est relativement centralisée. À cet égard il faut souligner l'importance du secrétariat général et des moyens mis à la disposition du centre d'études. À plusieurs reprises il fut question de décentraliser les structures de l'organisation, par exemple en se servant des relais que pouvaient constituer les chambres de commerce locales ; l'idée fut concrétisée en 2004 par l'accord avec les chambres de commerce flamandes et consacrée par le changement de dénomination.
409Cependant le VOKA-VEV n'a pas adopté une structuration sectorielle à l'instar de la FEB afin de conserver, selon lui, une souplesse d'organisation plus grande que celle de l'organisation interprofessionnelle nationale, laquelle est organisée par secteur et confrontée en conséquence aux intérêts particuliers de certaines branches de l'industrie et de l'économie.
410Le VOKA-VEV prend position régulièrement au sujet du processus de régionalisation des institutions de l'Etat. Si jusqu'en 1970, son action en matière de réforme des institutions s'est limitée à la promotion d'une approche régionale des problèmes économiques, dès le lendemain de la révision constitutionnelle de 1970, elle s'est plus résolument avancée sur le terrain revendicatif en matière institutionnelle. Par exemple le VOKA-VEV a pris position dans le débat sur la question du transfert de secteurs importants de la sécurité sociale aux communautés ou aux régions selon les matières.
411Dans le débat actuel, qui s'inscrit dans le sillage des résolutions du Parlement flamand de mars 1999, le VOKA-VEV rejoint les groupes et partis flamands qui exigent le transfert aux régions de la totalité des compétences en matière de politique de l'emploi : la formation, l'accompagnement et les sanctions des chômeurs, la réglementation des heures supplémentaires, la mise à disposition du personnel, les réductions de charges sociales et l'assurance chômage. Le transfert de cette dernière, en tant que branche de la sécurité sociale, traduit la volonté du VOKA-VEV de responsabiliser financièrement les régions, en vue de limiter leurs dépenses et de supprimer à terme les transferts financiers qui font appel à la solidarité entre entités fédérées. Le même raisonnement est appliqué par le VOKA-VEV à la branche des soins de santé.
412On le voit, les positions du VOKA-VEV sont nettement plus tranchées que celles de la FEB, et moins attachées à certains acquis sociaux fondés sur la concertation sociale au niveau fédéral interprofessionnel. Par exemple, si le VOKA-VEV critique, comme la FEB, le mécanisme d'indexation automatique des salaires, elle met également en cause, ce que ne fait pas la FEB, les mécanismes d'augmentations salariales selon des barêmes liés à l'ancienneté.
413Le VOKA-VEV siège au Sociaal-Economische Raad van Vlaanderen (SERV), où l'organisation dispose de cinq sièges sur les dix attribués aux organisations patronales. Parmi ces cinq mandats deux sont réservés à des représentants des ailes régionales d'AGORIA et de la Confédération Construction auxquelles le VOKA-VEV s'est associé. Il a également deux représentants sur les huit attribués aux représentants patronaux au comité de gestion du Vlaamse Dienst voor Arbeidsbemiddeling en Beroepsopleiding (VDAB).
Les organisations de classes moyennes
414Le monde des classes moyennes doit être pris en compte dans une étude sur les organisations patronales, bien qu'un grand nombre d'affiliés à ses organisations ne soient pas des employeurs. Néanmoins leurs représentants siègent du côté patronal dans de nombreux conseils consultatifs, et en premier lieu dans les deux grands organes paritaires que sont le Conseil national du travail et le Conseil central de l'économie.
415Les classes moyennes sont composées de catégories sociales très diverses et c'est leur hétérogénéité, tant du point de vue de leur composition sociale que des modalités de leur organisation, qui est leur première caractéristique. Elles sont composées d'une part de membres des professions libérales, et d'autre part de travailleurs indépendants, à la tête ou non de petites ou moyennes entreprises de l'artisanat, du commerce et de l'industrie. Dans ces professions et secteurs économiques, nombreux sont les indépendants qui ont un ou plusieurs employés, mais on trouve également dans certains cas des entreprises occupant un nombre plus important de travailleurs.
416La liste des secteurs économiques couverts par les associations de classes moyennes recouvre pour une part celle des secteurs où existent également des organisations affiliées à la FEB. Pour ces secteurs existent donc une certaine concurrence qui porte essentiellement sur la représentation d'entreprises de petite et moyenne dimension.
417En règle générale, les organisations de classes moyennes réclament un régime spécifique pour les indépendants et les PME en ce qui concerne la fiscalité, les charges sociales et la réglementation du travail (durée du travail, par exemple). Elles se sont longtemps opposées à l'instauration d'une représentation syndicale propre aux PME telle qu'elle est demandée par les syndicats à l'occasion de la transposition en droit belge de la directive européenne 2002/14 concernant le droit à l'information des travailleurs dans les PME. Selon leurs souhaits, l'accord intervenu en décembre 2007 au sein du groupe des dix à ce sujet ne leur impose pas systématiquement l'instauration d'une délégation syndicale.
418Le Conseil supérieur des indépendants et des PME (anciennement Conseil supérieur des classes moyennes) a été institué dans le cadre des lois relatives à l'organisation des classes moyennes (lois coordonnées du 28 mai 1979). Il comprend pour moitié des représentants des organisations nationales interprofessionnelles reconnues et pour l'autre moitié des représentants des fédérations nationales professionnelles agréées. Cet organe consultatif a pour mission d'étudier et de proposer toutes mesures utiles au développement professionnel, économique, social et moral de l'artisanat, du petit et moyen commerce et de la petite et moyenne industrie ainsi que des professions libérales et des autres professions intellectuelles indépendantes. C'est aussi ce conseil qui désigne les représentants des classes moyennes au Conseil national du travail et au Conseil central de l'économie. De même les deux principales organisations de classes moyennes de Flandre et de Wallonie sont représentées au Groupe des dix qui négocie tous les deux ans l'accord interprofessionnel.
Les organisations nationales interprofessionnelles
419Les organisations nationales interprofessionnelles reconnues sont au nombre de huit. Dans le domaine des classes moyennes, on se trouve donc en présence d'une pluralité d'organisations, d'importance d'ailleurs très diverse, dont certaines sont ou étaient rattachées à l'un des mondes, chrétien, socialiste ou libéral, les autres se définissant comme neutres. Si elles gardent une étiquette nationale, elles sont cependant toutes implantées de façon majoritaire dans une région du pays.
420L'Unie van Zelfstandige Ondernemers (UNIZO) a succédé en 2000 au Nationaal Christelijk Middenstandsverbond (NCMV), qui provient de la scission en 1948 de la Fédération chrétienne des classes moyennes, l'un des quatre standen de l'Union catholique belge, créée en 1921. D'implantation flamande, elle reste la plus importante organisation de classes moyennes, bien qu'elle ait vu son audience diminuer depuis la fin des années 1960. Elle publie l'hebdomadaire Z.O. Magazine. Les liens de l'UNIZO avec le parti social chrétien flamand, Christen-Democratisch en Vlaams (CD & V), ne sont plus aussi étroits que ceux qui, dans le passé, liaient le NCMV au Christelijke Volkspartij (CVP), dont le CD & V est issu. Dans les années 1990, on a pu noter un rapprochement avec le parti libéral flamand, Vlaamse Liberalen en Democraten (aujourd'hui Open VLD). La Federatie voor Vrije en Intellectuele Beroepen, liée à l'UNIZO, regroupe des cadres et des membres des professions libérales. L'UNIZO est représenté au Sociaal-Economisch Raad voor Vlaanderen (SERV) où elle détient deux sièges sur les dix qui compose la représentation patronale. Son implantation bruxelloise lui permet d'avoir un siège au Conseil économique et social de la Région de Bruxelles-Capitale (CESRBC).
421Dans la mouvance libérale il subsiste une organisation implantée en Flandre, le Liberaal Verbond voor Zelfstandigen.
422Il existait une Confédération nationale Les Travailleurs indépendants de Belgique regroupant des membres des classes moyennes appartenant à la mouvance socialiste et aujourd'hui disparue.
423Les autres organisations représentées au Conseil supérieur des classes moyennes, se présentent comme neutres.
424L'aile francophone de la Fédération chrétienne des classes moyennes connut une scission dans les années 1950. Les organisations issues de cette scission reformèrent en 1964 la Fédération nationale des Unions de classes moyennes, philosophiquement neutre et apolitique, et principalement implantée en Wallonie. Un sous-ensemble de la fédération correspond à l'Entente wallonne des classes moyennes, représentée au Conseil économique et social de la Région wallonne (CESRW) avec huit sièges sur les vingt de la représentation des employeurs.
425La Fédération nationale, qui se présente au public sous l'appellation d'Union des classes moyennes (UCM), édite un hebdomadaire Union & Actions, consacré à l'actualité politique, sociale et économique sous l'angle des PME, des indépendants et des professions libérales. Il contient des pages techniques spécialisées dans les domaines fiscal, social et juridique.
426L'UCM possède une organisation apparentée représentative des professions libérales : l'Union nationale des professions libérales et intellectuelles de Belgique.
427Le Syndicat neutre pour indépendants a été créé en 1967. Il a participé en 2000 à la création, avec une autre organisation, de la Fédération belge des indépendants et des entrepreneurs du Syndicat des indépendants et des PME (FEBICE). Le 4 octobre 2005, le SDI et la FEBICE ont cependant décidé de mettre un terme à leur collaboration. Les statuts de FEBICE ont été adaptés à la nouvelle situation et sa dénomination a été transformée en « Fédération belge des indépendants et des chefs d'entreprises ».
Conseil supérieur des indépendants et des PME Répartition des sièges des organisations interprofessionnelles reconnues
| Unie van Zelfstandige Ondernemers (UNIZO) | 9 |
| Fédération nationale des Unions de classes moyennes (UCM) | 7 |
| Syndicat neutre pour indépendants (SNI) | 4 |
| Federatie voor Vrije en Intellectuele Beroepen (FVIB) | 3 |
| Union nationale des professions libérales et intellectuelles de Belgique (UNPLIB) | 3 |
| Fédération belge des indépendants et des chefs d'entreprise (FEBICE) | 2 |
| Liberaal Verbond voor Zelfstandigen (LVZ) | 1 |
| Algemeen Middenstand Verbond (AMV) | 1 |
Les groupements professionnels
428Il existe plusieurs centaines de groupements professionnels de classes moyennes. Parmi eux, 169 sont agréés comme fédérations nationales professionnelles. Ils sont représentés au sein du Conseil supérieur des indépendants et des PME, où ils sont répartis dans quelque 18 bureaux fédéraux selon leur spécialisation (produits de l'alimentation générale et de consommation, produits textiles et de l'habillement, produits en cuir et leurs produits de remplacement, produits en métal, etc.).
429Les préoccupations de ces organisations professionnelles sont relativement spécialisées et sont essentiellement centrées sur les lois relatives aux pratiques du commerce et à l'accès aux différentes professions. Rappelons que parmi les fédérations nationales professionnelles, on compte un certain nombre d'organisations sectorielles membres de la FEB, agréées en raison du nombre de PME qu'elles représentent.
Les organisations d'agriculteurs
430Une part très réduite des agriculteurs emploie des salariés. Sur un nombre total d'environ 60 000 exploitations agricoles, on compte 5 700 exploitations occupant des travailleurs salariés. Parmi ces établissements, bon nombre sont en réalité des entreprises de services et non des exploitations agricoles.
431Les organisations d'agriculteurs affilient des membres dont la majorité se définit plutôt comme travailleurs indépendants et dont les attitudes sont plus proches de celles des classes moyennes que de celles du patronat représenté par la FEB et ses organisations affiliées.
432Il existe aujourd'hui deux organisations professionnelles agricoles l'une en Flandre, l'autre en Wallonie.
433Le Belgische Boerenbond, organisation chrétienne fondée en 1890, concentre à elle seule plus de la moitié des affiliations d'agriculteurs belges et exerce un quasi-monopole dans la partie flamande du pays.
434En Wallonie, la Fédération wallonne de l'agriculture est née en 2000 de la fusion entre deux organisations concurrentes, d'une part, l'Alliance agricole belge (AAB), fondée en 1929 par la fusion des organisations agricoles chrétiennes existant à l'époque dans les provinces de Hainaut, de Liège, de Luxembourg et de Namur ; et d'autre part, la Fédération nationale des unions professionnelles agricoles (UPA), qui s'est constituée en 1951 en asbl, les Unions professionnelles elles-mêmes ayant été créées en 1919.
435Les organisations d'agriculteurs disposent d'un seul siège aux côtés de ceux de la FEB et des représentants des classes moyennes au Conseil national du travail et au Conseil central de l'économie, ainsi qu'au Groupe des Dix. Ces deux organisations sont représentées également au comité consultatif de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire.
436Les organisations d'agriculteurs ont entre autres pour fonction la défense des intérêts de l'agriculture en tant que secteur économique et social, défense qu'elles assurent non seulement au niveau national mais également au niveau européen dans la mesure où la politique agricole relève de plus en plus de décisions prises à ce dernier niveau.
437Les organisations d'agriculteurs revendiquent la « parité sociale », s'insurgent contre ce qu'elles estiment être la tendance des pouvoirs publics à identifier l'intérêt général à l'intérêt industriel, et entendent continuer d'être reconnues comme des interlocuteurs sociaux.
Les organisations du secteur non marchand
438Le secteur non marchand couvre un ensemble d'activités dans les domaines de la santé, de l'action sociale et du secteur socioculturel. Ces activités ont en commun de remplir des tâches au service de la collectivité et d'être partiellement ou totalement financées par les pouvoirs publics. Elles se sont développées de façon autonome, souvent de façon bénévole ou militante à partir du monde associatif. Le non-marchand occupe une place de plus en plus importante dans l'économie du pays. Il représente plus de 17 000 employeurs et environ 500 000 travailleurs, soit 13 % de l'emploi salarié en Belgique.
439Le 29 juin 1994 fut créée la Confédération des entreprises non marchandes (CENM). L'impulsion est venue du monde hospitalier flamand de la mouvance chrétienne qui désirait obtenir une représentation au Conseil national du travail (CNT). En effet les travailleurs du secteur non-marchand sont des salariés dont le statut est le même que celui des travailleurs des entreprises à finalité économique. Or seul le patronat des entreprises à finalité économique était représenté au CNT, de même qu'au Conseil central de l'économie.
440La CENM est une asbl qui se présente comme une organisation interprofessionnelle et intersectorielle pluraliste des secteurs privé et public. Dès l'origine, la quasi-totalité des secteurs de l'activité non marchande y est représentée.
441Comme la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), la Confédération des entreprises non marchandes n'affilie pas directement des entreprises, mais des fédérations (aujourd'hui au nombre de 46) auxquelles sont affiliés les employeurs, selon leur secteur d'appartenance.
442La Confédération déclare partager les préoccupations des entreprises à finalité économique, à savoir la croissance économique, la priorité à la lutte contre le chômage et à la création d'emplois. Mais elle affirme sa spécificité en fondant son action sur un engagement des entreprises qu'elle représente à « la résolution des problèmes et dommages humains (ceci concerne la santé), dans la promotion de l'émancipation socioculturelle (pour le secteur socioculturel) et de l'épanouissement, aussi bien au niveau individuel qu'au niveau collectif (pour le secteur de l'éducation et de l'aide sociale), et d'autre part au travers de leur contribution à l'évolution socio-économique générale du pays ».
443La CENM a obtenu en 1995 un siège au CNT, où elle participe comme membre associé aux travaux du conseil. En 1998, ce fut au tour du Conseil central de l'économie de s'ouvrir à la CENM, mais à la condition, reprise dans un protocole, que la CENM adopte une attitude réservée lors des discussions au sein du Conseil concernant les matières qui, après concertation avec les autres organisations d'employeurs, sont considérées comme se rapportant exclusivement au fonctionnement de l'économie du marché.
444La plus grande part des matières couvertes par les secteurs non marchands est du ressort des communautés (la Communauté française ayant transféré la quasi totalité de ces compétences à la Région wallonne et à la COCOF). Des sous-ensembles de la CENM ont dès lors constitué des associations devenues les interlocutrices des pouvoirs politiques concernés : la Vlaamse Confederatie van Social-Profit Ondernemingen (VCSPO), créée en 1997, l'Union francophone des entreprises non marchandes (UFENM), en 1998, et la Confédération bruxelloise des entreprises non marchandes (CBENM), en 2005. Ces trois asbl autonomes poursuivent, chacune à son niveau de compétence, les mêmes buts que la CENM. Cette dernière se voit de plus réserver la représentation du non-marchand au niveau européen. Elle est affiliée au Comité européen des associations d'intérêt général (CEDAG), qui vise une meilleure reconnaissance de la vie associative dans l'Union européenne.
445La liste suivante présente les organisations patronales existantes dans le non-marchand. Elles sont présentées par sous-secteur. Comme on le verra, plusieurs sont répertoriées dans différents sous-secteurs.
Les aides familiales et les seniors :
- Fédération de l'aide et des soins à domicile (FASD)
- Fédération d'employeurs de services d'aide à domicile (FESAD)
- Fédération des centrales de services à domicile (FCSD)
- Union des villes et des communes de Wallonie (UVCW)
- Vereniging van Diensten voor Gezinszorg van de Vlaamse Gemeenschap
Entreprises de travail adapté et ateliers sociaux :
- Entente wallonne des entreprises de travail adapté (EWETA)
- Verbond Sociale Ondernemingen (VSO)
- Vlaamse federatie van Beschutte Werkplaatsen (VLAB)
Spectacle :
- Overleg Kunstenorganisaties vzw (OKO)
Institutions d'éducation et d'hébergement :
- Association des maisons d'accueil et des services d'aide aux sans-abris (AMA)
- Croix-Rouge de Belgique
- Fédération des institutions de prévention éducative (FIPE)
- Fédération des institutions et services spécialisés dans l'aide aux adultes et aux jeunes (FISSAAJ)
- Groupement autonome de services et maisons d'action éducative et sociale (GASMAES)
- Ligue nationale pour personnes handicapées et services spécialisés (LNH)
- Rode Kruis Vlaanderen
- Verbond Sociale Ondernemingen (VSO)
- Vlaams Welzijnsverbond
Animation socio-culturelle :
Enseignement :
- Fédération des établissements libres subventionnés indépendants (FELSI)
- Secrétariat général de l'enseignement catholique (SEGEC)
- Union des villes et des communes de Wallonie (UVCW)
- Vlaams Secretariaat Katholiek Onderwijs (VSKO)
Soins de santé :
- Association des établissements publics de soins (AEPS)
- Association francophone d'institutions de santé (AFIS)
- Coordination bruxelloise d'institutions sociales et de santé (CBI)
- Croix-Rouge de Belgique
- Fédération des associations sociales et de santé (FASS)
- Fédération de l'aide et des soins à domicile (FASD)
- Fédération des institutions hospitalières de Wallonie (FIH-W)
- Fédération nationale des associations médico-sociales (FNAMS)
- Fédération des centrales de services à domicile (FCSD)
- Nationaal Verbond van Medisch-Sociale Verenigingen (NVMSV)
- Rode Kruis Vlaanderen
- Socialistische Vereniging van Vlaamse Gezondheidsvoorzieningen (SOVERVLAG)
- Solidariteit voor het Gezin
- Union des villes et des communes de Wallonie (UVCW)
- Verband deutschsprachiger Krankenhäuser und Altenheime (VDKA)
- Verbond Sociale Ondernemingen (VSO)
- Verbond der Verzorgingsinstellingen (VVI)
- Vereniging van Openbare Verzorgingsinstellingen (VOV)
- Vlaams Welzijnsverbond
- Wit-Gele Kruis Vlaanderen (WGKV)
Aide sociale :
- Association des pouvoirs organisateurs de services de santé mentale (APOSSM)
- Association francophone d'institutions de santé (AFIS)
- Croix Rouge de Belgique
- Fédération de l'aide et des soins à domicile (FASD)
- Fédération des associations sociales et de santé (FASS)
- Fédération des initiatives locales pour l'enfance (FILE)
- Fédération des institutions hospitalières de Wallonie (FIH-W)
- Fédération des institutions médico-sociales (FIMS)
- Fédération des centrales de services à domicile (FCSD)
- Fédération des services maternels et infantiles de vie féminine (FSMI)
- Rode Kruis Vlaanderen
- Socialistische Vereniging van Vlaamse Gezondheidsvoorzieningen (SOVERVLAG)
- Union des villes et des communes de Wallonie (UVCW)
- Verbond der Verzorgingsinstellingen (VVI)
- Verbond Sociale Ondernemingen (VSO)
- Vereniging Werkgevers Kinderopvang (VWKO)
- Vlaams Welzijnsverbond
Mutualités
- Alliance nationale des mutualités chrétiennes (ANMC)
- Landsbond van Liberale Mutualiteiten
- Union nationale des mutualités socialistes (UNMS)
- Vlaamse Christelijke Mutualiteiten (VCM)
- Vlaamse Socialistische Ziekenfondsen
455Source : http://www.cspo-cenm.be/fr/
Autres formes d'organisations patronales
456Les organisations patronales qui ont été passées en revue remplissent un large éventail de fonctions : défense des intérêts, étude de problèmes techniques spécifiques à une profession ou à une branche d'activité, négociation avec les interlocuteurs syndicaux, participation à la concertation avec les pouvoirs publics, etc. On reviendra plus en détail sur ces fonctions dans la troisième partie de ce dossier. D'autres organisations existent, dont les objectifs sont plus spécialisés.
457Il faut mentionner d'abord les chambres de commerce et d'industrie. La création des chambres de commerce remonte, pour certaines d'entre elles, au 18e siècle. Elles jouaient à cette époque un rôle proche de celui des corporations. Sous le Régime napoléonien et après l'indépendance, les chambres de commerce jouèrent un rôle officiel de représentation des professions. Leur statut de droit public fut aboli en 1875. Elles se reformèrent dès lors sur une base privée. Les chambres de commerce et d'industrie existant aujourd'hui ont la forme d'asbl. Elles diffèrent entre elles selon les moyens dont elles disposent et les services qu'elles mettent sur pied au bénéfice de leurs membres. On notera qu'elles disposent d'une représentation officielle au banc patronal du Conseil central de l'économie. En Flandre et à Bruxelles, elles ont effectué un rapprochement avec l'organisation d'employeurs au sein, respectivement du VOKA et du BECI. En Flandre, avant cette centralisation, les chambres de commerce jouaient déjà pour le VEV le rôle d'interlocuteur social au niveau local.
458La Chambre de commerce et d'industrie de Bruxelles, la plus importante du pays, offre un éventail très large de services : service de législation économique, fiscale, sociale ; service litiges ; service économique (information sur la conjoncture, sur les aides aux entreprises, parrainage et assistance aux entreprises, bourse de la sous-traitance, etc.) ; service du commerce extérieur (conseil à l'exportation et à l'importation, certificats d'origine, visas de documents pour l'exportation, etc.) ; aides dans les contacts avec les pouvoirs publics ; etc.
459Elle organise divers réseaux d'enseignement, dont l'Institut d'administration des entreprises et l'Enseignement de promotion sociale et de formation continue (EPFC), en collaboration avec l'Université libre de Bruxelles.
460Elle joue également un rôle de représentation dans un certain nombre d'organismes officiels de la Région de Bruxelles-Capitale.
461Certaines organisations patronales spécialisées ont pour objectif originaire l'accès à des marchés publics qui dépendent de la politique des pouvoirs nationaux ou régionaux, ou encore des institutions internationales. On peut citer par exemple, l'Association belge interprofessionnelle des activités spatiales (BELGO-SPACE), créée en 1962 pour rencontrer un besoin de coordination des entreprises actives dans le domaine des technologies. Cette association défend les intérêts de ce secteur auprès des pouvoirs publics responsables de la politique spatiale et auprès de l'Agence spatiale européenne.
462D'autres types de groupements intersectoriels se donnent des objectifs spécialisés. On peut citer par exemple l'asbl Federation of Belgian Large Industry Energy Consumers (FEBELIEC), qui entend défendre les intérêts des entreprises industrielles belges grandes consommatrices d'énergie.
463À côté de ce type de regroupements intersectoriels, on trouve des exemples d'associations sectorielles. Ces associations remplissent alors des fonctions plus limitées ou plus spécialisées que le groupement sectoriel représentatif existant. C'est le cas par exemple, dans le secteur de la distribution, où, à côté de la Fédération belge de la distribution (FEDIS), existe le Comité belge de la distribution. Créé sous forme d'asbl, cet organisme a pour objet « l'étude et la diffusion des techniques commerciales modernes, à l'intention des producteurs, grossistes, détaillants, distributeurs de toutes catégories. Il vise à l'augmentation de la productivité commerciale dans l'intérêt du consommateur ».
464En 1976, fut créée une Fédération des petites et moyennes entreprises de Belgique (FPMEB) par quelques chefs d'entreprises non satisfaits de la défense des PME par la FEB. Dans sa définition de la petite et moyenne entreprise, cette organisation insiste sur le facteur de la propriété personnelle : pour la FPMEB, doit être considérée comme une PME « toute entreprise indépendante comptant moins de 50 travailleurs ainsi que toute entreprise dont le responsable est l'actionnaire principal, y consacre la plus grande partie de son temps et en tire son principal revenu ».
465Certaines associations que l'on peut classer parmi les organisations patronales ont une appartenance confessionnelle, comme l'Association chrétienne des dirigeants et cadres (ADIC) et son homologue néerlandophone, le Verbond van Kristelijke Werkgevers en Kaderleden (VKW). Ces deux organisations ont un organe de coordination commun, l'UNIAPAC Belgique, qui les représente au niveau international.
III. Le champ d'intervention
466Alors que, pour les travailleurs, l'organisation syndicale représente le premier moyen de se donner une force collective, pour le patronat, l'organisation ne représente jamais qu'un moyen supplémentaire. Comme entrepreneurs, comme employeurs, comme gestionnaires, les dirigeants d'entreprises ont un pouvoir dont ils sont investis en premier lieu par le droit, mais aussi par leur position économique (ils maîtrisent la décision d'investir et de désinvestir). Leurs organisations professionnelles, qu'ils utilisent d'ailleurs d'une manière souple, selon les intérêts en jeu et les objectifs visés, leur donnent une capacité d'influence qui vient s'ajouter à ce pouvoir.
467Il fallait, au moment de commencer l'analyse du champ d'intervention des organisations patronales, rappeler qu'elles se trouvent en tout état de cause, par rapport aux organisations syndicales dont elles sont les interlocutrices, dans une position asymétrique.
La promotion des intérêts communs
468La première motivation de la constitution des associations patronales est la mise sur pied de règles limitant la concurrence entre les entreprises d'un même secteur. Qu'il s'agisse d'accords temporaires et plus ou moins tacites, d'ententes plus durables ou même de systèmes conventionnels stables, les associations patronales ont été le cadre de telles pratiques, assorties quelquefois de sanctions à l'égard de membres jugés en infraction. Le droit commercial national et international les a cependant rendues de plus en plus suspectes et elles ont dû pour la plupart être progressivement abandonnées. Aujourd'hui, les organisations patronales sont le cadre de l'élaboration d'un code de bonne conduite ou de déontologie définissant le comportement correct d'une entreprise en général ou dans un secteur particulier.
469Subsistent également, et peuvent encore prendre de l'importance à l'avenir, les conventions de type technique réglementant par exemple des labels, des normes de fabrication ou environnementales, bien que ce domaine soit aujourd'hui principalement traité au niveau européen.
470L'intérêt commun conduit à mettre sur pied des services d'études économiques spécialisés dans l'analyse de conjoncture, de l'évolution des prix et des marchés. Les entreprises mettent ensemble des moyens pour rechercher de nouveaux marchés au bénéfice de l'ensemble d'un secteur ou pour promouvoir le secteur dans son ensemble, son image, ou certains de ses produits, par l'organisation de foires commerciales, d'expositions, de contacts avec des chambres de commerce étrangères, etc. Mais certaines stratégies de promotion sont elles-mêmes extrêmement spécialisées. Dès lors se créent parfois des associations spécifiques qui sont chargées de ce type de missions en marge de l'organisation sectorielle représentative.
471Les questions écologiques et, plus récemment, climatologiques préoccupent également les groupements patronaux non seulement parce qu'elles sont étroitement liées à l'image de marque de certains secteurs ou produits mais aussi parce qu'elles sont sources de contraintes nouvelles qui pèsent sur les coûts de production et sont un élément nouveau de concurrence.
472Dans le cas des grandes organisations patronales comme la FEB et les fédérations de secteurs qui en sont membres, les départements fonctionnels n'ont pas pour but premier de rendre des services individuels aux membres mais bien davantage d'assister le conseil d'administration dans la prise de décision politique et dans la définition de ses objectifs. Mais l'aspect service individuel est rarement totalement absent. Dans certains cas, un service de type secrétariat social est mis sur pied, surtout dans les organisations qui affilient en priorité des PME ou des indépendants. Ce service prend parfois la forme d'une société indépendante de l'organisation ; dans d'autres cas, des conseils peuvent être obtenus en matière de droit fiscal, social, commercial, etc. auprès de l'organisation elle-même. Les publications spécialisées dans les domaines économiques ou juridiques par exemple sont également à ranger parmi les services rendus aux membres. Les chambres de commerce et d'industrie quant à elles se présentent prioritairement comme des organismes de services. En Flandre et à Bruxelles, la complémentarité des organisations patronales et des chambres de commerce a été mise à profit pour créer des organisations communes.
473L'association peut être, selon les cas, davantage le cadre de l'étude de certains problèmes d'intérêt commun que le cadre de la préparation et de la mise en œuvre de solutions concrètes. Pour celles-ci, il n'est pas rare que des entreprises collaborent sous une forme associative (asbl ou coopérative) distincte de l'organisation patronale, qui se trouve ainsi mise en dehors de tout problème où peuvent être en jeu des questions de financement ou de propriété. Par exemple l'Association des entreprises cotées est à la fois une asbl et une commission interne de la FEB, qui examine les difficultés rencontrées par les sociétés cotées en bourse et tente d'influencer les réglementations qui leur seront applicables.
Les relations collectives de travail
474La volonté de s'organiser pour faire face aux revendications et aux actions des organisations syndicales est une autre motivation puissante qui a poussé à la création d'associations patronales sectorielles.
475L'attitude dominante des organisations patronales a longtemps été le refus de négocier et la non-reconnaissance des syndicats comme interlocuteurs. Les associations patronales étaient alors essentiellement des organisations de résistance et de solidarité entre entreprises, avec, par exemple, la constitution de caisses de résistance à la grève, le recours au lock-out collectif comme réponse aux revendications ouvrières. Les relations collectives du travail ayant été fortement institutionnalisées, ces formes de solidarité semblent aujourd'hui abandonnées.
476Le regroupement des chefs d'entreprise en organisations patronales n'a pas suivi la même logique que le regroupement des travailleurs en centrales syndicales. Les organisations patronales sont plus spécialisées, le but visé étant de réduire l'hétérogénéité du secteur. C'est le découpage des organisations patronales que et non des centrales syndicales qui a modelé celui des commissions paritaires.
477La création de ces dernières a attribué une fonction officielle aux organisations patronales : la désignation des représentants des employeurs dans ces organes de négociation et la tâche de définir leur position commune. La représentation patronale comprend la plupart du temps les dirigeants des grandes entreprises du secteur ainsi qu'un ou plusieurs permanents de leur organisation.
478Mais la reconnaissance du fait syndical n'est jamais un fait acquis une fois pour toutes. Les organisations de classes moyennes sont toujours fermement opposées à la reconnaissance syndicale dans les PME. L'organisation patronale constitue toujours à cet égard un potentiel de résistance et si, à certaines époques ou dans certains secteurs, les organisations patronales ont pu aider les entreprises à négocier, à d'autres époques elles peuvent au contraire leur fournir toute l'infrastructure nécessaire pour renforcer le refus de négocier tant au niveau sectoriel qu'au niveau de chacune des entreprises membres.
479Dans certains cas, l'association patronale recueille des informations sur les conditions de travail pratiquées dans les entreprises et sur l'état des négociations en cours. Elle seconde le cas échéant les négociateurs patronaux dans leurs tractations avec les délégations syndicales d'entreprise.
480Il ne faut cependant pas négliger les cas où l'organisation patronale fait preuve d'une conception des relations collectives du travail plus éclairée que celle de certains chefs d'entreprise et peut intervenir dans le sens de la pacification ou de l'acceptation de négocier. En cas de grève par exemple, il arrive que le responsable du département social, par l'expérience dont il dispose, apporte à un chef d'entreprise une assistance qui va dans le sens d'une dédramatisation et d'une pacification plus rapides.
481L'analyse des pratiques des relations collectives du travail vues sous l'angle des organisations patronales peut mettre à jour des facteurs de centralisation ou de décentralisation de la négociation et le rôle joué par les organisations dans chaque cas. Au niveau sectoriel, une telle analyse doit tenir compte du fait que les secteurs ne sont pas isolés mais forment des systèmes partiels qui marquent de leurs empreintes les pratiques de négociation. Ainsi les négociations sociales dans les différentes branches du métal (sidérurgie, fabrications métalliques, métaux non-ferreux, secteurs connexes) ou du secteur financier (banques, caisses d'épargne, assurances, institutions publiques de crédit, etc.) se sont déroulées à certains moments selon des scénarios laissant apparaître une hiérarchisation au sein de ces ensembles. Ces pratiques supposent une circulation d'informations entre les organisations patronales, des pressions éventuelles d'un secteur sur un autre, et pallient, du point de vue des organisations patronales, la fragmentation sectorielle relativement poussée des organisations. L'abandon ou la mise en veilleuse de ces pratiques supposent également une concertation entre organisations.
482Chaque organisation patronale sectorielle défend des intérêts spécifiques y compris en matière de négociation interprofessionnelle. La conception mise en œuvre par les organisations patronales interprofessionnelles, nationales ou régionales est la résultante du rapport des forces qui s'établit entre les organisations membres, chacune étant porteuse de ses propres conceptions.
La décision politique
483L'action collective des chefs d'entreprise est aujourd'hui focalisée en grande partie vers les lieux institutionnels où se prennent les décisions politiques sur les matières qui les concernent. Dans un premier temps, les chefs d'entreprise se sont organisés ou ont utilisé leur organisation pour faire pression sur les décideurs en vue d'orienter les décisions en un sens qui leur est favorable. Ce n'est que dans un deuxième temps, surtout après la deuxième guerre mondiale, que l'action de pression a été doublée d'une mission de représentation officielle des intérêts de chaque groupement.
484Lobbying et représentation officielle sont les deux facettes de l'action des organisations. Il y a peu de domaines de la décision politique où n'ait été institué un organe consultatif officiel dans lequel siègent des représentants patronaux. Mais cela n'empêche pas les groupes représentatifs de demeurer par ailleurs des groupes de pression. Dans le cheminement d'une décision politique, la pression informelle peut intervenir à tout moment, y compris pour en bloquer ou en orienter l'application, tandis que la consultation ou la concertation officielles n'interviennent qu'à des moments précis d'un processus institutionnalisé. Ce qui frappe surtout dans l'analyse des modes d'action, c'est la multiplicité des niveaux et des lieux de discussion et d'intervention.
485Le champ couvert par l'action des groupements patronaux orientée vers la décision politique est probablement aussi vaste potentiellement que celui de la décision politique elle-même. Même si les domaines des politiques économiques et sociales sont privilégiés, il faut également citer la fiscalité, la recherche scientifique, la santé publique, la consommation, l'environnement, les transports, l'énergie, l'aménagement du territoire. Mais de nombreux domaines, parmi lesquels les domaines cruciaux que sont la politique monétaire et les finances publiques, sont si fortement encadrés par le niveau européen que c'est à ce niveau que le lobbying est à mener, via des organisations officielles ou des agences spécialisées dans le lobbying.
486L'organigramme des services des grandes organisations patronales sectorielles ou interprofessionnelles est éloquent à cet égard. D'autres indicateurs de l'étendue des préoccupations patronales peuvent être trouvés dans les communiqués de presse, dans leurs rapports d'activités, et dans les mémorandums ou les cahiers de revendications qu'elles rédigent à l'intention du formateur d'un nouveau gouvernement ou des syndicats lors de la préparation des accords interprofessionnels.
487Dans les domaines qui ne sont pas d'intérêt strictement professionnel, la représentation passe la plupart du temps par une organisation patronale interprofessionnelle (nationale ou régionale). L'arbitrage entre les positions éventuellement antagonistes des différents secteurs est l'un des rôles essentiels de ces organisations. Chaque organisation sectorielle est donc attentive à envoyer ses experts participer aux groupes de travail et aux commissions mis sur pied par les organisations interprofessionnelles. La présidence de ces groupes donne évidemment un surcroît d'influence et peut être convoitée dans cette perspective.
488Une autre voie d'influence est la participation à la délégation patronale interprofessionnelle dans les organes consultatifs. Dans ces cas cependant, la position défendue par un représentant d'organisation sectorielle doit suivre la discipline de l'organisation interprofessionnelle au sein de laquelle la position, consensus ou compromis, a auparavant été arrêtée.
489D'une façon générale, les divergences entre les secteurs et les arbitrages qui ont lieu dans les organisations interprofessionnelles sont la plupart du temps couverts par la plus grande discrétion. Aucune publicité n'est donnée aux conflits d'intérêts entre secteurs.
490Certaines organisations professionnelles ont adopté à ce sujet la règle du consensus comme mode de prise de décision. En cas de divergence, cette règle rend parfois la prise de décision extrêmement difficile. Et le compromis, s'il est trouvé, ne repose alors que sur un minimum d'intérêts communs. C'est ce minimum qui fait l'objet d'une communication officielle, tant les organisations patronales, et cela bien davantage que les organisations syndicales, ont le souci d'apparaître comme unanimes face à leurs interlocuteurs autant que face à l'opinion publique.
491Dans certains cas, la collaboration de membres d'associations patronales à des processus de décision politique repose sur d'autres fondements que la représentation officielle d'intérêts, bien que ceux-ci y soient toujours pris en compte. L'appel à l'expertise ou au best advice des associations patronales amène celles-ci à participer à des commissions ou à suivre de près la préparation de réglementations nationales ou internationales. Elles ont parfois un représentant permanent dans un cabinet ministériel afin de suivre les matières qui ont une importance stratégique pour elles.
492Les relations que les organisations patronales entretiennent avec les partis politiques ne sont pas du même type que celles que des organisations syndicales peuvent avoir avec les pôles politiques des « mondes » dont ils constituent le versant syndical. Loin d'être étanches cependant les partis politiques, surtout de centre droit, relaient nombre de points de programmes économiques et sociaux mis en avant par les organisations patronales.
493Il ne faut du reste pas surévaluer la capacité de maîtrise des données du monde politique par les dirigeants des organisations patronales, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne repèrent pas efficacement les lieux d'intervention qui correspondent à leurs besoins.
L'opinion publique
494La sensibilité des groupements patronaux à l'opinion publique paraît aussi importante que celle des hommes politiques et des partis. L'action à l'égard de l'opinion publique de la part des groupements patronaux peut viser par exemple à la soustraire à l'emprise des idées qui se développent dans le milieu de travail sous l'influence des syndicats. Mais plus généralement l'opinion peut également être influencée, en dehors du milieu de travail, par des mouvements qui se développent dans le domaine de l'écologie ou de la défense de l'environnement, qui ont une tonalité relativement hostile vis-à-vis de l'industrie ou du monde des affaires.
495Les groupements patronaux consacrent des moyens considérables à leurs rapports avec l'opinion publique, bien que des différences puissent s'observer selon l'importance de chaque groupement. Les grandes organisations possèdent chacune un service de relations avec la presse et entretiennent des contacts permanents et suivis avec des journalistes. Elles développent leur site internet et mettent à la disposition du public, gratuitement ou à un prix modéré, des documents et brochures, ainsi que des moyens audio-visuels, développant la vision patronale de certains problèmes de société ou d'enjeux politiques ou économiques.
496D'importants moyens sont également déployés à destination des différents niveaux d'enseignement. Du matériel pédagogique est mis à la disposition des étudiants et des professeurs.
497Les buts visés par ces actions peuvent être selon les cas d'améliorer l'image de marque d'un secteur ou d'un type de produit, de lutter contre des courants défavorables qui se développent dans l'opinion par rapport à des enjeux comme la libre entreprise, le profit ou l'économie de marché, ou encore d'affaiblir l'interlocuteur syndical en lui faisant supporter la responsabilité de la crise économique.
498Mais l'impact extraordinaire qu'a connu l'idéologie « entrepreneuriale » depuis la fin des années 1970 ne s'explique pas uniquement par l'action volontaire des organisations patronales. Parmi les facteurs permissifs, il faut citer par exemple la concentration de la presse dans quelques grands ensembles contrôlés par des groupes financiers ainsi que l'incitation à l'actionnariat par les mesures de déduction fiscale.
499Alors que la puissance des syndicats de travailleurs est souvent considérée comme excessive par une partie de l'opinion publique, les organisations patronales ne sont pas l'objet d'un tel jugement négatif. Leur action est certes plus discrète que celle des syndicats, qui ont davantage besoin d'action menées publiquement. Pourtant, dans tous les lieux où se retrouvent les syndicats, les organisations patronales sont également présentes et remplissent le même type de rôle de représentation d'intérêts.
500Une part de l'opinion que les organisations patronales ont à prendre en compte est constituée de leurs affiliés et des entreprises qui ne sont pas (pas encore ou plus) affiliées. Les cotisations représentent un coût qu'en bons gestionnaires, les chefs d'entreprises entendent rentabiliser. Le soin avec lequel la plupart des organisations « communiquent », via notamment leur site internet ou leurs newsletters, pour faire connaître l'utilité de leur action, témoigne de ce que, pour une entreprise, l'affiliation est un choix économique et représente l'achat d'un service.
Glossaire
501Accord interprofessionnel : aboutissement d'une négociation sociale entre les organisations syndicales et patronales représentatives. Conclu au plan national ou fédéral, pour une durée de deux ans en général, il fixe le cadre des négociations aux autres niveaux (secteurs et entreprises) en matières sociale et salariale. Convenu en dehors du cadre formel de la concertation sociale, il est chargé d'une grande valeur symbolique. Sa mise en œuvre nécessite, pour certains aspects, l'accord ou l'intervention du gouvernement. Il concerne quelque 2,4 millions d'ouvriers et employés du secteur privé.
502Centrale syndicale : organisation de défense des intérêts des travailleurs d'une même industrie ou d'un même secteur (centrale des métallurgistes, centrale du secteur public, etc.), affiliée à l'une des (con) fédérations nationales, la FGTB ou la CSC. La centrale est subdivisée en sections ou en fédérations régionales sur lesquelles elle a autorité. Le syndicat libéral dans son ensemble constitue pour sa part une centrale (Centrale générale des syndicats libéraux de Belgique) réunissant ouvriers, employés et cadres du secteur privé et les fonctionnaires du secteur public membres du SLPF. Les affiliés de l'enseignement libre sont toutefois regroupés dans l'APPEL et ceux de l'aviation civile dans le SNAC.
503Charte de Quaregnon : déclaration de principe, ou programme doctrinal, du Parti ouvrier belge (POB), rédigée en 1893 par Émile Vandervelde et adoptée le 26 mars 1894 lors du dixième congrès du parti.
504Classe sociale : ensemble de personnes vivant des conditions économiques, sociologiques, etc. semblables et dont les intérêts s'opposent à ceux d'un autre groupe : la bourgeoisie, le prolétariat (les salariés), sont des classes sociales (on parle de la classe ouvrière et de la classe bourgeoise, d'une classe dominée et d'une classe dominante ou possédante). La lutte des classes est le conflit qui oppose les classes sociales en raison de leurs intérêts contradictoires par rapport à la répartition des richesses, de la propriété, du pouvoir...
505Concertation sociale : discussions tripartites entre les interlocuteurs sociaux (syndicats et patronat) et le gouvernement sur des matières économiques et sociales. Dans un sens plus général, le terme concertation sociale englobe l'ensemble des formes que prennent les relations entre organisations syndicales et patronales éventuellement élargies au gouvernement (cette acception correspond à l'expression sociaal overleg en néerlandais).
506Consultation : procédure par laquelle une autorité publique, ou un employeur, demande ou reçoit l'avis de représentants patronaux et syndicaux du secteur concerné en vue d'être éclairé dans sa prise de décision.
507 Fédération patronale : organisation représentant des entreprises d'un même secteur ou d'une même entité territoriale (bassin industriel, région, pays, Europe).
508Fédération syndicale : à la CSC, organisation des syndiqués sur une base géographique correspondant à un ou plusieurs arrondissements administratifs ou une sous-région ; sur le plan interprofessionnel p. ex. : Fédération de Verviers et de la région de langue allemande, Fédération du Hainaut occidental ; sur le plan sectoriel p. ex. : Fédération de Bruxelles de la CSC-Bâtiment et industrie. Pour désigner le même type de découpage interne, la FGTB emploie l'expression section régionale et la CGSLB celle de zone.
509Fonction consultative : voir Consultation.
510Grève : refus volontaire et collectif des salariés de travailler pour obtenir des avantages matériels ou moraux.
511Groupe des dix : réunion des interlocuteurs sociaux au niveau fédéral interprofessionnel. Il est composé paritairement de cinq représentants syndicaux (2 CSC, 2 FGTB et 1 CGSLB) et de cinq représentants patronaux (2 FEB, 1 UNIZO, 1 UCM et 1 Boerenbond). Présidé par le président de la FEB, il négocie l'accord interprofessionnel et d'autres accords ponctuels de même portée.
512Lock-out : fermeture de l'entreprise ou refus de mettre les moyens de production à la disposition des travailleurs (forme patronale de la grève).
513Militant syndical : syndiqué actif comme délégué, conseiller, etc.
514Négociation collective : mode de décision particulier des relations collectives de travail, à côté des mécanismes de consultation et de concertation, qui débouche sur des accords prenant la forme de conventions collectives de travail conclues entre représentants des travailleurs et des employeurs.
515Permanent syndical : personne employée par un syndicat pour réaliser des tâches d'organisation, de propagande, d'action, de gestion ou de représentation syndicale.
516Propagandiste : permanent ou militant syndical.
517Réformiste : par opposition à révolutionnaire, courant politique visant à modifier les structures de la société par le biais de réforme dans le cadre légal existant.
518Section syndicale : ensemble des syndiqués d'une entreprise ou d'une administration affiliés à une organisation : p. ex. la section syndicale de la Centrale générale (FGTB) de l'entreprise Solvay, la section syndicale CCSP (CSC) de la RTBF. Plus spécifiquement à la FGTB, organisation des syndiqués sur une base géographique correspondant approximativement à un ou plusieurs arrondissements administratifs ou à une sous-région : sur le plan interprofessionnel, p. ex. : Section régionale du Centre, Section régionale de Namur ; sur le plan sectoriel p. ex. : Section régionale Anvers-Waasland de la Centrale générale. Pour désigner le même type de découpage interne, la CSC emploie le terme fédération et la CGSLB celui de zone.
519 Syndicat : association constituée pour la défense des intérêts de ses membres (patrons, indépendants, travailleurs, locataires, propriétaires, etc.). Souvent employé en Belgique pour désigner une organisation de défense des intérêts des travailleurs (syndicat de travailleurs).
520Truck system : payement d'une partie du salaire en nature ou obligation de dépenser une partie du salaire dans des magasins appartenant au patron.
521Zone : à la CGSLB, organisation des syndiqués sur une base géographique correspondant à un ou plusieurs arrondissements administratifs ou d'une sous-région : Zone Hainaut central, Zone Wallonie sud. Pour désigner le même type de découpage interne, la FGTB emploie l'expression section régionale et la CSC celle de fédération.
Orientation bibliographique
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