Guerre et stratégie. Sous la direction de Jean-Max Noyer. Paris : Hermès Science Publications (diff. Lavoisier), 2002. – 199 p. Numéro de : Les cahiers du numérique, ISSN 1469-3380, 2002, vol. 3, n° 1. – ISBN 2-7462-0485-1 : 50 €
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Citer cet article
- BLANQUET, Marie-France,
- Blanquet, Marie-France.
- Blanquet, M.-F.
https://doi.org/10.3917/docsi.404.0316c
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Les NTIC au cœur des stratégies informationnelles et de l’infoguerre
1 LA REVOLUTION NUMERIQUE ET L’EXPANSION des réseaux électroniques font évoluer les formes d’organisation des machines de guerre et affectent les espaces-temps de la stratégie. Cet ouvrage se propose d’examiner les effets des nouvelles technologies de l’information et de la communication au cœur de la guerre et de la stratégie en ouvrant huit chapitres organisés autour de trois principaux axes.
2 Dans un premier temps (« La guerre numérique au cœur de la stratégie : changement de paradigmes, guerre de l’information, réseaux », p. 13-42), Jean-Max Noyer examine les évolutions et les enjeux politico-stratégiques et anthropologiques au milieu desquels les transformations en cours trouvent leur place, leur possibilité et leur justification. Il montre comment se nouent les diverses dimensions de la guerre numérique, comment les problèmes stratégiques et militaires s’actualisent et se différencient. De très nombreuses questions nouvelles prennent forme, auxquelles nous ne savons pas encore répondre mais où le réseau Internet joue un rôle déterminant. C’est pour cela que « les sciences de l’information, ce que l’on appelle aussi la cognition distribuée, sont au cœur du problème ».
3 Dans un deuxième temps, cinq auteurs abordent un certain nombre de problèmes qui, du niveau tactique à celui de la grande stratégie, sont à l’œuvre au sein des machines de guerre.
Infodominance, globalisation, sécurité et temporalité
4 Saïda Bédar et Alexis Bautzmann soulèvent les questions liées à la notion de dominance informationnelle. « Infodominance et globalisation » (p. 43-60) entraîne la première à réfléchir sur le concept de globalisation comme « grande transformation » et à l’infodominance comme « instrument de métacontrôle et de puissance hégémonique ». Ces réflexions la conduisent à constater que « l’information, ça sert d’abord à faire la guerre et à accumuler le capital ». Alexis Bautzmann la rejoint en précisant la dominance informationnelle à partir du point de vue de ce qu’il appelle « l’idéologie spatiale américaine » (p. 61-75). Il s’agit de prendre la mesure du processus actuel de globalisation dans le champ des relations internationales, avec à sa tête les États-Unis.
5 À un autre niveau, Claude Dorange, Jean Panel et Stéphanie Platon examinent « Les NTIC et les transformations du champ de bataille » (p. 77-106). Ils analysent l’apport des technologies aux principes de la guerre et les conséquences de leur développement sur la sécurité des systèmes d’information. Cela les entraîne surtout à insister sur la place de l’homme dans l’art de la guerre et sur la nécessité d’une nouvelle éthique. « Les terribles événements du 11 septembre montrent combien cela fut une erreur d’avoir privilégié le renseignement technologique au détriment du renseignement humain ».
6 À partir d’interrogations voisines, Jean Rannou s’intéresse aux « Contraintes du temps réel : vitesse et prises de décision » (p. 107-123). Une des caractéristiques de l’ère de l’information est le raccourcissement du temps. Il s’agit là d’une véritable révolution qui va modifier profondément les rapports entre les hommes, leur mode de vie et leurs conditions de travail. « Mais elle va aussi creuser encore plus l’écart entre les sociétés », prévient-il. La problématique des « Temporalités militaires et stratégiques aujourd’hui » conduit Jean-Max Noyer sur la même voie. Dans ce monde hyperconnecté, l’action stratégique doit faire face à une conception intensive du temps, qui constitue « le trou noir de l’action et de la pensée stratégique aujourd’hui ».
Le renouvellement des problématiques liées à l’intelligence économique
7 Dans un troisième temps, enfin, Didier Danet et Alain Lelu mettent en évidence le renouvellement des questions liées à l’intelligence économique, en particulier à partir du besoin de nouvelles visibilités exigées par la montée en puissance de la géo-économie.
8 Dans « L’intelligence économique : de l’État à l’entreprise » (p. 139-170), Didier Danet explore les différentes étapes du développement de l’intelligence économique en France. Il en examine les tensions, les difficultés, les limites, tandis qu’Alain Lelu trace, dans « Filtrages et synthèses de masse sur Internet : état de l’art et prospectives » (p. 171-196), un panorama des problèmes et des principaux axes de recherche concernant ces nouveaux outils. Il y est question de web indexé, indexable et invisible ; d’exploitation d’informations structurées explicites ; du calcul de liens. L’auteur présente divers modes de filtrage de l’information sur l’Internet, ainsi que des méthodes pour faire émerger l’essentiel à partir d’un enchevêtrement de liens. « Des synthèses pour quoi faire ? », conclut l’auteur de ce texte qui met en relief la porosité affectant ces domaines de recherche : le monde du renseignement et de la surveillance, celui de la recherche civile, de la veille informationnelle privée et publique, et les questionnements sur l’éducation et la citoyenneté.
9 Cet ouvrage est très bien structuré qui présente des textes très documentés et d’un haut niveau scientifique organisés de façon hiérarchique : du générique au spécifique. Certes, le professionnel de l’information lira avec un intérêt très professionnel les contributions portant sur l’intelligence économique et le filtrage de l’information. Cependant les textes précédents l’invitent à la réflexion et l’aident à mieux comprendre que l’information, matière première sur laquelle il travaille, est désormais liée, dans ce qu’un thésaurus exprimerait par une relation d’association, au concept de guerre et donc, peut-être, de paix.
10 Marie-France Blanquet