Compte rendu

Actualité des langages documentaires : fondements théoriques de la recherche d’information, Jacques Maniez, Paris : ADBS Éditions, 2002. – 395 p. – (Sciences de l’information. Série Études et techniques, ISSN 1160-2376). – ISBN 2-84365-060-7 : 32 €

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Citer cet article


  • Blanquet, M.-F.
(2002). Actualité des langages documentaires : fondements théoriques de la recherche d’information, Jacques Maniez, Paris : ADBS Éditions, 2002. – 395 p. – (Sciences de l’information. Série Études et techniques, ISSN 1160-2376). – ISBN 2-84365-060-7 : 32 € Documentaliste-Sciences de l'Information, . 39(4), I-I. https://doi.org/10.3917/docsi.394.0234a.

  • Blanquet, Marie-France.
« Actualité des langages documentaires : fondements théoriques de la recherche d’information, Jacques Maniez, Paris : ADBS Éditions, 2002. – 395 p. – (Sciences de l’information. Série Études et techniques, ISSN 1160-2376). – ISBN 2-84365-060-7 : 32 € ». Documentaliste-Sciences de l'Information, 2002/4 Vol. 39, 2002. p.I-I. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2002-4-page-I?lang=fr.

  • BLANQUET, Marie-France,
2002. Actualité des langages documentaires : fondements théoriques de la recherche d’information, Jacques Maniez, Paris : ADBS Éditions, 2002. – 395 p. – (Sciences de l’information. Série Études et techniques, ISSN 1160-2376). – ISBN 2-84365-060-7 : 32 € Documentaliste-Sciences de l'Information, 2002/4 Vol. 39, p.I-I. DOI : 10.3917/docsi.394.0234a. URL : https://shs.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2002-4-page-I?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/docsi.394.0234a


Une synthèse attendue sur les langages documentaires

1 À UNE EPOQUE OU ou, ainsi que le constate l’auteur de ce livre, « de nombreux spécialistes de l’information pensent que l’utilisation des langages documentaires est une technique dépassée et que ces outils intellectuels sont une espèce en voie de disparition », Jacques Maniez publie un ouvrage qui tend de façon rigoureuse et convaincante à démontrer le contraire. Pour réussir cette démonstration, cet agrégé de lettres classiques, docteur en linguistique appliquée, ancien enseignant en documentation, sort avec détermination des sentiers battus. Et au lieu de dresser un état de l’art des langages documentaires, il entreprend de prouver que leur existence se justifie « par des besoins réels et permanents de la recherche d’information autant que par les motifs linguistiques sans cesse mis en avant dans la littérature qui leur est consacrée ».

Une construction en douze étapes

2 Intitulé « Recherches d’objets et langage », le premier chapitre décrit des comportements d’usagers à la recherche d’objets matériels dans la vie courante. Cette investigation l’entraîne à dresser un modèle général des systèmes de recherche et à affirmer le rôle primordial que joue le vocabulaire dans la majeure partie d’entre eux. Il introduit ainsi, dans le chapitre 2, la problématique de la recherche d’information. Cela lui permet de souligner la « Spécificité de l’objet “information” ». Il convient, dès lors, de définir ce terme, de le situer dans son rapport avec le concept de connaissance, avec le langage naturel, avec la sémantique ; ceci pour pouvoir décrire les traits spécifiques des objets informationnels.

3 Le chapitre 3, « Communication et besoin d’information », propose une typologie des systèmes de recherche d’information reliée aux différents besoins de connaissances : c’est la recherche factuelle avec l’accès direct au document, la recherche contextuelle et enfin la recherche documentaire. Cette classification, illustrée à partir d’un exemple proposé dès le début et exploité tout au long de l’étude, éclaire bien le lecteur dans les pages où les nuances sont importantes à comprendre. Le chapitre 4, « r echerche directe et recherche contextuelle de renseignements », s’interroge sur le sens à donner à la demande de renseignements et montre, par la suite, l’importance grandissante de ce type de recherches, notamment sur Internet.

4 La « Recherche de documents à partir d’un sujet », objet du chapitre 5, renoue avec la recherche documentaire au sens classique du terme et la problématique des langages documentaires, au centre de son investigation. Cela entraîne l’auteur à s’interroger de façon originale et méthodique sur le sens à donner au concept de « sujet », à poser le point de vue de l’interrogateur qui formule son « sujet » de recherche et à examiner la notion de « sujet matière » d’un document.

5 Dire ce qu’est le sujet d’un document, analyse l’auteur, est « opaque et incertain » et cette incertitude se répercute sur l’opération d’indexation, objet du chapitre 6. « Les problèmes de l’indexation » abordent des sujets connus dans le monde professionnel de l’information pour lequel l’indexation est une opération documentaire essentielle. Toutefois, la lecture de ce texte appelle la réflexion car il va à l’encontre d’une idée couramment admise, en montrant comment les langages documentaires ne sont pas intrinsèquement liés à l’indexation humaine.

6 C’est pourquoi, dans le chapitre 7, Jacques Maniez attaque « La problématique des langages documentaires » avec un passage savoureux dans lequel il souligne « le succès insolent de la recherche sur Internet, qui semble ignorer superbement les langages documentaires ». Mais, pour prouver « en quoi ils restent irremplaçables », l’auteur rappelle la problématique de la recherche documentaire par sujet et les fonctions des langages documentaires, leur environnement technologique – occasion supplémentaire de souligner à nouveau que l’explosion de l’Internet, « qui fait peu de cas des langages documentaires », change leur donne et leur description. Cela le conduit à proposer une nouvelle typologie fondée sur la spécificité sémantique des unités de base qui représentent le sujet : le domaine de connaissance, le syntagme, le concept.

7 L’examen critique du terme « langage documentaire » l’entraîne à préciser le sens de « Trois composantes fondamentales des langages documentaires » (ch. 8) : la notion de relation ; celle de facette, qui rappellera au lecteur le brillant article que l’auteur leur a déjà consacré, paru dans la revue Documentaliste - Sciences de l’information (1999, vol. 36, n° 4-5) ; et enfin la notion de classification.

8 Les chapitres suivants reprennent la typologie précédemment exposée. Ils analysent « Les langages classificatoires hiérarchiques », en incluant l’étude des classifications dans les annuaires du Web, « seuls exemples de langage documentaire » créés sur la Toile (ch. 9) ; « Les langages syntagmatiques » (ch. 10), leur raison d’être, ceux d’hier (Précis) mais aussi ceux d’aujourd’hui (Rameau) ; « Les langages à base de descripteurs » auquel appartient le thésaurus, outil linguistique de prédilection du documentaliste (ch. 11). Enfin, le douzième chapitre fait le point sur les problèmes de compatibilité entre langages documentaires à l’heure de la mondialisation.

Une étude originale, exhaustive, magistrale

9 Il est difficile de résumer toutes les qualités de cette étude de Jacques Maniez. Le théoricien y parle avec rigueur, méthode et intelligence. Le pédagogue est là aussi, avec un style clair, des mots simples et précis, de l’humour quand il le faut, avec des illustrations et des exemples nombreux pour aider le lecteur dans la remarquable progression qu’il lui propose et qui le conduit à comprendre sa démonstration et à y adhérer. Malgré, parfois, la difficulté du propos, il le captive. Il l’oblige à avoir, sur des savoirs communs et partagés dans le monde documentaire tels que le thésaurus ou la classification, une approche originale. Mais l’expert en information est également omniprésent qui, de plus, fournit à son lecteur une riche bibliographie et un index des matières qui mettent encore en évidence non seulement l’exhaustivité de l’étude, mais aussi sa pertinence.

10 Tous les documentalistes doivent lire cette somme qui enrichit la pensée documentaire et, par sa qualité, contribue à une avancée notable dans la science de l’information. Les étudiants aussi liront cet ouvrage avec profit car, appelés à être actifs demain dans le monde professionnel, il importe qu’ils commencent à réfléchir dès aujourd’hui à l’impact des technologies de l’information sur les techniques documentaires dont les langages documentaires font partie.

11 Au terme de cette investigation, l’auteur résume l’ensemble de l’argumentation sur laquelle repose son travail en deux propositions : « une recherche ciblée de sources d’information a besoin pour aboutir d’outils d’ajustement sémantique ; seule l’intelligence humaine est capable de fabriquer ces outils parce qu’elle est la seule à créer du sens ». C’est ce qu’ont un peu vite oublié les technocrates avec leur annonce prématurée de la mort des langages documentaires. C’est ce qu’avec force et conviction rappelle ici Jacques Maniez qui, à toutes les qualités intellectuelles, pédagogiques et scientifiques de son œuvre, ajoute une qualité personnelle et universelle : celle de l’humaniste.

12 Marie-France Blanquet

13 blanquet@ iutb. u-bordeaux. fr


Date de mise en ligne : 01/02/2009

https://doi.org/10.3917/docsi.394.0234a