L’intelligence économique : comment donner de la valeur concurrentielle à l’information, Bruno Martinet, Yves-Michel Marti, 2e éd. – Paris : Éditions d’organisation, 2001. – 248 p. – ISBN 2-7081-2511-7 : 30,49 € : 200 FRF
Page IX
Citer cet article
- BLANQUET, Marie-France,
- Blanquet, Marie-France.
- Blanquet, M.-F.
https://doi.org/10.3917/docsi.383.0226i
Citer cet article
- Blanquet, M.-F.
- Blanquet, Marie-France.
- BLANQUET, Marie-France,
https://doi.org/10.3917/docsi.383.0226i
Une réédition un peu hâtive d’un ouvrage important
1 BRUNO MARTINET ET YVES-MICHEL MARTI étudient dans cet ouvrage l’intelligence économique comme outil générateur d’avantages compétitifs pour l’entreprise. « L’intelligence économique et concurrentielle doit servir, écrivent-ils, à alimenter les décideurs de l’entreprise en information de valeur ». Pour cela, ils posent l’équation de la valeur de l’information comprenant plusieurs éléments.
2 Il s’agit, dans un premier temps, d’« Identifier les besoins en information » (chapitre 1, p. 17-30), base de toute prestation de service. Il faut ensuite « Collecter l’information formalisée et informelle » (chapitre 2, p. 31-53), « Traiter l’information pour créer l’intelligence » (chapitre 3, p. 55-74). Il est, en effet, nécessaire de trier et d’évaluer l’information avant de l’interpréter et de la synthétiser pour pouvoir la communiquer et la rendre utilisable pour ceux qui en ont besoin ; c’est « Diffuser l’information pour décider et agir » (chapitre 4, p. 75-108). Ces quatre phases, fil de l’action du spécialiste en intelligence économique, doivent être effectuées en respectant des règles éthiques rigoureuses : « La déontologie » (chapitre 5, p. 109-134) est une préoccupation très concrète du professionnel qui recherche de l’information et qui doit éviter de franchir certaines limites. Il faut enfin « Protéger l’information » (chapitre 6, p. 135-181), c’est-à-dire garder confidentielles certaines informations stratégiques. Cette protection, qui va au-delà des techniques de gardiennage, nécessite une mobilisation et une sensibilisation de toute l’entreprise.
« Convertir » les documentalistes ?
3 L’intelligence économique montant en puissance dans de nombreuses entreprises, les auteurs ajoutent à leur étude un chapitre destiné à les conseiller : « Organiser un service d’intelligence : les hommes, les structures » (p. 183-222). Ce chapitre étonnera sûrement le professionnel de l’information qui a voyagé en terre familière dans les pages précédentes, bonne introduction aux sciences de l’information. C’est pourquoi il ne peut être que surpris de découvrir le qualificatif « converti » appliqué au documentaliste devenu professionnel de l’intelligence en entreprise. Converti à quoi ? Pourquoi et comment ? Le documentaliste ne se convertit pas à l’intelligence économique : celle-ci est une dimension inhérente à sa fonction dans l’entreprise. Dans le cas contraire, on pourrait se demander si les documentalistes d’entreprise ont réellement compris leur mission et si les auteurs n’auraient pas raison de parler de leur image « poussiéreuse, voire ringarde dans les entreprises » où les centres de documentation seraient devenus des « coffres-forts du savoir » !
4 Enfin, dans les derniers chapitres de leur ouvrage, les auteurs s’attachent à exposer les tendances de ce nouveau métier et, en particulier les évolutions liées à l’Internet et aux outils informatiques.
5 Paru dans une première édition en 1995 avec comme sous-titre : Les yeux et les oreilles d’entreprise, l’ouvrage de Bruno Martinet et de Yves-Michel Marti avait alors reçu le prix du meilleur ouvrage européen de management. La deuxième édition, si elle était présentée actuellement comme un mémoire pour l’obtention d’un Diplôme universitaire de technologie, ne permettrait peut-être pas à leurs auteurs d’obtenir ce diplôme ! Ce jugement sévère ne concerne pas le contenu du livre qui reste, ainsi que nous venons de le voir, intéressant à lire. Il concerne les nombreuses fautes de forme, en particulier la bibliographie (p. 239 à 244). Les références bibliographiques y sont données dans un ordre complètement aléatoire par rapport au texte (10, 47, 17, 13, 58, 1…). La bibliographie en propose 114, mais seules 42 font l’objet d’un renvoi dans le texte. Un examen un peu attentif laisse supposer que les auteurs ont « oublié » de supprimer les références de la première édition, devenues inutiles ou obsolètes, et ont ajouté dans le désordre des titres d’ouvrages parus après 1995 et ayant quelque rapport avec leur sujet.
6 Par ailleurs, les « documentalistes convertis » seront certainement navrés de constater que des auteurs, qui insistent sur la qualité de l’information, sur la nécessité de la vérifier, n’ont pas encore appris que l’ADBS qu’ils citent n’est plus, depuis longtemps déjà, l’Association des documentalistes et bibliothécaires spécialisés (p. 184) ; qu’ils ignorent également que l’enquête sur la profession menée par cette association en 1993 (et dont ils commentent les résultats p. 184) a fait l’objet d’une nouvelle mouture en 1999, commentée en son temps dans la revue Documentaliste - Sciences de l’information et dont les résultats ont aussi été publiés.
7 Outre qu’il est piquant d’apprendre en cet automne 2001 que l’intelligence concurrentielle de Swissair est citée comme cas de veille concurrentielle à suivre…, on pourra regretter le déséquilibre en volume des différents chapitres composant l’ouvrage (46, 33, 23, 14 pages…). En particulier le maigre chapitre concernant la « Veille et Internet » (p. 223 à 235). Celui-ci semble avoir été rédigé à la hâte, sans aucun renvoi bibliographique. Il ne contient que des généralités sur les principaux outils d’Internet (annuaires, moteurs, etc.) et quelques captures d’écran peu explicites et peu lisibles.
8 D’une façon générale, une deuxième édition se veut plus complète que la première. Ce n’est pas le cas ici où les auteurs ont manifestement travaillé trop vite en oubliant les impératifs de la qualité.
9 Marie-France Blanquet