La communication scientifique à l’épreuve de l’Internet : l’émergence d’un nouveau modèle, Josette F. de la Vega, préface de Édouard Brézin, avant-propos de Jean-Michel Salaün, Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2000. – 253 p. – (Référence). – ISBN 2-910227- 29-4 : 27,44 € : 180 FRF
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Citer cet article
- GUIMIER-SORBETS, Anne-Marie,
- Guimier-Sorbets, Anne-Marie.
- Guimier-Sorbets, A.-M.
https://doi.org/10.3917/docsi.383.0226c
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- Guimier-Sorbets, A.-M.
- Guimier-Sorbets, Anne-Marie.
- GUIMIER-SORBETS, Anne-Marie,
https://doi.org/10.3917/docsi.383.0226c
Notes
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[1]
On peut désormais actualiser les références données dans l’ouvrage grâce à la lettre d’information Actualités du droit de l’information (ADBS), n° 15, juin 2001, p. 1-2.
Communication scientifique et réseaux électroniques
1 CET OUVRAGE DE JOSETTE DE LA VEGA inaugure la collection « Référence » des Presses de l’ENSSIB, dont l’objectif est de valoriser les thèses et travaux de recherche menés en sciences de l’information et histoire du livre. Sous un abord – titre et couverture – peu encourageant, voici un livre tout à fait passionnant dont la lecture, agréable, éclairera tous ceux qu’intéressent l’histoire de la communication scientifique et l’évolution induite par l’usage des réseaux électroniques.
2 Au préambule, qui montre comment l’évolution des médias se caractérise par la recherche de moyens de communication toujours plus rapides dans un espace toujours plus large et comment les scientifiques se sont approprié ces moyens, répond le prologue consacré à « L’échange scientifique, une tradition séculaire » : l’auteure y développe l’histoire du père Marin Mersenne qui organisa pour la première fois, au XVIIe siècle, les échanges de lettres entre savants, et évoque la naissance et le fonctionnement du Journal des Savants, premier périodique scientifique. Au passage, nous apprenons de quelles stratégies éditoriales usa Leibniz pour publier dans un journal savant sa solution au problème de la chaînette et faire reconnaître ainsi la valeur de son calcul infinitésimal, afin de pouvoir postuler à la chaire de mathématiques de Padoue : entre 1691 et 1692, il publia des textes semblables dans trois revues, en Italie, en Allemagne et en France, avec, dans chacune, une introduction adaptée qui flattait les susceptibilités nationales des lecteurs en situant sa découverte dans la continuité des traditions locales. À l’heure de l’Europe, comment peut-on encore douter d’avoir beaucoup à tirer des leçons du passé ?
3 Pour évaluer le rôle et l’impact d’Internet et des technologies numériques sur la communication scientifique, J. de la Vega a choisi la physique théorique, discipline pionnière pour la constitution des réseaux électroniques. À partir d’une « connaissance de nature ethnographique acquise en laboratoire sur une longue période, (…) complétée et actualisée par une quarantaine d’entretiens semi-directifs », l’auteure nous propose une « lecture globale du système de communication » des laboratoires et des chercheurs. Cette méthode permet de situer le contexte particulier de cette communauté, caractérisé par une conscience aiguë d’une part de la compétitivité, d’autre part de l’obsolescence rapide des résultats de la recherche, mais aussi par une grande maîtrise des ressources informationnelles et technologiques. Sa culture commune de l’échange a débouché sur une communication à but scientifique originale, intense et foisonnante, à la fois très normée et contrainte, démocratique, aux supports multiples et diversifiés, remarquable par son caractère rationalisé et extrêmement novateur.
4 L’auteure montre comment, pour mener à bien sa production scientifique, le chercheur a besoin de passer continuellement dans trois espaces d’interactions différenciés : celui de l’équipe définie dans le laboratoire par le partage d’une problématique commune ; celui du « collège invisible », réseau de relations que le chercheur entretient avec d’autres chercheurs à l’extérieur du laboratoire en France et à l’étranger ; et enfin celui du fonds documentaire collectif, regroupant un ensemble d’outils donnant accès à des informations publiques.
Bouleversement du système éditorial traditionnel
5 Analysant en particulier le processus de la publication, dans des périodiques scientifiques de référence, dûment contrôlés par les chercheurs faisant autorité et validant de ce fait les résultats et la paternité de leur auteur, J. de la Vega expose comment la création d’archives de pré-publications électroniques à Los Alamos est en train de bouleverser complètement ce système des publications scientifiques, et quelles sont les conséquences de ce phénomène sur les pratiques de la communauté des physiciens théoriciens.
6 Édouard Brézin, dans la préface, signale même que, de plus en plus, les chercheurs préfèrent fournir en référence d’un article, même ancien, son adresse de l’archivage électronique plutôt que sa référence dans la revue qui, pourtant, continue à faire autorité. L’analyse, au chapitre 4, de la communication électronique conduit l’auteur à s’interroger, avec P. Ginsparg, sur le rôle effectif des revues traditionnelles et à remettre en cause une partie de leurs exigences et de leur monopole, en particulier du point de vue juridique [1] et économique. J. de la Vega conclut à « l’inéluctable transition vers la communication électronique », une fois que les journaux électroniques seront eux-mêmes légitimés par la communauté des physiciens théoriciens.
7 Chemin faisant, l’auteure s’interroge sur les effets que cette évolution vers le « self media » (édition par le chercheur lui-même, gestion des pre-prints sur sa propre machine, etc.) aura sur les métiers actuels d’accompagnement de la recherche dans les laboratoires et les bibliothèques. Elle évoque une « dynamique de désintermédiation » et indique notamment que le classement et l’indexation des publications sont déjà réalisés par les auteurs en physique, en mathématiques ou en informatique. Dans l’avant-propos, Jean-Michel Salaün doute que ce soit faisable en sciences humaines et sociales. Le débat n’est pas neuf, mais il est enrichi par ce témoignage.
8 Il est inutile d’insister ici sur les qualités scientifiques de cette étude : E. Brézin et J.-M. Salaün le font avec autorité. Sans oublier de mentionner la bibliographie (90 références, dont une moitié environ d’origine anglo-saxonne), il faut signaler que ce petit livre (254 p.) ne présente pas les défauts que l’on reproche habituellement aux travaux universitaires. Il va à l’essentiel et offre à la fois beaucoup d’informations factuelles et des analyses approfondies, dans un style rapide et une mise en page aérée, balisée par des intertitres nombreux.
9 Il intéressera évidemment les universitaires – appartenant à l’InfoCom comme aux autres disciplines, car toutes sont concernées par cette analyse d’une évolution plus ou moins rapide selon les domaines, mais inéluctable. Il intéressera aussi tous les professionnels et ceux qui réfléchissent à l’avenir des métiers de l’information spécialisée.
10 Anne-Marie Guimier-Sorbets