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Compte rendu

Michel Bougard, La chimie de Nicolas Lemery, Turnhout, Brepols Publishers, 1999.

Pages 157l à 175l

Citer cet article


  • Franckowiak, R.
(2002). Michel Bougard, La chimie de Nicolas Lemery, Turnhout, Brepols Publishers, 1999. Dix-septième siècle, 214(1), 157l-175l. https://doi.org/10.3917/dss.021.0157l.

  • Franckowiak, Rémi.
« Michel Bougard, La chimie de Nicolas Lemery, Turnhout, Brepols Publishers, 1999. ». Dix-septième siècle, 2002/1 n° 214, 2002. p.157l-175l. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2002-1-page-157l?lang=fr.

  • FRANCKOWIAK, Rémi,
2002. Michel Bougard, La chimie de Nicolas Lemery, Turnhout, Brepols Publishers, 1999. Dix-septième siècle, 2002/1 n° 214, p.157l-175l. DOI : 10.3917/dss.021.0157l. URL : https://shs.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2002-1-page-157l?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/dss.021.0157l


1 Quand le Cours de Chymie de Nicolas Lemery de 1675 est évoqué, il l’est rarement sans l’épithète « célèbre ». Le donc si célèbre Cours de Chymie de Nicolas Lemery, pas tout à fait le dernier de la longue série d’ouvrages d’enseignement de la chimie édités au XVIIe siècle, est en tout cas celui qui connut assurément la fortune la plus extraordinaire pour un tel genre de littérature. Le manuel n’a pas été la seule source de renom de cet apothicaire parisien, les leçons publiques de chimie qu’il dispensa dès 1672 dans des salons, puis dans son officine ont achevé de lui faire une réputation qui, à elle seule, « sollicita et obtint » une place d’associé chimiste au sein de l’Académie royale des sciences, selon le mot de son secrétaire perpétuel, en 1699 lors de la refonte de l’institution. Nommé très rapidement pensionnaire de l’Académie, Lemery est encore l’auteur de nombreuses communications qu’il y fit, d’un Traité de l’Antimoine, d’un Traité des Drogues, et d’une Pharmacopée universelle très appréciée. Et pourtant, c’est à un oubli de la part des historiens des sciences que Michel Bougard souhaite ici remédier en présentant l’étude d’une pensée de la chimie prélavoisienne, contemporaine de la réception des travaux de Boyle, bornée et masquée par deux moments de la philosophie chimique, la tradition paracelsienne et la doctrine stahlienne. L’examen de l’œuvre de Nicolas Lemery lui est apparu comme un sujet « neuf » qui, bien loin de marquer une simple transition mécaniste entre iatrochimie et phlogistique, constitue au contraire un domaine de pratiques et de théories autonomes et personnelles. Bougard a fait le choix de proposer une analyse des activités et des opinions chimiques de Lemery depuis l’intérieur de son laboratoire, depuis l’intérieur de ses alambics et cornues. Aussi le sujet et la méthode marquent-ils les deux originalités de l’ouvrage. En plus du fait d’être le premier à présenter une monographie de ce grand personnage, Bougard aborde les textes de Lemery en chimiste, ce qui représente en effet une approche peu fréquente en histoire de la chimie prélavoisienne. Deux grandes parties composent son livre, la première se penche sur la vie et l’œuvre du chimiste tout en offrant de larges extraits de ses écrits, la seconde y apporte des réflexions d’ordre épistémologique.

2 Michel Bougard a le souci affiché d’insérer la pensée de l’apothicaire dans son décor historique. À la suite d’un chapitre biographique retraçant l’itinéraire d’un « chimiste ordinaire », l’auteur trace une philosophie naturelle dans laquelle Lemery aurait pu puiser ses conceptions chimiques, en distinguant les théories de la matière de Descartes, Newton, Leibniz, et Gassendi, des conceptions principielles des mixtes illustrées ici en particulier par les manuels de chimie très en vogue alors en France. Dans les quatre chapitres suivants, Michel Bougard entre dans le cœur même du travail de Lemery. Il suit tout d’abord les réflexions du chimiste sur les cinq principes de sa doctrine, puis enchaîne sur les aspects spéculatifs sur lesquels se fonde l’interprétation de Lemery de sa pratique, à savoir le corpuscularisme et le mécanisme, avec le fameux concept des acides pointus et des alcalis poreux, la nature du feu et de la lumière, le rôle primordial de la distillation, le tout allié à un certain souci de la pesée. Bougard propose ensuite une interprétation moderne des purifications, des préparations opérées par l’auteur du Cours de Chymie. Sa volonté est certainement de proposer l’image d’un chimiste du XVIIe siècle travaillant sur une matière qui est la même qu’aujourd’hui, dont l’œuvre est à rapprocher davantage de celui des chimistes contemporains que de celui de la classe de ce qu’on nomme, avec toutes les connotations habituelles qui y sont attachées, alchimistes. Son chapitre VI marque certainement l’apport à retenir le plus personnel de Bougard. Il y expose une série d’opérations chimiques extraites du Cours qui a le mérite de nous permettre d’évoluer avec Lemery et certains de ses contemporains dans leur laboratoire tout en ayant en parallèle pour support une traduction moderne de leur travail. Cette façon de faire doit rappeler que la chimie de la fin du XVIIe siècle ne peut pas être réduite à un simple genre littéraire, mais constitue une réelle activité scientifique dont le discours s’appuie sur une puissante analyse expérimentale des mixtes, devant déboucher sur une application thérapeutique (chap. VII).

3 Le chapitre VIII présente un état des lieux de la pensée de philosophes sur la manière de mener une recherche en histoire des sciences. Bougard en tire la conviction que pour évaluer pleinement la théorie chimique de Lemery, il convient de contextualiser son œuvre, de le replacer sur un arrière-fond historique, politique et intellectuel. L’auteur analyse ensuite sur un plan épistémologique certaines des hypothèses émises par le chimiste dans le but de suivre les transformations de la matière pour lesquelles il était acteur et spectateur, avec en plus une critique de l’étude qu’en a faite Hélène Metzger. Le dernier chapitre abordant des thèmes tels que la question du rapport entretenu entre chimie et protestantisme, la diffusion du savoir chimique, les démonstrations publiques de chimie, forme un volet intéressant de l’ouvrage de Bougard, complété par l’annexe 1, dont les éléments auraient dû prendre place dans le corps de l’ouvrage, sur un examen de l’évolution du contenu du Cours de Chymie au cours des diverses rééditions françaises, et en comparaison avec les autres manuels de chimie du siècle.

4 Regrettons tout de même au sujet de l’entreprise de Bougard, sa méthode consistant à juxtaposer les citations, anciennes aussi bien que contemporaines, en faisant l’économie d’une réelle prise de position, et abandonnant trop souvent la poursuite de la réflexion à l’appréciation du lecteur. Ainsi l’examen de la philosophie chimique de Lemery paraît-il par moments trop superficiel : l’analyse des principes chimiques manipulés par Lemery se présente sous la forme de passages extraits de son manuel accompagné d’un discret appareil critique, avec renvoi en annexe 2 de la reproduction en intégralité de la partie théorique du Cours de Chymie. Enfin, la louable intention de proposer une lecture chimique du travail de Lemery est prise parfois en flagrant délit d’anachronisme, avec une analyse par trop récurrente de ses recettes, contrevenant ainsi à la ligne de conduite annoncée par l’auteur lui-même dans la seconde partie de son ouvrage.

5 Rémi FRANCKOWIAK.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/dss.021.0157l