Compte rendu

Klibansky, Raymond, avec la collaboration d’Ethel Groffier, Idées sans frontières. Histoire et structures de l’Institut international de philosophie. Paris, Les Belles Lettres, 2005. 255 p.

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  • Aubenque, P.
(2005). Klibansky, Raymond, avec la collaboration d’Ethel Groffier, Idées sans frontières. Histoire et structures de l’Institut international de philosophie. Paris, Les Belles Lettres, 2005. 255 p. Diogène, 211(3), I-I. https://doi.org/10.3917/dio.211.0126a.

  • Aubenque, Pierre.
« Klibansky, Raymond, avec la collaboration d’Ethel Groffier, Idées sans frontières. Histoire et structures de l’Institut international de philosophie. Paris, Les Belles Lettres, 2005. 255 p. ». Diogène, 2005/3 n° 211, 2005. p.I-I. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-diogene-2005-3-page-I?lang=fr.

  • AUBENQUE, Pierre,
2005. Klibansky, Raymond, avec la collaboration d’Ethel Groffier, Idées sans frontières. Histoire et structures de l’Institut international de philosophie. Paris, Les Belles Lettres, 2005. 255 p. Diogène, 2005/3 n° 211, p.I-I. DOI : 10.3917/dio.211.0126a. URL : https://shs.cairn.info/revue-diogene-2005-3-page-I?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/dio.211.0126a


Notes

  • [*]
    Pierre Aubenque : Professeur émérite de l’Université Paris-iv, Sorbonne, docteur honoris causa des Universités de Leipzig, Santiago de Compostela, de l’Université Laval (Québec), professeur invité permanent à l’Université de Leipzig. Secrétaire général de l’Institut international de philosophie. Principales publications : Le problème de l’être chez Aristote (Paris, 1962), La prudence chez Aristote (Paris, 1963), Sénèque (Paris, 1964), Aristotele etico (Rome, 1993). Nombreux articles sur la philosophie grecque et la philosophie allemande.

1 Cet ouvrage (190 pages de texte et 64 pages d’annexes et de documents) retrace l’histoire d’une institution qui a accompagné, mais aussi marqué profondément, la vie philosophique internationale depuis soixante-dix ans. Il est écrit par celui qui, au-delà de son œuvre philosophique propre, a consacré pendant plus d’un demi-siècle une grande partie de son temps et de son énergie à cet Institut international de philosophie (I.I.P.) dont il présente avec conviction, mais aussi parfois avec humour, les buts et les réussites, sans dissimuler les difficultés rencontrées et les vicissitudes d’une histoire mouvementée.

2 Les difficultés à surmonter sont, à vrai dire, aussi anciennes que l’institut. Fondé officiellement le 6 août 1937 à Paris lors du ix e Congrès international de Philosophie qui faisait suite au Congrès Descartes, à la double initiative du philosophe suédois Åke Petzäll et, pour la France, d’Émile Bréhier, bientôt secondé par Léon Robin, il s’est donné d’abord une mission apparemment modeste : celle d’échanger des informations entre philosophes du monde entier, qui, jusque là isolés ou regroupés sur un plan national dans des communautés philosophiques fermées, pouvaient sans le savoir travailler sur les mêmes sujets ou problèmes sans pouvoir échanger leurs expériences et leurs réflexions. Il s’agissait donc d’abord de documentation et de bibliographie, qui restent encore aujourd’hui l’une des tâches majeures de l’institut. Mais par delà ce travail d’information mutuelle, il s’agissait aussi de promouvoir une collaboration et d’abord un dialogue entre philosophes de tous les pays, à une époque – 1937 ! – où les conflits menaçants et les tensions idéologiques rendaient improbables de telles rencontres. Mais cette société de philosophes, à supposer qu’elle pût voir le jour, devait avoir une fonction encore plus haute : celle de travailler à « l’éducation de la société » et, par elle, à la réalisation des idéaux de justice et de paix qu’avait proclamés dès 1921 la Société des nations. Celle-ci avait créé à cet effet la Commission internationale de coopération intellectuelle, présidée par Henri Bergson, avant de fonder à Paris l’Institut international de coopération intellectuelle, ancêtre en quelque sorte de l’unesco.

3 C’est sous cette inspiration et dans ce cadre qu’un institut plus spécifiquement voué à la philosophie a vu le jour et a pu commencer son essor, bientôt interrompu – faut-il le dire ? – par cette guerre mondiale qu’il s’agissait précisément d’éviter. Dès 1945, l’institut, avec une légitimité renforcée, reprenait ses activités à Paris et organisait dès 1947 à Lund (Suède) une première série d’Entretiens, qui se poursuivent sans interruption d’année en année jusqu’à aujourd’hui.

4 Raymond Klibansky retrace brillamment les différents épisodes de cette aventure intellectuelle non avec la précision froide de l’historien, mais avec l’enthousiasme et quelquefois l’émotion de celui qui en fut le témoin et l’acteur. Ce qui frappe dans cet historique, c’est que l’histoire de l’I.I.P., bientôt reconnu par l’unesco et mêlé aux grandes discussions contemporaines, n’a jamais été celle d’une Académie ou d’une société savante, dont les débats feutrés n’intéresseraient qu’un public de spécialistes. Il s’est bien plutôt agi d’un forum international qui, d’année en année et chaque fois dans un pays différent, a débattu de problèmes philosophiques liés à l’actualité, non pas seulement philosophique au sens strict, mais aussi scientifique ou politique. Ainsi l’institut a-t-il pu jouer un rôle important durant la guerre froide en maintenant une certaine forme de dialogue entre philosophes de l’ouest et de l’est et en intervenant parfois avec succès lorsque la liberté de pensée et d’expression était ici ou là menacée (notamment pas ses interventions à Prague en faveur de philosophes « dissidents », en particulier Jan Patocka). Actuellement, l’institut, qui compte en son sein plusieurs philosophes chinois et japonais, s’efforce de s’ouvrir plus qu’il n’a pu le faire jusqu’ici aux courants philosophiques nés dans le monde islamique, renouant ainsi autant que faire se peut avec la grande tradition interculturelle qui fut celle d’Avicenne et d’Averroès.

5 Il y a peut-être une part de nostalgie ou d’utopie dans ces pages. Mais l’énergie presque centenaire de Raymond Klibansky paraît inépuisable. Lui qui a connu, de la France et de l’Allemagne au Canada en passant par la Grande-Bretagne, tant de philosophes, presque tous membres de l’institut, nous en donne ici au fil des pages des portraits alertes et presque toujours bienveillants, même si quelques pointes malicieuses s’y rencontrent parfois. Ces notations personnelles d’un des témoins les plus lucides de notre temps permettraient à elles seules de recommander la lecture de ce livre : source d’informations, certes, mais aussi d’analyses et d’incitations à la réflexion, notamment sur les conflits internes à la philosophie (par exemple, le conflit entre philosophie analytique et herméneutique « continentale », qu’il s’efforce de relativiser) ou sur les problèmes épistémologiques et éthiques suscités par les développements les plus récents des sciences et des techniques. En bref, un panorama complet et passionnant, pouvant intéresser un vaste public.

6 Le lecteur plus spécialisé trouvera en appendice une bibliographie exhaustive des nombreuses publications de l’institut, notamment de la collection de Textes « philosophie et communauté mondiale », dirigée par Raymond Klibansky lui-même, qui donne en plusieurs langues des textes classiques, mais souvent oubliés, sur la tolérance, la liberté de conscience et le droit des peuples.

7 Pierre Aubenque[*].

8 (Université Paris-iv , Sorbonne.)


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Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/dio.211.0126a