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Compte rendu

Les parois de l’oubli, fragments, Florence Bécar, Édilivre, 2010

Page IV

Citer cet article


  • Scelles, R.
(2011). Les parois de l’oubli, fragments, Florence Bécar, Édilivre, 2010. Dialogue, 192(2), IV-IV. https://doi.org/10.3917/dia.192.0149d.

  • Scelles, Régine.
« Les parois de l’oubli, fragments, Florence Bécar, Édilivre, 2010 ». Dialogue, 2011/2 n° 192, 2011. p.IV-IV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-dialogue-2011-2-page-IV?lang=fr.

  • SCELLES, Régine,
2011. Les parois de l’oubli, fragments, Florence Bécar, Édilivre, 2010. Dialogue, 2011/2 n° 192, p.IV-IV. DOI : 10.3917/dia.192.0149d. URL : https://shs.cairn.info/revue-dialogue-2011-2-page-IV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/dia.192.0149d


1 C’est toujours un grand plaisir pour moi de parler d’un livre écrit par un des membres du comité de rédaction de Dialogue. Ce livre est une sorte d’essai qui évoque de manière poétique un voyage, voyage dans l’enfance, l’adolescence et la vie d’adulte. Il ne peut laisser indifférent, car il évoque de manière fine et elliptique la vulnérabilité de l’humain et son ontologique dépendance à l’autre.

2 Cet essai surprend par la sonorité de son écriture, par sa construction et par son style. Le lecteur ne peut rester passif, il veut comprendre, il croit comprendre, mais la ligne d’après il est déjà emmené ailleurs. Cet ailleurs crée des effets de pensée qui suscitent le plaisir, la surprise et l’intérêt.

3 Le voyage amène le lecteur à la rencontre de la famille, de la mort, de la disparition, des gens qui passent et partent. En fin de livre, des extraits de chansons, de poésies ouvrent une porte permettant de comprendre comment continuer à penser quand le traumatisme nous atteint. Comment ne pas être gagné par l’empathie face à cette petite fille qui, devenue grande, tente de penser l’avant et le maintenant et surtout essaie de le dire à un autre, anonyme certes, mais présent dans tout le texte ?

4 Par l’écriture poétique, parfois par la rupture de thème, de style, de temps, l’auteur fait une narration de ce qu’on peut devenir avec et après des traumatismes ordinaires ou plus graves (mort, accident…). Elle parvient, parfois avec bonheur, parfois avec une souffrance perceptible mais jamais sidérante, à communiquer sans tout dire, en ménageant le mystère dont on sent bien qu’il est autant le sien que celui du lecteur. Il est évident que l’auteur sait le pouvoir transformateur de la pensée et des mots pour ne pas sombrer et « rebondir », diraient ceux qui travaillent sur le concept de résilience.

5 Il ne s’agit pas de comprendre, mais de déployer le plaisir de penser et aussi de communiquer sa pensée, car si le texte laisse parfois perplexe, le lecteur a toujours l’impression qu’il lui est adressé. Pour l’auteur, il y avait urgence à dire, mais à dire à quelqu’un, à un groupe. Ce n’est pas un témoignage, ce livre a plutôt été écrit comme une perche tendue au lecteur pour qu’il puisse rencontrer l’écrivain via un texte qui masque autant qu’il montre.

6 Le lecteur est transplanté « ailleurs », dans un univers où les mots ne valent pas seulement pour ce qu’ils disent mais aussi pour leur son, pour les images qu’ils évoquent, pour le fait qu’ils perdent le lecteur en quête de sens mais, de ce fait, créent aussi une respiration, font naître des surprises suscitant tant le plaisir, la perplexité, l’émotion esthétique que l’évasion.

7 La nature, l’espace d’une manière générale, l’univers sensible entourant les humains habitant ce texte ont une place centrale, ils apaisent, permettent un détour par lequel un répit devient possible.

8 Les amateurs de poésie, de « jolis mots », ceux qui acceptent de se laisser porter par la langue sans se laisser enfermer par elle dans un prêt-à-penser y trouveront assurément leur compte. En chemin, ils rencontreront une famille, une mère, une petite fille, les professeurs, un amoureux et bien d’autres personnages encore ; ce qui se passe avec eux est toujours évoqué de manière tellement ordinaire que cela paraît tout sauf « ordinaire ». En effet, le style, le rythme du récit, la manière dont le lecteur se sent perdu en passant d’un thème à un autre montrent que cet ordinaire ne l’est pas tant que cela.

9 Le quatrième de couverture signale un « travail de suture, reprise, couture » ; je parlerai, moi, d’un processus de narration qui vise à faire le pont entre soi et l’autre et entre soi et soi. Ce pont n’est pas donné « tout construit » : le lecteur, par les ruptures de cadre, les suspensions du récit, doit l’élaborer au fil de sa lecture.

10 Le récit est finalement un tissage de fils fait de mots et d’images, d’impressions, de vides, de blancs, il invite à se laisser aller au plaisir de penser en acceptant pleinement d’être touché sans toujours comprendre.

11 Régine Scelles

12 Psychologue clinicienne

13 Professeur de psychopathologie

14 Rouen


Date de mise en ligne : 17/06/2011

https://doi.org/10.3917/dia.192.0149d