Compte rendu

Jean EHRET (dir.), L’Esthétique de l’effet de vie. Perspectives interdisciplinaires , Paris, L’Harmattan, 2012, 318 pages

Page IX

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  • Vion-Dury, J.
(2014). Jean EHRET (dir.), L’Esthétique de l’effet de vie. Perspectives interdisciplinaires , Paris, L’Harmattan, 2012, 318 pages. Revue de littérature comparée, 351(3), IX-IX. https://doi.org/10.3917/rlc.351.0357i.

  • Vion-Dury, Juliette.
« Jean EHRET (dir.), L’Esthétique de l’effet de vie. Perspectives interdisciplinaires , Paris, L’Harmattan, 2012, 318 pages ». Revue de littérature comparée, 2014/3 n° 351, 2014. p.IX-IX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2014-3-page-IX?lang=fr.

  • VION-DURY, Juliette,
2014. Jean EHRET (dir.), L’Esthétique de l’effet de vie. Perspectives interdisciplinaires , Paris, L’Harmattan, 2012, 318 pages. Revue de littérature comparée, 2014/3 n° 351, p.IX-IX. DOI : 10.3917/rlc.351.0357i. URL : https://shs.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2014-3-page-IX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rlc.351.0357i


1 L’Esthétique de l’effet de vie, sous-titré : Perspectives interdisciplinaires, est paru dans la collection « L’univers esthétique » des éditions de l’Harmattan, dirigée par Véronique Alexandre Journeau, avec le soutien de la Sacred Heart University du Luxembourg et de l’université de Lorraine.

2 Publié sous la direction de Jean Ehret en 2012, l’ouvrage comporte 312 pages organisées en quatre parties : « L’esthétique de l’effet de vie », « Réception et applications », « Développements théoriques et critiques », « Rencontres et dialogues ». Son appareil critique inclut la préface d’Edith Weber, hymnologue et critique musical, qui décrit synthétiquement l’ouvrage, une présentation des auteurs accompagnée d’un résumé de leurs contributions respectives, un index des noms propres, une table des exemples musicaux ainsi qu’une table des illustrations. Déployé autour de la théorie de « l’effet de vie », dont Marc-Mathieu Münch est l’auteur et qu’il présente lui-même dans la première partie de l’ouvrage, le livre est conçu comme une série de réactions à cette théorie, et d’applications de cette théorie par dix auteurs. Les dimensions interdisciplinaire et internationale de la démarche choisie apparaissent de manière évidente si l’on considère les champs de spécialité et les domaines linguistiques des contributeurs.

3 Julie Brock est en effet spécialiste d’esthétique japonaise et de poétique de la traduction, Mireille Chazan d’historiographie et d’histoire culturelle du Moyen Âge, Aurélie Choné de littérature et histoire des idées des pays de langue allemande depuis 1880, Muriel Détrie des relations littéraires entre l’Occident et l’Extrême-Orient. Jean Ehret étudie les rapports entre spiritualités et esthétiques, François Guiyoba l’esthétique, l’imagologie et l’intertextualité, Hermann Hofer la littérature et la Révolution de 1798 ainsi que le romantisme français, la musique et la littérature en France. Véronique Alexandre Journeau, musicologue, s’est spécialisée dans les relations artistiques entre l’Asie et l’Occident, Peter Por dans la création poétique, Charles W. Scheel dans l’articulation des genres de la fiction et des modes narratifs dans les littératures d’Europe et des Amériques au XXe siècle. Ces domaines décrivent autant les spécialités des contributeurs que des champs d’application possibles à l’esthétique münchienne. Marc-Mathieu Münch s’inscrit lui-même dans une démarche de littérature générale, traitant d’une question d’esthétique de manière théorique. Il définit l’art par l’effet de vie qu’il produit, à l’origine duquel il repère et décrit six invariants constitutifs : les matériaux, le jeu, les formes, la plurivalence, l’ouverture, la cohérence. François Guiyoba, prolongeant la démarche münchienne par la recherche de l’établissement d’invariants proprement littéraires, se situe également dans le domaine de la littérature générale. Jean Ehret, dans une démarche comparatiste, propose une analyse critique, puis une étude de réception, de cette définition de l’art par son effet, en France, au Japon et en Allemagne. En comparatiste également, Muriel Détrie montre la proximité entre les critères des pingdian, textes critiques de la Chine ancienne, et l’esthétique de Münch. Julie Brock reprend dans le domaine japonais la métaphore de la fleur-œuvre et du lecteur-bourdon de Marc-Mathieu Münch et l’applique aux lectures de l’œuvre poétique d’Abe Kôbô dans deux volumes de 1946 et 1947. Aurélie Choné, dans le domaine allemand, vérifie l’effet de vie produit par l’œuvre de Jensen, la Gradiva, publiée en 1903 et rendue célèbre par l’interprétation qu’en a faite Freud (interprétation qui est en soi une preuve de l’effet de vie exercé sur lui), dont elle rappelle la valeur intrinsèque, au-delà de cette interprétation. Dans son article rédigé en allemand, Peter Por reconnaît la genèse de la réflexion sur le phénomène esthétique de Münch et l’aboutissement de cette réflexion dans la création lyrique de Rilke. Charles W. Scheel, dans le domaine latino-américain, montre que quatre invariants münchiens de l’effet de vie (l’importance du mot, l’exigence de cohérence et de création de forme) sont à l’origine de l’écriture du roman cubain de Reinaldo Arenas, Encore une fois la mer. Mireille Chazan, à la charnière entre histoire et littérature, traite de l’éloquence dans un corpus d’œuvres savantes produites par l’atelier historiographique de Saint-Denis. Leur souci de la forme fait des auteurs de ces œuvres des écrivains si, comme l’écrit Marc-Mathieu Münch, dans son projet, est modeste dans sa manière, plein d’autorité intellectuelle tout en exprimant des doutes et en désignant ses propres limites. À la fois riche d’une « la littérature commence avec l’osmose du fond et de la forme ». Hermann Hofer travaille quant à lui à l’articulation de la musique et de la littérature, sur les livrets d’opéra de Berlioz, dont il étudie les procédés de multiplication du beau, dans l’esprit du « pluriel du beau » münchien.

4 S’il constitue un hommage rendu à Marc-Mathieu Münch, publié dans une collection qui lui doit son esprit, rédigé par des contributeurs appartenant à des institutions et des centres de recherche auxquels il est lié, présentant, discutant, complétant, comparant ou mettant en œuvre ses concepts, L’Esthétique de l’effet de vie ne souffre ni des facilités ni des complaisances que l’on peut parfois regretter dans les exercices du genre. Car la présentation synthétique, par Marc-Mathieu Münch lui-même, de ses découvertes théoriques : « Le beau des arts ; Projet pour une esthétique générale », réussit à être à la fois une reprise claire et concentrée de ses travaux antérieurs et un texte original. Münch, ambitieux grande culture littéraire et artistique et très personnel, il découvre et décrit une structure interactive sans esprit de système. De même, l’introduction à l’œuvre de Münch par Jean Ehret n’est pas complaisante, mais propose une analyse épistémologique documentée, serrée et fine, n’hésitant pas à adopter un point de vue critique, pointant les apparents paradoxes et les possibles contradictions. L’honnêteté intellectuelle de la démarche frappe, qui ne fait d’ailleurs que servir son sujet, la pensée de Münch et la source profonde de cette pensée. Mettant cette pensée en perspective, l’interrogeant, la relativisant, Ehret en restitue à la fois l’épaisseur (on songe par exemple à la proximité de Münch et de Herder) et le devenir.

5 L’Esthétique de l’effet de vie est un livre exigeant pour son lecteur. Il présente en effet deux difficultés : la densité du propos théorique, la diversité des approches culturelles, artistiques et disciplinaires. Mais cette association de la théorie, de l’interdisciplinaire et de l’international en font un ouvrage emblématiquement comparatiste. Et l’intérêt qu’il présente en justifie la lecture, voire la relecture. Les caractéristiques de l’effet de vie évoquent pour le psychanalyste celles des phénomènes transitionnels de Winnicott. La proximité très grande des observations cliniques du psychiatre anglais avec celles de Marc-Mathieu Münch est une preuve supplémentaire de la rigueur de la démarche de ce dernier, et réciproquement. Chaque chercheur, chaque artiste, dans son domaine, pourra éprouver cette rigueur et la mettre à l’épreuve.

6 — Juliette VION-DURY


Date de mise en ligne : 17/12/2014

https://doi.org/10.3917/rlc.351.0357i