Compte rendu

Aimé CÉSAIRE, Poésie, Théâtre, Essais et Discours, édition critique coordonnée par Albert James Arnold, Paris, CNRS Éditions et Présence Africaine, « Planète libre », 2013, 1805 pages

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  • Moura, J.-M.
(2014). Aimé CÉSAIRE, Poésie, Théâtre, Essais et Discours, édition critique coordonnée par Albert James Arnold, Paris, CNRS Éditions et Présence Africaine, « Planète libre », 2013, 1805 pages. Revue de littérature comparée, 349(1), IX-IX. https://doi.org/10.3917/rlc.349.0095i.

  • Moura, Jean-Marc.
« Aimé CÉSAIRE, Poésie, Théâtre, Essais et Discours, édition critique coordonnée par Albert James Arnold, Paris, CNRS Éditions et Présence Africaine, “Planète libre”, 2013, 1805 pages ». Revue de littérature comparée, 2014/1 n° 349, 2014. p.IX-IX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2014-1-page-IX?lang=fr.

  • MOURA, Jean-Marc,
2014. Aimé CÉSAIRE, Poésie, Théâtre, Essais et Discours, édition critique coordonnée par Albert James Arnold, Paris, CNRS Éditions et Présence Africaine, « Planète libre », 2013, 1805 pages. Revue de littérature comparée, 2014/1 n° 349, p.IX-IX. DOI : 10.3917/rlc.349.0095i. URL : https://shs.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2014-1-page-IX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rlc.349.0095i


1 Voici enfin la grande édition scientifique qui manquait pour l’œuvre d’Aimé Césaire. Sont rassemblés toute la poésie, tout le théâtre ainsi que les articles (ceux, fameux, de L’Étudiant noir et de Tropiques mais aussi d’autres) et les grands discours. L’ensemble permet de prendre connaissance de l’œuvre littéraire de Césaire et de la situer en référence à un engagement qui fut profond et remarquable. Il s’agit d’une édition critique plus que « génétique » ; peu de manuscrits de Césaire ont en effet été conservés, et l’édition s’appuie donc plutôt sur les publications successives des œuvres. C’est ainsi le cas du Cahier d’un retour au pays natal, dont les quatre éditions sont présentées, de la première dans la revue Volontés (1939) jusqu’à celle de 1956 (Présence Africaine) en passant par les deux éditions de 1947 (chez Brentano’s — bilingue — et chez Bordas). La lecture des différents textes permet de mesurer l’importance des transformations de cette œuvre majeure, depuis une version plus courte sollicitant notamment le registre biblique, en 1939, jusqu’à l’influence surréaliste, très nette en 1947, puis au texte définitif, où la préoccupation politique se manifeste par l’ajout de nouveaux versets et dont certains passages antérieurs sont supprimés. Une œuvre dramatique comme Et les chiens se taisaient est également présentée dans ses versions successives qui manifestent des transformations considérables, ce qui permet d’en dégager la dimension profondément théâtrale. Le lecteur est ainsi confronté chaque fois au travail de l’écrivain et à son labeur constant au long d’une vie.

2 Cette édition est d’une grande richesse ; une introduction synthétique évoque chaque fois l’œuvre dans sa continuité, puis chacun des textes, que ce soit pour la poésie, le théâtre ou les essais et discours, est clairement et rigoureusement présenté. Les repères chronologiques qui ouvrent le volume sont un guide précieux pour la lecture. Une partie est consacrée aux « grands témoignages » sur l’œuvre de Césaire, c’est ainsi que des textes d’Édouard Glissant, d’André Breton, de Jean-Paul Sartre (le fameux « Orphée noir »), de Michel Leiris, de Joseph Zobel, d’Annie Le Brun notamment nous font mesurer la qualité et la variété de la réception de l’œuvre. S’y ajoutent une bibliographie critique très informée, incluant les titres les plus récents comme les « classiques » ainsi qu’un glossaire, bienvenu pour un ensemble de textes, notamment poétiques, au lexique souvent difficile.

3 Outre le soin mis à l’établissement et à la présentation des œuvres, il convient de souligner la qualité des introductions des différentes parties (poèmes, théâtre, essais et discours) ainsi que de chacun des textes césairiens. L’œuvre poétique est présentée, en deçà des conjonctures et des aléas, dans son unité de sensibilité et de pensée. Son histoire est mise en perspective dans ses contextes successifs et souvent très différents avec une clarté et une rigueur appréciables. Le théâtre est abordé dans sa dimension littéraire mais aussi présenté dans ses relations à de grandes mises en scène, comme c’est le cas pour Une Tempête, où Césaire a répondu à la sollicitation de J.M. Serreau. Les essais et discours mettent l’engagement de Césaire en perspective, la notion n’étant pas prise au sens du simple combat politique, mais caractérisant une vocation littéraire, sociale et philosophique militant pour une redéfinition du terme « culture » — il faut relire à cet égard le texte de 1956 « Culture et colonisation », établi et présenté ici par A.J. Arnold. La présentation générale de ces textes, parfois partiellement ou totalement inédits, restitue les différentes étapes d’élaboration d’une pensée — « De L’Étudiant noir à Tropiques », « Les années de combat », « Les années de recueillement » — entre 1935 et 1987 ; elle met notamment en évidence l’importance de la rencontre avec les écrits de Frobenius et sa longue fidélité à la vision frobenienne de l’Afrique comme source des valeurs culturelles, montrant aussi le malentendu qui a fait du Discours sur le colonialisme un texte central de l’œuvre, alors qu’il fait plutôt figure d’exception dans la production césairienne. Enfin, une passionnante partie, intitulée « Contexte », aborde des points cruciaux tel le rapport de Césaire à la langue, et d’abord au créole, ainsi qu’à l’Afrique et aux Antilles. On pourrait mentionner bien d’autres qualités de cette édition, d’autant que la réunion des divers textes en un seul ouvrage autorise des lectures croisées, des rapprochements nouveaux que nous n’avons pas fini d’explorer.

4 Dans l’introduction générale, A.J. Arnold remarque que l’objectif d’une édition scientifique n’est pas de délivrer une interprétation pour l’opposer à d’autres qui l’ont précédée, mais d’apporter au lecteur tous les éléments nécessaires qui lui permettront de forger sa propre interprétation à partir des textes originaux. Le but est incontestablement atteint, car cet ouvrage s’impose comme une référence désormais incontournable pour les admirateurs de l’œuvre d’Aimé Césaire comme pour les chercheurs intéressés par celle-ci.

5 — Jean-Marc MOURA


Date de mise en ligne : 26/05/2014

https://doi.org/10.3917/rlc.349.0095i