Yves CLAVARON, Inde et Indochine. E.M. Forster et Marguerite Duras au miroir de l’Asie. Paris, Champion, « Bibliothèque de Littérature Générale et Comparée », 2001, 318 pages
- Par Jean-Marc Moura
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- MOURA, Jean-Marc,
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- Moura, J.-M.
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1 Couple mal assorti que celui formé par E.M. Forster et M. Duras, comme en convient Y. Clavaron. Trente-cinq ans les séparent mais surtout des conceptions de l’art d’écrire a priori incomparables. Pourtant tous deux ont vécu en Asie, l’une en Indochine dans son enfance, le second en Inde à la maturité, et en ont fait un thème important de leur œuvre. De ce point de vue, les livres les plus connus sont Un barrage contre le Pacifique, India Song et L’Amant pour M. Duras, A Passage to India pour E.M. Forster, toutes œuvres originales, novatrices lorsqu’on les confronte à la littérature coloniale voire post-coloniale qui leur est contemporaine. Le trait commun le plus important, bien mis en évidence par Y. Clavaron, est la conscience que les Européens s’aliènent eux-mêmes par l’aliénation qu’ils font subir aux peuples colonisés, élément déterminant pour les stratégies narratives des auteurs. À partir de là, l’ouvrage développe une analyse scrupuleuse évoquant les dimensions politiques, l’arrière-plan colonial des récits, puis les liens des écrivains au référent asiatique (dans ses aspects majeurs, et jusqu’à la religion, thème important chez le Britannique), le refus enfin de l’exotisme traditionnel (disons Farrère pour Duras et Kipling pour Forster) avec les choix formels qu’il entraîne. L’usage de l’altérité asiatique comme un miroir du moi est ainsi mis en évidence selon divers plans. Y. Clavaron montre bien que l’Asie a permis à chacun des auteurs de développer des traits marquants de sa personnalité et de son écriture (car l’étude ici est biographique et formelle), même si ultimement cet univers resta pour eux terra incognita. Chez chacun se substitue au conventionnel désir d’Orient la réalité d’un Orient intérieur qui est l’une des patries possibles de l’exil. Cette étude comparée est à la fois originale et convaincante. Elle se situe au carrefour d’une triple tentative de « colonisation » de l’Asie, politique, littéraire et autobiographique, qui échoue, venant donner à cet espace imaginaire le statut, ô combien fertile d’un point de vue littéraire, d’une terre d’errance et de méditation sur le devenir occidental.
2 Jean-Marc MOURA