Compte rendu

Fin d’un millénaire. Rayonnement de la littérature comparée. Textes réunis par Pascal DETHURENS et Olivier-Henri BONNEROT. Strasbourg, Presses Universitaires, 2000.234 pages

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  • Voisine, J.
(2001). Fin d’un millénaire. Rayonnement de la littérature comparée. Textes réunis par Pascal DETHURENS et Olivier-Henri BONNEROT. Strasbourg, Presses Universitaires, 2000.234 pages. Revue de littérature comparée, n o 300(4), II-II. https://shs.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2001-4-page-II?lang=fr.

  • Voisine, Jacques.
« Fin d’un millénaire. Rayonnement de la littérature comparée. Textes réunis par Pascal DETHURENS et Olivier-Henri BONNEROT. Strasbourg, Presses Universitaires, 2000.234 pages ». Revue de littérature comparée, 2001/4 n o 300, 2001. p.II-II. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2001-4-page-II?lang=fr.

  • VOISINE, Jacques,
2001. Fin d’un millénaire. Rayonnement de la littérature comparée. Textes réunis par Pascal DETHURENS et Olivier-Henri BONNEROT. Strasbourg, Presses Universitaires, 2000.234 pages. Revue de littérature comparée, 2001/4 n o 300, p.II-II. URL : https://shs.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2001-4-page-II?lang=fr.

1 Ce recueil d’Actes d’un Colloque tenu en 1999 à Strasbourg est certes loin de justifier le reproche de « positivisme » adressé jadis (1958) à Chapel Hill par le regretté René Wellek à ses collègues français. L’ensemble évoque plutôt pour moi la taquinerie d’un ancien parmi les professeurs de l’Université de Lille où j’arrivais en 1952, époque où on comptait encore sur les doigts d’une main les chaires de littérature comparée en France : « C’est un comparatiste. Il est spécialiste de tout ». Voici en effet que plusieurs des communications ici présentées s’aventurent hardiment dans les domaines les plus divers. Tendance à élargir sans cesse le champ – constatable à mesure que se succédaient, depuis Van Tieghem (1931), les manuels de littérature comparée. Voyons ici les titres : « Littérature comparée et psychanalyse : la fureur » (C. Dumoulié); « Archétypocritique, mythocritique et poétique en littérature comparée » (A. Siganos), « Pour une littérature comparée des “écritures” » (Y.M. Angel); « Littérature comparée et poésie » (M. Finck)… J’avoue n’avoir pas été convaincu qu’une démarche proprement comparatiste nouvelle nous était proposée sous chacun de ces titres. Contre le danger de l’aventure nous mettent en garde la question posée par P. Brunel, « Le comparatiste est-il un Don Juan de la connaissance ? », et le titre choisi par D. Dethurens, « À la frontière de l’illimité. Le parti du tout ou rien en littérature comparée ». Ici est aussi posée implicitement la question des rapports entre littérature comparée et littérature générale. Seul M.-M. Munch a choisi de ne traiter que de cette dernière (« Une définition planétaire de l’art littéraire est-elle possible ? ») en nous laissant entendre que sa réponse est positive. E. Rallo, elle, s’interroge sur la démarche intellectuelle en amont du processus comparatiste. Son approche est philosophique : « L’analogie : bilan théorique et perspectives critiques ».

2 Une sorte d’« illustration hors-texte » s’est glissée dans ce recueil. Le Wladimir Troubetzkoy qui parle ici n’est pas le comparatiste slaviste que nous connaissons, mais un lettré qui laisse parler son cœur. « Le texte de Saint-Pétersbourg » – lieu de l’action de tant de chefs-d’œuvre de la littérature russe – est un hymne à la beauté de la ville, presque une déclaration d’amour. J.-L. Backès se livre à une réflexion sur les « rituels imaginaires » qu’il intitule « Cènes et scènes. Liturgie et théâtre en Europe » – rappelant que l’Église est à l’origine de l’art dramatique.

3 « La recherche comparatiste et l’humour » est le sujet traité par J.-M. Moura. Il rappelle opportunément que l’humour n’est pas le même d’un pays à l’autre. Cette constatation n’entrave-t-elle pas la recherche d’un dénominateur commun ? On se trouve sur un terrain plus sûr avec le petit nombre de communications consacrées, soit à l’enseignement de la littérature comparée, soit à ses origines françaises. P. Schnyder, professeur aux universités de Bâle et de Mulhouse, est le seul à traiter de la situation dans un pays étranger, la Suisse, pour nous présenter un « Bilan » et des « Perspectives ». L’enseignement et la recherche en France suscitent les réflexions d’Y. Chevrel, fidèle à ses préoccupations pédagogiques. M. Détrie, comme on s’y attend, traite des « Littératures extrême/orientales » dans le comparatisme français, mais en y associant la théorie littéraire. D.-H. Pageaux a eu l’heureuse idée de rendre hommage aux « compagnons de route » du comparatisme français à ses débuts, souvent fidèles collaborateurs de la RLC. Un autre aperçu sur les débuts du comparatisme français est signé d’O.-H. Bonnerot qui réunit le Lyonnais Joseph Texte et le Vosgien Baldensperger sous l’étiquette (un peu artificielle) « Regards sur le comparatisme rhénan ». L’exposé de Ph. Chardin porte sur un seul auteur, et le titre définit exactement le propos : « La réception créatrice en littérature comparée (autour de l’œuvre de Marcel Proust) ». C’est aussi autour d’un écrivain, et même d’un livre, que C. Stanesco a construit son intervention, pour présenter le rôle de la littérature dans le Déclin de l’Occident, d’O. Spengler : un bel exemple des rapports entre littérature comparée et philosophie de l’histoire. Dans une perspective analogue de rapprochement des disciplines D. Madelénat traite de : « Biographie littéraire, histoire littéraire, littérature comparée » – dans le prolongement de ses recherches personnelles sur la biographie. Malgré les apparences, le titre retenu par A. Dabezies, « Les mythes, le sacré et la fascination » nous entraîne sur un autre plan que celui de J.-L. Backès. C’est surtout une réflexion sur la notion de mythe, nourrie par une longue familiarité avec au moins un grand mythe, celui de Faust. Dans cet ensemble, où la plupart des communications sont complétées d’un nombre impressionnant de citations et références, il est dommage de constater une absence de marque : celle des littératures africaines et des littératures orales.

4 Jacques VOISINE