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Article de revue

Les POTEs en Bourgogne-Franche-Comté

Ensemble, ils sont d’extraordinaires pionniers de la transition écologique

Pages 106 à 115

Citer cet article


  • Prompt, E.
(2022). Ensemble, ils sont d’extraordinaires pionniers de la transition écologique. DARD/DARD, 7(1), 106-115. https://doi.org/10.3917/dard.007.0106.

  • Prompt, Edwige.
« Ensemble, ils sont d’extraordinaires pionniers de la transition écologique ». DARD/DARD, 2022/1 N° 7, 2022. p.106-115. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-dard-dard-2022-1-page-106?lang=fr.

  • PROMPT, Edwige,
2022. Ensemble, ils sont d’extraordinaires pionniers de la transition écologique. DARD/DARD, 2022/1 N° 7, p.106-115. DOI : 10.3917/dard.007.0106. URL : https://shs.cairn.info/revue-dard-dard-2022-1-page-106?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/dard.007.0106


Description de l'image par IA : Des enfants tirent une charrette dans un paysage enneigé avec une pancarte "TRANSITION ÉCOLOGIQUE".

Description de l'image par IA : Deux hommes souriants, l'un en chemise bleue et l'autre en rose, tenant des objets verts et blancs. Les POTEs en Bourgogne-Franche-Comté

# Les Pionniers ordinaires de la transition écologique (POTEs) : collectif créé en 2013 par Gérard Magnin et constitué en réseau régional en 2017
# 474 membres engagés à titre personnel, avec de nouveaux profils depuis 2020 : plus de femmes et de jeunes, des centres d’intérêt comme l’alimentation ou la culture
# Fait émerger des projets collectifs comme celui mené à Tramayes (71) : « Habiter heureux en Bourgogne-Franche-Comté », autour d’un projet de rénovation
# Prévoit d’organiser la Route des POTEs en 2023 pour renforcer l’ancrage dans tous les territoires de Bourgogne-Franche-Comté

1 Entouré de bocages et de collines qui donnent au paysage des airs de Toscane, situé entre la cité médiévale de Cluny et le château d’Alphonse de Lamartine, Tramayes offre à son millier d’habitants un cadre de vie plutôt agréable. Mais ce bourg commerçant et prospère de Saône-et-Loire ne ressemble pas tout à fait aux autres communes du sud de la Bourgogne. Sur la place du village, le visiteur découvre un étrange support d’information, monté sur quatre roues : une roulotte en bois aux parois couvertes d’affiches sur le changement climatique, l’enseignement agricole ou le cycle de l’eau.

2 Cette roulotte des transitions représente, jusqu’à présent, la traduction la plus visible du projet « Habiter heureux en Bourgogne-Franche-Comté », démarche originale et expérimentale conduite ici en 2021 à l’initiative du maire, Michel Maya. Car si la commune détonne, elle le doit beaucoup à cet élu visionnaire et pragmatique qui veut faire de Tramayes la première municipalité à énergie positive. « Nous avons eu l’idée de créer un réseau de chaleur avec une chaufferie bois au début des années 2000, puis nous sommes montés en compétence pour réaliser des projets encore plus ambitieux, raconte cet ancien enseignant en école d’ingénieur. J’ai découvert les scénarios de l’association négaWatt et les rapports du Giec qui m’ont vraiment interpellé. »

3 Fortement investi dans la promotion de la sobriété énergétique – notamment au sein d’associations comme le CLER-Réseau pour la transition énergétique et Amorce –, Michel Maya est convaincu de la nécessité d’agir vite. En 2017, il rejoint un réseau qui vient de voir le jour dans la région Bourgogne-Franche-Comté, celui des Pionniers ordinaires de la transition énergétique. Autrement dit, les POTEs, un astucieux acronyme forgé quatre ans plus tôt en Franche-Comté par Gérard Magnin.

4 En 2013, à l’occasion du Débat national sur la transition énergétique, le fondateur d’Energy Cities (association européenne des villes en transition énergétique basée à Besançon), impliqué de très longue date dans ces questions, s’est dit qu’il était temps de donner la parole à des gens de terrain, ceux qui agissent en construisant, installant, rénovant, fabriquant… les « faiseurs », qu’on entendait peu. « J’ai constaté que les institutions connaissaient mal ces motivés en jachère à qui on ne faisait jamais appel », se souvient Gérard Magnin.

5 Les experts amenés à témoigner devant les représentants de l’État et des collectivités locales sont donc baptisés « pionniers », parce qu’ils ouvrent des voies nouvelles adaptées à l’époque ; et « ordinaires », car « ce sont juste des gens qui font des choses, qui ne sont pas forcément tombés dans l’écologie lorsqu’ils étaient petits. Ce qui est ordinaire, c’est ce que chacun peut faire, peu ou prou ».

Description de l'image par IA : Village avec église et maisons en pierre, ciel bleu clair.
Situé au sud de la Bourgogne, entre la cité médiévale de Cluny et le château d’Alphonse de Lamartine, Tramayes offre à son millier d’habitants un cadre de vie plutôt agréable.
© Edwige Prompt

Les POTEs : un collectif de militants accompagné par les institutions

6 Constitué de militants associatifs, d’élus, de chefs d’entreprise, d’agriculteurs et de particuliers, le réseau des POTEs compte aujourd’hui 474 membres, engagés à titre personnel et animés par des valeurs d’altruisme, de respect et de partage. « POTEs, ce n’est pas n’importe quel acronyme, il est porteur de valeurs, affirme l’un d’eux, Michel Havot, responsable “animation numérique et innovante” au Crous à Dijon. Ce n’est pas une démarche associative, c’est une démarche politique. »

7 Le collectif est accompagné par Energy Cities, l’Ademe et la région Bourgogne-Franche-Comté, qui co-construisent avec les pionniers une feuille de route annuelle, proposent des outils, organisent des rencontres. « La Région est en appui, mais il s’agit bien d’une démarche horizontale, ce n’est pas du tout descendant », précise Stéphanie Modde, la vice-présidente (EELV) en charge de la Transition écologique. D’ailleurs, le réseau ne se réunit pas en comité de pilotage ; il tient des comités d’écoute pendant lesquels ce sont les POTEs, et non les élus, qui s’expriment en premier.

8 En 2020, évolution logique, la transition écologique remplace la transition énergétique dans l’intitulé. Ce qui permet d’accueillir des profils différents, moins techniques : plus de femmes et de jeunes, avec des centres d’intérêt nouveaux comme l’alimentation ou la culture. « Les premiers POTEs étaient très innovants, ils avaient une vision, une conscience de l’avenir. Aujourd’hui, on est plus dans l’essaimage », remarque Christiane Maurer, cheffe de projet à Energy Cities.

9 Unique en son genre, ce collectif régional poursuit plusieurs objectifs : valoriser par l’exemple, favoriser l’entraide et faire émerger des projets collectifs comme celui mené en 2021 à Tramayes. « Le programme “Habiter heureux en Bourgogne-Franche-Comté” est issu d’un sondage réalisé au sein des POTEs après la crise des “gilets jaunes” », resitue Bertille Macé, l’une des animatrices. Les pionniers ont discuté entre eux sur « comment habiter et mieux vivre », puis se sont interrogés sur le bâtiment de demain. « Au même moment, au Conseil régional, la direction en charge de l’Efficacité énergétique souhaitait intégrer des non-experts à une réflexion sur l’habitat, en s’appuyant sur des cas concrets. Nous avons lancé un appel au sein du réseau pour identifier un projet au sujet duquel nous pourrions émettre des préconisations. »

Description de l'image par IA : Une roulotte en bois avec des fenêtres et des affiches, symbole de l'aventure collective de Tramayes.
La roulotte, symbole de l’aventure collective expérimentale de Tramayes, a été pensée comme un tiers-lieu et construite par le maire lui-même avec des matériaux de récupération.
© Edwige Prompt

10 Michel Maya, le maire de Tramayes, saisit cette opportunité. L’élu propose aux POTEs de s’associer au projet de rénovation du « bâtiment C », propriété de la commune. Cette aile désaffectée d’un ancien hôpital doit être reconvertie en micro-crèche au rez-de-chaussée et en logements adaptés pour les seniors aux étages. Début 2021, en période de confinement, une équipe d’une vingtaine de personnes se constitue alors avec des POTEs aux profils diversifiés qui ne connaissent pas Tramayes. Comme Gaëtan Briot, designer d’espace à Chalon-sur-Saône : « Il a fallu gérer la multiplicité des idées. On a d’abord trouvé des thèmes puis, en fonction des centres d’intérêt de chacun, on a créé des groupes de travail : aménagements intérieurs, aménagements extérieurs, transversalité. » La méthodologie s’est construite au fil de l’eau, avec des fiches de synthèse pour suivre l’avancée des discussions et les partager avec les autres groupes de travail.

L’intelligence collective au service d’une rénovation de bâtiment

11 De ces séances d’intelligence collective, habituelles chez les POTEs, a germé l’idée de la roulotte, pensée comme un tiers-lieu et construite par le maire lui-même avec des matériaux de récupération. Espaces communs partagés, collecte des eaux de pluie, végétalisation : des propositions ont également été adressées à l’architecte en charge de la rénovation du bâtiment. Clément Le Page s’est engagé à les prendre en compte. « J’avais un peu peur mais je trouve que vous avez été très raisonnables dans l’ensemble », reconnaît ce dernier en juin 2021 quand tous les protagonistes peuvent enfin se retrouver « en présentiel » à Tramayes. Pour la mise en œuvre concrète, il faudra encore attendre un peu, le chantier devant démarrer en 2023.

12 Aux côtés des POTEs régionaux, Michel Maya tient à intégrer des locaux dans cette démarche. « J’ai essayé d’avoir des élus mais ce n’était pas simple. Alors on s’est tournés vers la représentation civile. On a constitué un petit noyau. » Vincent et Marie-Laure Rouzé font partie de ces citoyens de Tramayes mobilisés pour « Habiter heureux en Bourgogne-Franche-Comté ». L’expérience agit comme un déclic pour ce couple d’agriculteurs retraités : en quelques mois, ils deviennent eux-mêmes des pionniers hyperactifs et font des dizaines d’émules. « Avec ce projet et la participation à une réunion de la commission municipale sur le développement durable, j’ai pris conscience qu’on avait un outil – les POTEs – et un potentiel humain, un besoin, une envie, raconte Vincent Rouzé. On s’est regroupés pour organiser quelque chose en septembre 2021 dans le cadre du Festival régional des solutions écologiques. » Un collectif local d’une cinquantaine de POTEs s’est ainsi monté à l’échelle de la petite communauté de communes Saint-Cyr Mère Boitier (8 000 habitants).

Description de l'image par IA : Deux hommes debout devant un bâtiment en bois. L'un porte une chemise bleue, l'autre une chemise à carreaux rouge. Ils sourient.
Michel Maya, maire de Tramayes (à gauche), ici aux côtés de Vincent Rouzet : « Nous avons eu l’idée de créer un réseau de chaleur avec une chaufferie bois au début des années 2000, puis nous sommes montés en compétence. »
© Edwige Prompt

13 Encore informel, ce réseau multiplie les actions : cartographie des acteurs territoriaux de la transition écologique, organisation de « cafés POTEs » sur les systèmes de chauffage, rencontre avec les jeunes éco-délégués du collège de Matour, interventions dans les écoles sur le thème « CO2 mon amour », tournée des « villages du climat »… « On a proposé des “conversations carbone” sur six séances de deux heures. On part de pourquoi on n’arrive pas à changer nos habitudes pour aboutir à un projet sur trois ans. La moitié du réseau des POTEs, ce sont des gens qui ont participé aux premières sessions de ces conversations », précise Vincent Rouzé.

14 Pour le moment, il n’existe qu’un seul autre groupe local de pionniers ordinaires comme celui-ci, à Fourchambault, dans la Nièvre. Mais des collectifs porteurs d’une dynamique territoriale similaire pourraient voir le jour bientôt dans l’Yonne et le Doubs. « L’idéal serait de faire des apéros à l’échelle d’une communauté de communes ou d’une ville. C’est compliqué de travailler sur un réseau à l’échelle d’une région qui fait 400 kilomètres de long, estime Gérard Magnin. À l’échelle d’un petit territoire, même des petites actions sont importantes. Ce qui fait avancer, c’est le mimétisme ; les rencontres de proximité sont très productives pour créer un effet boule de neige. »

Description de l'image par IA : Bâtiment avec panneaux indiquant accès handicapés, parking, et entrées diverses.
L’hôpital de Tramayes verra son « bâtiment C » rénové en logements adaptés pour les seniors aux étages.
© Edwige Prompt

15 Des exemples inspirants associés à des expériences humaines chaleureuses, c’est justement le principe de la Route des POTEs qui doit se mettre en place en 2023. Sur l’ensemble de la Bourgogne-Franche-Comté, les membres du réseau proposeront par exemple une formation à la permaculture, la visite d’une recyclerie ou la découverte d’un éco-gîte. « La Route permettra d’ancrer vraiment les POTEs dans les territoires. Nous pourrons communiquer davantage sur tous les projets collectifs, ferments de la transition. Nous espérons ne pas toucher uniquement les gens déjà convaincus, annonce Stéphanie Modde. Tout l’enjeu de la transition écologique, c’est de montrer que ce modèle est crédible économiquement et porteur de sens. On doit sortir de la niche écolo pour en faire un modèle de société, de sobriété et de résilience. »

16 La Route des POTEs passera évidemment par Tramayes. Au cœur du bourg, sur la place du champ de foire, les visiteurs ne manqueront pas l’arrêt devant la roulotte des transitions, symbole d’une aventure collective expérimentale. Puis ils croiseront sans doute ces hérauts en transition que sont Michel, le maire expert en énergies renouvelables et sobriété énergétique, Vincent et Marie-Laure, les retraités devenus spécialistes des émissions carbone et de la vulgarisation scientifique, ainsi que tous les pionniers ordinaires qu’ils ont réussi à fédérer autour d’eux.


Date de mise en ligne : 24/11/2022

https://doi.org/10.3917/dard.007.0106