Compte rendu

Colin Jones, , Madame de Pompadour. Images of a Mistress, Londres, National Gallery Company, 2002, 176 p., 104 ill.

Page 187

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  • Duprat, A.
(2006). Colin Jones, , Madame de Pompadour. Images of a Mistress, Londres, National Gallery Company, 2002, 176 p., 104 ill. Revue d’histoire moderne & contemporaine, no 53-3(3), 187-187. https://doi.org/10.3917/rhmc.533.0187.

  • Duprat, Annie.
« Colin Jones, , Madame de Pompadour. Images of a Mistress, Londres, National Gallery Company, 2002, 176 p., 104 ill. ». Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2006/3 no 53-3, 2006. p.187-187. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2006-3-page-187?lang=fr.

  • DUPRAT, Annie,
2006. Colin Jones, , Madame de Pompadour. Images of a Mistress, Londres, National Gallery Company, 2002, 176 p., 104 ill. Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2006/3 no 53-3, p.187-187. DOI : 10.3917/rhmc.533.0187. URL : https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2006-3-page-187?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhmc.533.0187


1Publié à l’occasion d’une exposition de la National Gallery de Londres, ce livre se situe à mi-chemin entre l’étude historique, le catalogue d’exposition, genres tous deux traditionnels, et l’essai. Du premier type, il conserve une chronologie, une bibliographie, un index des noms propres et un appareil de notes, tous très utiles. Du second, une abondante iconographie, légendée avec précision, presqu’entièrement en couleurs (tableaux, gravures et objets). Mais Colin Jones (auteur d’un récentThe Great nation 1715-1799, Columbia University Press,2002) n’a pas souhaité en rester à un simple commentaire des documents exposés associé à un parcours biographique traditionnel. Partant de l’hypothèse de la complexité d’une personne, au-delà de ses caricatures, il nous convie à une promenade en compagnie de cette maîtresse royale en sept chapitres destinés à montrer la « fabrication d’une maîtresse royale », dont les multiples visages sont caractérisés par la « discrétion et la fidélité », par le goût de l’art Rococo, puis, vers la fin de sa vie et au rythme des deuils qui la frappent (le décès de sa fille Alexandrine à l’âge de neuf ans), par la piété.

2Vers 1755, l’action de la Pompadour en faveur de l’alliance avec l’Autriche aggrave son discrédit dans l’opinion et, malgré ses tentatives pour freiner ses dépenses durant la guerre de Sept Ans pour moins prêter le flanc à la critique, elle est accusée d’avoir prononcé la phrase fameuse, mais sans doute apocryphe, « après nous, le déluge !», juste après les défaites de Belle-Île et de Basse-Terre en Guadeloupe. La rumeur publique, très enflammée à la suite de l’affaire Damiens qui avait vu la maîtresse royale montrer une hostilité assez vive à l’encontre des Jansénistes et des parlementaires, devient des plus virulentes, également contre le roi lui-même comme en témoigne l’affaire de l’inauguration place Louis XV de la statue royale faite par Bouchardon. Le titre du dernier chapitre, « Schéhérazade-Pompadour » révèle l’hypothèse qui sous-tend le livre :à l’instar de la princesse qui lisait nuit après nuit, des contes à son geôlier pour avoir la vie sauve… jusqu’à ce qu’il tombe amoureux d’elle, et que tous deux puissent s’enfuir, la Pompadour a ensorcelé Louis XV qui a abandonné le gouvernement du royaume, jusqu’à l’issue fatale dont sera victime la dernière maîtresse royale, la Du Barry, dont un beau tableau clôt le livre. Le marquis d’Argenson avait résumé en ces termes la relation entre le roi et sa maîtresse : « elle l’amuse tant qu’il ne se prend plus à réfléchir ».

3Après avoir replacé l’histoire de la marquise de Pompadour dans la longue durée des maîtresses royales qui, pour n’avoir jamais eu de « statut officiel », n’en ont pas moins exercé une influence notable sur leurs souverains, Colin Jones présente sa famille, en pleine ascension sociale, et qui compte plusieurs financiers importants, comme Pâris-Duverney et Pâris de Montmartel. La marquise elle-même jouit d’une grande culture, que les peintres, ses amis, se sont fait un devoir d’évoquer, en plaçant dans leurs tableaux force livres, globes terrestres, instruments de musique. La comparaison de deux tableaux de Nattier (1748), Madame de Pompadour, cheveux libres, buste dégagé, un costume de Diane chasseresse à peine esquissé, et Marie Leczinska, reine de France, portant un bonnet et de lourds brocards, assise à une table de couture, montre assez crûment à la fois la différence entre la maîtresse et l’épouse et le fossé qui sépare l’esprit de liberté de l’esprit dévot. En 1750, Boucher renforce encore l’image de la femme savante en écrivant lisiblement les titres de l’Encyclopédie, de L’esprit des lois, de La Henriade et d’une pastorale italienne bien dans l’air du temps.

4Nattier et Boucher, membres de son entourage proche et subjugués par la marquise, ne montrent pas les marques de son vieillissement, à la différence de Van Loo qui, dès 1754, n’hésite pas à esquisser un renflement sous son menton ou une bouffissure sur ses joues.

5L’iconographie recèle parfois des mystères difficiles à lever, comme celui de l’original du camée à l’effigie de Louis XV que porte le bras de la marquise sur le tableau de Boucher, Madame de Pompadour à sa table de toilette,1758. Ce signe ostensible de l’appartenance d’une femme (illégitime) à son amant marque la montée des pratiques de la vie bourgeoise, dans laquelle la marquise installe le roi, que ce soit dans les petits appartements de Versailles ou dans ceux de son château de Bellevue. Dédaignant la montée des rumeurs et la diffusion de pamphlets très orduriers à son encontre, elle s’y occupe de ses collections d’œuvres d’art et de ses chiens. Mais les « poissonnades », comme on les appelle alors sont-elles pires que les mazarinades, comme le laisse entendre C. Jones ? Elles jouent sur un autre registre, plus intime, surtout lorsqu’elles évoquent les « fleurs blanches de la marquise » [comprendre les traces d’une leucorrhée] mais on n’y voit pas des appels au meurtre comme il y en a eu pour le cardinal Mazarin. On le voit, ce livre est tout à fait important pour mieux saisir un pan de l’histoire des mœurs et l’histoire culturelle du XVIIIe siècle.


Date de mise en ligne : 01/10/2005

https://doi.org/10.3917/rhmc.533.0187