Yvon Tranvouez, Catholiques et communistes. La crise du progressisme chrétien 1950-1955, Paris, Cerf, 2000,363 p.
- Par Frédéric Gugelot
Pages 137 à 138
Citer cet article
- GUGELOT, Frédéric,
- Gugelot, Frédéric.
- Gugelot, F.
https://doi.org/10.3917/rhmc.485.0137
Citer cet article
- Gugelot, F.
- Gugelot, Frédéric.
- GUGELOT, Frédéric,
https://doi.org/10.3917/rhmc.485.0137
1 L’ouvrage s’attache à l’étude d’un milieu de quelques milliers de chrétiens qui tentent – l’impossible ? – fidélité à l’Église et à la classe ouvrière. La tension entre l’engagement militant de ces compagnons de route du PCF et leur appartenance religieuse est approchée à travers une tribune-carrefour, La Quinzaine (jusque 6000 abonnés), fondée en 1950, condamnée par Rome en 1955. Le journal de ceux qui se veulent « des chrétiens dans le temps présent » (devise du périodique) se révèle, sous la plume de l’auteur un excellent baromètre.
2 Tout débute par le constat que dressent ces chrétiens d’un monde moderne en train de se construire, sans l’Église, autour du mouvement ouvrier. Le vocable de « progressisme chrétien » désigne alors la rencontre dans cette nébuleuse entre ceux qui croient à un rapprochement entre chrétiens et communistes après la guerre, alors même que Rome a condamné sans appel en 1949 le communisme athée et toute collaboration avec lui, et ceux qui, hantés par la vision d’une France terre de mission, multiplient les initiatives apostoliques. « Il faut aller aux maîtres de demain, aux communistes, comme l’évêque de Reims est allé aux Barbares. La main tendue que nous offrent de temps à autre les chefs du marxisme dans notre pays, nous ne devons pas refuser de la saisir.
3 Faisons du progressisme si nous voulons ressembler à Rémi » ( La Quinzaine, 15 novembre 1952). D’où des engagements proches des combats communistes du temps : lutte pour la paix, dénonciation de l’exploitation ouvrière et de l’oppression coloniale. L’auteur révèle de façon passionnante la constitution de milieux et de relais qui permettent aux auteurs et aux amis de cette revue de l’aider à vivre. Il montre aussi avec acuité les divisions de ce si petit monde.
4
Mais les temps sont durs pour ceux qui tentent cette expérience
: condamnation de Jeunesse de l’Église en 1953, arrêt de l’expérience des
prêtres-ouvriers en 1954 et condamnation de La
Quinzaine en 1955. Le contexte de guerre froide justifie en partie
leur échec, mais c’est à l’aune d’une histoire plus longue de l’Église
catholique qu’il s’explique. Et le catholique maurrassien Michel Mourre ne
manque pas d’interpréter différemment le débat : « Mais l’Église des premiers
siècles ne passait pas aux barbares :
ce sont les barbares qui passaient à l’Église ». Il ne peut y
avoir de légitimation religieuse à un engagement politique car l’Église ne se
partage pas au nom de « l’universelle royauté du Christ ». Le choix qui domine
dans le camp progressiste est celui de la « soumission de la Foi » et donc de
l’obéissance à Rome, suivant le modèle de Lacordaire et du Sillon et non de
Lamennais.
5 La grande surprise vient de l’absence des communistes de ce débat catholico~catholique et du livre. Articulé en trois parties, « Situations », « Enjeux » et « Perspectives », ce recueil d’articles remaniés nous permet de suivre avec passion la lutte du « progressisme chrétien » pour survivre.