Des voyageurs romantiques de l’infini. Les fous dans Consuelo et la Comtesse de Rudolstadt de George Sand
- Par Alex Lascar
Pages 115 à 126
Citer cet article
- LASCAR, Alex,
- Lascar, Alex.
- Lascar, A.
https://doi.org/10.3917/rhlf.161.0115
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- LASCAR, Alex,
https://doi.org/10.3917/rhlf.161.0115
Notes
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[1]
G. Sand s’insère dans une tradition. On songe au Moine, à la Valérie de Mme de Krüdener.
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[2]
Sa sœur, la jeune Rose, d’un tempérament aussi nerveux que le sien, aurait pu connaître un sort analogue, si ses amours avec Grand-Louis n’avaient eu finalement une heureuse issue.
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[3]
Magnus, fou, peut voir juste notait P. Reboul dans son édition de Lélia, Paris, Garnier, 1960, et il rappelait certaines remarques de Nodier dans Une heure ou la vision (note 2, p. 81).
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[4]
Dans Vies d’artistes, Paris, Omnibus, 1992, p. 961-962.
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[5]
Consuelo La Comtesse de Rudolstadt, Grenoble, Les Éditions de l’Aurore, 1988, t. III, p. 196 (désormais chaque citation sera suivie d’une référence à cette édition – le tome en romain, suivi de la page).
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[6]
La folie peut être contagieuse (Albert songe à son influence sur Zdenko, t. I, p. 428 ; le médecin dans Le Meunier d’Angibault craindra celle de la Bricoline sur Rose, Grenoble, Les Éditions de l’Aurore, 1990, p. 224).
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[7]
Par des convulsions, des évanouissements, pour Albert, t. I, 207 ; pour Wanda, t. III, p. 327.
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[8]
Voir t. I, p. 338 et 400.
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[9]
T. III, p. 340 (il croyait à la réincarnation de sa mère).
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[10]
T. I, p. 407.
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[11]
L’auteur-narrateur évoque lui-même « les rêveries vers lesquelles son inaction et son isolement » avaient forcé « pendant si longtemps » Albert « de se tourner », t. I, p. 373.
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[12]
T. III, p. 356. À la fin du roman c’est la musique d’Albert qui soudain, un instant, redonnera jeunesse à Zdenko, ibid., p. 441.
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[13]
T. I, p. 279 pour la première phrase, 280 pour le dernier mot.
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[14]
T. III, p. 409. Albert prénommera Zdenko son fils aîné. À la fin de La Comtesse de Rudolstadt, le vieux compagnon pleure d’émotion devant ce jeune homme qui « portait son nom d’esclave », t. III, p. 447.
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[15]
Il ne cessait de la dessiner sur ses papiers, t. III, p. 348.
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[16]
T. III, p. 339 pour la première citation ; I, 410 pour la seconde.
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[17]
Zdenko passe aux yeux des paysans « pour un porte-bonheur, pour un présage de fortune », t. I, p. 282. Par sa seule présence il donne l’espoir. Il est absolument l’inverse de la Grand’Gothe dans Jeanne (1844).
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[18]
Un relevé indicatif, non pas exhaustif, des deux types d’emploi permet de citer : Wanda se sacrifia en se mariant « avec une sorte d’orgueil enthousiaste », t. III, p. 325 ; elle sentit « ses enthousiasmes comprimés » (ibid., p. 326) ; elle manqua d’enthousiasme pour son mari mais dans le couple Wanda-Marcus régnait une « confiance enthousiaste » (ibid., p. 332) ; « quel orgueil enthousiaste s’empara de moi » (ibid., p. 339) [Wanda face à son fils] ; elle veut fortifier la raison d’Albert contre « l’excès de son enthousiasme » (ibid.) ; guéri, il retrouva l’« enthousiasme pour ses semblables » (ibid., p. 356) ; il « avait pleuré son père avec un attendrissement enthousiaste » (ibid., p. 359) ; il parla aux siens après le retour de sa caverne : « emporté à » son « insu par des accès d’enthousiasme », I, p. 246 ; « on eût dit qu’il avait deux âmes : l’une toute d’enthousiasme pour les choses célestes, une toute de bienveillance pour les hommes d’ici-bas » [lettre de Philon à Ignace M.] (t. III, p. 439). Au violon « son chant avait un caractère particulier d’enthousiasme » (ibid., p. 440). On dit à Albert : « tu voulais disposer nos sens à l’enthousiasme qui te déborde » (ibid., p. 441). La Zingara (Consuelo) reconnaît que peut-être Trismégiste leur paraît « égaré par l’enthousiasme » (ibid., p. 447). Gottlieb lui aussi, « s’était mis à parler avec enthousiasme de la doctrine de l’évangile » (ibid., p. 181). À Zdenko, dit Wanda, nous sûmes « parler le langage qui plaisait à son enthousiasme », ibid., p. 347.
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[19]
Zdenko évoque la montagne rouge [la catholique ?], persécutant la noire [celle des hussites] sans réaction de la montagne blanche. Le blanc représente-t-il les purs en esprit restés passifs ? Puis il passe à d’autres métaphores : la robe noire de la montagne persécutée s’est elle-même souillée de crimes, la robe blanche reste immaculée mais en raison de son oisiveté ; puis les voilà toutes rouges, comme prisonnières du rouge (t. I, p. 282). Plus tard il jouera « avec trois cailloux, un blanc, un rouge et un noir qu’il poussait l’un contre l’autre et il se réjouissait chaque fois qu’il les faisait tomber » (t. I, p. 283).
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[20]
L’auteur évoque le « gazouillement naturel du chant de Zdenko », t. I, p. 274 ; il « approche sans le moindre bruit », ibid., p. 273, s’enfonce « dans un buisson épais où un lièvre eût seul semblé pouvoir se frayer un passage », ibid., p. 285.
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[21]
T. III, p. 195-196. Et il veut fabriquer des souliers pour imiter Boehm, le cordonnier de Görlitz.
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[22]
T. III, p. 455. Entre tous les penseurs il admire passionnément Leibniz, ibid.
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[23]
T. III, p. 445. Et Consuelo avait dit aussi que sa voix avait pour « ses oreilles un charme extraordinaire ». « La monotonie de ses mélodies » contient « des idées bien suaves et bien originales », t. I, p. 282.
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[24]
Sans doute Albert parle-t-il par exemple à Consuelo de « ce qu’ils appellent la raison », ne se croit pas assez fort « pour supporter […] le spectacle de leur démence », t. I, p. 343, mais il est directement juge et partie.
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[25]
T. I, p. 311. D’ailleurs, nous-mêmes – lecteur ou auteur – n’avons-nous pas l’expérience, ponctuelle, d’états seconds, assez proches de ceux que vit Albert, quand nous sommes en proie au cauchemar, rendus impuissants par une sorte de léthargie ? t. I, p. 372-373.
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[26]
Voir P. Berthier, « Fous balzaciens », dans La Folie. Création ou destruction ? sous la direction de C. Brochard et E. Pinon, Presses Universitaires de Rennes, 2011, p. 89-99 et aussi S. Ledda, « Les Fantaisies de Dionysos. Frénésie et folie chez Musset », ibid., p. 77-87. On peut encore se référer aux ouvrages de S. Felman : La Folie dans l’œuvre romanesque de Stendhal, Paris, José Corti, 1971 et La Folie et la chose littéraire, Paris, Éditions du Seuil, 1978.
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[27]
On perçoit une véritable crainte du franchissement des limites : « Dieu ne veut pas » qu’on « abjure […] la conscience de sa vie réelle » en s’élevant « trop souvent à de vastes conceptions d’un monde idéal », t. I, p. 348 ; on peut alors « tourner à la fureur et à l’abrutissement », t. III, p. 452.
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[28]
Dans Romantiques allemands, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1963, p. 836.
De Lélia (1833) aux Maîtres sonneurs (1853) il y a deux lignées de fous dans l’œuvre de George Sand. Les uns terribles et violents, d’autres pacifiques, artistes et un peu prophètes. Magnus, prêtre, mais homme aux passions ardentes, est obsédé par son désir pour Lélia qui ne saurait lui céder. Il a perdu la foi, il en est désespéré. Il a des hallucinations. Certaines sont érotiques ; d’autres lui font croire Lélia morte. Cela seul le soulage. Quand Sténio le détrompe, il devient furieux. De fait Lélia réapparaît. Toujours impitoyable, elle fait devant lui une longue déclaration d’amour à Sténio, qui s’est suicidé. Elle l’humilie profondément. Sa faible raison succombe. Il l’étrangle. Cette folie est l’ultime produit de la répression des désirs imposée par une Église qui bafoue la Nature. Douze ans après Lélia, Le Meunier d’Angibault nous conte en contrepoint de l’intrigue principale l’histoire sinistre et pathétique de La Bricoline que livre à la démence un amour violenté et brisé par ses parents. Insensible à la douleur physique, elle a des dispositions à la catalepsie, connaît aussi des états de prostration convulsive. Elle hait sa mère et manque l’étrangler. Par accident elle incendie la ferme familiale et meurt dans le bûcher. En fait la Bricoline incarne le complet désespoir. Mais à elle, comme à Magnus, il arrive au sein même de leurs délires de voir obscurément vrai. Joset (Les Maîtres sonneurs) est un « ébervigié » (celui qui écarquille les yeux), un de ceux « qui voient le vent », un rêveur mélancolique parfois pris pour un fou, en quête de l’Absolu de la Musiqu…