NICOLE SAVY, Les Juifs des Romantiques. Paris, Belin, « Littérature et politique », 2010. Un vol. de 248 p.
- Par Caroline Julliot
Pages 479d à 509d
Citer cet article
- JULLIOT, Caroline,
- Julliot, Caroline.
- Julliot, C.
https://doi.org/10.3917/rhlf.122.0479d
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- Julliot, C.
- Julliot, Caroline.
- JULLIOT, Caroline,
https://doi.org/10.3917/rhlf.122.0479d
C’est une double ambition que poursuit l’auteur de ce livre : un but scientifique, et un but politique ou humaniste, cohérent avec son engagement de
longue date au sein de la LDH.
D’un point de vue universitaire, d’abord. Nicole Savy a écrit cette étude
après avoir noté une béance, peut-être même une omission de la part des spécialistes : le XIXe siècle a beau avoir constitué une période d’émancipation des
Juifs en France, ils n’y sont en fait considérés que par la loi comme des
citoyens comme les autres. Son ouvrage vient combler un manque dans l’histoire des représentations : « il ne s’agit que de cesser de cacher la poussière
antisémite sous le tapis. La chose a été pudiquement occultée par la tradition
académique (…) disons, avant Céline et la contagion du nazisme (…)
Jusqu’à l’Affaire Dreyfus, l’antijudaïsme est un sentiment très largement
répandu » (p. 12-13). L’étude montre bien que jusqu’alors, en effet, le Juif est
haïssable aussi bien pour la gauche que pour la droite. À ce titre, les deux
annexes (un article des Archives Israélites de France déplorant les clichés à
l’œuvre, et ces mêmes clichés s’affichant dans Les Français peints par eux-mêmes) s’avèrent précieuses et donnent la mesure de l’état de la doxa des
années 1840 en la matière. Les écrivains ne font pas exception à la règle,
relayant bon nombre d’idées reçues ; mais Nicole Savy convainc facilement
avec l’idée que le travail de l’écriture et l’idéal d’un moi romantique à portée
universelle, fonctionnent comme un laboratoire déjouant les stéréotypes…