STÉPHAN GEONGET, La Notion de perplexité à la Renaissance. Genève, Droz (Travaux d’Humanisme et Renaissance, CDXII), 2006. Un vol. de 484 p.
- Par Bruno Méniel
Pages 191d à 198d
Citer cet article
- MÉNIEL, Bruno,
- Méniel, Bruno.
- Méniel, B.
https://doi.org/10.3917/rhlf.101.0191d
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https://doi.org/10.3917/rhlf.101.0191d
En choisissant pour objet le thème de la perplexité, à laquelle aucun philosophe ne semble avoir donné de dignité particulière, Stéphan Geonget pourrait être
taxé de modestie excessive. Que l’on ne s’y trompe pas : il a débusqué une notion
vraiment essentielle, car elle éclaire certains des textes les plus ardus de la
Renaissance, notamment ceux de Rabelais, auquel il consacre toute la dernière
partie du livre. Pour conduire son lecteur à l’écrivain humaniste, il l’invite à parcourir les sciences, et à reconstituer la généalogie de la notion de perplexité. Et il
nous initie, chemin faisant, aux usages herméneutiques du XVIe siècle, dont beaucoup trouvent leur origine dans la pensée scolastique. À l’origine, la notion relève
de la théologie : elle est déjà définie par saint Augustin, mais Grégoire le Grand la
caractérise comme une antinomie de la loi de l’Église et de la loi de la conscience.
La notion est transposée par Raymond de Peñaforte dans le droit, où elle renvoie
à un conflit d’autorités entre différents auteurs ou différentes interprétations d’un
texte. Au-delà, la notion peut être appliquée à des problèmes moraux. Le cas
« perplexe » naît toujours du conflit entre deux lois antinomiques et il oblige celui
qui doit trouver une solution à manifester son audace et son ingéniosité. On appliquera arbitrairement l’une des deux règles, on renverra la décision à plus tard,
voire aux calendes grecques, on laissera le sort trancher, ou on s’en remettra à
Dieu.
La première partie de l’ouvrage présente une approche juridique de la notion
de perplexité…