ALFRED GLAUSER, Écriture et désécriture du texte poétique. De Maurice Scève à Saint-John Perse. Saint-Genouph, Librairie Nizet, 2002. Un vol. 13 × 21 de 162 p.
Pages 1031d à 1076d
Citer cet article
- MATTIUSSI, Laurent,
- Mattiussi, Laurent.
- Mattiussi, L.
https://doi.org/10.3917/rhlf.054.1031d
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https://doi.org/10.3917/rhlf.054.1031d
Sans nommer Maurice Blanchot, dont il semble tributaire, l’auteur étudie des
poèmes où l’engendrement du sens est contrecarré par le mouvement même de
son élaboration, une « poésie qui tend à s’effacer tout en s’écrivant » (p. 74) et qui
œuvre ainsi à sa propre contestation. Comment réunir, en sept chapitres qui leur
sont respectivement consacrés, Scève, Ronsard, La Fontaine, Verlaine, Mallarmé
et Claudel, Laforgue, Saint-John Perse sans conférer au livre une unité factice et à
la notion de « désécriture » une extension excessive ? La palinodie chez Ronsard,
le décalage entre le récit et la moralité chez La Fontaine sont moins significatifs
que l’antagonisme du fond et de la forme relevé chez plusieurs autres. Le titre
« Écriture et désécriture » laisse espérer l’étude d’une tension entre les deux
notions. Or la seconde est souvent délaissée au profit de la première. L’interprétation des sonorités et des rimes, le souci de déchiffrer dans le poème la métaphore
de sa propre écriture conduisent à des lectures allégoriques forcées.
L’intérêt des thèses illustrées par l’ouvrage n’est pas pour autant compromis :
les formes poétiques brèves supposent un pari sur la restriction de la signification;
le poème est un fragment de sens qui trouve ses limites dans sa relation au reste
du recueil ; il est le lieu d’une remise en question par le poète de sa propre création, parfois jusqu’à l’ironie ou la parodie dirigées contre soi. L’auteur commente
les nombreuses formes qui visent à la fois l’avènement du sens et sa perte…