Il y a une vingtaine d’années émergeait dans le paysage intellectuel international le champ des Visual culture studies. À un moment où le flux des images et leur puissance suscitaient de nouveaux questionnements, ce « champ mouvant » proposait de saisir non seulement l’image dans toutes ses dimensions et supports, mais la « fabrique visuelle de[s] société[s] », les dispositifs de vision et les modalités du regard. Une telle ambition supposait de faire dialoguer l’histoire, l’histoire de l’art, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, la psychanalyse, etc. Foisonnant, parfois marginalisé, ce courant de recherche demeure souvent mal connu des historiens français, et de ceux du XIXe siècle en particulier. Pourtant, ce siècle de profusion de l’image, d’hypertrophie de l’œil et de métamorphose de la vision, se prête plus qu’un autre aux interrogations sur les « cultures visuelles ».
La Revue d’histoire du XIX
e
siècle souhaitait apporter à ses lecteurs l’éclairage de spécialistes de ces questions fondamentales pour l’identité du XIXe siècle. Le questionnaire propose cinq entrées successives dans un XIXe siècle lu au prisme des visual studies : les généalogies multiples de ce courant (dont la rupture intellectuelle est quelquefois hypertrophiée) ; le surgissement d’une nouvelle culture visuelle, assise sur la « reproductibilité technique » ; les usages sociaux des images et leur rôle dans la construction des identités ; l’apparition d’un nouveau « régime scopique » et enfin les effets de tels questionnements sur le traitement des sources et les frontières disciplinaires…