Un parmi les invisibles du Jardin du roi : Jean-Nicolas Collignon (1762 – v. 1788), premier jardinier voyageur du roi
- Par Laurence Lippi
Pages 105 à 132
Citer cet article
- LIPPI, Laurence,
- Lippi, Laurence.
- Lippi, L.
https://doi.org/10.3917/rhs.751.0105
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https://doi.org/10.3917/rhs.751.0105
Notes
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[1]
Steven Shapin, The invisible technician, American scientist, 77/6 (1989), 554-563.
-
[2]
Londa Schiebinger et Claudia Swan (dir.), Colonial botany : Science, commerce, and politics in the early modern world (Philadelphia : Univ. of Pennsylvania Press, 2005) ; James Edward McClellan et François Regourd, The Colonial machine (Turnhout : Brepols, 2011).
-
[3]
Emma C. Spary, Le Jardin d’utopie : L’histoire naturelle en France de l’Ancien Régime à la Révolution (Paris : Publications scientifiques du Muséum, 2005) ; Sarah Easterby-Smith, Cultivating commerce : Cultures of botany in Britain and France, 1760-1815 (Cambridge : Cambridge Univ. Press, 2018).
-
[4]
William Falls, Buffon et l’agrandissement du Jardin du roi à Paris, Archives du Muséum national d’histoire naturelle, 6e sér., X (1933), 129-200.
-
[5]
Marie-Noëlle Bourguet, La collecte du monde : Voyage et histoire naturelle (fin xviie siècle – début xixe siècle), in Claude Blanckaert, Claudine Cohen, Pietro Corsi et Jean-Louis Fischer (coord.), Le Muséum au premier siècle de son histoire (Paris : Éd. du Muséum national d’histoire naturelle, 1997), 163-196 ; Lucile Allorge-Boiteau et Olivier Ikor, La Fabuleuse odyssée des plantes : Les botanistes voyageurs, les jardins des plantes, les herbiers (Paris : Lattès, 2003).
-
[6]
Bourguet, art. cit. in n. 5, 166 ; Spary, op. cit. in n. 3, 98.
-
[7]
Voir les éloges dans : Yvonne Letouzey, Le Jardin des plantes à la croisée des chemins : Avec André Thouin, 1747-1824 (Paris : Éd. du Muséum, 1989), 665-670.
-
[8]
Ernest-Théodore Hamy, Les derniers jours du Jardin du roi et la fondation du Muséum d’histoire naturelle, in Centenaire de la fondation du Muséum d’histoire naturelle, 10 juin 1793 – 10 juin 1893 : Volume commémoratif publié par les professeurs du Muséum (Paris, 1893), 3-162.
-
[9]
Letouzey, op. cit. in n. 7. Ces archives sont à la bibliothèque centrale du Muséum national d’histoire naturelle et aux Archives nationales.
-
[10]
Spary, op. cit. in n. 3 ; Easterby-Smith, op. cit. in n. 3 ; Lorelai Kury, André Thouin et la nature exotique au Jardin des plantes, in Le Jardin entre science et représentation (Paris : Éd. du CTHS, 1999), 255-265 ; Pierre-Yves Lacour, La République naturaliste : Collections d’histoire naturelle et Révolution française (1789-1804) (Paris : Publications scientifiques du Muséum, 2014).
-
[11]
Spary, op. cit. in n. 3, 75-87 ; Hamy, art. cit. in n. 8, 135.
-
[12]
Laurence Lippi, « Le Muséum (1793-1824), la botanique et ses acteurs intra-muros : Sciences, réalités sociales, pratiques savantes », mémoire de master 2 (EHESS, Centre Alexandre-Koyré, 2019).
-
[13]
Article Manoeuvrier ou Manouvrier (Comm.), [ENCCRE], vol. X (1765), 49b.
-
[14]
Le Dictionnaire de l’Académie françoise, dédié au Roy, 4e éd. (Paris, 1762), t. 2 : L-Z ; Patrice Bret, Figures du savant, xve-xviiie siècle, in Liliane Hilaire-Pérez, Fabien Simon et Marie Thébaud-Sorger (dir.), L’Europe des sciences et des techniques : Un dialogue des savoirs, xve-xviiie siècle (Rennes : Presses univ. de Rennes, 2018), 95-102.
-
[15]
Article Savant, Docte, Habile (Synon.), [ENCCRE], vol. XIV (1765), 706a.
-
[16]
Patrice Bret, Des « Indes » en Méditerranée ? L’utopie tropicale d’un jardinier des Lumières et la maîtrise agricole du territoire, Revue française d’histoire d’outre-mer, 86/322-323 (1999), 65-89.
-
[17]
Louis Dessaivre-Audelin, « Les Jussieu : Une dynastie de botanistes au xviiie siècle (1680-1789) », thèse pour le diplôme d’archiviste-paléographe (École nationale des chartes, 1987) ; Gilles Geneix, « Antoine-Laurent de Jussieu, fabrique d’une science botanique », thèse de doctorat en histoire des sciences (EHESS, 2020).
-
[18]
Voir Hilaire-Pérez, Simon et Thébaud-Sorger, op. cit. in n. 14.
-
[19]
Iwan Rhys Morus, Invisible technicians, instrument-makers and artisans, in Bernard Lightman (éd.), A companion to the history of science (Chichester-Malden : Wiley Blackwell, 2016), 97-110, ici 98.
-
[20]
Bertrand Daugeron, Collections naturalistes entre science et empires : 1763-1804 (Paris : Publications scientifiques du Muséum, 2009), 319 et 449-450.
-
[21]
« Documents relatifs à l’expédition de La Pérouse autour du monde, commencée en 1785 », ms. (MNHN, Documents divers, Ms 1928(1), fos 1-74 ; MNHN, Correspondance d’André Thouin relative à l’expédition de La Pérouse autour du monde, Ms 1928(2), fos 75-162). Une partie des manuscrits figure dans : Letouzey, op. cit. in n. 7, 198-226.
-
[22]
« 46 lettres adressées et reçues par divers (19 mai 1785 – 11 avril 1790) », ms. (MNHN, Ms 1928(2), fos 75-156). Les lettres de Collignon du 26 septembre 1787 et du 15 février 1788 sont reproduites dans : Letouzey, op. cit. in n. 7, 224-225.
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[23]
Collignon à Thouin, le 14 mars 1786, baie de la Conception (MNHN, Ms 1928(2), f° 135) ; Collignon à Thouin, le 28 janvier 1787, Macao (MNHN, Ms 1928(2), f° 142).
-
[24]
Lorelai Brilhante Kury, Histoire naturelle et voyages scientifiques (1780-1830) (Paris : L’Harmattan, 2001) ; Pierre-Yves Beaurepaire, Les Lumières et le monde : Voyager, explorer, collectionner (Paris : Belin, 2019).
-
[25]
Jean-François de Galaup de La Pérouse, Voyage de La Pérouse autour du monde, publié conformément au décret du 22 avril 1791, et rédigé par M. L.-A. Milet-Mureau, 4 t. (Paris, 1797) ; Catherine Gaziello, L’Expédition de Lapérouse, 1785-1788 : Réplique française aux voyages de Cook (Paris : Éd. du CTHS, 1984) ; Maurice de Brossard et John Dunmore (éd.), Le Voyage de Lapérouse, 1785-1788 : Récits et documents originaux, 2 t. (Paris : Impr. nationale, 1985) ; Roger L. Williams, French botany in the enlightenment : The III-fated voyages of La Pérouse and his rescuers (Dordrecht : Kluwer Academic Publishers, 2003).
-
[26]
Auguste Chevalier, L’œuvre des voyageurs-naturalistes et du Jardin des plantes depuis sa fondation jusqu’à la Révolution, Journal d’agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 10/106 (1930), 463-479 ; Yves Laissus, Les voyageurs naturalistes du Jardin du roi et du Muséum d’histoire naturelle : Essai de portrait-robot, Revue d’histoire des sciences, 34/3 (1981), 259-317 ; Jean-Marc Drouin, De Linné à Darwin : Les voyageurs naturalistes, in Michel Serres (dir.), Éléments d’histoire des sciences (Paris : Bordas, 1989), 321-335 ; Allorge-Boiteau et Ikor, op. cit. in n. 5.
-
[27]
Spary, op. cit. in n. 3, 102, 104 ; Lacour, op. cit. in n. 10, 255.
-
[28]
Bourguet, art. cit. in n. 5, 177.
-
[29]
Silvia Collini, Conseils pratiques et orientations théoriques dans les instructions pour les voyageurs (xviiie siècle), in Claude Blanckaert (dir.), Le Terrain des sciences humaines : Instructions et enquêtes, xviiie-xxe siècle (Paris-Montréal : L’Harmattan, 1996), 57-72.
-
[30]
Pour le cas français : Henri-Louis Duhamel Du Monceau, Avis pour le transport par mer des arbres, des plantes vivaces, des semences, et de diverses autres curiosités d’histoire naturelle. Seconde édition, considérablement augmentée (Paris, 1753) ; Étienne-François Turgot, Henri-Louis Duhamel Du Monceau et Roland-Michel Barrin La Galissonnière, Mémoire instructif sur la manière de rassembler, de préparer, de conserver et d’envoyer les diverses curiosités d’histoire naturelle ? ; auquel on a joint un mémoire intitulé : Avis pour le transport par mer des arbres, des plantes vivaces, des semences et de diverses autres curiosités d’histoire naturelle (Lyon, 1758). En général : Lorelai Brilhante Kury, Les instructions de voyage dans les expéditions scientifiques françaises (1750-1830), Revue d’histoire des sciences, 51/1 (1998), 65-92.
-
[31]
Shapin, art. cit. in n. 1, 557.
-
[32]
Cité par Dominique Garrigues, Jardins et jardiniers de Versailles au Grand Siècle (Seyssel : Champ Vallon, 2001), 23.
-
[33]
Lippi, op. cit. in n. 12.
-
[34]
Dictionnaire universel d’agriculture, et de jardinage, de fauconnerie, chasse, pêche, cuisine et manège, en deux parties, t. 1 (Paris, 1751).
-
[35]
Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708), professeur de l’intérieur et de l’extérieur des plantes au Jardin royal, publie en 1694 Éléments de botanique, ou Méthode pour connaître les plantes, une classification qu’il applique à l’École de botanique et qui sera modifiée par Antoine-Laurent de Jussieu en 1774. Philippe Jaussaud et Édouard-Raoul Brygoo, Du jardin au Muséum : En 516 biographies (Paris : Publications scientifiques du Muséum, 2004).
-
[36]
Jean (1541-1612) et Gaspard (1560-1624) Bauhin sont deux frères botanistes suisses. Le deuxième publie en 1658 l’ouvrage majeur Pinax theatri botanici. Georges Cuvier, Les premiers botanistes, suite, in Theodore W. Pietsch (éd.), Cuvier’s history of the natural sciences : Nineteen lessons from the sixteenth and seventeenth centuries (Paris : Publications scientifiques du Muséum, 2015), 334-349.
-
[37]
Dictionnaire universel d’agriculture, op. cit. in n. 34.
-
[38]
Alain Rey et al., Dictionnaire historique de la langue française (Paris : Le Robert, 1995).
-
[39]
Dictionnaire universel françois et latin : Contenant la signification et la définition tant des mots de l’une et de l’autre langue, avec leurs différens usages que des termes propres de chaque état et de chaque profession, t. 1 (Paris, 1752).
-
[40]
Article Botanique (Ordre encyclop. Entendement. Raison. Philosophie ou Science. Science de la nature. Physique générale, particulière. Botanique), [ENCCRE], vol. II (1752), 340b-345a.
-
[41]
Article Jardinier (Art Méch.), [ENCCRE], vol. VIII (1765), 460b-461a.
-
[42]
Philip Miller, The Gardeners dictionary (Londres, 1768), dédicace.
-
[43]
Id., Dictionnaire des jardiniers […] Ouvrage traduit de l’anglois, sur la huitieme edition de Philippe Miller […] par [Laurent-Marie] de Chazelles, avec des notes […] par [François] Holandre (Paris, 1785), xii.
-
[44]
Alexandre-Henri Tessier et al., Encyclopédie méthodique : Agriculture. Par M. l’abbé Tessier, docteur-régent de la faculté de médecine, de l’Académie royale des sciences, de la Société royale de médecine, M. Thouin & M. Fougeroux de Bondaroy, de l’Académie royale des sciences, t. 5 (Paris, 1812), 75-76.
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[45]
Ibid.
-
[46]
Bosc succède à Thouin à la chaire de culture en 1825, contre l’avis de l’assemblée des professeurs du Muséum, qui lui préfère Charles-François Brisseau de Mirbel (1776-1854). Mirbel occupera le poste à la mort de Bosc, en 1828.
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[47]
Depuis 1722, Jussieu entretient avec Miller des relations régulières fondées sur l’échange de graines et de plants entre les deux jardins botaniques. Miller lui dédicacera un exemplaire de The Gardeners dictionary. Dessaivre-Audelin, op. cit. in n. 17, 306, 415.
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[48]
Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, Fragments biographiques : Précédés d’études sur la vie, les ouvrages et les doctrines de Buffon (Paris, 1838), 184 ; Dessaivre-Audelin, op. cit. in n. 17, 368-370 ; Letouzey, op. cit. in n. 7, 50-51.
-
[49]
Geneix, op. cit. in n. 17, 297-298.
-
[50]
Spary, op. cit. in n. 3.
-
[51]
Cité par Letouzey, op. cit. in n. 7, 119-120. Lippi, op. cit. in n. 12, 97-100.
-
[52]
Son père Nicolas (1725-1779) exerce le métier de jardinier en la paroisse Saint-Martin de Metz quand il épouse, à l’âge de trente et un ans, Barbe Simonin, âgée d’à peine vingt ans et veuve du jardinier Jean George. Sur l’acte de mariage du 16 novembre 1756, les témoins de Barbe, son père Louis et son oncle Nicolas Simonin, sont également jardiniers (Arch. mun. de Metz : GG129, GG130, GG46 ; Arch. dép. de la Moselle, 9NUM/5E103, 1696-1792).
-
[53]
Clare Haru Crowston, L’apprentissage hors des corporations : Les formations professionnelles alternatives à Paris sous l’Ancien Régime, Annales. Histoire, sciences sociales, 60/2 (2005), 409-441.
-
[54]
« Rôle des ouvriers employés aux travaux extraordinaires du Jardin du Roi depuis le 1er janvier jusqu’et compris le 15 du même mois », ms. de 1785 (AN, Archives du Jardin du roi (xviie-xviiie siècles), AJ/15/504, pièce 126). Comme les états des dépenses de 1784 sont manquants, il se peut que Collignon soit arrivé au cours de l’année 1784. Les prénoms des autres jardiniers sont inconnus.
-
[55]
Article Régaleur, termes de rivière, [ENCCRE], vol. XIII (1765), 911b.
-
[56]
« Ensemble de notes et brouillons de lettres », ms. n. d. (MNHN, fonds André Thouin, Ms THO 3/2 1776-1780).
-
[57]
André Thouin, « Mémoire concernant le Jardin du Roi pour sa culture avant son agrandissement », ms. vers 1776 (AN, État des dépenses, AJ/15/503, pièce 123).
-
[58]
« État des dépenses de main d’œuvre du Jardin du Roi dans son état présent », ms. de 1788 (AN, État des dépenses actuelles du Jardin du Roi en 1788, AJ/15/506, dossier 129).
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[59]
« Rôles des 26 quinzaines 1789. Jardin, écoles et serres », extrait du ms. 309 III (AN, Pièces relatives aux finances du Jardin, AJ/15/506, dossier 129).
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[60]
André Thouin, « Mémoire historique relatif à la Partie d’agriculture de l’Expédition de M. le Clier de Lapeirouse » (MNHN, Ms 1928(1), f° 20).
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[61]
Lippi, op. cit. in n. 12, 62-65.
-
[62]
Geneix, op. cit. in n. 17, 175-179.
-
[63]
James Cook, Voyage dans l’hémisphère austral, et autour du monde, fait sur les vaisseaux du roi, l’Aventure & la Résolution, en 1772, 1773, 1774 & 1775. Traduit de l’anglois (Paris, 1778).
-
[64]
« Registre [des procès-verbaux des séances] de l’Académie royale des sciences, année 1785 », t. 104, séance du 25 mai 1785, 101. Le mémoire de l’Académie et les questions de la Société de médecine sont publiés dans : La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 1, 157-179 et 180-196.
-
[65]
La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 1, 171-172.
-
[66]
Gaziello, op. cit. in n. 25, 138.
-
[67]
La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 2, 7.
-
[68]
Barbara Helly, Voyage au Cap pour le compte des jardins royaux de Kew : Francis Masson, chasseur de plantes, bouleverse en silence les connaissances botaniques, Cercles : Revue pluridisciplinaire du monde anglophone, 34 (2015), 187-206 ; Easterby-Smith, op. cit. in n. 3, 170-172.
-
[69]
« Lettres de : William Aiton », ms. de 1778 à 1792 (MNHN, jardin botanique de Londres, Ms THO 351/4).
-
[70]
Spary, op. cit. in n. 3, 76-77 et 104.
-
[71]
Warren R. Dawson, The Banks letters : A calendar of the manuscript correspondence of Sir Joseph Banks, preserved in the British Museum, the British Museum (natural history) and other collections in Great Britain (Londres : impr. sur ordre des administrateurs du British Museum, 1958), 819-820. Des brouillons de lettres de Thouin à Banks sont dans : Letouzey, op. cit. in n. 7, 120-123 et 137.
-
[72]
Cité par Easterby-Smith, op. cit. in n. 3, 93.
-
[73]
André Thouin, « Mémoire historique relatif à la Partie d’agriculture de l Expédition de M. le Clier de Lapeirouse », ms. (MNHN, Ms 1928(1), fos 19-36).
-
[74]
Institut de France, Index biographique de l’Académie des sciences : Du 22 décembre 1666 au 1er octobre 1978 (Paris : Gauthier-Villars, 1979).
-
[75]
« Registre [des procès-verbaux des séances] de l’Académie royale des sciences, année 1786 », t. 106, 28 – [32 bis].
-
[76]
Ibid., 32. Thouin est élu le 10 mars 1786.
-
[77]
Thouin, op. cit. in n. 73, f° 19.
-
[78]
Letouzey, op. cit. in n. 7, 151-153 ; Ernest-Théodore Hamy, Joseph Dombey, médecin, naturaliste, archéologue, explorateur du Pérou, du Chili et du Brésil (1778-1785) : Sa vie, son œuvre, sa correspondance, avec un choix de pièces relatives à sa mission (Paris : E. Guilmoto, 1905).
-
[79]
Spary, op. cit. in n. 3, 109.
-
[80]
Thouin, op. cit. in n. 73, f° 20.
-
[81]
Thouin à La Pérouse, le 19 mai 1785 (MNHN, Ms 1928(2), f° 75).
-
[82]
André Thouin, « Minute du Mémoire destiné à diriger les opérations du jardinier de l’Expedition de M. Le Clier de Lapeirouze », ms. (MNHN, Ms 1928(1), fos 53 – 66 bis). La « minute » est publiée dans : La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 1, 205-240. Voir aussi : Letouzey, op. cit. in n. 7, 210-212.
-
[83]
Thouin à La Pérouse, le 29 mai 1785 (MNHN, Ms 1928(2), f° 78).
-
[84]
« Mémoire rédigé par l’Académie des Sciences, pour servir aux Savans embarqués sous les ordres de M. DE LA PÉROUSE », in La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 1, 157-179.
-
[85]
Thouin à La Pérouse, le 19 mai 1785 (MNHN, Ms 1928(2), f° 75).
-
[86]
Ibid.
-
[87]
François Regourd, Maîtriser la nature : Un enjeu colonial. Botanique et agronomie en Guyane et aux Antilles (xviie-xviiie siècles), Revue française d’histoire d’outre mer, 86/322-323 (1999), 39-63.
-
[88]
Thouin à La Pérouse, le 19 mai 1785 (MNHN, Ms 1928(2), f° 75).
-
[89]
Marie-Noëlle Bourguet et Pierre-Yves Lacour, Les mondes naturalistes : Europe (1530-1802), in Dominique Pestre (dir.), Histoire des sciences et des savoirs, t. 1 : Stéphane Van Damme (dir.), De la Renaissance aux Lumières (Paris : Seuil, 2015), 254-282, 265.
-
[90]
Bourguet et Lacour, art. cit. in n. 89, 266.
-
[91]
Thouin à La Pérouse, le 19 mai 1785 (MNHN, Ms 1928(2), f° 75).
-
[92]
Ibid.
-
[93]
Thouin, op. cit. in n. 73, f° 22.
-
[94]
Kury, art. cit. in n. 10.
-
[95]
La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 1, 205-240. La liste des végétaux est aux pages 235- 240.
-
[96]
Thouin, op. cit. in n. 73, f° 27.
-
[97]
La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 1, 205.
-
[98]
Ibid., 209.
-
[99]
La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 1, 225.
-
[100]
Spary, op. cit. in n. 3, 116-117.
-
[101]
« Projet de Mémoire pour un collège d’agriculture », ms. de janvier 1786 (MNHN, papiers provenant d’André Thouin (1747-1824) en majeure partie de sa main, Ms 308).
-
[102]
Thouin, op. cit. in n. 73, fos 27-29 ; Letouzey, op. cit. in n. 7, 205-206.
-
[103]
Bourguet et Lacour, art. cit. in n. 89, 262.
-
[104]
Voir n. 102 supra.
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[105]
Spary, op. cit. in n. 3, 90.
-
[106]
Collignon à Thouin, le 20 juin 1785, Brest (MNHN, Ms 1928(2), f° 86).
-
[107]
Collignon à Thouin, le 29 juin 1785, Brest (MNHN, Ms 1928(2), f° 92).
-
[108]
« Lettres relatives à l’Expédition de M. de Lapeirouze », ms. (MNHN, Ms 1928(2), f° [162]) ; « Notte de l’expédition faite le 7 février 1786 », ms. (MNHN, Ms 1928(2), f° 134) ; Letouzey, op. cit. in n. 7, 220.
-
[109]
« État des objets nécessaires au jardinier pendant le voyage », in La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 1, 233-235.
-
[110]
« État des objets nécessaires au jardinier pendant le voyage », in La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 1, 233-235.
-
[111]
Note de Thouin sur la lettre de Collignon du 27 juin 1785 (MNHN, Ms 1928(2), f° 91).
-
[112]
John Ellis, Description du mangostan et du fruit à pain […] : Avec des instructions aux voyageurs pour le transport de ces deux fruits & autres substances végétales qui seroient d’une grande ressource aux habitants de nos isles de l’Inde Occidentale (Rouen, 1779).
-
[113]
Laurent à Thouin, le 10 juillet 1785, Brest (MNHN, Ms 1928(2), f° 97).
-
[114]
Collignon à Thouin, les 27 et 29 juin 1785, Brest (MNHN, Ms 1928(2), fos 91-92).
-
[115]
« Description des Paniers propres au Transport des végétaux en nature. Des caisses d’emballage d’arbustes », ms. (MNHN, Ms 1928(1), f° 66 bis). Voir : Yannick Romieux, Le transport maritime des plantes au XVIIIe siècle, Revue d’histoire de la pharmacie, 92/343 (2004), 405-418.
-
[116]
Thouin, op. cit. in n. 73, f° 31.
-
[117]
Collignon à Thouin, le 29 juin 1785, Brest (MNHN, Ms 1928(2), f° 92).
-
[118]
Collignon à Thouin, le 14 juillet 1785, Brest (MNHN, Ms 1928(2), f° 100).
-
[119]
La Martinière à Thouin, le 4 juillet 1785, Brest (MNHN, Ms 1928(2), f° 95).
-
[120]
Collignon à Thouin, le 14 juillet 1785, Brest (MNHN, Ms 1928(2), f° 100).
-
[121]
Collignon à Thouin, le 16 août 1785, Madère (MNHN, Ms 1928(2), f° 113).
-
[122]
Collignon à Thouin, le 30 août 1785, Ténériffe (MNHN, Ms 1928(2), f° 122).
-
[123]
Collignon à Thouin, le 30 août 1785, Ténériffe (MNHN, Ms 1928(2), f° 122).
-
[124]
Ibid.
-
[125]
Ibid.
-
[126]
Note de Thouin, ms. n. d. (MNHN, Ms 1928(2), f° 121).
-
[127]
Société royale d’agriculture de Paris, Mémoires d’agriculture, d’économie rurale et domestique, vol. trimestre du printemps (Paris, 1786), iii.
-
[128]
Collignon à Thouin, le 15 novembre 1785, isle Sainte-Catherine (MNHN, Ms 1928(2), f° 130).
-
[129]
Ibid.
-
[130]
Ibid.
-
[131]
Société d’agriculture de Paris, Mémoires d’agriculture, d’économie rurale et domestique, vol. trimestre d’été (Paris, 1786), XV.
-
[132]
Voir n. 128 supra.
-
[133]
Collignon à Thouin, le 14 mars 1786, baie de la Conception (MNHN, Ms 1928(2), f° 135).
-
[134]
« Rôles des ouvriers employés aux travaux extraordinaires du Jardin du Roi (suite) (1785-1788) », extrait du ms. 311 (AN, AJ/15/504, pièce 126).
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[135]
Collignon à Thouin, le 14 mars 1786, baie de la Conception (MNHN, Ms 1928(2), f° 135).
-
[136]
Collignon à Thouin, le 28 janvier 1787, Macao (MNHN, Ms 1928(2), f° 142).
-
[137]
Ibid.
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[138]
Nom donné le 2 juillet 1786 par La Pérouse à l’actuelle baie Lituya. La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 2, 148.
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[139]
Collignon à Thouin, le 28 janvier 1787, Macao (MNHN, Ms 1928(2), f° 142).
-
[140]
La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 2, 97.
-
[141]
Collignon à Thouin, le 28 janvier 1787, Macao (MNHN, Ms 1928(2), f° 142).
-
[142]
Ibid. Il s’agit de la racine de la plante Liuto.
-
[143]
Ibid.
-
[144]
Ibid.
-
[145]
Antoine-Laurent de Jussieu, Genera plantarum : Secundum ordines naturales disposita, juxta methodum in Horto regio parisiensi exaratam, anno M.DCC.LXXIV (Paris, 1789), 448-449 ; Williams, op. cit. in n. 25, 71-72.
-
[146]
Collignon à Thouin, le 26 septembre 1787, du Havre de St Pierre et St Paul (MNHN, Ms 1928(2), f° 150).
-
[147]
Collignon à Thouin, le 26 septembre 1787, du Havre de St Pierre et St Paul (MNHN, Ms 1928(2), f° 150).
-
[148]
Collignon à Thouin, le 15 février 1788, de la baie Botanique [Botany Bay] (MNHN, Ms 1928(2), f° 152).
-
[149]
Nom donné par La Pérouse à l’île de Tutuila. La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 3, 157.
-
[150]
Collignon à Thouin, le 15 février 1788, de la baie Botanique (MNHN, Ms 1928(2), f° 152).
-
[151]
Cette journée est relatée dans : La Pérouse, op. cit. in n. 25, t. 3, 207-216.
-
[152]
On peut supposer que cette focalisation sur le chevalier de La Pérouse remonte aux usages qui en sont faits dès sa disparition : Arnaud Orain, Jean-Luc Chappey et Antoine Lilti, Usages de l’absent : La figure de Lapérouse et la Révolution française, Annales. Histoire, sciences sociales, 76/1 (mars 2021), 47-82.
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[153]
Pour un aperçu sur cette bibliographie, voir le site : https://www.collection-laperouse.fr/fr
-
[154]
Morus, art. cit. in n. 19 ; Hilaire-Pérez, Simon et Thébaud-Sorger (dir.), op. cit. in n. 18.
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[155]
Stéphane Van Damme, Un ancien régime des sciences et des savoirs, in Histoire des sciences et des savoirs, t. 1, op. cit. in n. 89, 19-40.
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[156]
Dans sa thèse, Francesca Antonelli relate ainsi le rôle joué par Marie-Anne Paulze-Lavoisier dans la renommée du chimiste Lavoisier. Francesca Antonelli, « Scrittura, sociabilità e strategie di persuasione : Marie-Anne Paulze-Lavoisier, secrétaire (1758-1836) », thèse de doctorat (univ. de Bologne et EHESS, 2021).
1 Le Jardin du roi, fondé par un édit royal de janvier 1626 sous le nom de Jardin royal de plantes médicinales, implanté dans le faubourg Saint-Victor suite à un édit de mai 1635, n’aurait jamais existé s’il n’y avait pas eu de jardiniers. Ces « techniciens invisibles [1] » sont longtemps passés inaperçus dans l’historiographie de l’institution et dans celle de l’histoire des sciences. Pourtant leur rôle fut déterminant, au quotidien dans l’entretien et la conservation des plantes et des graines, mais aussi par leur concours, sous des formes variées, aux projets scientifiques portés ou accompagnés par l’institution.
2 Ainsi en est-il de la politique coloniale, conçue par le ministre Colbert dès le xviie siècle et poursuivie tout au long du xviiie [2]. Sous cette impulsion, le Jardin devient alors un acteur essentiel de l’échange de plantes et de graines [3] et un terrain pour expérimenter la naturalisation des végétaux exotiques.
3 Nommé intendant du Jardin du roi en 1739, Georges-Louis Leclerc de Buffon (1707-1788) entreprend, dans les années 1770, l’achat de terrains mitoyens au Jardin, pour en augmenter la superficie [4] à hauteur des collections végétales, animales et minérales, qui ne cessent de croître grâce aux collectes des voyageurs naturalistes [5], dont certains se voient attribuer le brevet, institué par Buffon, de « correspondant du Cabinet du Jardin du roi », sur le modèle de celui de l’Académie royale des sciences [6]. Pour mener à bien son projet, Buffon s’adjoint les services d’André Thouin (1747-1824), jeune jardinier de dix-sept ans qu’il nomme jardinier en chef du Jardin du roi en janvier 1764, au décès de son père, Jean-André Thouin. Dès lors s’établit une collaboration étroite entre les deux hommes, doublée d’une confiance indéfectible, qui s’éteindra à la mort de l’intendant, en 1788.
4 Bien que Thouin ait été reconnu par ses contemporains comme ayant joué un rôle essentiel dans la gestion du Jardin [7], pour avoir été l’un des cofondateurs du Muséum d’histoire naturelle en 1793 [8], ses archives de jardinier en chef conservées par l’institution ont longtemps été ignorées, jusqu’à la publication de l’ouvrage de référence d’Yvonne Letouzey, en 1989 [9]. Cette mise en lumière des papiers de Thouin a alors suscité des réflexions sur son apport dans l’histoire de l’institution royale puis nationale, et dans celle de la botanique, sous l’angle du commerce des plantes, des voyages, des collectes et des collections [10]. Mais la figure du jardinier en chef est pour le moins exceptionnelle : administrateur et comptable du Jardin, élu à l’Académie royale des sciences en mars 1786, professeur de la chaire de culture en juin 1793 [11], Thouin a dépassé sa condition de « technicien invisible ». Son parcours atypique tend à faire oublier les jardiniers ordinaires qu’il engage en nombre pour satisfaire les ambitions de Buffon [12]. Par analogie avec la notion d’invisibilité proposée par Shapin dans une définition canonique, l’appellation de « manouvrier » paraît plus approprié pour définir cette communauté « d’homme[s] de peine & de journée, qui gagne[nt] [leur] vie du travail de [leurs] mains [13] », à la différence du savant, « un homme de beaucoup d’érudition [14] » dont les connaissances relèveraient de la spéculation [15]. Les jardiniers de l’institution placés sous l’autorité du jardinier en chef sont des hommes de terrain dont l’habileté à planter, à cultiver, acquise par « l’expérience de la réalité [16] », sert les desseins du savant botaniste. Grâce à leur concours, Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836) réorganise, en 1774, l’École de botanique, selon la méthode « naturelle » ébauchée par son oncle, Bernard de Jussieu (1699-1777), médecin et sous-démonstrateur des plantes du Jardin royal, méthode qu’il parfait pour élaborer son œuvre majeure, publiée en 1789, le Genera plantarum [17]. Bien qu’ils participent à l’activité botanique dans et hors de l’institution, ces manouvriers, dont la collaboration relève de la maîtrise d’un métier qui se pratique plus qu’il ne se raconte, ont laissé peu de témoignages écrits. Cette lacune pourrait expliquer qu’ils soient rarement évoqués par l’historiographie sur l’institution scientifique, laquelle s’appuie plus volontiers sur les archives institutionnelles et personnelles de ses savants, abondantes et faciles d’accès. Là réside la difficulté pour l’historien qui cherche à établir un dialogue entre l’histoire de la science botanique et l’histoire des techniques [18], entre « [the] work that is done with the head and [the] work that is done with the hands [19] ».
5 Il existe cependant une exception en la personne du jardinier Jean-Nicolas Collignon (1762 – v. 1788) qui, embarqué dans l’une des dernières expéditions de l’Ancien Régime, a entretenu des liens épistolaires avec Thouin, lui relatant chaque étape de son voyage et lui fournissant le descriptif de ses collectes et envois de graines au Jardin du roi. L’expédition dont il est question, fondamentale quant à son ambition géopolitique, sa finalité scientifique et sa contribution à la politique coloniale et commerciale [20] est celle de Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse (1741-1788), partie de la rade de Brest le 1er août 1785 pour s’achever au large de l’île de Vanikoro en juin 1788, suite au naufrage qui emporta avec lui le jeune jardinier. La correspondance de celui-ci, jointe aux « Documents relatifs à l’expédition de La Pérouse autour du monde, commencée en 1785 », est conservée à la bibliothèque centrale du Muséum national d’histoire naturelle [21]. Constituée de treize lettres parvenues jusqu’à Thouin, dont huit ont été écrites à Brest et sept rédigées entre l’escale à Madère (16 août 1785) et celle à Botany Bay en Australie (15 février 1788) [22], elle est la seule trace matérielle subsistant de Collignon, ses carnets d’observation ayant disparu avec lui en 1788. En effet, sur les ordres de La Pérouse, qui exigeait que l’expédition restât secrète, respectant en cela les instructions du roi, Collignon n’a jamais envoyé son journal, dont les notes, fondées sur l’exercice de son savoir-faire de jardinier incluant ses compétences en botanique, auraient probablement apporté un point de vue complémentaire sur l’expédition et sur la réalité de la politique de colonisation par les plantes. Dans ses courriers, le jardinier se plaint auprès de Thouin de devoir être si laconique sur ses opérations et ses observations d’agriculture, mais se voit dans l’obligation de respecter les injonctions de La Pérouse de ne rien envoyer en Europe sans son consentement [23].
6 Cet article se propose d’étudier, à travers ce témoignage, l’apport des savoirs pratiques d’un jardinier dans le cadre spécifique d’une campagne scientifique. Il ne s’agit pas ici de refaire le récit des voyages et expéditions naturalistes en général [24] ni de celle-ci en particulier [25], mais d’expliciter le processus qui justifie d’embarquer un praticien de la culture dont la présence a échappé à certains historiens, de l’institution ou des voyages, au profit des naturalistes voyageurs [26], et qui conduit de fait à emmener un jardinier. Si, dans la littérature récente, Collignon est cité comme l’un des acteurs [27] de « la collecte du monde », c’est pour illustrer qu’à l’instar des correspondants du Jardin, il est « la main qui recueille les objets, l’œil qui les observe et les décrit [28] ». Mais il reste à considérer les raisons pour lesquelles sa présence et ses compétences de jardinier sont requises et en quoi elles servent les objectifs de l’expédition. Après l’analyse de la condition du jardinier au xviiie siècle, l’article interrogera les motifs qui incitent les organisateurs à embarquer un jardinier et la préférence donnée à Collignon. L’examen des instructions rédigées par Thouin permettra de saisir en quoi elles diffèrent des précédentes. « Instrument sûr, objectif et attentivement élaboré [29] », les instructions font l’objet de nombreuses éditions favorisées par l’augmentation des voyages au cours du xviiie siècle ; elles sont destinées aux voyageurs de tous horizons, dont la plupart ne maîtrisent ni la collecte des spécimens naturels ni leur préservation [30]. Dans le cas de Collignon, embarqué pour ses compétences en matière de culture et de conservation des végétaux, quel sens doit-on donner à ces instructions ? Comment et en quoi Collignon mobilise-t-il sa connaissance pratique du jardinage et sa connaissance « tacite [31] » de la botanique pour y répondre et remplir sa mission de jardinier voyageur ?
Jardinier, botaniste, jardinier botaniste ?
7 Si pour Olivier de Serres (1539-1619), le jardinier est « l’orfèvre de la terre [32] », de nombreux auteurs du xviie siècle en donnent une définition plus prosaïque : c’est un « technicien » qui, pour exercer son métier utilitaire à Paris, doit appartenir à la communauté des maîtres jardiniers organisée en jurande depuis le xve siècle et en respecter les statuts. Pour prétendre au titre de maître jardinier, l’apprenti suit une formation de quatre ans dont deux de compagnonnage. Il lui faut débourser quinze livres pour obtenir son brevet et deux cents livres pour sa maîtrise, sur présentation d’un chef-d’œuvre consistant en un travail de charpenterie. Or aucune archive n’atteste qu’il soit exigé des jardiniers du Jardin royal, qu’ils soient jardiniers en chef ou simples jardiniers, de produire le titre de maître jardinier pour répondre de la qualité de leurs aptitudes [33].
8 En 1751, pour les rédacteurs du Dictionnaire universel d’agriculture et de jardinage, si le jardinage « est un emploi honnête & divertissant pour les personnes qui n’en font pas profession […], il est laborieux pour ceux qui sont obligés d’y travailler pour vivre [34] » : le jardinier est « un ouvrier qui travaille à la culture des jardins ». Après cette définition succincte du jardinier, suit l’énumération des différentes spécialités de jardins et de jardiniers. Ainsi, le « jardinier botaniste » est un « Amateur de plantes […] tels ont été Tournefort [35], les Bauhin [36], plusieurs Académiciens & Médecins de nos jours, qui cultivent cette science avec des soins infatigables » [37]. La première attestation de « botaniste » remonterait au Journal des savants du 16 mars 1676. Le vocable dérive de botanique, emprunté au grec botanikos, « qui concerne les plantes, les herbes », employé par Dioscoride (v. 25 apr. J.-C. – v. 90 apr. J.-C.) à propos de la science des plantes [38]. En 1752, les rédacteurs du Dictionnaire universel françois et latin définissent le botaniste comme « celui qui s’applique à la connoissance des plantes, & qui s’en sert pour la guérison des maladies [39] ».
9 Dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, les termes « jardinier » et « botaniste » ne sont pas associés. Cité dans l’article « botanique » de 1752, rédigé par Louis-Jean-Marie Daubenton (1716-1799), le botaniste a pour tâche de perfectionner la nomenclature des plantes : en nommant celles-ci, il les distingue les unes des autres pour ensuite les classer [40]. Quant au jardinier, selon la définition publiée en 1765 dans le volume VIII de l’Encyclopédie, sa besogne relève du domaine des arts mécaniques et consiste à posséder « l’art d’inventer, de dresser, tracer, planter, élever & cultiver toutes sortes de jardins [41] ». S’il est enjoint au jardinier de bien discerner les plantes afin de les cultiver convenablement, en revanche, on ne lui reconnaît pas les compétences requises pour la collecte de végétaux indigènes ou exotiques, cette occupation relevant du naturaliste, du savant.
10 Si les encyclopédistes distinguent la botanique (une science) du jardinage (un art mécanique), il n’en est pas de même pour les Anglais. Dans la huitième édition de The Gardeners dictionary, publiée en anglais en 1768 et traduite en français en 1785, Philip Miller (1691-1771), jardinier apothicaire nommé à la tête du jardin botanique de Chelsea en 1721, définit le jardinage comme étant « this useful branch of science [42] ». M. de Chazelles, le traducteur, emploie l’expression « science du jardinage [43] », unissant le savoir théorique et le savoir pratique.
11 En France, il faut attendre la parution, en 1812, de l’article de Louis-Augustin Bosc d’Antic (1759-1828), dans le tome 5 de l’Encyclopédie méthodique [44], pour lire l’association « science » et « jardinage ». Pour Bosc, le jardinier doit être considéré autrement que comme un ouvrier « qui cultive & soigne un jardin ». Selon lui, s’il est commun de trouver des jardiniers dotés de qualités morales, il est plus rare d’en repérer qui soient « convenablement instruits », car « la science du jardinage est si étendue, si compliquée, que celui qui s’y livreroit, avec l’avantage d’une bonne éducation première […], avec l’habitude de réfléchir & la connoissance de toutes les sciences accessoires, pourroit à peine se flatter de l’apprendre complètement » [45]. Bosc exprime ce que Thouin, son ami depuis les années 1770 [46], s’efforce d’inculquer aux jardiniers du Jardin, depuis qu’il en a été nommé jardinier en chef : les former à la fois à la science du jardinage et à celle de la botanique, dont l’une des pratiques est l’herborisation.
12 Apprenti de son père jardinier en chef, Thouin doit son instruction en botanique à Bernard de Jussieu [47]. Dès 1765, celui-ci enseigne à son neveu Antoine-Laurent et au jeune jardinier la connaissance des plantes et la pratique de la botanique, par l’herborisation dans le Jardin et à la campagne [48]. À partir de 1770, le sous-démonstrateur divise ses responsabilités : à son neveu, désormais docteur en médecine, revient la partie scientifique de l’observation de la nature par les herborisations et les expériences de naturalisation, et au jardinier, l’entretien et l’amélioration du Jardin et la gestion de son personnel [49]. Le botaniste est ainsi celui qui sait, le jardinier, son subalterne, celui qui fait. Au fil des années cependant, Thouin acquiert une place si prédominante au sein de l’institution qu’il estompe cette distinction de statut entre le botaniste et le jardinier [50].
13 Fort de son expérience, Thouin instruit les jardiniers à la théorie botanique, en complément de la pratique du jardinage, de la maîtrise des différents genres de cultures que présentent toutes les parties du Jardin, ceci qu’ils soient apprentis ou jardiniers confirmés possédant déjà les rudiments du métier. La réputation de son enseignement est telle que ses jardiniers sont souvent sollicités. Au point que Thouin craint, en août 1785, que le Jardin ne dispose que de manœuvres s’il doit se défaire de ses meilleurs éléments, réclamés « pour différentes parties du monde [51] ». Collignon est l’un d’eux. Né à Metz en avril 1762 au sein d’une famille de jardiniers [52], devenu, comme Thouin, chargé de famille à dix-sept ans, au décès de son père, il entre probablement très tôt dans l’apprentissage du métier comme il était fréquent au xviiie siècle [53]. Sa présence au Jardin est attestée sur les comptes de janvier 1785, sous le nom de Colygnon, dans la rubrique « jardiniers extraordinaires », aux côtés de Pallé, Gonot, Fromentin, Stoupy et Duteil [54]. Cette appellation employée par Thouin différencie les jardiniers affectés à la culture de parcelles particulières du jardin, des ouvriers moins qualifiés, tels les terrassiers et les régaleurs, chargés du transport des gravats [55]. Depuis le début des travaux entrepris pour le réaménagement du jardin, alors en pleine expansion, Thouin réfléchit à l’ordonner pour en faire une « école la plus complète d’agriculture civile comme il est celle de la botanique [56] » et à hiérarchiser les jardiniers dont il augmente les effectifs. Dans son projet de 1776, il suggère d’engager des garçons jardiniers qui, aidés de journaliers, seront responsables de l’entretien des espaces destinés à l’étude de la botanique – dont l’accès est réservé aux savants botanistes et aux étudiants –, tels l’École de botanique, le jardin des semis qui pourvoit l’École, les serres et la future pépinière [57]. Si l’état des dépenses de 1788 mentionne les postes des garçons jardiniers [58], leur nom n’est connu qu’à partir de juillet 1789 [59] : Collignon y est cité comme garçon jardinier de l’École. Si cette mention laisse perplexe quand on connaît l’issue du voyage de Collignon, elle suppose que le jardinier extraordinaire Collignon a occupé la place de garçon jardinier responsable de l’École avant de s’embarquer, fonction que Thouin se promet de lui réattribuer à son retour. Ce qui conforte cette hypothèse est le commentaire de Thouin à propos de Collignon, qui « connaît fort bien la théorie de son art et encore plus particulièrement la pratique, ayant employé tout son temps à l’exercer dans ses différentes branches [60] ». Les responsabilités du garçon jardinier de l’École consistent, parallèlement à ses travaux ordinaires de jardinier (labourer, biner, sarcler, tailler), en la préparation des leçons botaniques. Il herborise les plantes susceptibles de servir aux démonstrations, plante et redispose, durant la saison des leçons, les végétaux conservés dans les serres car trop fragiles pour être plantés en pleine terre [61]. Il veille ainsi à ce que la disposition des plantes respecte l’ordre imposé par le savant botaniste. Le passage par l’École de botanique conjecture que Collignon s’est familiarisé avec la notion de classification naturelle de Jussieu et la dénomination binominale de Carl von Linné (1707-1778) adoptée par Jussieu [62].
Le contexte de l’expédition
14 L’expédition de La Pérouse, organisée dans un contexte de paix relative avec l’Angleterre, depuis le traité de Versailles signé le 3 septembre 1783, répond à deux objectifs principaux. Le premier, a priori clairement formulé, est d’accomplir un programme d’explorations maritimes, scientifiques et géographiques devant rivaliser avec – mais aussi poursuivre – celui de James Cook (1728-1779), dont le récit des voyages entre 1772 et 1775 a été publié et traduit en français en 1778 [63]. Le second, tacitement tenu pour acquis, est de servir les intérêts politiques et commerciaux de la France, par la recherche d’escales maritimes, dans le but d’y installer des établissements coloniaux pour conforter la souveraineté française face aux autres puissances européennes. Pour affirmer les desseins scientifiques de l’expédition, le maréchal de Castries (1727-1801), secrétaire d’État à la Marine, sollicite les membres de l’Académie royale des sciences pour la rédaction d’un mémoire servant « de matière à l’instruction qu’on doit donner à M. Delapeyrouse (sic), sur les observations à faire dans son voyage [64] ». Les recherches en botanique seront « dirig[ées] vers des objets d’utilité, tels que la connaissance des plantes dont les habitans des différens pays où séjourneront les voyageurs, font usage, soit pour la nourriture, soit en médecine, soit relativement aux arts [65] », avec une attention particulière pour le lin de la Nouvelle-Zélande dont les graines rapportées par Cook en Angleterre n’ont pas levé. S’il revient aux académiciens de sélectionner les savants, La Pérouse fait néanmoins valoir ses considérations personnelles sur chacun des candidats, arguant que « la science ne suffit pas ; il faut de la jeunesse, de la santé, de l’enthousiasme, de la compatibilité [66] ». Jussieu, associé de la classe de botanique et d’agriculture de l’Académie, désigne Joseph-Hugues Boissieu de La Martinière (1758-1788), docteur en médecine de la faculté de Montpellier, comme le botaniste de l’expédition, auquel « il […] fut adjoint un jardinier du Jardin du roi pour cultiver et conserver les plantes et graines de différentes espèces qu[’ils] aur[aient] la possibilité de rapporter en Europe [67] ». Or, s’il est avéré que Thouin choisit Collignon pour assister La Martinière, il n’est nullement précisé de qui proviendrait l’initiative. Jusqu’à cette campagne, il n’avait jamais été question qu’un jardinier embarquât avec une équipe de savants ou d’explorateurs, du moins dans une expédition française.
15 Car il existe un précédent britannique en la personne du jardinier Francis Masson (1741-1805), qui, sur les instances de William Aiton (1731-1793), directeur des jardins botaniques royaux de Kew, et sous l’autorité de John Pringle (1707-1782), président de la Royal Society, embarque pour la première fois sur la Resolution avec Cook, en 1772, en partance pour le cap de Bonne-Espérance [68]. Thouin connaît Aiton, avec lequel il entretient, depuis 1778, une correspondance régulière [69] inscrite dans le réseau d’échange de graines et de plantes qu’il a développé, tant en France qu’à l’étranger [70]. Joseph Banks (1743-1820), président de la Royal Society depuis 1778, est également l’un des correspondants de Thouin. Leurs relations épistolaires remonteraient, d’après les archives conservées, à mars 1781 et marquent le début de leur commerce de spécimens botaniques et d’herbiers [71]. Dans sa lettre du 19 février 1784, Thouin fait part à Banks de son inquiétude sur l’avenir de la botanique si elle est entre les mains d’auteurs qui n’ont jamais vu de plantes que dans des livres [72]. Il est donc concevable qu’inspiré par l’expérience britannique, Thouin, avec l’appui de Buffon, soit l’instigateur de la légitimé de la présence d’un jardinier dans l’expédition.
Un jardinier à bord
16 Du moins est-ce ainsi que Thouin présente les faits dans son « mémoire historique ». Par l’emploi de guillemets et du qualificatif même d’historique, le « Mémoire historique relatif à la partie agriculture de l’expédition de M. le Clier de Lapeirouse (sic) » apparaît comme postérieur aux étapes préparatoires du voyage, que Thouin rapporte de façon chronologique [73]. Il s’agit sans doute de l’introduction à l’ensemble des pièces sur l’expédition que le jardinier en chef compose en mémoire, joignant celui-ci aux neuf autres travaux présentés entre février et mars 1786 aux membres de l’Académie royale des sciences, pour briguer la place d’associé botaniste dans la section de botanique agricole. Lors de la séance du 11 février 1786, les académiciens Louis-Jean-Marie Daubenton, collaborateur de Buffon, et Auguste-Denis Fougeroux de Bondaroy (1732-1791), neveu du botaniste Henri-Louis Duhamel Du Monceau (1700-1782) [74], présentent le mémoire et ses pièces annexes, tels les dessins des châssis pour le transport des plantes, aux membres de l’Académie [75]. Satisfaits par son contenu, les académiciens considèrent que l’impression du mémoire peut être très utile « dans ce tems ou les voïages (sic) paraissent pouvoir devenir fréquens pour le progrès des connaissances [76] ».
17 D’après ce récit, quand La Pérouse se déplace au Jardin, en mai 1785, pour s’enquérir auprès de Buffon des besoins en spécimens essentiels pour le Jardin et le Cabinet, l’intendant persuade le navigateur « sur l’avantage qu’il y auroit pour l’Europe entière de rapporter des climats qu’on vat (sic) parcourir les productions intéressantes qui y croissent [77] » et l’invite à se rapprocher de Thouin au sujet des moyens d’y parvenir. C’est pour Thouin l’occasion d’imiter ses homologues anglais : recruter l’un de ses jardiniers pour ses capacités à assurer la viabilité des plantes durant leur transport et pour son habileté à les prélever dans leur milieu naturel sans les dégrader. Jusque-là, Thouin conseillait les naturalistes voyageurs sur la meilleure façon de conserver et de rapporter graines et végétaux. Joseph Dombey (1742-1794) est l’un d’entre eux : mandaté dès 1775 par le ministre Anne-Robert Turgot pour explorer le Pérou, Dombey prépare son voyage en compagnie de Thouin, avec lequel il correspondra régulièrement pendant près de dix ans [78]. L’expédition de La Pérouse offre l’opportunité au jardinier en chef de tenir le rôle du naturaliste sédentaire, du savant de cabinet, de celui qui sait, faisant du jardinier qu’il a formé, son représentant sur le terrain, son « instrument dépourvu d’opinions et d’intérêts personnels [79] ». Thouin propose alors à La Pérouse « d’emmener avec lui un jardinier jeune, actif, intelligent qui eut les connaissances théoriques et pratiques de son art [80] ». Le 19 mai 1785, il confirme, sans le nommer, avoir trouvé le sujet qui convient : un jeune homme de vingt-quatre ans, « robuste », « assidu à ses travaux et fort sobre » qui maîtrise « passablement le français » [81], conditions indispensables pour suivre les instructions et établir un carnet d’observations, comme tout voyageur dont la mission principale est de rapporter de son périple des informations indispensables à l’étude et à l’enrichissement des savoirs en sciences naturelles.
18 Pour convaincre La Pérouse, Thouin présente d’ores et déjà les deux missions majeures du jardinier et dresse la liste des plantes et des graines utiles à transporter et à planter dans les contrées visitées. Ce sont là les prémices de la « Minute du mémoire destiné à diriger les opérations du jardinier [82] », qu’il finalise et transmet le 29 mai 1785 [83], indépendamment du mémoire de l’Académie stipulant ses recommandations à l’intention des savants de l’expédition [84]. La première mission de Collignon, et non des moindres, est de prendre soin du transport, depuis la France, des graines et des plantes européennes affectées aux terres étrangères et de les semer ou de les planter dans les territoires que La Pérouse déterminera [85]. Selon Thouin, le jeune jardinier possède « la portion d’intelligence nécessaire pour diriger convenablement [ce] nouveau genre de culture [86] ». Le « nouveau genre de culture » auquel Thouin fait allusion est l’un des objectifs de l’expédition : ensemencer les territoires visités afin d’asseoir la colonisation française au moyen de la pratique agricole. Ce transfert de plantes vers des contrées lointaines et leur implantation s’inscrivent dans la continuité « d’[une] transformation symbolique et agricole du monde colonisé [87] », procédé engagé sous l’autorité de Colbert et assuré surtout par des colons, des correspondants botanistes ou férus de botanique mandatés par le roi ou des propriétaires privés. Collignon est le premier jardinier du Jardin du roi officiellement mandaté pour accomplir ce travail : il devra non seulement implanter des plantes européennes mais aussi informer les « naturels du Pays [88] » sur le mérite de ces plantations. Sa seconde mission est de collecter graines et plantes, activité incombant généralement au naturaliste voyageur, qui collecte, prépare, inscrit et range [89]. Toutefois, il est impératif que Collignon prélève les plantes avec leurs racines afin de pouvoir les replanter en Europe ou dans les colonies. Pour faciliter cette migration, son journal, à l’instar de celui du naturaliste, doit comporter le détail de chacune de ses récoltes (lieu, nature du sol, exposition, époque du prélèvement), le numéro du spécimen cueilli et sa description, afin d’en favoriser la naturalisation en Europe [90].
19 Craignant que La Pérouse ne s’offusque de la liberté qu’il prend d’élaborer le programme de travail de Collignon sans l’avoir consulté au préalable, Thouin souligne qu’assurément, il revient au chevalier de décider « de subordonner ce jardinier au naturaliste [91] » car, somme toute, Collignon est « votre jardinier [92] ». Si cependant le jardinier aide les naturalistes, cette activité ne doit en aucun cas nuire à l’essentiel de ses obligations. Thouin attire l’attention de La Pérouse sur le fait que, pour atteindre l’objectif de faire de son entreprise un franc succès, il est important que chaque participant prenne conscience du poids de son rôle dans cette réussite, que chacun mène à bien la mission qui lui sera personnellement assignée. Aussi, les tâches du botaniste et du jardinier seront complémentaires mais distinctes : le premier se charge d’identifier les plantes nouvelles, de rechercher leur usage et de les classer, le second, de garantir les bonnes conditions de viabilité des plantes déplacées. La Pérouse approuve le plan de travail du jeune jardinier exposé par Thouin. Le 21 mai 1785, en présence de Charles-Pierre Claret de Fleurieu (1738-1810), directeur des ports et arsenaux, et de La Pérouse, Collignon « est arrêté en qualité de Jardinier voyageur du Roi avec des appointements de 800 [livres] par an tant que dureroit le voyage et 300 livres une fois payé pour se mettre en équipage de voyage [93] ». Cet arrêté, équivalant à un brevet de correspondant du roi, élève le jardinier Collignon au même rang que les savants mandatés par l’Académie royale. Son savoir-faire, ses connaissances pratiques sont ainsi reconnus, voire confirmés, pour leur utilité à servir les desseins scientifiques et politiques de l’expédition.
Les attendus d’une décision, les instructions
20 Quand il rédige les instructions destinées à Collignon, Thouin s’appuie non pas sur des informations pratiques savantes moissonnées par des missionnaires, des médecins botanistes ou des naturalistes voyageurs, mais sur son savoir-faire de jardinier acquis dans l’univers clos d’un jardin qui, quoique artificiel, lui a permis de parfaire les exigences de culture et de conservation des végétaux transplantés, leur naturalisation, dont il est devenu un expert [94]. Thouin présente le mémoire dévolu au jardinier de manière détaillée [95] et en multiplie les exemplaires à l’attention de La Pérouse, La Martinière et l’abbé Mongez, aumônier de l’expédition. En homme averti et prudent, Thouin envisage la perte de ces instructions, qui menacerait la réussite de la mission, mais aussi l’éventualité que le jardinier se trouve dans l’incapacité physique d’accomplir son plan de travail [96]. Ce qui expliquerait l’abondance de détails sur le prélèvement et la culture des plantes, dont seul Collignon maîtrise la technique.
21 En introduction du mémoire, Thouin rappelle le double objectif de l’expédition : transporter des productions européennes utiles aux habitants qui seront visités et rapporter « les végétaux propres à enrichir l’Europe [97] ». Les instructions comportent deux sections et la liste du matériel nécessaire au transport des plantes et à leur sauvegarde. La partie « Choix, Nature et Culture des végétaux qu’on transportera de France » renseigne sur la façon de sélectionner et de conserver les graines de légumes et de fruits comestibles inventoriés selon qu’ils peuvent être consommés crus, cuits à sec ou dans un liquide, graines réservées pour féconder les territoires parcourus. Thouin n’arrête aucun plan pour les semis et compte sur le discernement, l’art du jardinier Collignon pour choisir lesquels répandre selon les conditions du milieu, pour garantir une levée optimale des graines [98]. Pour compléter ces semis dont la levée prendra du temps, Collignon est chargé de planter de jeunes arbres fruitiers transportés en mottes dans des caisses munies de volets qui, fermés ou ouverts, protègent les plants contre la chaleur ou la froidure. Le projet est d’envergure : ce ne sont pas moins de cinquante-neuf arbrisseaux et arbustes que Collignon est tenu de préserver des intempéries marines pour les mener à bon port.
22 La seconde partie traite de la récolte des végétaux indigènes, de la façon de procéder à leur sélection, leur prélèvement et leur préservation jusqu’à leur retour en France, privilégiant, au début du voyage, la collecte de graines plutôt que celle d’arbrisseaux et d’arbustes, dont l’entretien requiert plus d’attentions sur une longue période de transport en caisses. Thouin insiste sur les modalités d’une bonne mise en culture de ce qui sera prélevé, en fournissant des précisions sur les terres et leurs compositions afin de procurer aux végétaux des conditions optimales pour leur acheminement jusqu’au Jardin. Thouin liste, de façon décroissante, la proportion des récoltes, selon que les plantes et les graines seront destinées à la nourriture des Européens, à l’usage des arts, à la décoration des jardins ou à « tenir une place dans les jardins de botanique [99] ». Il exhorte Collignon à noter méthodiquement toutes les informations relatives aux spécimens prélevés et à leur environnement naturel. L’insistance de Thouin sur cette partie s’inscrit dans le cadre de sa préoccupation d’enrichir la diversité de la collection botanique de l’institution. Son ambition rejoint celle de Buffon : imposer le Jardin du roi comme le centre fondamental de la naturalisation et de la culture des plantes exotiques particulièrement utiles à l’économie, et servir ainsi les intérêts de l’État auprès duquel son expertise de jardinier en matière d’acclimatation des plantes ne cesse de se renforcer [100]. Son projet, décrit dans une note de janvier 1786, est d’établir à terme un collège d’agriculture « composé de gens instruits dans la théorie et dans la pratique de cet art [101] », dont le Jardin serait le « chef-lieu ».
23 Aussi, afin que Collignon serve cet objectif et suive scrupuleusement ses recommandations à chaque étape de son voyage, Thouin glisse-t-il des messages à son intention [102], signifiant ainsi qu’à défaut d’être présent à ses côtés, il continue de l’encourager et de le diriger. Il lui rappelle qu’il part en mission au nom du roi, à qui seront rapportées sa conduite et la valeur de ses travaux, dont il sera récompensé et tirera un bénéfice financier, comme tout naturaliste voyageur [103]. Dans le dernier billet prévu pour être lu au terme du voyage, Thouin envisage deux conclusions à la mission du jardinier : soit il a respecté les instructions et a reporté dans son journal les observations qui serviront aux botanistes, auquel cas il recevra honneurs et gratifications, soit il a failli à sa mission et a donc manqué l’occasion de contribuer à l’enrichissement « de productions intéressantes pour l’agriculture, les arts et les sciences [104] ». En choisissant Collignon pour être le premier jardinier voyageur du roi, Thouin engage sa réputation, son crédit de jardinier en chef de l’institution royale : il considérerait l’échec de la mission de Collignon comme un échec personnel. Avant même d’avoir pris connaissance de ces notes, le jeune jardinier a conscience du poids de ses responsabilités dans le succès de cette expédition et de ce qu’il doit à son maître. Si sa correspondance reflète le « langage de l’honneur et de l’obligation [105] » couramment employé entre un protégé et son protecteur, Collignon exprime sans cesse sa reconnaissance et promet à Thouin de saisir toutes les occasions pour la lui témoigner « autrement que par des paroles [106] » car, grâce au jardinier en chef, il vit « une nouvelle existance (sic) [107] ». Thouin continuera de le soutenir par des courriers joints à ceux de la mère de Collignon, qu’il lui fera parvenir à chaque escale mais qui disparaîtront lors du naufrage [108].
Les préparatifs du voyage
24 Muni des instructions, Collignon arrive à Brest le 20 juin 1785, équipé de ses outils de jardinier, de boîtes en fer blanc pour conserver les semences, de deux thermomètres à mercure à « placer dans les caisses des plantes vivantes [109] », de poinçons et de plomb laminé pour étiqueter les arbres. Pourvu de papier gris destiné à l’herbier et de papier blanc pour sécher les plantes, il dispose de quatre livrets pour y reporter ses observations, d’« un gros écritoire garni de deux canifs, d’une douzaine de crayons et d’un stylet pour disséquer des graines », et d’« une loupe à deux lentilles » [110], équipement digne d’un botaniste. Sur les conseils de Thouin et pour compléter ses instructions, Collignon a emporté avec lui les Élémens d’agriculture et La Physique des arbres de Duhamel Du Monceau. Un mois plus tard, il reçoit de Thouin un ouvrage de John Ellis (1714-1776) [111], sans doute la Description du mangostan et du fruit à pain : Le premier estimé l’un des plus délicieux, l’autre le plus utile des fruits des Indes orientales, seul recueil d’Ellis traduit en français en 1785 [112], qui fournit des indications sur des plantes utiles, des instructions sur leur transport et des gravures pour leur disposition en caisse. Pour suppléer ses connaissances en botanique, Collignon emprunte à Antoine Laurent (1744-1820), chez qui il loge à Brest, le Genera plantarum et le Species plantarum de Carl von Linné (1707-1778) [113]. Formé à Trianon puis au Jardin du roi, Laurent correspond régulièrement avec Thouin, à qui il doit sa nomination, en 1773, à la tête du jardin botanique de Brest. Il devient l’un de ses principaux contacts pour l’envoi ou la réception de plantes provenant des colonies, et pour l’accueil des jardiniers voyageurs en partance de la rade de Brest. Si Collignon domine le français, aucun document ne confirme qu’il lit et comprend le latin parfaitement. En revanche, sa fréquentation de l’École de botanique lui a vraisemblablement permis de s’accoutumer à la nomenclature de Linné et d’en saisir le sens.
25 Dès son arrivée à Brest, Collignon procède à ses premières observations en dressant un état des plants et des arbres fruitiers transportés depuis Paris [114] : ce sera l’une de ses principales préoccupations au cours du périple en mer. Pour compléter son équipement, il passe commande de châssis portatifs, d’après la planche jointe au mémoire [115], destinés à la plantation de « 42 individus d’espèces différentes [116] » d’arbres fruitiers à pépin et à noyau. Collignon s’approvisionne également en végétaux mais peine à trouver les topinambours, les pommes de terre, les ails et les échalotes [117] qu’il était chargé de se procurer à Brest. Il entreprend de planter des racines de raifort et de chicorée sauvage et de la barbe de capucin, une variété cultivée de la chicorée. Au moment d’embarquer, inquiet du nombre de caisses mais assuré de bénéficier, avec La Pérouse, des moyens nécessaires pour accomplir sa mission dans les meilleures conditions, Collignon choisit de monter à bord de la Boussole plutôt que sur l’Astrolabe, placé sous le commandement de Paul-Antoine-Marie Fleuriot de Langle (1744-1787) [118]. La Martinière, embarqué sur l’Astrolabe, est réticent quant à cette séparation d’avec le jardinier, qu’il considère comme devant être à son service [119]. La Pérouse tranche, ne souffrant « aucune subordination de la part de personne [120] » à l’égard de Collignon. Pour tempérer la situation, le jardinier promet à La Martinière d’herboriser avec lui et de prendre soin des plantes que le botaniste aura récoltées. Les vaisseaux quittent la rade de Brest le 1er août 1785.
Heurs et malheurs d’une mission
26 Dès le début de la navigation, Collignon est confronté à la matérialité des effets d’un voyage en mer : le vent et les embruns altèrent les feuilles des arbres. Arrivé à Madère, Collignon décide de les protéger en les couvrant d’une toile cirée obtenue à Brest [121] : quand ils atteignent Ténériffe, à la fin août, tous les arbres se sont rétablis [122]. Le jardinier profite de cette escale pour herboriser avec La Martinière et l’abbé Mongez et procède au premier envoi d’une caisse contenant soixante-trois paquets numérotés des graines collectées. Quand Collignon hésite sur le nom à leur attribuer en français ou en latin, il en fait une description succincte : le paquet n° 2 est « une espece de verbena en arbrisseau que M. Lamartinière a fait dessinée (sic) [123] ». Le n° 5 renferme les graines de genista canariensis et le n° 17, peut-être des graines de « genista hispania [124] ». Celles du paquet n° 24 sont d’« une espèce de genest que M. Lamartinière na pas pu distingué (sic) faute de fleurs [125] ». Thouin réceptionne la caisse le 22 juin 1786 et sème un tiers de chaque espèce dès le lendemain [126]. Collignon ne se contente pas d’envoyer des graines : il ajoute au colis un morceau de pain, préparé à partir d’une fougère des Canaries destinée à un usage alimentaire, dont il décrit la fabrication d’après les explications qu’il a recueillies auprès des habitants de l’île de Palme. Thouin en fait la communication lors de la séance du 4 mai 1786 de la Société royale d’agriculture [127].
27 Après la traversée de l’océan, lors du mouillage à proximité de l’île Sainte-Catherine (Brésil) en novembre 1785, Collignon déplore la perte de sept arbres fruitiers : il constate que les arbres mis en caisse à Brest sont plus vigoureux, au contraire de ceux de Paris [128]. D’après lui, les arbres parisiens ont commencé leur pousse durant le séjour brestois : trop fragiles, les jeunes pousses, « plus susceptibles des inconvénients de l’influence de l’air de la mer [129] », n’ont pas supporté les conditions de l’environnement marin. Il décide de couvrir les caisses avec la toile dans la journée, de telle sorte que l’air puisse circuler, toile qu’il enlève la nuit afin que les plantes profitent des rosées nocturnes. Parallèlement à ces soins, Collignon expérimente des cultures à bord du navire mais ne fournit aucune indication sur leur caractère [130]. Lors de la séance du 20 juillet 1786, Thouin rend compte des constatations de Collignon sur l’état des arbres fruitiers aux membres de la Société royale d’agriculture [131].
28 Collignon poursuit ses collectes à chaque escale mais, faute de pouvoir disposer de boîtes en fer blanc étanches pour préserver les graines de l’humidité durant le transport vers Paris [132], il attend l’escale dans la baie de la Conception (Chili) en mars 1786 pour effectuer un second envoi [133]. Son courrier ne contient cependant aucun indice sur les graines des espèces récoltées au Chili, que le jardinier différencie de celles collectées au Brésil par un pliage en cornet du paquet. La caisse arrive au Jardin en août 1787. Malheureusement, Thouin peut en exploiter à peine la moitié, regrettant le séjour trop prolongé de la caisse en Espagne, qui a gâté « une partie des choses intéressantes que nous aurions pu espérer voir réussir dans notre Jardin [134] ». Au cours du voyage entre le Brésil et le Chili, les arbres fruitiers français perdent leurs feuilles à cause de la froidure dans les parages du cap Horn : Collignon en profite pour les tailler [135]. Si certains arbres reprennent leur pousse, d’autres périssent.
29 En janvier 1787, lors du mouillage à Macao, Collignon perd pratiquement tous les arbres plantés à Brest, qui n’ont pas résisté à la chaleur [136]. Il en est de même pour la plupart des plantes « en nature » provenant du Chili que Collignon avait mises en culture [137]. Lors de cette escale sur les côtes chinoises, le jardinier organise un nouvel envoi qui comporte trois boîtes renfermant les collectes effectuées en 1786 dans la baie de la Conception, aux îles Sandwich, au Port-des-Français (Alaska du Sud-Est) [138], à Monterey et sur l’île de Pâques. Bien qu’il ait disposé de peu de temps pour procéder à des cultures au cours des séjours sur les îles Sandwich et l’île de Pâques, Collignon indique qu’il y a cependant planté quelques orangers et semé « des graines de légumes et de plantes utiles [139] » dont la culture exigeait un climat analogue. Selon les commentaires de Fleuriot de Langle sur l’exploration de l’île de Pâques, Collignon a jugé que « le sol […] était une terre végétale très-grasse […] propre à la culture » des graines de chou, de carotte, de betterave, de maïs et de citrouille [140]. Si Collignon donne peu d’informations sur ces semences, son courrier, en revanche, fourmille de détails de tous ordres sur la composition du colis. Il explique sa numérotation : quand il inscrit « Pins.cal.N°.I.a », il faut comprendre « graines de pins de Monterey ». Dans la description des graines et des plantes, il mêle à la fois leur usage et leur intérêt. La boîte n° 1, gravée « Chili », contient « des graines, mélangées à de la terre, de pin des montagnes cordillères et de fraises » [141]. Dans la boîte n° 2, aux « graines en paquet pour le Jardin du Roy », Collignon joint un échantillon de farine faite à partir de « la racine d’une plante connue sous le nom de Litri ou Liouto » [142]. Les paquets 4 et 5 contiennent respectivement « une racine que les sauvacges de ces parrages (sic) machent continuellement » et « un lichen qui leurs (sic) fournit une fort jolie teinture jaune » [143]. Collignon joint, à la boîte n° 3, un « catalogue des noms chinois des différentes espèces de graines cultivées aux environs de macao en chine [144] ». Si Thouin a noté « crucifère » à côté du mot « ravo », l’identification des autres plantes dont le nom chinois a certainement été retranscrit phonétiquement est inconnue. Le colis arrive en 1788 : Jussieu, dans son Genera plantarum de 1789, y fait allusion à propos d’une plante herbacée dont la graine récoltée en Californie par « D. Colignon hortulanus » a été plantée au Jardin. Il lui donne le nom d’abronia [145]. Ce colis semble être le dernier.
30 Dans son courrier du 26 septembre 1787, écrit lors de l’escale aux abords de la presqu’île du Kamtchatka, Collignon dit poursuivre ses herborisations mais il s’agit surtout d’échantillons pour son herbier : il regrette de n’avoir pas pu collecter des graines suffisamment matures pour le Jardin et de n’avoir rencontré que des plantes déjà connues en Europe [146]. S’il ne mentionne aucun nouvel envoi, il continue en revanche de faire état des plantes en cultures : le jardinier déplore la perte d’une grande partie des plantes cultivées, l’autre ayant été gâtée à cause des brumes épaisses et continuelles au cours du voyage entre Manille et la baie Saint-Paul [147]. En février 1788, Collignon n’a sauvé que quelques plantes récoltées à Manille mais n’apporte plus aucune précision sur celles dont il avait la charge depuis son départ de Brest [148].
31 L’ultime lettre de Collignon date de cette époque. Alors que les vaisseaux mouillent au large de l’île de Maouna [149], Collignon projette d’aller à terre afin d’y prélever des pieds d’arbres à pain, « cette plante si précieuse » dont les Anglais possèdent déjà des spécimens. Il embarque dans l’une des chaloupes commandées par Fleuriot de Langle, avec La Martinière et une soixantaine d’autres personnes. Or se produit « une scène tragique et cruelle ou nous perdimes plusieurs hommes quelques uns de la première distinction de l’état major et ou je faillis en être victime ayant été blessé en plusieurs endroits [150] ». C’est ainsi, dans son courrier du 15 février rédigé à Botany Bay, que Collignon décrit sobrement le massacre de Tutuila du 11 décembre 1787, dont il a réchappé [151]. La lettre du jardinier arrive à Paris le 12 juin 1789, un an après sa disparation en mer, au large de l’île de Vanikoro.
Conclusion
32 Le cas du jardinier voyageur Collignon constitue pour l’historien une source d’intérêt historiographique majeure pour envisager sous un jour nouveau des dynamiques scientifiques, institutionnelles, sociales à l’orée du xixe siècle. La perspective nouvelle se déploie à de multiples niveaux (politiques nationale et muséale, processus généraux et particuliers de construction du savoir en botanique, interactions entre différents acteurs, etc.), tout en mettant au jour le rôle des jardiniers, jusque-là considérés comme des acteurs techniques secondaires au sein de l’institution royale. Collignon sort de l’anonymat en exerçant son métier hors des murs de l’institution. Son statut de jardinier ordinaire a changé dès lors que, grâce à ses compétences pratiques et savantes sur les plantes et leur culture, il a été soutenu par son maître, le jardinier en chef Thouin, et distingué par le roi jardinier voyageur pensionné. Il devient ainsi l’unique ambassadeur du Jardin à rejoindre l’équipe de savants naturalistes de l’expédition La Pérouse. Si la participation de Collignon à cette campagne lui a donné de la visibilité auprès de ses contemporains, si son nom apparaît dans l’historiographie, l’apport de ses compétences de jardinier est néanmoins à peine évoqué. C’est en cela que sa correspondance mais aussi les instructions de Thouin prennent toute leur importance. Elles permettent de mesurer la contribution de deux « techniciens », habiles dans la culture et la connaissance des plantes, à la réalisation des objectifs scientifiques de l’expédition, dont l’un est de rivaliser avec la perfection des campagnes menées par Cook, voire de l’égaler : Thouin mobilise son savoir-faire de jardinier pour établir ses instructions, Collignon le sien pour les suivre. Au-delà de ce premier constat, les courriers de Collignon associés à ceux du botaniste La Martinière, conservés également par Thouin, fournissent des indices sur la collaboration sur le terrain du praticien Collignon et du savant La Martinière. Ils sont également les seules traces témoignant des activités botaniques de cette dernière expédition de l’Ancien Régime, dont les premières historiographies ont souvent négligé l’intérêt scientifique proprement dit, au profit de la seule figure de La Pérouse [152]. On peut alors s’interroger pour savoir si l’invisibilité de Collignon est liée à son métier manuel, activité peu estimée, ou si elle est le fruit d’un processus qui invisibilise l’ensemble des membres de l’expédition engagés pour leurs compétences au service des sciences, la plupart des ouvrages sur l’expédition s’attachant plus volontiers à relater la biographie du chevalier de La Pérouse, la circumnavigation, le naufrage et les campagnes organisées pour retrouver les traces de l’expédition [153].
33 Il n’en reste pas moins que l’étude du cas Collignon montre que l’histoire particulière de ces invisibles, couramment perçus comme des acteurs mineurs des sciences, contribue de manière efficace à l’écriture historienne du récit de l’organisation, des modes et conditions d’accomplissement du travail scientifique. L’histoire des sciences a longtemps considéré que la science s’élaborait dans l’isolement d’un cabinet, d’un laboratoire et qu’elle était le fruit du travail intellectuel d’un savant, affilié à une communauté d’égaux au plan académique et astreint à l’exercice solitaire de la recherche : l’activité de l’esprit dominait celle des mains, reléguant à l’arrière-plan le savoir-faire matériel au profit du spéculatif [154]. Or, depuis une quarantaine d’années, la fabrication de la science ne peut plus être perçue comme l’affaire d’un seul homme mais plutôt comme une œuvre collective impliquant artisans, techniciens, fabricants d’instruments et autres. C’est alors tout un champ de savoirs pratiques et d’acteurs qu’il faut prendre en compte [155]. Porter le regard sur eux s’avère, pour l’historien, un choix épistémologique d’une fécondité qui dépasse la seule mise au jour de parcours individuels : il offre un point de vue sur la construction du savoir scientifique, permettant de rendre compte autrement de sa réalité concrète, factuelle, voire théorique. Ce même historien ne peut que constater que l’invisibilité de ces acteurs dans le quotidien de l’activité de l’institution, décrite notamment au travers des publications scientifiques, recoupe des situations différentes, cette invisibilité relevant soit d’une construction, la compétence ou l’apport d’un acteur étant négligés ou délibérément omis par le savant ou l’institution, soit d’un état de fait, de par le jeu des hiérarchies institutionnelles ou implicites. Notons également que cette invisibilité se traduit aussi par une invisibilité archivistique, fruit de l’institution scientifique elle-même. Cet obstacle explique pour partie leur présence discrète dans l’historiographie. En définitive, réussir à les prendre en compte dans l’écriture du récit de l’histoire des sciences révèle que leur contribution participe aussi à la notoriété du savant [156], à celle de l’institution, tout autant qu’à la science.
Mots-clés éditeurs : André Thouin, botanique, e, expédition, instructions, Jardin du roi, jardinier, Jean-Nicolas Collignon, Lapérouse, siècle, xviii
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Date de mise en ligne : 13/06/2022
https://doi.org/10.3917/rhs.751.0105