Philip Rieder et François Zanetti (éd.), Materia medica : Savoirs et usages des médicaments aux époques médiévales et modernes (Genève : Librairie Droz, 2018), 16 × 24 cm, 312 p., 6 ill., bibliogr., index nominum, coll. « Rayon Histoire de la Librairie Droz ». Giovanni Piccardi, La Farmacia granducale di Firenze (Florence : Leo S. Olschki, 2018), 17 × 24, viii-134 p., 16 ill. coul., index des noms, table, coll. « Biblioteca di “Nuncius” »
Pages 444r à 445r
Citer cet article
- DUPONT, Jean-Claude,
- Dupont, Jean-Claude.
- Dupont, J.-C.
https://doi.org/10.3917/rhs.722.0411r
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- Dupont, J.-C.
- Dupont, Jean-Claude.
- DUPONT, Jean-Claude,
https://doi.org/10.3917/rhs.722.0411r
1 Le médicament doit désormais constituer un angle supplémentaire du triangle hippocratique représenté par le médecin, le malade et la maladie, décliné par les historiens dans des configurations variables à travers l’espace et le temps : telle est la profession de foi de Philip Rieder et François Zanetti, éditeurs de ces actes d’un colloque tenu à l’université Paris-Nanterre en 2011. On ne peut qu’y souscrire : l’histoire du remède à l’époque médiévale et moderne reste infiniment moins traitée que celle du médicament de l’époque contemporaine, considérée comme le commencement de la pharmacologie scientifique. Outre l’antériorité certaine de théories du remède, qui permettent de comprendre « la rationalité de produits apparemment fantastiques », c’est la situation de celui-ci, déjà au cœur du monde économique et social, qui est soulignée par les contributeurs du recueil. Ces apports à une histoire scientifique et culturelle du remède, entre culture populaire et culture savante, se déclinent ainsi depuis le Moyen Âge, avec les médicaments composés classiques de la pharmacopée arabe selon Rhazès, Avicenne et Averroès, les médicaments composés au cœur de la relation médecin-patient à travers le médecin Gilles de Corbeil, la question des remèdes pour animaux et la distinction incertaine de la médecine vétérinaire et de la médecine humaine, la question de la distribution des médicaments qui ne se superpose pas toujours avec celle de leur prescription médicale, signant l’autonomie de pratiques domestiques en matière de remèdes, contre laquelle les professions médicales s’élèvent. L’enjeu du contrôle médical du remède s’exprime à la Renaissance à travers l’onéreuse et complexe mais inopérante pharmacopée de la mélancolie. Il est perceptible au xviie siècle lors de l’introduction du quinquina dans la médecine européenne et lors des querelles autour des remèdes chimiques et exotiques. Sont analysées au xviiie siècle les pratiques genrées de la compilation des livres de recettes illustrant la permanence de la confection domestique du remède, concurrençant la pratique des apothicaires. De même, les docteurs régents de la faculté de médecine de Paris cherchent à contrôler le marché des remèdes antivénériens, tandis que les essais thérapeutiques mis en place, comme ceux de l’électricité comme nouveau remède, renforcent le rôle du praticien-expert. Chacune des contributions, fort bien documentée, est une pépite dont l’amateur se régalera, l’ensemble dessinant des limites encore incertaines : entre aliment et médicament, entre remède vétérinaire et médicament humain, entre usage populaire et prescription médicale, entre recette populaire et savante, tout en illustrant l’appropriation à la fois technique et économique du remède par les métiers de la santé. L’article de Philip Rieder conclut ainsi brillamment le recueil en reprenant la figure ambiguë de l’apothicaire entre 1500 et 1800, à la fois entrepreneur et soignant. L’index des noms et la bibliographie détaillée en font un outil de référence indispensable.
2 L’immersion du médicament dans la société durant la même période est particulièrement bien rendue par la réédition dans la collection « Biblioteca di “Nuncius” » de la série des précieux articles en italien de Giovanni Piccardi, qui fut professeur de chimie analytique à l’université de Florence, concernant l’histoire de la pharmacie grand-ducale de la ville reconstituée à partir d’une minutieuse recherche archivistique. L’ouvrage est illustré de quinze photographies donnant une idée de l’évolution des lieux. Née avec Cosme Ier de Médicis et son intérêt pour les sciences naturelles (1555), la pharmacie se développe à l’époque moderne sous les trois dynasties des Médicis, Lorraine et BourbonParme et elle poursuit ses activités sous l’occupation française et l’éphémère royaume d’Étrurie, jusqu’en 1808. L’ouvrage traite de trois périodes successives de son évolution : d’abord la Fonderia, laboratoire d’alchimie situé par la volonté de Cosme Ierà l’intérieur du Palazzo Vecchio, la Spezieria di Boboli, nouvel atelier construit sous Ferdinand II de Médicis, puis l’établissement démoli et reconstruit sous Pierre-Léopold de Habsbourg-Lorraine. Pour les trois périodes, apothicaires salariés, médicaments et ouvrages sont répertoriés. Un chapitre particulier est consacré à l’activité du pharmacien Hubert Francis Hoefer à la cour de Pierre-Léopold, qui a commissionné la fameuse Tabula affinitatum encore visible au musée Galilée de Florence. On peut ainsi suivre la transition historique de l’alchimie à la chimie, mais aussi comment la solide réputation scientifique de la pharmacie, la production gratuite de médicaments pour la Cour, les employés et les citoyens quel que soit leur rang, en firent un instrument de propagande au service des Médicis, plus qu’une entreprise commerciale.
3 Jean-Claude Dupont
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Date de mise en ligne : 14/01/2020
https://doi.org/10.3917/rhs.722.0411r