Pierre Crépel, Christophe Schmit (dir.), Autour de Descartes et Newton : Le paysage scientifique lyonnais dans le premier xviiie siècle (Paris : Hermann, 2017), 15 × 23 cm, 428 p., annexes, bibliogr., index nominum
- Par Olivier Bruneau
Pages 171i à 188i
Citer cet article
- BRUNEAU, Olivier,
- Bruneau, Olivier.
- Bruneau, O.
https://doi.org/10.3917/rhs.721.0171i
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- Bruneau, O.
- Bruneau, Olivier.
- BRUNEAU, Olivier,
https://doi.org/10.3917/rhs.721.0171i
1 Cet ouvrage trouve comme point de départ la tenue d’un colloque à Lyon le 15 octobre 2015 ; mais il dépasse largement le cadre de cette rencontre et est le résultat d’un travail complémentaire. L’objectif principal des auteurs est de rendre compte, en prenant appui sur quelques points saillants, du moment particulier qu’est la première moitié du xviiie siècle dans le domaine des sciences physiques et mathématiques. Le fil conducteur est donc d’étudier dans un contexte local – Lyon – les commentaires, la production scientifique et les débats portant sur ces sciences.
2 Sortir du cadre parisien permet de s’intéresser à la circulation et à l’appropriation de savoirs à d’autres échelles. Un des mérites de cet ouvrage est de donner un exemple convaincant de la pertinence de cette démarche. Un des travers de ce type de travail est de se cantonner à la sphère locale et d’y voir un îlot déconnecté du reste du monde. Heureusement les auteurs ne sont pas tombés dans ce piège et ils ont bien montré, en particulier dans l’introduction, comment l’espace savant lyonnais s’insérait dans les débats intellectuels de l’époque.
3 L’ouvrage se répartit en une longue introduction suivie de sept chapitres portant chacun sur un point particulier : un savant ou une production précise. L’introduction est érudite et très bien écrite. Elle rend compte des différents contextes de la vie intellectuelle et scientifique de cette période à Lyon. L’importance des différents lieux de savoirs, les collèges, les académies qui se succèdent, la circulation et l’appropriation des travaux européens permettent de mieux comprendre les débats autour de la physique et de la mécanique à Lyon. Sans minimiser l’intérêt des chapitres portant sur des études de cas, la lecture de cette entrée en matière mérite l’achat de cet ouvrage.
4 Le premier chapitre de Sébastien Maronne porte sur le commentaire du jésuite Rabuel de la Géométrie de Descartes. Cette étude montre une forme d’appropriation relativement peu fidèle au canon cartésien du fait d’un ajout important d’exemples. Le deuxième chapitre de Fabrice Ferlin étudie un ouvrage d’astronomie de Villemot. Villemot s’appuie sur la théorie tourbillonnaire de Descartes et il est un exemple de réaction vive à la physique newtonienne. Son ouvrage est par ailleurs considéré comme la première contre-attaque théorique au système newtonien. Christophe Schmit consacre le troisième chapitre à l’étude de quatre mémoires du jésuite Lozeran du Fesc. Ces mémoires valurent plusieurs prix à Fesc (trois à l’académie de Bordeaux et le dernier à l’Académie des sciences de Paris). C. Schmit montre que ces travaux sont des exemples saillants du courant malebranchiste en mécanique contre la théorie cartésienne. Le quatrième chapitre est consacré à l’étude d’un manuscrit qui a reçu un accessit au prix Rouillé de Meslay de 1732. L’auteur de ce mémoire, Henri Marchand, entend défendre la théorie tourbillonnaire dans le cadre de l’astronomie et plus particulièrement de l’inclinaison des orbites planétaires. Pierre Crépel montre dans la section consacrée à Jacques Mathon de La Cour comment ce dernier se réclame de Newton. Après avoir comparé les deux grands systèmes concurrents, La Cour penche plutôt vers celui de Newton car il répond de façon plus efficace à ses préoccupations dans le domaine de l’astronomie et de la mécanique. À travers les travaux sur la calcination, le magnétisme et l’électricité de Béraud, C. Schmit questionne les catégories trop schématiques que sont le cartésianisme et le newtonianisme. Les travaux éclectiques de Béraud montrent ainsi qu’il y a divers degrés dans le cartésianisme. Le dernier chapitre écrit par P. Crépel donne à voir une autre forme de circulation en s’intéressant à la traduction partielle et non publiée, par Tolomas, d’un ouvrage britannique, A view of Sir Isaac Newton’s philosophy, de Henry Pemberton, paru en 1728. Cette entreprise (ayant eu lieu entre 1747 et 1754) permet à P. Crépel de relativiser la réussite éclatante du système newtonien et de montrer comment elle s’insère dans les débats qui existent au sein de l’académie lyonnaise entre les deux camps.
5 En somme, cet ouvrage donne un nouvel éclairage, en prenant comme focale les débats autour de la physique au début du xviiie à Lyon, sur la circulation et l’appropriation de savoirs scientifiques et philosophiques en province.
6 Olivier Bruneau
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Date de mise en ligne : 21/06/2019
https://doi.org/10.3917/rhs.721.0171i