Compte rendu

Marie-Bénédicte VINCENT, Kaltenbrunner. Le successeur de Heydrich, Paris, Perrin, 2022, 399 pages

Page 443a

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  • Koenig, G.
(2023). Marie-Bénédicte VINCENT, Kaltenbrunner. Le successeur de Heydrich, Paris, Perrin, 2022, 399 pages. Revue d’Histoire de la Shoah, 217(1), 443a-443a. https://doi.org/10.3917/rhsho.217.0443a.

  • Koenig, Geoffrey.
« Marie-Bénédicte VINCENT, Kaltenbrunner. Le successeur de Heydrich, Paris, Perrin, 2022, 399 pages ». Revue d’Histoire de la Shoah, 2023/1 N° 217, 2023. p.443a-443a. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-shoah-2023-1-page-443a?lang=fr.

  • KOENIG, Geoffrey,
2023. Marie-Bénédicte VINCENT, Kaltenbrunner. Le successeur de Heydrich, Paris, Perrin, 2022, 399 pages. Revue d’Histoire de la Shoah, 2023/1 N° 217, p.443a-443a. DOI : 10.3917/rhsho.217.0443a. URL : https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-shoah-2023-1-page-443a?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhsho.217.0443a


1 Il n’existait jusqu’à présent aucune biographie en langue française sur Ernst Kaltenbrunner, dirigeant du Reichssicherheitshauptamt (RSHA, Office central de sécurité du Reich) après l’assassinat de Reinhard Heydrich en 1942. Il fut pourtant un acteur clef du Troisième Reich et de ses politiques répressives et génocidaires, après sa nomination, en janvier 1943, à la tête de toutes les polices du Reich (dont la Gestapo), du Sicherheitsdienst (SD, Service de renseignement et de sûreté du Parti) et, à partir de 1944, du renseignement militaire. Pourtant, la place de Kaltenbrunner dans l’historiographie reste mineure. Loin de se contenter de combler ce manque par un récit biographique, Marie-Bénédicte Vincent propose un ouvrage extrêmement dynamique qui permet de saisir le cas de l’Autriche nationale-socialiste et dont la structure suit sa démarche intellectuelle.

2 Son point de départ se situe au procès de Nuremberg qui « fait écran » et explique en grande partie la maigre place de Kaltenbrunner dans la mémoire collective. Bien que condamné à mort et exécuté en 1946, il apparaît comme un accusé de second plan, ni rival de Himmler, ni à la hauteur de Heydrich. Pour sortir de ce paradoxe, l’auteur commence par revenir sur l’ascension de Kaltenbrunner. L’Autriche d’après 1918, caractérisée par un contexte d’instabilité, apparaît comme sa matrice idéologique. C’est au cours de ses études à Graz qu’il se convertit aux idées völkisch, antisémites et nationalistes allemandes. En 1930, il adhère au NSDAP puis, l’année suivante, à la SS. L’interdiction du Parti au sein de la République autrichienne entre 1933 et 1937 implique pour lui de militer dans la clandestinité et favorise sa radicalisation. Après la tentative de putsch des nazis à Vienne en 1934, Kaltenbrunner, plusieurs fois arrêté, s’impose comme l’un des dirigeants de la SS autrichienne. Nommé chef supérieur de la SS et de la police en Autriche, il participe au développement de l’appareil national-socialiste à l’échelle régionale, tout en évoluant dans la « polycratie nazie autrichienne » (p. 129), où son rôle est difficile à évaluer tant les structures d’autorité se chevauchent.

3 Choisi pour sa fidélité à Himmler, ses compétences techniques dans le renseignement et son fanatisme nazi, Kaltenbrunner est nommé en janvier 1943 à la tête du RSHA, centre de décision des politiques de répression et d’extermination. Il dirige ce service alors que Troisième Reich touche à sa fin, dans un contexte de radicalisation généralisée aujourd’hui au cœur des problématiques de la recherche. Le durcissement de la répression pour traquer les opposants constitue certainement la « marque de Kaltenbrunner » (p. 155) à la tête du service. Lorsqu’il prend ses fonctions, la politique génocidaire est déjà bien engagée ; il s’en fait le continuateur zélé. En revanche, il ne parvient pas à déjouer l’attentat du 20 juillet 1944 et peine à s’imposer comme un acteur incontournable dans l’entourage de Hitler. En avril 1945, il se replie en Autriche pour tenter de former un gouvernement nazi dissocié de celui de l’Allemagne et négocier avec les Alliés occidentaux – tout en poursuivant la politique génocidaire du régime. Jusqu’au bout, il continue à croire en l’idéologie nationale-socialiste. Capturé en mai 1945, il est condamné à mort à Nuremberg. Le procès post-mortem symbolique devant le tribunal populaire de Vienne (alors même qu’il a déjà été exécuté) dont la sentence est la confiscation de tous ses biens participe à la refondation démocratique du pays. Dans la mémoire de la Shoah, en revanche, la place de Kaltenbrunner, réévaluée lors du procès Eichmann en 1961, restera moindre.

4 Cette étude présente donc un haut dirigeant nazi, à la position « définitivement seconde » (p. 251). Arrivé tardivement dans les centres berlinois du pouvoir, restant à sa place de subordonné de Himmler et dénué de charisme, il a néanmoins été un rouage essentiel du régime, « médiocre mais efficace dans la polycratie nazie » (p. 271). Véritable enquête historique, ce livre nous plonge au cœur du Troisième Reich et soulève des problématiques novatrices : celle de l’histoire de l’Autriche nazie dans une relation entre centre et second cercle, celle de l’étude des acteurs à la « périphérie du Grand Reich » (p. 11) mais dont le rôle a été fondamental, celle de l’intégration de l’idéologie nazie par les acteurs du régime pour expliquer leurs trajectoires individuelles. Avec plus d’une quarantaine de pages d’annexes (sources traduites), c’est un ouvrage d’une grande qualité qui ouvre de nouvelles réflexions vers de nouvelles recherches.

5 Geoffrey Koenig


Date de mise en ligne : 22/03/2023

https://doi.org/10.3917/rhsho.217.0443a