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Mécanismes de sécurisation des revenus pour les travailleurs précaires et qualité des relations sociales : une étude expérimentale

Pages 443 to 484

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  • Couprie, H.,
  • Peterle, E.
  • and Tisserand, J.-C.
(2024). Mécanismes de Sécurisation des Revenus Pour les Travailleurs Précaires et Qualité des Relations Sociales : Une Étude Expérimentale. Revue d'économie politique, . 134(3), 443-484. https://doi.org/10.3917/redp.343.0443.

  • Couprie, Hélène.,
  • et al.
« Mécanismes de sécurisation des revenus pour les travailleurs précaires et qualité des relations sociales : une étude expérimentale ». Revue d'économie politique, 2024/3 Vol. 134, 2024. p.443-484. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-d-economie-politique-2024-3-page-443?lang=en.

  • COUPRIE, Hélène,
  • PETERLE, Emmanuel
  • and TISSERAND, Jean-Christian,
2024. Mécanismes de sécurisation des revenus pour les travailleurs précaires et qualité des relations sociales : une étude expérimentale. Revue d'économie politique, 2024/3 Vol. 134, p.443-484. DOI : 10.3917/redp.343.0443. URL : https://shs.cairn.info/revue-d-economie-politique-2024-3-page-443?lang=en.

https://doi.org/10.3917/redp.343.0443


Notes

  • [1]
    Remerciements : Cet article a bénéficié du financement de la chaire Sécurisation des Parcours Professionnels. Nous remercions la School Wine and Spirits de Burgundy School of Business (Dijon) d’avoir accueilli notre expérience. Nous remercions les participants du séminaire petit déjeuner de la Chaire à SciencesPo Paris. Merci notamment à Pierre Cahuc, Marie-Claire Villeval et Radu Vranceanu pour leurs suggestions. Toute erreur éventuelle n’implique que notre responsabilité.
  • [2]
    Les participants sont identifiés par leur numéro de poste et leur statut contractuel. Ainsi, même si techniquement ils peuvent travailler plusieurs fois dans la même entreprise les joueurs n’en sont pas informés et ceci limite la possibilité, pour les travailleurs temporaires, de se forger une réputation au long des périodes.
  • [3]
    Cette situation est celle qui ressemble le plus à la littérature de référence : jeux de bien public par groupes de 4 avec interaction entre strangers (qui changent de groupe à chaque période : les travailleurs temporaires) et partners (qui ne changent pas de groupe : les travailleurs permanents). Dans notre cas se rajoute la contextualisation travail ainsi que des périodes d’exclusion de tout groupe pour les strangers (qui correspond au chômage des travailleurs temporaires).
  • [4]
    En 2020, 3 ans après leur sortie de l’enseignement secondaire, le taux de chômage des jeunes va de 20 à 53 % selon le diplôme de sortie, à l’exception des brevets de techniciens (Joseph et al. [2023]).
  • [5]
    Les choix de contributions et d’allocations chômage équilibrent presque la contrainte budgétaire de l’État (légèrement déficitaire, en notant Y le revenu moyen généré par travailleur : Recettes = 12 × 0,15 × Y = 1,8Y ; Dépenses = 4 × 0,5 × Y = 2Y). Dans tous les cas le mécanisme de mutualisation est fortement présent.
  • [6]
    Contrairement à la méthode stratégique standard, les participants ne prennent pas de décision supplémentaire, inconditionnelle au statut contractuel passé du receveur.
  • [7]
    Étant donné qu’environ la moitié des observations est censurée à gauche et qu’il y a de fortes chances pour que l’effet aléatoire individuel ne soit pas exogène, des spécifications alternatives, qui conduisent à des interprétations similaires, ont été estimées (modèle probit à effet aléatoire et à effet fixe sur le fait de ne pas contribuer au bien public sur une période). Ces estimations ne mènent pas à des conclusions différentes.

1. Introduction

1 Les Français présentent la particularité de déclarer des niveaux de confiance interpersonnelle faibles (23 % selon le World Value Survey de 2014). Ce chiffre, nettement plus bas que la plupart des pays développés, contraste avec les déclarations des habitants des pays du nord de l’Europe (50 % voire plus). Selon Algan et Cahuc [2007], les faibles niveaux de confiance observables en France apparaissent plus fortement reliés au contexte institutionnel qu’aux effets de composition de la population. Un ensemble de travaux théoriques et empiriques vise à expliquer les évolutions institutionnelles à l’aune des attitudes sociales des populations. Le marché du travail et ses modes de régulation apparaissent ainsi au cœur de l’analyse. En corollaire, la qualité des relations sociales au sein des entreprises apparaît, elle-aussi, comme un élément clef des évolutions institutionnelles : taux de syndicalisation, qualité du dialogue social et qualité des relations professionnelles sont reliés aux modes de régulation des salaires, de la protection de l’emploi, des allocations chômage (Algan et Cahuc [2009] ; Aghion et al. [2010] ; Alessina et Giuliano [2013] ; Algan et Cahuc [2013] ; Algan et al. [2016]).

2 Il se pourrait pourtant qu’une partie des corrélations observées entre qualité du lien social et institutions soient le fait d’une causalité inverse, une question à laquelle les travaux économétriques peinent à répondre avec robustesse malgré l’utilisation de variables instrumentales. Se peut-il que certains designs institutionnels soient davantage propices à l’émergence de niveaux de confiance interpersonnelle élevés (Rothstein [2005] ; Rothstein et Stolle [2008]) ? Parmi les mécanismes explicatifs à l’œuvre, l’influence des institutions sur les inégalités internes au pays apparaît majeure, comme en témoigne le modèle multivarié estimé par Rothstein et Uslaner [2005]. Ces auteurs s’étonnent du fait que ce facteur explicatif soit si peu étudié dans ce contexte. Ainsi on omettrait de remettre en cause l’action gouvernementale dans l’émergence d’un phénomène perçu à tort comme « culturel » (et donc exogène à son action).

3 Notre étude expérimentale se situe dans ce questionnement scientifique. Elle vise à apporter un éclairage original sur la causalité entre les mécanismes de sécurisation des revenus et les attitudes pro-sociales. Nous nous situons dans un contexte d’inégalités contractuelles sur le marché du travail, c’est-à-dire de coexistence et de collaboration entre deux types de travailleurs exposés différemment à la précarité. Ces travailleurs sont dénommés travailleurs permanents et temporaires. Ils peuvent subir (ou pas) des mobilités sur le marché du travail ou du chômage, et doivent interagir de façon répétée dans le cadre d’un travail en équipe de quatre personnes par firme impliquant des gains à la coopération. Le revenu des travailleurs temporaires est l’objet de mécanismes de compensation différenciés pour lesquels nous étudions les influences causales sur les attitudes pro-sociales. Nous considérons ainsi 3 traitements reprenant les éléments les plus saillants des inégalités de revenus en l’absence (traitement BASE) ou en présence de mécanismes de sécurisation des revenus : allocation chômage (traitement INSU) et prime de précarité (traitement WAGE).

4 Le contexte retenu pour notre étude est caractéristique de la dualisation croissante du marché du travail français : des travailleurs aux emplois protégés et durables côtoient des travailleurs aux emplois instables caractérisés par des durées de plus en plus courtes. Ces derniers représentent 3,3 millions de travailleurs, soit 12,4 % de l’emploi total (INSEE [2020]). Depuis 30 ans, les taux de rotation sur les emplois ont presque été multipliés par 5, avec, comme conséquence, des contrats de travail temporaires de plus en plus courts. La durée moyenne d’un épisode d’emploi à durée déterminée est ainsi d’environ 46 jours pour un CDD (DARES [2017]) et moins de 2 semaines pour un contrat intérimaire (Picard [2014]). La grande majorité des créations d’emploi se fait sous forme de flux de CDD. De nombreuses personnes (nouveaux entrants, peu qualifiés) vont ainsi faire l’expérience sur longue période d’une succession d’épisodes d’emplois précaires. Ce phénomène est documenté par Cahuc et al. [2016] ou encore Fontaine et Malherbet [2016].

5 La dualisation implique que le risque de chômage est fortement et inégalement réparti entre travailleurs. En guise de réponse institutionnelle, l’assurance chômage permet une mutualisation des risques de chute de revenu entre travailleurs. L’indemnité de précarité, mise en place en 1990, offre, quant à elle, une possibilité de compensation intertemporelle des variations de revenu liées à la perte d’emploi sans pour autant imposer de solidarité entre travailleurs. Les inégalités face au risque de précarité se matérialisent le plus souvent par des inégalités contractuelles. Or, ces inégalités contractuelles, multiformes, surpassent la question des inégalités salariales intertemporelles. Les pouvoirs d’agir peuvent différer selon le statut contractuel (voir par exemple le modèle insiders-outsiders de Lindbeck et Snower [1988]). On observe par exemple que les travailleurs précaires ont également souvent un moindre accès à la formation et au développement de leurs compétences, ce qui peut limiter leur progression professionnelle. Les disparités sont multiples : sécurité sociale, soins de santé, avantages sociaux, etc., accroissant l’insécurité économique des travailleurs précaires.

6 Notre expérience ne prétend pas à une validité externe sur le thème des inégalités contractuelles mais permet plutôt de mettre en évidence un canal de transmission de causalité possible entre inégalités face à la précarité, mécanismes de sécurisation des revenus et attitudes pro-sociales. La qualité des relations sociales est appréhendée à travers deux dimensions : l’orientation vers le bien commun dans le cadre d’un travail en équipe et la confiance interpersonnelle.

7 Orientation vers le bien commun

8 Ce travail de recherche est apparenté à la littérature expérimentale appliquée au marché du travail (Villeval [2016]). Il se distingue toutefois des courants principaux dans la mesure où la majorité de la littérature se focalise sur les choix de contrats d’un employeur dans le cadre de jeux de type gift-exchange, ignorant le rôle des institutions (sauf Falk et Huffman [2007]), du chômage (sauf Brown et al. [2012]), ou des inégalités contractuelles (sauf Angelova et al. [2012]). Nous nous situons dans le cadre de l’analyse du travail en équipe c’est-à-dire que nous étudions les relations horizontales entre travailleurs au sein d’une même firme. Ceci nous permet de mesurer une première dimension de qualité des relations sociales : l’orientation vers le bien commun. Il s’agit d’un jeu de bien public avec asymétrie dans les rendements des contributions au bien public. L’effet de telles asymétries de rendements ou de dotations a été étudié par Fehr et Gächter [2000], Keser et van Winden [2000], Dickinson [2001], ou encore Cox et Stoddard [2018). L’analyse des résultats obtenus peut aussi s’inspirer de jeux de contribution au bien public décontextualisés. En la matière, la littérature présente des résultats variés quant au lien entre inégalités et orientation vers le bien public, en présence ou non d’un mécanisme de redistribution (Cherry et al. [2005] ; Uler [2011] ; Maurice et al. [2013]). L’usage du jeu du bien public nous semble particulièrement adapté à l’étude de l’orientation vers le bien commun, dans le cadre des relations au travail. Ce dilemme social en situation de travail peut par exemple correspondre à la situation d’un employé qui va choisir entre contribuer aux travaux collectifs au sein d’une équipe de travail ou opter pour un effort de travail lui procurant des bénéfices plus individuels, comme une progression individuelle de carrière.

9 Le protocole que nous adoptons représente schématiquement le fonctionnement d’un marché du travail comportant plusieurs entreprises. Les travailleurs sont ainsi amenés à travailler en équipe sur plusieurs périodes au sein de chaque firme dans des interactions, durables ou non, selon leur situation contractuelle. Cette situation s’apparente aux travaux d’Andreoni [1988] et Andreoni et Croson [2008] qui comparent les comportements de strangers et de partners dans des jeux de contribution au bien public répétés. Les strangers sont des personnes interagissant toujours avec des groupes nouvellement formés tandis que les partners interagissent de façon répétée avec les mêmes personnes. Dans notre cas, les travailleurs temporaires, en rotation sur des emplois changeant, constitueraient des strangers, tandis que les travailleurs permanents, occupant toujours le même poste, constitueraient des partners. Grund et al. [2015] observent des interactions dans des groupes de 4 personnes dont la composition strangers/partners varie. Dans tous ces travaux, les contributions diminuent au cours du temps. Toutefois ils divergent sur la question de savoir qui des strangers ou des partners coopère davantage. Les effets stratégiques ou d’apprentissage liés aux interactions répétées peuvent en effet aller dans les deux sens, favorisant, ou non, davantage de coopération de la part d’un groupe ou d’un autre.

10 Notre protocole expérimental implique deux originalités majeures par rapport à cette littérature. D’une part, notre jeu est contextualisé au marché du travail, et introduit un nouvel élément important : le risque de chômage des précaires et l’apparition d’inégalités intertemporelles. D’autre part, nous proposons à travers nos traitements d’étudier comment des mesures de lissage des inégalités intertemporelles (telle que la prime de précarité) ou intratemporelles (telle que l’assurance chômage) affectent l’orientation vers le bien commun et la coopération au sein des équipes de travail. L’effet de ces mesures n’est pas évident, car bien qu’elles puissent favoriser un cadre plus égalitaire et propice à la coopération, leur mise en place modifie également les incitations au niveau individuel.

11 Confiance interpersonnelle

12 La deuxième dimension de qualité des relations sociales que nous étudions est la confiance. Certains travaux empiriques ont mis en évidence l’existence d’un lien entre inégalités et confiance interpersonnelle. Gustavsson et Jordhal [2008] utilisent des données de panel provenant d’enquêtes menées lors des élections suédoises. Leurs résultats suggèrent que les inégalités de revenu affectent la confiance générale des individus. Cette relation est particulièrement notable parmi les individus défavorisés, pour lesquels les inégalités sont associées à une diminution forte de la confiance interpersonnelle. Dans une étude expérimentale s’appuyant sur le jeu de confiance, Lei et Vesely [2010] indiquent que l’existence d’inégalité de dotations initiales peut susciter un favoritisme envers le groupe le plus favorisé.

13 Nous mesurons le degré de confiance interpersonnelle à travers le jeu de confiance (Berg et al. [1995]), à la suite du jeu du bien public. Dans cette phase, les participants sont confrontés à des décisions impliquant le statut de permanent ou de temporaire, reflétant les inégalités de statut contractuel présentes sur le marché du travail. Nous examinons comment ces inégalités, ainsi que les dynamiques du jeu du bien public, influencent la confiance interpersonnelle dans un contexte par ailleurs indépendant.

14 Notre étude vise également à comprendre comment les mesures visant à atténuer les inégalités, appliquées exclusivement dans le cadre du jeu du bien public, se répercutent sur la confiance interpersonnelle évaluée dans le jeu de confiance. Ces mesures, bien que ciblées, pourraient avoir un impact significatif sur la perception et les comportements des individus au-delà du cadre immédiat du jeu. Ce faisant, nous cherchons à analyser l’effet des mécanismes de sécurisation des revenus sur les relations sociales et la confiance interpersonnelle.

15 Notre étude apporte une contribution significative à un domaine de recherche encore peu exploré. Bien que des études antérieures, telles que celles menées par Falk et al. [2015] et Fehr et al. [1996], aient analysé l’impact de changements institutionnels sur le comportement dans des situations de contrats incomplets, il n’existe, à notre connaissance, pas d’étude expérimentale qui se concentre spécifiquement sur le lien entre les mécanismes de sécurisation des revenus et les relations sociales. Notre démarche vise à fournir des perspectives nouvelles, et à ouvrir le débat, sur comment les politiques du marché du travail façonnent, non seulement les comportements économiques, mais aussi la qualité des relations sociales.

16 Pour anticiper nos résultats, les travailleurs permanents et temporaires ne présentent pas de différences significatives dans leur niveau moyen de contribution au bien public en l’absence de mécanisme de sécurisation des revenus pour les travailleurs précaires. Cela suggère que la simple présence de ces différents statuts contractuels n’affecte pas directement les niveaux de coopération dans notre expérience.

17 Cependant, lorsqu’il s’agit de mesures spécifiques destinées à réduire les inégalités, telles que l’introduction d’une assurance chômage (traitement INSU) ou l’octroi de primes à destination des travailleurs précaires (traitement WAGE), nous observons un impact notable sur les incitations individuelles. Ces mesures, bien que conçues pour créer un environnement plus égalitaire et potentiellement plus coopératif, ont le potentiel d’affaiblir les comportements de coopération dans notre contexte expérimental. Ce résultat soulève des questions importantes sur la façon dont les politiques visant à réduire les inégalités peuvent influencer les dynamiques de coopération et d’engagement envers le bien commun.

18 Concernant la confiance interpersonnelle, notre étude met en lumière des différences dans la manière dont les participants perçoivent les travailleurs en fonction de leur statut contractuel. Nous notons une tendance marquée à accorder plus de confiance aux travailleurs permanents qu’aux temporaires. Les mécanismes de sécurisation des revenus des travailleurs précaires n’ont quant à eux pas d’impact significatif sur la confiance interpersonnelle.

19 Le document est structuré de la manière suivante : la section 2 détaille notre protocole expérimental, la section 3 est consacrée aux prédictions relatives à nos questions de recherche, la section 4 présente nos résultats, et la section 5 conclut l’étude.

2. Protocole

20 L’objectif consiste à mesurer l’impact de la mise en place de mécanismes visant à sécuriser le revenu des travailleurs précaires (assurance chômage, prime de précarité) sur la qualité des relations sociales (confiance et orientation vers le bien commun). Nous simulons une tâche de travail en équipe au sein de plusieurs entreprises sur un marché du travail stylisé. Chaque entreprise est composée de travailleurs permanents et temporaires. Les travailleurs permanents sont assurés de travailler à chaque période de l’expérience, toujours dans la même entreprise. Les travailleurs temporaires connaissent une nouvelle affectation à chaque début de période. Ces derniers peuvent alors, de manière aléatoire, rejoindre une entreprise différente de la période précédente, ou connaître une période de chômage.

2.1. Généralités

21 L’expérience a eu lieu auprès de 192 étudiants de la Burgundy School of Business de Dijon, répartis aléatoirement entre 72 travailleurs permanents et 120 travailleurs temporaires. Les salles informatiques utilisées étaient dotées de séparations qui empêchent toute communication entre les participants. L’ensemble des étudiants de l’école, de tous les niveaux et de tous les parcours, ont été invités par email à participer à l’expérience. Les sessions ont duré en moyenne 1h30 et se sont déroulées en dehors des heures de cours. L’expérience a été programmée en utilisant le logiciel OTREE (Chen et al. [2016]). Deux vagues de six sessions ont été réalisées en novembre 2018 et novembre 2021 auprès d’un public comparable. Le décalage temporel entre ces deux dates est attribuable en grande partie à la crise sanitaire. Les conditions expérimentales sont maintenues à l’identique : les participants sont issus du même vivier, le mode de recrutement et le protocole sont restés identiques. Reste la question de possibles modifications d’attitudes entre les deux vagues. Ce point a fait l’objet d’analyses de robustesses réalisées en incorporant une variable indicatrice de vague dans des analyses multivariées supplémentaires.

22 Chaque session est composée de 16 participants gagnant en moyenne 20€, incluant un taux fixe de participation de 5€. Une monnaie expérimentale a été utilisée avec le taux de conversion de 12 ECUS pour 1 EURO. L’expérience s’est déroulée de la façon suivante :

  1. Accueil des participants
  2. Travail en entreprise (répétition de 10 périodes)
  3. Jeux de confiance
  4. Questionnaire
  5. Paiement individuel et en secret

24 Lors de l’accueil, les participants, numérotés de 1 à 16, sont affectés à un rôle (permanent ou temporaire).

25 Lors de la tâche Travail en entreprise, chaque participant est amené à travailler au sein d’une ou plusieurs entreprises (dénommées A, B, C). Les travailleurs permanents restent durant les 10 périodes sur le même poste tandis que les travailleurs temporaires vont changer d’entreprise ou se retrouver au chômage à chaque période. Le contenu du travail est individuel mais le gain comporte une dimension collective. Chaque participant est informé, à chaque fin de période, des contributions de chaque membre de son entreprise, identifié par un numéro de poste et une situation contractuelle (voir Annexe II un exemple de copie de l’écran d’information). A l’issue des 10 périodes, le participant perçoit pour cette partie un gain qui correspond à la moyenne des gains obtenus sur les 10 périodes.

26 A la suite de la tâche en entreprise, plusieurs jeux de confiance se déroulent de façon à distinguer toutes les interactions possibles (entre permanents et temporaires). Une seule des situations est tirée au sort pour le paiement final.

27 Le questionnaire final inclut des questions socio-démographiques usuelles mais intègre aussi quelques questions sur les valeurs inspirées du World Value Survey (Inglehart et al. [2014]).

28 Un soin particulier est apporté à la compréhension des instructions par les participants. Même si les participants sont libres de poser des questions de clarification, c’est rarement le cas. Ainsi, des questions de vérification de compréhension des instructions sont posées. Celles-ci incluent des calculs de gains ; elles sont vérifiées à chaque étape. Les expérimentalistes prennent le temps nécessaire pour clarifier auprès des intéressés les difficultés de compréhension révélées lors de la réponse à ces questions.

29 L’information est contrôlée durant l’expérience. Nous garantissons l’anonymat à tout moment, y compris au sein des entreprises. Le paiement final se fait individuellement et en secret à l’issue de l’expérience.

30 Notons que les instructions et l’environnement dans lequel les participants prennent leurs décisions sont stylisés, utilisant des termes spécifiques au marché du travail (entreprise, travailleur, permanent, temporaire, précarité, chômage…). Nous reconnaissons que ce choix peut influencer la manière dont les participants appréhendent l’expérience. Une alternative aurait été d’utiliser des termes neutres, tels que « type A » ou « type B », pour qualifier les statuts contractuels. Notre choix de protocole repose sur plusieurs considérations : premièrement, l’utilisation de contextes spécifiques simplifie la rédaction et la compréhension des instructions. De plus, cette méthode est largement utilisée dans les expériences de laboratoire en économie du travail, comme le montrent Dittrich et al. [2014]. Enfin, l’objectif de notre étude n’est pas tant de contribuer à la littérature en économie expérimentale, souvent axée sur des jeux décontextualisés, mais plutôt de produire des résultats directement applicables au marché du travail.

2.2. Tâche de travail en entreprise (10 périodes)

31 L’économie est constituée de 16 personnes et 3 entreprises. Chaque entreprise dispose de 4 postes de travail : 2 occupés par des travailleurs permanents et 2 par des travailleurs temporaires. Les travailleurs permanents sont assurés de travailler à chaque période, tandis que les travailleurs temporaires peuvent connaitre des périodes de chômage déterminées de manière aléatoire (voir la rotation de main d’œuvre en Annexe III). A chaque période, ces derniers changent d’entreprise ou connaissent un épisode de chômage [2]. 4 chômeurs sont désignés à chaque période parmi les participants de rôle temporaire, ce qui nous donne une part de 25 % de chômeurs dans l’économie.

32 Lors d’une période de travail, chaque participant peut décider d’investir une partie de sa dotation dans un bien public à 4 joueurs. Le jeu est contextualisé sous forme de tâche de travail. Les participants réalisent une tâche de travail qu’ils peuvent réaliser pour le compte de l’entreprise (bien public) ou pour le compte personnel (bien privé).

33 Il y a 10 séquences successives de travail en entreprise. La tâche de travail est standardisée et plutôt classique. Elle consiste à rechercher dans une liste sur papier des numéros de téléphone puis de les saisir à l’écran. Elle est réalisable par tous assez facilement mais elle reste toutefois suffisamment pénible pour ressembler à du travail. C’est une tâche qui engendre peu d’effets d’apprentissage ou de fatigue et pour laquelle il n’y a pas de différence notable de productivité selon les caractéristiques individuelles (par exemple le genre). Tous les travailleurs réalisent le même travail dans un même temps imparti : la saisie de dix numéros. Tous y parviennent. La productivité, l’effort ou encore la rapidité d’exécution n’entre pas en ligne de compte dans le calcul des gains. Comme dans tout jeu de contribution au bien public, les gains vont dépendre de la décision de l’individu (et des 3 autres membres de l’entreprise) de travailler pour le compte individuel ou pour celui de l’entreprise (voir section 2.4).

2.3. Traitements

34 Le design est de type Between : les traitements varient selon les sessions et visent à prendre en compte l’influence des principaux mécanismes de sécurisation du revenu des travailleurs précaires (Tableau 1).

35 Dans la situation de base (traitement BASE), les travailleurs disposent des mêmes règles de rémunération en entreprise, qu’ils soient « temporaires » ou « permanents » ; lorsque les travailleurs temporaires sont au chômage ils ne perçoivent aucune rémunération [3]. Cette contextualisation reproduit de façon stylisée le système dual du marché du travail en se focalisant exclusivement sur l’influence des inégalités face au risque de chômage. Sans inégalités dans les règles de rémunérations, on retombe sur un jeu de bien public symétrique, très courant dans la littérature ce qui fournit un point de référence important pour la validité de notre étude. Dans un système dual, les travailleurs connaissent leur type et leur degré d’exposition à la précarité, souvent parce qu’ils ont accès à certains types de contrats de travail plus ou moins protecteurs que d’autres (CDI, fonctionnaire vs CDD, intérimaires). Ainsi, dans la réalité d’un marché dual, certains travailleurs savent que leur emploi est fortement protégé et que leur degré d’exposition à la précarité est faible. Ce fait est présenté de façon extrême dans l’expérience puisque nous posons que les travailleurs permanents ont un risque de chômage nul. Sur le deuxième segment d’un marché du travail dual se situent les travailleurs précaires qui, eux aussi, ont conscience de leur situation. De façon à faire ressortir les points saillants de potentiels effets de la précarité sur les comportements, le risque face au chômage des précaires est de 40 %, il s’agit d’un risque extrême qui ne correspond pas au risque moyen mais qui concerne toutefois une frange de la population [4]. Notre but n’étant pas de mesurer des effets réalistes, moyens au niveau de la France, mais de présenter, s’il y en a, des éléments de preuve d’un lien causal des écarts face au risque de chômage sur les comportements pro-sociaux. De plus il est important que les participants comprennent et prennent la mesure des enjeux des différences que nous introduisons entre les deux statuts contractuels ce qui requiert de présenter les situations avec un miroir grossissant. Un autre point important du protocole concerne la durabilité de la situation de précarité, une caractéristique forte d’un marché dual qui a tendance à piéger une partie de la force de travail dans des situations répétées de contrats moins protégés. De la même façon, dans ce design, les participants voient leur condition face à la précarité tirée au sort en début de période et la conserve durant toute l’expérience.

36 La situation avec assurance chômage (traitement INSU) reproduit en tous points la situation de base. La seule différence réside dans le fait que les travailleurs temporaires au chômage perçoivent une indemnité correspondant à la moitié du revenu moyen généré par les travailleurs en emploi, accomplissant la tâche au cours de la période. Cette indemnité est financée via une contribution obligatoire de 15 %, connue et rappelée à chaque période, proportionnelle à l’ensemble des salaires. Les travailleurs en poste disposent donc d’un gain net qui correspond à 85 % de leur gain brut [5]. De fait, ce traitement comporte à chaque période une mutualisation des risques de précarité impliquant un transfert de revenus des travailleurs permanents vers les travailleurs temporaires au niveau de la société dans son ensemble. Il y a donc diminution des inégalités entre travailleurs temporaires et permanents à chaque période mais aussi à l’issue de l’ensemble des périodes. Ce traitement représente, dans les grandes lignes, le fonctionnement d’un système d’assurance chômage dans un univers dual. En effet : tout le monde contribue mais seules les personnes pour qui le risque de chômage se réalise bénéficient des allocations.

37 Le troisième traitement contient une compensation salariale pour les travailleurs précaires (traitement WAGE). Dans ce cas, les travailleurs temporaires ne perçoivent aucune rémunération ni indemnité en période de chômage, mais leur rémunération en cas d’emploi est bonifiée de 20 %. Ce dernier traitement représente, de façon stylisé, l’effet de la prime de précarité instaurée dans les années 90, financée par les employeurs, en faveur des travailleurs sous contrat temporaire. Cette prime s’élève à 10 % du salaire mais atteint le plus souvent 20 % en raison du paiement des congés. Dans tous les cas, comme pour le traitement précédent, le protocole ne prétend pas simuler la réalité et mesurer l’ampleur d’une mesure sur les comportements pro-sociaux mais à faire saillir la potentielle causalité d’un mécanisme sur les comportements. Ce traitement favorise les travailleurs temporaires durant l’emploi et contribue aussi à un lissage intertemporel du revenu. Les participants à l’expérience ont une information parfaite sur les fonctions de paiement, et il est apparent que la compensation salariale induite dans le traitement WAGE ne correspond pas à un transfert des permanents vers les temporaires. Le mécanisme n’est donc pas financé par l’État mais par une tierce partie (l’employeur).

Tableau 1

Propriétés des trois traitements

Traitement# SessionsInégalités (par période/toutes périodes)Rémunération (temporaires/permanents)Gain au chômage
BASE4Fortes/FortesIdentiques0
INSU4Faibles/FaiblesIdentiques50 % du rev. moyen
WAGE4Inversées*/FaiblesTemporaires (+20 %)0
Image description generated by AI: Table comparing three treatments: BASE, INSU, WAGE. Details include number of sessions, frequency, remuneration, and gain.

Propriétés des trois traitements

*Si le travailleur temporaire est en période de travail

2.4. Règles de gains pour la tâche travail en entreprise

38 Le participant est payé à la pièce pour chaque numéro de téléphone saisi ; il peut choisir d’allouer les gains associés sur un compte individuel ou sur le compte de l’entreprise. Contrairement au compte individuel, le compte de l’entreprise rapporte à tous les membres de l’entreprise, c’est un bien public. Il y a 10 numéros en tout à saisir, ce qui correspond à une dotation exogène contextualisée.

39 Nous notons \(\begin{equation} e_i^{ {ind }} \end{equation}\) le nombre de numéros saisis affectés au compte individuel et \(\begin{equation} e_i^{ {coll }} \end{equation}\) le nombre de numéros saisis affectés au compte de l’entreprise. Si les individus numérotés i = 1, 2, 3, 4 appartiennent à la firme A alors chaque membre de la firme A percevra le gain π suivant :

\(\begin{equation} \pi_i=4 \sum_{j=1}^4 e_j^{ {coll }}+10 e_i^{i n d} \end{equation}\)

40 L’équilibre de Nash d’un tel jeu entre individus égoïstes consiste pour chacun à ne contribuer qu’à la tâche individuelle (privée) : \(\begin{equation} e_i^{ {coll }}=0, e_i^{ {ind }}=10.\end{equation}\) L’optimum social demanderait pourtant des comportements inverses : \(\begin{equation} e_{i, A}^{ {coll }}=10, e_{i,}^{ {ind }}=0.\end{equation}\)

41 Cette règle de gain s’applique pour les traitements BASE et INSU. Dans le cas du traitement WAGE, les travailleurs temporaires perçoivent un salaire augmenté de 20 % relativement aux travailleurs permanents, ils disposent de la règle de gain spécifique suivante :

\(\begin{equation} \pi_i=4,8 \sum_{j=1}^4 e_j^{c o l l}+12 e_i^{i n d} \end{equation}\)

42 Dans ce cas, le travail en entreprise apparait plus rémunérateur pour les travailleurs temporaires que pour les travailleurs permanents ; l’équilibre de Nash et l’optimum social ne changent pas. Quelle que soit la règle de gain, le type de travailleur, et pour l’ensemble des traitements considérés, le taux de rendement marginal de l’investissement dans le bien public est identique fixé à 0,4.

43 En cas de chômage, le gain d’un participant est nul dans le cas des traitements BASE et WAGE. Cependant dans le traitement INSU, le chômeur perçoit 50 % du revenu moyen généré par l’ensemble des individus pour l’ensemble des firmes sur la période. Si les individus 5 à 16 travaillent et que les individus 1 à 4 sont au chômage, le gain de chaque chômeur pour la période correspond à :

\(\begin{equation} \pi_i=\frac{\sum_{j=5}^{16} \pi_j}{24} \quad \text { pour } i=1,2,3,4 .\end{equation}\)

44 Dans ce cas aussi, l’équilibre de Nash et l’optimum social restent inchangés.

2.5. Jeu de confiance

45 Des envoyeurs et des receveurs sont tirés au sort et appariés mais ne peuvent pas communiquer. Nous appliquons une méthode proche de la méthode stratégique [6] c’est-à-dire que tous les participants vont prendre une décision dans chaque situation fictive (face à un travailleur temporaire ou face à un travailleur permanent) ; seule une situation est effectivement tirée au sort et payée. Cela nous permet d’obtenir plus d’observations pour l’interprétation.

46 L’envoyeur et le receveur disposent tous deux d’une dotation de 60 ECUS. L’envoyeur prend sa décision en premier et peut choisir d’envoyer un montant e au receveur. Ce montant est triplé, le receveur prend ensuite sa décision de renvoyer un montant r à l’envoyeur. Les gains sont les suivants :

\(\begin{equation} \left\{\begin{array}{l} \pi_e=60-e+r \\ \pi_r=60+3 \times e-r \end{array}\right.\end{equation}\)

47 La solution de ce jeu dépend clairement des anticipations de l’envoyeur qui joue en premier. Si celui-ci a confiance, il contribuera l’ensemble de ses ECU (e = 60) afin d’atteindre l’optimum social qui maximise la somme des gains de l’envoyeur et du receveur : max {πe + πr = 240. Un receveur réciproque, altruiste ou ayant de l’aversion aux inégalités va alors renvoyer un montant supérieur à la dotation initiale de l’envoyeur : r > 60. Un receveur égoïste ou non réciproque ne renverra rien ou un montant inférieur à 60. Le comportement du receveur doit être anticipé par l’envoyeur en fonction de ses caractéristiques et sans communication. Ainsi, un envoyeur égoïste anticipant r < 60 de la part du receveur préfèrera ne pas envoyer d’ECU au receveur : e = 0 générant ainsi une répartition des gains de statu quo {πe, πr} = {60, 60}. A contrario, un envoyeur altruiste anticipant un comportement égoïste de la part du receveur pourra lui aussi envoyer un montant non nul.

3. Prédictions

48 Notre protocole expérimental consiste en deux jeux expérimentaux successifs : un jeu de contribution au bien public à 4 joueurs, répété 10 fois, et un jeu de confiance. Pour ces deux jeux, les prédictions standards issues de l’équilibre de Nash, où nous considérerions des agents rationnels cherchant seulement maximiser leurs gains, sont claires. Peu importe le traitement ou le statut contractuel, les participants au jeu du bien public devraient ne rien contribuer. De la même manière, peu importe avec qui ils sont associés, les participants au jeu de confiance devraient ne rien envoyer, et donc ne rien recevoir des receveurs. La vaste littérature en économie expérimentale suggère cependant que ce ne sont pas les décisions que nous observerons à travers les données expérimentales. Il est commun par exemple d’observer une contribution moyenne au bien public située entre 30 % et 40 % de la dotation (Zelmer [2003]). Il est aussi commun d’observer un niveau de confiance moyen situé entre 40 % et 60 % (Johnson et Mislin [2011]). Les raisons identifiées de la déviation à l’équilibre sont multiples, et incluent parmi d’autres la présence de préférences sociales, et la notion de réciprocité. C’est sur cette base que nous formulons dans la suite de cette section les prédictions comportementales que nous proposons de tester. Les prédictions 1 et 2 concernent les comportements de coopération dans le jeu du bien public, et la prédiction 3 concerne le jeu de confiance.

3.1. Les travailleurs temporaires vont-ils moins contribuer que les travailleurs permanents lors du travail en équipe ?

49 Notre jeu du bien public est contextualisé aux inégalités face à la précarité sur le marché du travail. Les travailleurs permanents connaissent des interactions répétées, similaires aux interactions de type partners, tandis que les travailleurs temporaires changent de groupe à chaque période, ce qui correspond aux interactions de type strangers. Les résultats de la littérature expérimentale sont particulièrement partagés.

50 Si l’on se réfère aux travaux de Keser et van Winden [2000] ou même Gründ et al. [2015], on s’attend à ce que les travailleurs permanents contribuent davantage que les travailleurs temporaires. En effet, une forme de norme de coopération peut apparaître dynamiquement entre partners. En premières périodes, une contribution forte peut provenir d’un goût pour la coopération ou être utilisée par certains comme un signal visant à se créer une réputation de contributeur ou à susciter une norme de coopération interne au groupe. Les niveaux moyens de contribution au bien public tendent ensuite à chuter au cours du temps. En effet, la présence d’individus de type « opportunistes », ou free-riders, aux contributions basses, incite les individus de type « coopérateurs conditionnels » à ajuster leur niveau de contribution à la baisse sous l’effet de la découverte des comportements opportunistes. Dans les interactions entre strangers, la norme de coopération ne pouvant émerger, les opportunistes pourraient être plus fréquents qu’entre strangers. Ainsi, on s’attend à ce que des groupes mélangeant travailleurs permanents et temporaires, génèrent des niveaux de contribution au bien public inférieurs de la part des travailleurs temporaires, plus souvent opportunistes du fait de l’impossibilité de se forger une réputation ou de se référer à une norme de coopération.

51 De plus, les travailleurs temporaires ont un revenu intertemporel espéré qui est toujours inférieur à celui des travailleurs permanents (quel que soit le traitement considéré). Les travailleurs temporaires ont sans doute, dans ce contexte, des incitations plus fortes que les travailleurs permanents à maximiser leurs revenus lors d’une période de travail, en limitant leur contribution au bien public.

52 Hypothèse 1a (jeu du bien public) : Les travailleurs permanents ont tendance à contribuer davantage au bien public que les travailleurs temporaires.

53 Si l’on se réfère aux travaux d’Andreoni [1988] on s’attend à ce que les travailleurs temporaires contribuent davantage car ils vont être davantage confus que les travailleurs permanents dans l’apprentissage de la stratégie dominante. Ils auraient la même aptitude à donner généreusement et subiraient le même coût à investir dans le bien public. De plus, dans notre expérience, nous avons des périodes de chômage qui modifient la dynamique. Les travailleurs temporaires sortant d’une période de chômage perdent des périodes d’expérience relativement aux travailleurs permanents, cela est susceptible de réduire la chute des contributions au cours des périodes pour les travailleurs temporaires.

54 Hypothèse 1b (jeu du bien public) : Les travailleurs temporaires ont tendance à contribuer davantage au bien public que les travailleurs permanents.

55 Notons à ce stade que de nombreux travaux de la littérature ne concluent pas à des différences de comportements entre travailleurs temporaires et permanents. Il n’y a pas de corpus scientifique permettant de privilégier l’une ou l’autre de ces deux hypothèses (voir la revue de littérature de Andreoni et Croson [2008]).

3.2. Les mécanismes de sécurisation des revenus pour les travailleurs temporaires vont-ils améliorer la coopération dans le jeu du bien public ?

56 Les mesures de sécurisation des revenus pour les travailleurs précaires peuvent favoriser la coopération en réduisant les inégalités et, parallèlement, diminuer celle-ci en modifiant les incitations individuelles. Nous distinguons ces effets en formulant trois hypothèses concernant les différences potentielles entre nos traitements dans la coopération au jeu du bien public.

57 Les mesures introduites dans les traitements INSU et WAGE permettent de réduire les inégalités de revenu entre travailleurs temporaires et permanents. Ces inégalités, connues pour leur impact négatif sur les relations sociales, pourraient influencer le comportement des participants dans le jeu du bien public. Des travaux antérieurs montrent généralement que l’hétérogénéité dans les dotations ou dans les rendements du bien public, lorsqu’introduite de façon exogène, tend à réduire la contribution moyenne du groupe (Ledyard [1995] ; Cherry et al. [2005]). Nous pouvons donc nous attendre à ce que les deux mesures visant à réduire les inégalités en défaveur des travailleurs précaires permettent de stimuler les comportements coopératifs dans le jeu du bien public.

58 Hypothèse 2a (jeu du bien public) : En lissant les inégalités de revenus et d’emploi entre les travailleurs temporaires et permanents, les traitements INSU et WAGE offrent un environnement plus favorable à la coopération, en comparaison au traitement BASE.

59 Cette perspective d’ensemble sur les comportements de négociation ne devrait toutefois pas négliger les modalités spécifiques de réduction des inégalités dans nos deux traitements, ainsi que l’impact des mesures adoptées sur les incitations au niveau individuel.

60 Dans le cadre du traitement INSU, les travailleurs permanents contribuent systématiquement au fonds d’assurance chômage sans jamais bénéficier directement de ses avantages. Cette situation pourrait être perçue par eux comme une réduction nette de leurs gains. Selon Laenen [2018], ce sentiment de perte pourrait inciter les travailleurs permanents à privilégier la maximisation de leurs profits individuels au détriment de la coopération. Le mécanisme d’assurance chômage peut au contraire sembler plus légitime pour les travailleurs temporaires qui en bénéficient lors des périodes où ils ne sont pas en emploi.

61 Hypothèse 2b (jeu du bien public) : Le traitement INSU réduit la coopération des travailleurs permanents, en raison de leur contribution obligatoire sans bénéfice direct, tandis qu’il augmente celle des travailleurs temporaires, bénéficiant du système de redistribution.

62 Dans le cadre du traitement WAGE, les travailleurs temporaires bénéficient de gains plus élevés que les travailleurs permanents aux périodes où ils sont en emploi. En d’autres termes, la mesure de « prime de précarité » revient à créer une asymétrie de dotation entre les participants au bien public, à période donnée. Certaines études expérimentales suggèrent que la présence d’hétérogénéité dans les dotations, en brouillant la norme de contribution, peut réduire la coopération moyenne (Van Dijk et al. [2002] ; Cherry et al. [2005] ; Anderson et al. [2008]). Si une baisse de la contribution moyenne est observée dans le traitement WAGE, elle serait probablement tirée par les travailleurs permanents, qui sont en situation d’inégalité désavantageuse.

63 Hypothèse 2c (jeu du bien public) : Dans le traitement WAGE, l’introduction d’hétérogénéité entre les membres de l’équipe entraîne une baisse générale des contributions, particulièrement marquée chez les travailleurs permanents en raison de leur position désavantageuse.

3.3. Les mécanismes à l’œuvre dans les différents traitements vont-ils améliorer la confiance ?

64 Dans les traitements INSU et WAGE, nous mettons en place un mécanisme visant à réduire les différences de revenus entre les travailleurs temporaires et les travailleurs permanents. Comme nous l’avons mentionné précédemment, les inégalités nuisent aux relations sociales. Nous nous attendons donc à ce que la confiance, qui est une composante des relations sociales, soit plus élevée dans les traitements INSU et WAGE que dans le traitement BASE. Il convient toutefois de rappeler que le mode de financement de ces mécanismes tel qu’il est perçu par les joueurs diffère d’un traitement à l’autre. Dans le traitement INSU, les joueurs perçoivent une assurance financée par les travailleurs effectifs lorsqu’ils sont en période de chômage. Tandis que dans le traitement WAGE, le bonus de 20 % perçu par les travailleurs temporaires n’est pas financé par les travailleurs. La littérature en politiques sociales s’est intéressée à la relation entre le mode de financement des aides sociales et la cohésion sociale (voir par exemple Laenen et Guguschvili [2021], pour une revue critique de ces travaux). Ces travaux suggèrent que le mode de financement des aides sociales peut avoir un impact significatif sur la façon dont les bénéficiaires de ces aides sont perçus par la société. Par exemple, un mode de financement basé sur l’impôt général peut être perçu comme plus équitable que les autres modes de financement, tels que les cotisations sociales ou les taxes spécifiques. En effet, l’impôt général est payé par tous les membres de la société, y compris les personnes qui ne bénéficient pas d’aides sociales. Cela peut contribuer à renforcer le sentiment d’appartenance et de solidarité entre les membres de la société. En revanche, un mode de financement basé sur les cotisations sociales ou les taxes spécifiques peut être perçu comme moins équitable. En effet, ces modes de financement ne sont payés que par certaines personnes, telles que les travailleurs ou les propriétaires de biens. Cela peut contribuer à renforcer les divisions sociales et à créer un sentiment d’injustice chez les personnes qui ne bénéficient pas d’aides sociales (Laenen [2018]). Dans notre cas, les travailleurs permanents en particulier ne bénéficient jamais des mécanismes mis en place. Ils contribuent financièrement au financement du mécanisme présent dans le traitement INSU, mais leur gain n’est affecté d’aucune manière par le mécanisme mis en place dans le traitement WAGE. Nous pouvons donc nous attendre à ce que le mécanisme de réduction des inégalités implémenté dans le traitement WAGE favorise davantage les relations sociales que le mécanisme implémenté dans le traitement INSU.

65 Hypothèse 3 (jeu de confiance) : Les traitements visant à réduire les inégalités (WAGE et INSU) mènent à une confiance accrue, comparée au traitement BASE. La confiance est plus marquée dans le traitement WAGE par rapport au traitement INSU.

4. Résultats

66 Jeu du bien public

67 Le Tableau 2 synthétise les contributions obtenues pour l’ensemble des sessions réalisées, tous traitements confondus. Il apparaît que les taux de contributions ne sont pas significativement différents entre travailleurs permanents et temporaires, quelle que soit la période retenue : ni en première période, ni en dernière période, ni même sur l’ensemble des périodes. Le détail des contributions (Figure 1) ne permet pas d’entrevoir une différence de comportement, en moyenne, entre les travailleurs temporaires et permanents.

68 Les niveaux et la dynamique des taux de contribution évoluent conformément à nos attentes. Rien ne distingue véritablement travailleurs temporaires et permanents (Figure 1). Pour s’en convaincre, nous analysons dans la suite plus finement la situation par traitement.

Tableau 2

Contributions au bien public par période et type de travailleur

Toutes périodesPremière périodeDernière période
Temporaires1,818 (2,344)3,292 (2,860)1,028 (2,116)
Permanents1,789 (2,385)3,847 (2,987)0,708 (1,748)
Wilcoxon pvalue0,886 ns0,314 ns0,254 ns
# observations1440144144
Image description generated by AI: Table with data on worker contributions by period and type.

Contributions au bien public par période et type de travailleur

Figure 1

Dynamique des contributions

Image description generated by AI: A line graph showing the decline of temporary and permanent contributions over a period of 10 units.

Dynamique des contributions

69 En considérant les traitements de manière agrégée, les niveaux de contribution moyens des travailleurs temporaires apparaissent semblables à ceux des travailleurs permanents. Le test non paramétrique de Wilcoxon nous confirme cette absence de différence significative au seuil de 10 % dans tous les cas (Tableau 2). Ce résultat défie les prédictions des hypothèses 1a et 1b. Il est possible que cette absence de différence significative entre temporaires et permanents provienne de deux dynamiques opposées, toutes deux identifiées dans la littérature expérimentale. D’une part, les travailleurs temporaires, engagés dans des interactions de type stranger, ne bénéficient pas des mêmes incitations que les travailleurs permanents pour soutenir un environnement coopératif par leurs contributions (Keser et van Winden [2000] ; Gründ et al. [2015]). D’autre part, les travailleurs permanents disposent d’une compréhension plus approfondie de la tendance à la baisse de la coopération au sein de l’entreprise et ajustent en conséquence leur niveau de contribution (Andreoni [1988]).

70 Résultat 1 : Il n’y a pas de différence statistiquement significative dans les contributions au bien public par période entre travailleurs temporaires et permanents.

Figure 2

Contributions moyennes au bien public, par période, traitement et type de travailleur

Image description generated by AI: Two line graphs comparing public good contributions over time for different worker types and treatments.

Contributions moyennes au bien public, par période, traitement et type de travailleur

Tableau 3

Contributions au bien public, par traitement et tests

ContributionsBASEINSUWAGEWilcoxon (BASE = INSU)Wilcoxon (BASE = WAGE)Wilcoxon (INSU = WAGE)
Tous travailleurs
(N = 1920)
2,075 (2,303)1.760 (2.508)1,575 (2,250)0,002***<0,001***0,445
Temporaires
(N = 1200)
2,046 (2,192)1.992 (2.697)1,417 (2,052)0,170<0,001***0,041**
Permanents
(N = 720)
2,104 (2,414)1,529 (2,287)1,733 (2,426)0,003***0,052*0,357
Image description generated by AI: Table showing contributions by treatment and statistical tests with means and standard deviations.

Contributions au bien public, par traitement et tests

Note : Moyennes et écart-type (entre parenthèses) des contributions pour toutes les périodes. Le test ANOVA à 1 facteur indique bien un effet significatif d’au moins un des traitements (p-valeur pour tous les travailleurs : 0,0041**, parmi les temporaires : 0,0048**, parmi les permanents : 0,0275**). Les résultats du test non-paramétrique de Wilcoxon coïncide avec ceux que l’on obtient par des t-tests.

71 Analysons à présent l’effet des traitements sur les niveaux de contribution par période et en moyenne de chacun des types de travailleurs. Au vu de la variabilité des comportements entre les périodes, l’observation de la Figure 2 ne permet pas de déterminer visuellement des modifications nettes de comportements entre traitements, que cela soit pour les travailleurs temporaires ou permanents. Le faible nombre d’observation à chaque période (40 travailleurs temporaires et 24 travailleurs permanents par traitement) requiert de mettre en commun l’ensemble des périodes pour réaliser un test non paramétrique plus conclusif. Nous mesurons l’effet des mesures en comparant leur traitement respectif (WAGE ou INSU) au traitement BASE.

72 Dans le traitement WAGE, où les travailleurs temporaires reçoivent un gain additionnel en cas d’emploi, nous constatons une réduction très significative des contributions des travailleurs temporaires (p < 0,001) et une baisse faiblement significative pour les travailleurs permanents (p = 0,052). Ce constat va partiellement à l’encontre de l’hypothèse 2c, basée sur les études existantes sur les biens publics hétérogènes (van Dijk et al. [2002] ; Cherry et al. [2005] ; Anderson et al. [2008]). Nous aurions pu supposer que ce sont principalement les travailleurs permanents qui réduiraient leurs contributions, du fait de leur position désavantageuse face aux temporaires bénéficiant de la prime de précarité. Comme nous le discuterons dans la conclusion de l’article, l’instauration de cette prime de précarité peut attirer l’attention sur l’inégalité de statut contractuel existant entre permanents et temporaires. Un travailleur temporaire pourrait alors être plus incité à maximiser son gain personnel pendant les périodes d’emploi en privilégiant l’investissement dans le bien privé.

73 Résultat 2.1 : L’instauration d’une mesure de type prime de précarité (traitement WAGE) fait chuter significativement la coopération des travailleurs temporaires et permanents.

74 Le traitement INSU, qui taxe les travailleurs en emploi afin d’offrir une compensation aux travailleurs au chômage, semble décroître la contribution moyenne des travailleurs permanents (p = 0,003) sans affecter la contribution moyenne des travailleurs temporaires en activité (p = 0,170). Ce résultat est en accord avec l’hypothèse 2b : l’implémentation du mécanisme d’assurance limite les incitations à coopérer pour les travailleurs temporaires. Au global, nous n’observons pas d’augmentation moyenne de la coopération. Cela remet en cause l’hypothèse 2a, ou tout du moins, cela suggère que le changement d’incitations au niveau individuel l’emporte sur la potentielle formation d’un environnement plus propice à la coopération.

75 Nous disposons d’un nombre limité d’individus au sein de chaque traitement. Nous admettons volontiers que dans ce contexte, la randomisation effective des participants selon leurs caractéristiques individuelles n’est pas acquise. De plus, la moitié des sessions a eu lieu après la crise sanitaire tandis que l’autre moitié a eu lieu avant celle-ci. Il convient de vérifier l’impact spécifique de la crise sanitaire dans notre expérience en introduisant la variable indicatrice de vague (avant/après la crise) dans l’analyse multivariée. Nous introduisons aussi des variables individuelles de contrôle susceptibles d’affecter les niveaux de coopération (sexe et niveau d’étude, mesuré comme le nombre d’années d’étude validées à l’issue du baccalauréat). On estime ainsi sur les niveaux de contribution au bien public à chaque période un modèle Tobit à effet aléatoire individuel (voir Tableau A4.2 en Annexe IV) [7]. Les analyses nous montrent que seul l’effet du traitement WAGE a un effet robuste négatif sur la coopération des travailleurs temporaires. En ce qui concerne le traitement INSU, les contributions des travailleurs temporaires ne sont pas significativement différentes de celles observées dans BASE. Ce résultat va à l’encontre de l’hypothèse 2a qui prédisait une coopération plus élevée dans le traitement INSU. Nous pouvons ainsi affirmer avec robustesse le résultat suivant :

76 Résultat 2.2 : L’instauration d’une mesure de type assurance chômage (traitement INSU) n’améliore pas les niveaux de coopération des travailleurs temporaires ou permanents.

77 Notre analyse des comportements dans le jeu du bien public a jusqu’à présent porté sur la coopération des individus par période. En nous inspirant de la typologie de Keser et van Winden [2000], nous approfondissons notre étude en examinant spécifiquement le profil du « strong free-rider », qui ne contribue jamais au bien public. L’identification de cette stratégie nous apparaît pertinente, car elle influence la dynamique de contribution au sein des groupes et, étant invariable, elle demeure insensible aux évolutions contextuelles. Ces individus, en choisissant systématiquement de ne pas contribuer, adoptent une stratégie fixe dès la compréhension de l’environnement (en particulier des traitements) indépendamment des comportements des autres participants. La proportion de strong free-rider est dans ce sens une mesure directe et simple de l’effet du statut contractuel et des traitements sur la volonté de coopérer.

78 Il apparaît que les individus de type strong free-rider sont plus fréquents parmi les travailleurs temporaires que parmi les travailleurs permanents. Un travailleur temporaire sur 4 dans notre expérience ne contribue jamais au bien public sur aucune des périodes (Tableau 4), cette proportion varie entre les différents traitements et est la plus élevée dans le traitement WAGE. Une analyse ANOVA à 2 facteurs confirme ce résultat de l’impact du statut contractuel sur la part des strong free-riders. Cette analyse indique aussi que les traitements n’ont pas d’effet global sur la proportion de strong-free-riders.

Tableau 4

Individus ne contribuant jamais par type de contrat et d’institution

BASEINSUWAGEChi2
(BASE = INSU)
Chi2
(BASE = WAGE)
Temporairesn = 8/40
20,0 %
n = 10/40
25,0 %
n = 14/40
35,0 %
0,5920,133
Permanentsn = 2/24
8,3 %
n = 2/24
8,3 %
n = 1/24
4,2 %
1,0000,551
Chi2 (TEMP = PERM)0.2130,098*0,005***
Image description generated by AI: Table showing individuals' contributions by contract type and institution, with statistical test results.

Individus ne contribuant jamais par type de contrat et d’institution

Note : Test ANOVA à 2 facteurs (p-valeur lignes=0,771 ; p-valeur colonnes=0,075*).

79 Quelles sont les caractéristiques des individus en rupture totale de contribution ? Nous procédons à une analyse à l’aide d’un modèle probit simple. Ce modèle nous permet aussi de contribuer à une analyse de robustesse portant sur l’effet du traitement institutionnel sur les chances d’être en rupture de contribution.

Tableau 5

Probit de la probabilité de ne jamais contribuer au cours des 10 périodes

Ne contribue jamaisCoefficientErreur standardNiveau de significativité
Constante– 2,2910,644***
Niveau d’étude0,2130,086**
Femme– 0,2640,238
Vague (post covid)0,2780,241
Permanent x BASERef.Ref.
Temporaire x BASE0,5620,437
Permanent x WAGE– 0,5490,633
Temporaire x WAGE0,9750,425**
Permanent x INSU– 0,0710,523
Temporaire x INSU0,7390,430*
N = 192 participants
Image description generated by AI: Table showing coefficients and significance levels for factors affecting non-contribution probability.

Probit de la probabilité de ne jamais contribuer au cours des 10 périodes

80 Le niveau d’étude, le fait d’être travailleur temporaire dans le traitement institutionnel WAGE ou INSU augmentent significativement les chances de ne jamais contribuer au bien public. On constate de plus que le fait que l’expérience ait eu lieu avant ou après la crise sanitaire du Covid-19 n’a pas influencé significativement la probabilité de ne jamais contribuer dans notre expérience.

81 Résultat 2.3 : Le nombre de travailleurs temporaires en rupture totale de contribution augmente significativement dans le traitement WAGE et dans une moindre mesure dans le traitement INSU.

82 Jeu de confiance

83 Qu’advient-il du point de vue de la confiance révélée par les comportements des envoyeurs dans le jeu de confiance vis-à-vis des travailleurs temporaires et permanents ? Le Tableau 6 nous fournit un aperçu global des montants envoyés à travers l’ensemble des traitements, par statut contractuel.

Tableau 6

Montants moyens envoyés (maximum 60 ECUs)

Vers un travailleur temporaireVers un travailleur permanentWilcoxon p-valeur
D’un travailleur temporaire (n = 40)23,8 (18,5)26,4 (19,8)0,018 **
D’un travailleur permanent (n = 24)22,0 (20,9)28,3 (22,7)0,001 ***
Wilcoxon p-valeur0,2640,821
Image description generated by AI: A table showing mean values and statistical significance for temporary and permanent workers.

Montants moyens envoyés (maximum 60 ECUs)

84 Contrairement à ce que l’on observe usuellement dans le jeu de confiance, la tendance qui consiste à favoriser les personnes de son groupe d’appartenance n’apparaît pas ici. En effet, plutôt que d’observer un effet de favoritisme intra-groupe parmi les permanents et parmi les temporaires, on observe plutôt une confiance accrue envers les travailleurs permanents, et ce de la part des deux types de travailleurs. Ce résultat peut nous renvoyer à Lei et Vesely [2010] qui montrent qu’en présence d’inégalités de richesse entre un groupe défavorisé et un groupe favorisé, les participants, quel que soit leur groupe, font plus confiance en moyenne aux individus issus du groupe favorisé.

85 En décomposant l’analyse par traitement (voir Tableau 7), on s’aperçoit de l’absence de favoritisme intra-groupe pour les travailleurs temporaires. Toutefois un favoritisme intra-groupe pour les travailleurs permanents apparaît dans les cas WAGE et INSU. Dans le traitement INSU, ce sont les travailleurs temporaires qui reçoivent moins de confiance de la part des travailleurs permanents que de leurs pairs. Dans le traitement WAGE, les travailleurs permanents reçoivent davantage de leurs pairs que des travailleurs temporaires.

Tableau 7

Montants moyens envoyés (maximum 60 ECUs)

Traitement BASE
Vers un travailleur temporaire (n = 64)Vers un travailleur permanent (n = 64)Wilcoxon p-valeur
D’un travailleur temporaire (n = 40)23,950 (16,802)28,175 (19,190)0,049 **
D’un travailleur permanent (n = 24)22,917 (21,649)29,667 (22,286)0,006 ***
Wilcoxon p-valeur0,573 ns0,828 ns
Traitement INSU
Vers un travailleur temporaire (n = 64)Vers un travailleur permanent (n = 64)Wilcoxon p-valeur
D’un travailleur temporaire (n = 40)24,025 (20,135)25,950 (21,410)0,002 ***
D’un travailleur permanent (n = 24)18,667 (17,196)22,208 (20,782)<0,001 ***
Wilcoxon p-valeur0,001 ***0,019 **
Traitement WAGE
Vers un travailleur temporaire (n = 64)Vers un travailleur permanent (n = 64)Wilcoxon p-valeur
D’un travailleur temporaire (n = 40)23,300 (18,447)25,075 (18,560)<0,001 ***
D’un travailleur permanent (n = 24)24,375 (23,122)33,125 (23,674)<0,001 ***
Wilcoxon p-valeur0,384 ns<0.001 ***
Image description generated by AI: Tables comparing mean amounts sent (maximum 60 ECUs) for different treatments and traveler types with p-values.

Montants moyens envoyés (maximum 60 ECUs)

86 Si on analyse à présent formellement l’effet des traitements sur les montants envoyés lors du jeu de confiance à l’aide d’un test de Wilcoxon (Tableau 8), on ne peut pas identifier d’influence significative du traitement institutionnel sur les niveaux de confiance. Ainsi, nos résultats ne nous permettent pas de valider l’hypothèse 3.

87 Résultat 3 : Quel que soit le traitement, et le statut contractuel de l’envoyeur, la confiance apparait plus élevée lorsque le receveur est un permanent. Les mécanismes de sécurisation du revenu considérés ne conduisent pas à une amélioration significative de la confiance mesurée.

88 La confiance systématiquement plus élevée envers les travailleurs permanents ne semble pas affectée par les différents mécanismes de réduction des inégalités que nous étudions. En conséquence, et en accord avec Lei et Vesely [2010], la préférence pour le travailleur permanent n’est sans doute pas liée à une considération de revenu. Elle serait plutôt liée à une considération de statut. Selon Tajfel et Turner [2004], si le statut (social) élevé d’un groupe est considéré comme légitime et/ou stable, les membres de ce groupe pourront bénéficier de favoritisme, de la part d’individus de tout groupe.

Tableau 8

Montants envoyés, par traitement et tests

BASEINSUWAGEWilcoxon
(BASE = INSU)
Wilcoxon
(BASE = WAGE)
Wilcoxon
(INSU = WAGE)
D’un temporaire vers un temporaire23,95 (16,61)24,02 (20,13)23,30 (18,45)0,63220,62300,9340
D’un temporaire vers un permanent28,17 (18,97)25,95 (21,41)25,07 (18,56)0,51690,45010,9767
D’un permanent vers un temporaire22,92 (21,24)18,67 (17,20)24,37 (23,12)0,70890,91710,7952
D’un permanent vers un permanent29,67 (21,86)22,21 (20,78)33,12 (23,67)0,25190,62890,1595
Image description generated by AI: Table showing statistical data with ANOVA p-values for different treatments.

Montants envoyés, par traitement et tests

Note : p-valeurs du test ANOVA à 1 facteur (traitement) pour chacune des 4 lignes : 0,9819 ; 0,7733 ;0,6235 ;0,2377.

5. Discussion et conclusion

89 Selon les préceptes de Campbell et Stanley [1963] dans le domaine de la méthodologie de la recherche, les défis inhérents à l’approche économétrique se révèlent principalement dans la complexité d’établir des liens de causalité robustes. La présence de multiples variables non mesurées peut indéniablement influencer les résultats (Wold [1954]). L’expérience en laboratoire que nous conduisons nous fournit un cadre privilégié permettant d’explorer les liens causaux entre design des institutions de sécurisation des revenus et comportements pro-sociaux des travailleurs.

90 Les données tirées de notre expérience mettent en lumière que les mécanismes de sécurisation du revenu des travailleurs précaires, bien qu’orientés vers la protection, induisent parallèlement des modifications dans le comportement des travailleurs. Ces aspects doivent être pris en considération lors de l’élaboration des politiques publiques. Nous observons aussi qu’instaurer une mesure de type prime de précarité (traitement WAGE) réduit largement, en moyenne, la contribution au bien public des travailleurs temporaires qui en bénéficient. En effet, la présence d’une hétérogénéité au sein d’une équipe de travail particulière ne favorise pas la coopération, perturbant notamment la norme coopérative qui devrait prévaloir. De plus, cette incitation monétaire supplémentaire pour les travailleurs temporaires peut les pousser davantage vers une maximisation de leurs gains individuels pour pallier les périodes de chômage. Cette chute des contributions se traduit aussi par une hausse significative de la fréquence des purs opportunistes (strong free-riders). Par ailleurs, nos statistiques descriptives suggèrent que la mise en place d’une assurance chômage (traitement INSU) réduit la contribution moyenne des travailleurs permanents, qui sont taxés mais ne bénéficient jamais de l’assurance chômage, et tend à faire émerger les comportements opportunistes chez les travailleurs temporaires. Ce constat n’est pas corroboré par le modèle Tobit, dans lequel des variables de contrôle ont été intégrées, prenant également en considération la censure de la variable dépendante. Nous n’observons qu’avec une certaine faiblesse statistique l’augmentation de la part des opportunistes purs parmi les travailleurs permanents sous l’effet de ce traitement. Nous pouvons toutefois affirmer avec force que le traitement INSU ne fait pas émerger davantage de coopération dans notre protocole. Finalement, nous n’observons pas d’effet des mécanismes de sécurisation du revenu des travailleurs précaires sur la confiance interpersonnelle. Les jeux de confiance qui sont menés en fin d’expérience révèlent cependant un favoritisme systématique envers les individus qui étaient travailleurs permanents lors du jeu du bien public. Le fait que les permanents soient considérés en moyenne comme plus dignes de confiance peut renvoyer aux résultats de Lei et Vesely [2010], qui montrent dans un contexte similaire qu’un groupe favorisé inspire plus de confiance. Ce résultat est en accord avec la théorie de l’identité sociale, suggérant que les membres de groupes à « statut élevé » favorisent leur groupe pour atteindre une distinction positive. Les membres de groupes à « faible statut » peuvent adopter un comportement favorable envers les membres externes de groupes à « statut élevé » s’ils perçoivent la structure de statut comme légitime ou stable (Tajfel et Turner [2004]).

91 Cependant, il est important de noter que notre travail présente plusieurs limites qui ouvrent la voie à des directions intéressantes pour des recherches futures. Dans le traitement de base, en l’absence d’institution, les travailleurs temporaires et permanents ne se distinguent que par un statut issu d’un tirage au sort parfaitement équitable ex-ante, potentiellement sans jugement de valeur. Toutefois, les traitements INSU et WAGE, de par leur mise en contexte plus proche de la réalité du marché du travail, pourraient engendrer des effets de cadrage (framing effect) plus prononcés (Zizzo [2010]), accentuant les perceptions des différences de statut entre travailleurs temporaires et permanents. Par ailleurs le tirage aléatoire du statut contractuel a été choisi pour reproduire, de manière réaliste, la dynamique présente sur le marché du travail tout en éliminant toute influence individuelle sur le contrat de travail, telle que les choix personnels ou les investissements dans l’éducation. Cet aspect de notre expérience nous permet d’isoler plus clairement l’influence du statut face à la précarité du travailleur, nous sommes conscients que d’autres dimensions régissent les différences contractuelles (inégalités salariales, de conditions de travail, de formation, etc.) et que la prise en compte de ces autres dimensions aurait pu mener à des résultats différents.

92 Par ailleurs, la composition des groupes de travail dans notre étude, avec une répartition égale entre travailleurs permanents et temporaires, est un choix de design qui pourrait influencer les résultats observés. Explorer des configurations variées de groupes dans des recherches ultérieures pourrait apporter des éclairages intéressants et étendre notre compréhension du sujet.

93 Finalement, nous tenons à souligner que notre étude se concentre uniquement sur deux aspects de la cohésion sociale, l’orientation vers le bien commun et la confiance interpersonnelle. Elle ne prend pas en compte le concept d’appartenance ou d’identité sociale qui complèterait la notion de cohésion sociale telle qu’elle est définie dans le cadre d’étude de Schiefer et van der Noll [2017]. Prendre en considération cette dimension dans une étude future pourrait conduire à des résultats différents des nôtres et, par conséquent, à de nouvelles recommandations en matière de politiques publiques. Il s’agit d’une piste intéressante pour de futurs travaux de recherche.


Annexe I : Instructions

Instructions Générales

94 Bienvenue à tous. L’expérience à laquelle vous allez participer est destinée à l’étude des comportements économiques. Elle est financée par un organisme public de recherche.

95 Au cours de cette expérience nous vous demanderons de répondre à des questions ou de réaliser des tâches simples. Pour cela, nous vous donnerons au fur et à mesure de nouvelles instructions. Si vous les suivez attentivement, vous pourrez gagner une somme d’argent non négligeable. Vos gains dépendront de vos décisions, et dans certains cas, des décisions des autres participants. A la fin de l’expérience, votre gain, exprimé en ECUS, sera converti en euros pour vous être effectivement payé, individuellement et en liquide.

96 Le taux de change des ECUS en euros est de : 12 ECUS pour 1 EURO.

97 L’expérience sera constituée de 3 parties.

  • Au cours de la première partie, vous devrez accomplir 10 périodes de travail au sein d’entreprises (expérimentales). Vous obtiendrez une rémunération qui proviendra de votre travail et du travail des membres de votre entreprise. Le paiement correspondra à la moyenne obtenue sur les 10 périodes.
  • Au cours de la deuxième partie vous aurez à prendre plusieurs décisions économiques, une des décisions sera tirée au sort pour le paiement.
  • Lors de la troisième et dernière partie, nous vous demanderons de répondre à un court questionnaire avant d’obtenir votre paiement.

99 Votre gain final est constitué d’un forfait de participation fixe de 5€ auquel s’ajoutent les gains issus de vos décisions durant l’expérience. Les décisions que vous prenez à chaque étape sont donc importantes pour votre paiement final.

100 Sachez qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse aux questions qui vous sont posées. Vos réponses sont traitées de façon strictement anonyme aux yeux des autres joueurs comme aux yeux de l’expérimentaliste. Nous vous rappelons qu’il est très important de ne pas communiquer entre vous durant la séance (aucune communication ni orale, ni gestuelle, ni d’aucune sorte), si quelque chose n’est pas clair, levez la main pour nous prévenir.

Partie 1 : Travail en entreprise (traitement BASE)

101 Au cours de cette première partie vous allez être répartis en différents groupes de travail au sein d’entreprises dénommées A, B et C. Il y aura 10 périodes de travail fonctionnant sur le même principe. Au cours de chaque période nous vous demanderons de réaliser une tâche de travail au sein de votre entreprise d’affectation. Chaque entreprise sera composée de 4 travailleurs. Il y aura aussi, à chaque période, 4 personnes sans affectation et donc au chômage.

102 Nous vous avons distribué une liste de 30 noms et numéros de téléphone ordonnés par ordre alphabétique. Votre travail va être d’aller chercher dans la liste puis saisir dans l’ordinateur les numéros de téléphone correspondant aux noms s’affichant à l’écran. Chaque numéro correctement saisi rapportera des ECUS. Vous devrez saisir 10 numéros afin de compléter la tâche. Lorsque vous aurez saisi 10 numéros de téléphone, vous ferez face à un écran d’attente et l’expérience se poursuivra quand tous les membres de votre entreprise auront complété leur tâche.

103 Chacun des 10 numéros de téléphone pourra être saisi, au choix, pour le compte de l’entreprise, ou pour son propre compte. Ainsi, chaque travailleur va percevoir un revenu provenant de son entreprise auquel peut s’ajouter un revenu individuel.

  • La rémunération versée par l’entreprise va être calculée en fonction du nombre de numéros saisis par l’ensemble des travailleurs de l’entreprise.
  • Le revenu individuel dépendra du nombre de numéros saisis par une personne pour son propre compte.

105 Il y aura deux types de travailleurs parmi vous : les travailleurs « temporaires » et les travailleurs « permanents ». Chacun d’entre vous va se voir attribuer un de ces deux rôles par tirage au sort. 10 personnes vont recevoir le rôle de travailleur temporaire et 6 celui de travailleur permanent.

  • Si vous êtes travailleur temporaire, votre affectation est tirée au sort à chaque début de période de travail. Un travailleur temporaire peut ainsi être amené, selon les périodes, à travailler au sein de l’entreprise A, B ou C.
  • Il se peut aussi qu’il n’obtienne aucune affectation, auquel cas il sera au chômage. Pour chacune des 10 séquences, un travailleur temporaire a un risque de chômage de 40 %, et sera au chômage 4 fois sur 10.
  • Si vous êtes travailleur permanent, vous serez affecté à une des entreprises, A, B ou C, et vous y resterez pour l’ensemble des 10 séquences de travail, sans jamais connaître le chômage.

107 En résumé, les travailleurs temporaires affectés à un poste de travail et les travailleurs permanents réalisent le même type de tâche. Leurs revenus en entreprise obéissent aux mêmes règles. Contrairement aux travailleurs permanents qui ne changent jamais d’entreprise ni de poste de travail, les travailleurs temporaires changent d’affectation à chaque période, ils peuvent ainsi connaître des périodes de chômage (4 sur 10) au cours desquelles ils ne travaillent pas et ne sont pas payés.

108 Voyons à présent précisément la règle de gain pour chaque période de travail. Vous allez devoir saisir 10 numéros de téléphone pendant la période de travail. Pour chaque numéro saisi, vous allez pouvoir choisir de travailler pour votre propre compte ou pour le compte de votre entreprise. La capture d’écran ci-dessous décrit l’interface qui se présentera à vous :

109 Sur l’interface, vous allez saisir un numéro de téléphone en incorporant bien un espace tous les 2 chiffres. Ne vous inquiétez pas, une erreur de saisie ne vous pénalisera pas. Un message d’erreur s’affichera simplement et vous devrez saisir de nouveau le numéro de téléphone. Vous pouvez à tout moment choisir de saisir un numéro pour votre compte ou pour le compte de l’entreprise en cliquant sur la case correspondante à l’écran. Vous ne pourrez pas saisir plus de 10 numéros en tout dans une période.

110 A la fin de la période, votre gain sera calculé comme la somme du gain au titre de votre propre compte et de votre rémunération d’entreprise.

  • Tout numéro de téléphone saisi pour votre propre compte vous rapporte 10 ECU et ne rapporte rien aux autres membres de l’entreprise.
  • Tout numéro de téléphone saisi pour le compte de l’entreprise vous rapporte 4 ECU et rapporte 4 ECU à chacun des 3 autres membres de l’entreprise quels qu’ils soient (travailleur temporaire et permanent ont les mêmes règles de rémunération).
  • Si vous êtes travailleur temporaire au chômage vous ne saisissez aucun numéro de téléphone et ne gagnez rien sur la période.

112 Veuillez noter qu’à la fin de chaque période de travail, tous les membres d’une même entreprise sont informés du nombre de numéros de téléphones saisis par chacun pour le compte de l’entreprise. Ils sont aussi informés des gains individuels au sein de l’entreprise par poste et type de travailleur. Ils n’auront cependant pas de visibilité sur ce qu’il s’est passé dans les autres entreprises.

113 Vous allez à présent devoir répondre à une série de questions visant à vérifier votre compréhension des instructions avant de commencer la véritable séance de travail qui vous sera effectivement payée. N’hésitez pas à lever la main et nous poser des questions si quelque chose n’est pas clair.

Partie 1 : Travail en entreprise (traitement INSU)

114 Au cours de cette première partie vous allez être répartis en différents groupes de travail au sein d’entreprises dénommées A, B et C. Il y aura 10 périodes de travail fonctionnant sur le même principe. Au cours de chaque période nous vous demanderons de réaliser une tâche de travail au sein de votre entreprise d’affectation. Chaque entreprise sera composée de 4 travailleurs. Il y aura aussi, à chaque période, 4 personnes sans affectation et donc au chômage.

115 Nous vous avons distribué une liste de 30 noms et numéros de téléphone ordonnés par ordre alphabétique. Votre travail va être d’aller chercher dans la liste puis saisir dans l’ordinateur les numéros de téléphone correspondant aux noms s’affichant à l’écran. Chaque numéro correctement saisi rapportera des ECUS. Vous devrez saisir 10 numéros afin de compléter la tâche. Lorsque vous aurez saisi 10 numéros de téléphone, vous ferez face à un écran d’attente et l’expérience se poursuivra quand tous les membres de votre entreprise auront complété leur tâche.

116 Chacun des 10 numéros de téléphone pourra être saisi, au choix, pour le compte de l’entreprise, ou pour son propre compte. Ainsi, chaque travailleur va percevoir un revenu provenant de son entreprise auquel peut s’ajouter un revenu individuel.

  • La rémunération versée par l’entreprise va être calculée en fonction du nombre de numéros saisis par l’ensemble des travailleurs de l’entreprise.
  • Le revenu individuel dépendra du nombre de numéros saisis par une personne pour son propre compte.

118 Il y aura deux types de travailleurs parmi vous : les travailleurs « temporaires » et les travailleurs « permanents ». Chacun d’entre vous va se voir attribuer un de ces deux rôles par tirage au sort. 10 personnes vont recevoir le rôle de travailleur temporaire et 6 celui de travailleur permanent.

  • Si vous êtes travailleur temporaire, votre affectation est tirée au sort à chaque début de période de travail. Un travailleur temporaire peut ainsi être amené, selon les périodes, à travailler au sein de l’entreprise A, B ou C.
  • Il se peut aussi qu’il n’obtienne aucune affectation, auquel cas il sera au chômage et percevra une indemnité correspondant à la moitié du revenu moyen généré au cours de la période. Pour chacune des 10 séquences, un travailleur temporaire a un risque de chômage de 40 %, et sera au chômage 4 fois sur 10.
  • Si vous êtes travailleur permanent, vous serez affecté à une des entreprises, A, B ou C, et vous y resterez pour l’ensemble des 10 séquences de travail, sans jamais connaître le chômage.

120 En résumé, les travailleurs temporaires affectés à un poste de travail et les travailleurs permanents réalisent le même type de tâche. Leurs revenus en entreprise obéissent aux mêmes règles. Contrairement aux travailleurs permanents qui ne changent jamais d’entreprise ni de poste de travail, les travailleurs temporaires changent d’affectation à chaque période, ils peuvent ainsi connaître des séquences de chômage (4 sur 10) au cours desquelles ils ne travaillent pas et touchent une indemnité compensatrice correspondant à la moitié du revenu moyen généré.

121 Voyons à présent précisément la règle de gain pour chaque période de travail. Vous allez devoir saisir 10 numéros de téléphone pendant la période de travail. Pour chaque numéro saisi, vous allez pouvoir choisir de travailler pour votre propre compte ou pour le compte de votre entreprise. La capture d’écran ci-dessous décrit l’interface qui se présentera à vous :

Image description generated by AI: A screenshot of a French quiz page titled "Travail en entreprise" with a question and two validation buttons.

122 Sur l’interface, vous allez saisir un numéro de téléphone en incorporant bien un espace tous les 2 chiffres. Vous pouvez à tout moment choisir de saisir un numéro pour votre compte ou pour le compte de l’entreprise en cliquant sur la case correspondante à l’écran. Vous ne pourrez pas saisir plus de 10 numéros en tout dans une période.

123 A la fin de la période, votre gain sera calculé comme la somme du gain au titre de votre propre compte et de votre rémunération d’entreprise.

  • Tout numéro de téléphone saisi pour votre propre compte vous rapporte 10 ECU brut et ne rapporte rien aux autres membres de l’entreprise.
  • Tout numéro de téléphone saisi pour le compte de l’entreprise vous rapporte 4 ECU brut et rapporte 4 ECU brut à chacun des trois autres membres de l’entreprise quels qu’ils soient (travailleur temporaire et permanent ont les mêmes règles de rémunération).
  • Les travailleurs en poste contribuent à l’assurance chômage à raison de 15 % de leur revenu. Leur gain net correspond donc à 85 % de leur gain brut.
  • Un travailleur temporaire au chômage perçoit une indemnité correspondant à la moitié du revenu moyen généré dans l’économie durant la période.

125 Veuillez noter qu’à la fin de chaque période de travail, tous les membres d’une même entreprise sont informés du nombre de numéros de téléphones saisis par chacun pour le compte de l’entreprise. Ils sont aussi informés des gains individuels au sein de l’entreprise par poste et type de travailleur. Ils n’auront cependant pas de visibilité sur ce qu’il s’est passé dans les autres entreprises.

126 Vous allez à présent devoir répondre à une série de questions visant à vérifier votre compréhension des instructions avant de commencer la véritable séance de travail qui vous sera effectivement payée. N’hésitez pas à lever la main et nous poser des questions si quelque chose n’est pas clair.

Partie 1 : Travail en entreprise (traitement WAGE)

127 Au cours de cette première partie vous allez être répartis en différents groupes de travail au sein d’entreprises dénommées A, B et C. Il y aura 10 périodes de travail fonctionnant sur le même principe. Au cours de chaque période nous vous demanderons de réaliser une tâche de travail au sein de votre entreprise d’affectation. Chaque entreprise sera composée de 4 travailleurs. Il y aura aussi, à chaque période, 4 personnes sans affectation et donc au chômage.

128 Nous vous avons distribué une liste de 30 noms et numéros de téléphone ordonnés par ordre alphabétique. Votre travail va être d’aller chercher dans la liste puis saisir dans l’ordinateur les numéros de téléphone correspondant aux noms s’affichant à l’écran. Chaque numéro correctement saisi rapportera des ECUS. Vous devrez saisir 10 numéros afin de compléter la tâche. Lorsque vous aurez saisi 10 numéros de téléphone, vous ferez face à un écran d’attente et l’expérience se poursuivra quand tous les membres de votre entreprise auront complété leur tâche.

129 Chacun des 10 numéros de téléphone pourra être saisi, au choix, pour le compte de l’entreprise, ou pour son propre compte. Ainsi, chaque travailleur va percevoir un revenu provenant de son entreprise auquel peut s’ajouter un revenu individuel.

  • La rémunération versée par l’entreprise va être calculée en fonction du nombre de numéros saisis par l’ensemble des travailleurs de l’entreprise.
  • Le revenu individuel dépendra du nombre de numéros saisis par une personne pour son propre compte.

131 Il y aura deux types de travailleurs parmi vous : les travailleurs « temporaires » et les travailleurs « permanents ». Chacun d’entre vous va se voir attribuer un de ces deux rôles par tirage au sort. 10 personnes vont recevoir le rôle de travailleur temporaire et 6 celui de travailleur permanent.

  • Si vous êtes travailleur temporaire, votre affectation est tirée au sort à chaque début de période de travail. Un travailleur temporaire peut ainsi être amené, selon les périodes, à travailler au sein de l’entreprise A, B ou C.
  • Il se peut aussi qu’il n’obtienne aucune affectation, auquel cas il sera au chômage et ne percevra pas de revenu pour la période considérée. Pour chacune des 10 séquences, un travailleur temporaire a un risque de chômage de 40 %, et sera au chômage 4 fois sur 10. En guise de compensation, son revenu durant les périodes travaillées est augmenté de 20 %.
  • Si vous êtes travailleur permanent, vous serez affecté à une des entreprises, A, B ou C, et vous y resterez pour l’ensemble des 10 séquences de travail, sans jamais connaître le chômage.

133 En résumé, les travailleurs temporaires affectés à un poste de travail et les travailleurs permanents réalisent le même type de tâche. Contrairement aux travailleurs permanents qui ne changent jamais d’entreprise ni de poste de travail, les travailleurs temporaires changent d’affectation à chaque période, ils peuvent ainsi connaître des périodes de chômage (4 sur 10) au cours desquelles ils ne travaillent pas et ne sont pas payés. Pour les compenser du risque de perte de revenu, les travailleurs temporaires affectés à un poste de travail touchent un revenu augmenté de 20 %.

134 Voyons à présent précisément la règle de gain pour chaque période de travail. Vous allez devoir saisir 10 numéros de téléphone pendant la période de travail. Pour chaque numéro saisi, vous allez pouvoir choisir de travailler pour votre propre compte ou pour le compte de votre entreprise. La capture d’écran ci-dessous décrit l’interface qui se présentera à un travailleur temporaire :

Image description generated by AI: Form with text fields and validation buttons.

135 Sur l’interface, vous allez saisir un numéro de téléphone en incorporant bien un espace tous les 2 chiffres. Vous pouvez à tout moment choisir de saisir un numéro pour votre compte ou pour le compte de l’entreprise en cliquant sur la case correspondante à l’écran. Vous ne pourrez pas saisir plus de 10 numéros en tout dans une période.

136 A la fin de la période, votre gain sera calculé comme la somme du gain au titre de votre propre compte et de votre rémunération d’entreprise.

  • Tout numéro saisi pour votre propre compte vous rapporte 10 ECU si vous êtes travailleur permanent, 20 % de plus soit 12 ECU si vous êtes travailleur temporaire, et ne rapporte rien aux autres membres de l’entreprise
  • Tout numéro de téléphone saisi pour le compte de l’entreprise vous rapporte 4 ECU si vous êtes travailleur permanent, 20 % de plus, soit 4,8 ECU si vous êtes travailleur temporaire, et rapporte 4 ECU à chacun des autres membres permanents, 4,8 ECU à chacun des autres membres temporaires de l’entreprise
  • Si vous êtes travailleur temporaire au chômage vous ne saisissez aucun numéro de téléphone et ne gagnez rien sur la période.

138 Veuillez noter qu’à la fin de chaque période de travail, tous les membres d’une même entreprise sont informés du nombre de numéros de téléphones saisis par chacun pour le compte de l’entreprise. Ils sont aussi informés des gains individuels au sein de l’entreprise par poste et type de travailleur. Ils n’auront cependant pas de visibilité sur ce qu’il s’est passé dans les autres entreprises.

139 Vous allez à présent devoir répondre à une série de questions visant à vérifier votre compréhension des instructions avant de commencer la véritable séance de travail qui vous sera effectivement payée. N’hésitez pas à lever la main et nous poser des questions si quelque chose n’est pas clair.

Partie 2 : Decisions

140 Dans la partie suivante, vous n’aurez pas à travailler, nous allons simplement vous demander de prendre plusieurs décisions économiques vous procurant un gain.

141 Selon les cas, vous pouvez être amené à jouer le rôle d’envoyeur ou de receveur, et on tirera au sort un partenaire dans la salle qui jouera l’autre rôle (receveur si vous êtes envoyeur, envoyeur si vous êtes receveur). Les 2 personnes, envoyeur et receveur, disposent au départ de la même somme de 60 ECUS.

142 C’est le participant envoyeur qui prend la décision en premier. Le receveur prendra sa décision ensuite. Sur les 60 ECUS reçus, l’envoyeur peut choisir d’envoyer le montant qu’il souhaite au participant receveur. Le montant qui n’est pas envoyé est donc gardé. Le montant qui est envoyé par le participant envoyeur au participant receveur est multiplié par 3.

143 Le receveur prend sa décision en deuxième. Le receveur dispose de sa dotation de 60 ECUS plus 3 fois le montant envoyé par l’envoyeur. Il peut choisir de renvoyer à l’envoyeur la somme qu’il souhaite. Dans ce cas, le montant qui est renvoyé par le receveur à l’envoyeur n’est pas triplé.

144 Nous allons vous placer dans différentes situations potentielles, à l’issue de ces choix, nous tirerons au sort l’appariement effectif et vous informerons de votre gain. Sachez que vous ne pourrez pas communiquer pour prendre votre décision, vous n’aurez aucun moyen de savoir, même à la fin de l’expérience, avec qui vous avez effectivement été apparié.

145 Avant de démarrer et afin de vérifier que vous avez bien compris les règles de gain de cette partie, vous allez devoir répondre aux questions de vérification de compréhension qui s’affichent sur votre écran, n’hésitez pas à lever la main si quelque chose n’est pas clair.

Partie 3 : Questionnaire

  • Quel est votre âge (en années) ?
  • Quel est votre niveau d’études (années d’étude complétées après le baccalauréat) ?
  • Quelle est votre filière d’étude ? (Inscrivez le nom du diplôme en préparation)
  • Quelle est votre langue maternelle ?
  • Êtes-vous membre actif d’une association (sport et loisir, politique, religieuse…) ?
    • [0, « Je n’appartiens à aucune association. »]
    • [1, « J’appartiens à une association mais je ne m’y investis pas particulièrement. »]
    • [2, « J’appartiens à une association et je m’y investis activement. »]
  • Est-ce-que vous votez ?
    • [0, « Jamais »]
    • [1, « Parfois »]
    • [2, « Le plus souvent »]
    • [3, « Toujours »]
  • En général, diriez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou que l’on n’est jamais trop prudent dans ses rapports avec autrui ?,
    • [1, « On peut faire confiance à la plupart des gens. »]
    • [2, « On n’est jamais trop prudent dans ses rapports avec autrui. »]
  • Pensez-vous que la plupart des gens vont essayer de profiter de vous s’ils en ont l’occasion, ou vont-ils essayer d’être justes ? (Répondez sur une échelle de 1 à 10 où 1 signifie que les gens vont essayer de profiter de vous et 10 signifie que les gens se comporteront avec justesse).
  • Etes-vous inquiet à l’idée de ne pas trouver un emploi à la sortie de vos études ? »
    • [1, « Pas du tout inquiet »]
    • [2, « Légèrement inquiet »]
    • [3, « Plutôt inquiet »]
    • [4, « Très inquiet »]
  • Sur une échelle de 1 à 10, quelle est votre opinion concernant l’utilisation des contrats temporaires (CDD, interim) et les différences de contrat sur le marché du travail ? (1 signifiant qu’il faudrait que tout le monde ait le même contrat de travail et 10 signifiant que les différences de contrat permettent aux entreprise de s’adapter à un environnement fluctuant et incertain).
  • Au cours de la partie 1, lors de la première période, qu’est-ce-qui a guidé votre choix d’entrer des numéros pour le compte de l’entreprise ? »
    • [1, « Je me suis aligné sur la contribution supposée d’autres travailleurs. »],
    • [2, « J’ai saisi un nombre de numéro que je pensais supérieur à la contribution supposée d’autres travailleurs. »]
    • [3, « J’ai saisi un nombre de numéro que je pensais inférieur à la contribution supposée d’autres travailleurs. »]
    • [4, « Je n’avais pas de croyance (ou je les ai ignorées) concernant le comportement des autres travailleurs. »]
  • Pouvez-vous décrire votre raisonnement lors de votre décision d’entrer des numéros pour votre propre compte ou pour le compte de l’entreprise ?
  • Comment votre rôle (permanent ou temporaire) a-t-il influencé votre décision d’entrer des numéros au compte de l’entreprise ?
  • Sur une échelle de 1 à 7, quelle confiance accorderiez-vous à un participant quelconque de l’expérience de type travailleur temporaire (1 signifiant aucune confiance et 7 une confiance totale) ?
  • Sur une échelle de 1 à 7, quelle confiance accorderiez-vous à un participant quelconque de l’expérience de type travailleur permanent (1 signifiant aucune confiance et 7 une confiance totale) ?
  • Selon vous, est-ce que la crise sanitaire de ces dernières années a modifié votre aptitude à faire confiance aux autres ?
    • [0, « Non »]
    • [1, « Oui, plutôt vers plus de confiance »]
    • [-1, « Oui, plutôt vers moins de confiance »]

Annexe II : Captures d’ecrans

Image description generated by AI: A screenshot of a French document with text about a period description, including details about working hours and compensation.
Image description generated by AI: Form with text and checkboxes
Image description generated by AI: Text box with French text: "Attendez que les employés réalisent la tâche."
Image description generated by AI: Table with text in French about employment and compensation details.
Image description generated by AI: A screenshot of a French survey question about permanent disability, with options to input ECU amounts.
Image description generated by AI: Text box with French text and input field.
Image description generated by AI: Text input form with a question and multiple-choice options.

Annexe III : Rotation des emplois sur le marche du travail

147 Participants 1-10 Temporaires – Participants 11-16 : Permanents. Les temporaires changent d’entreprise à chaque période. La moitié des participants temporaires connaissent des périodes de chômage consécutives 2 par 2

Numéro de Séquence1
(première)
2345678910
(dernière)
Entreprise A
Employé A11543215432
Employé A2610987610987
Employé A311111111111111111111
Employé A412121212121212121212
Entreprise B
Employé B12154321543
Employé B2876109876109
Employé B313131313131313131313
Employé B414141414141414141414
Entreprise C
Employé C13215432154
Employé C2109876109876
Employé C315151515151515151515
Employé C416161616161616161616
Au chômage
Chômeur U14321543215
Chômeur U25432154321
Chômeur U37676876768
Chômeur U498109109810910
Image description generated by AI: A table listing sequences of numbers for different employees under various enterprises and chômeurs, with columns labeled from 1 to 10.

Annexe IV : Analyse de robustesse et tableaux complementaires

148 Il n’y a pas de différence significative de comportement entre les travailleurs temporaires et permanents au sein de chacun des traitements.

Tableaux A4.1

Contributions, par traitement

Traitement BASE
Toutes périodesPremière périodeDernière période
Permanents2,104 (2,414)3,708 (3,127)1,167 (2,444)
Temporaires2,046 (2,192)3,833 (2,599)0,875 (1,393)
Wilcoxon pvalue0,904 ns0,746 ns0,851 ns
# observations4804848
Image description generated by AI: Table showing treatment data with periods and observations.

Contributions, par traitement

Traitement INSU
Toutes périodesPremière périodeDernière période
Permanents1,529 (2,287)3,958 (3,182)0,417 (0,974)
Temporaires1,992 (2,697)2,916 (2,933)1,375 (2,886)
Wilcoxon pvalue0,157 ns0,366 ns0,547 ns
# observations4804848
Image description generated by AI: Table showing treatment data with periods and observations.
Traitement WAGE
Toutes périodesPremière périodeDernière période
Permanents1,733 (2,426)3,875 (2,755)0,542 (1,474)
Temporaires1,417 (2,052)3,125 (3,069)0,833 (1,834)
Wilcoxon pvalue0,134 ns0,319 ns0,243 ns
# observations4804848
Image description generated by AI: Table showing wage data for permanent and temporary workers, including periods and observations.
Figures A4.1

Dynamique, par traitement

Image description generated by AI: Line graph titled "Traitement BASE" showing two lines, "Temporaire" and "Permanent," depicting a declining trend over time. Image description generated by AI: Line graph showing two treatments over time. Image description generated by AI: Line graph showing contribution over time for two treatments.

Dynamique, par traitement

Tableau A4.2

Déterminants de la contribution au bien public à chaque période

Tous Travailleurs (N = 192, T = 10)Travailleurs Temporaires (N = 120, T = 10)Travailleurs Permanents (N = 72, T = 10)
Niveau d’étude– 0,497 ***
(0,175)
– 0,782 ***
(0,243)
– 0,049
(0,245)
Sexe féminin0,191
(0,531)
0,716
(0,759)
– 0.317
(0,707)
Vague post-covid– 0,999 **
(0.510)
– 1,365 *
(0,731)
– 0,873
(0,679)
Traitement BASE3,528 ***
(1,138)
4,435***
(1,650)
2,471 *
(1,474)
Traitement INSU2,929 ***
(1,136)
4,403 **
(1,622)
1,436
(1,508)
Traitement WAGE2,337 ***
(1,103)
2,983 *
(1,601)
1,663
(1,425)
Pvaleurs des tests
BASE = INSU0,30580,61270.2050
BASE = WAGE0,0471 **0,0785 *0.3301
INSU = WAGE0,32060,20100.7842
Image description generated by AI: A table comparing various factors affecting contributions to the public good across different periods, including coefficients and p-values.

Déterminants de la contribution au bien public à chaque période

Modèle Tobit à effet aléatoire individuel sans la constante, à comparer au Tableau 3.

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Publisher keywords: fixed-term contracts, flexicurity, precarious premium, unemployment benefit

Uploaded: 07/16/2024

https://doi.org/10.3917/redp.343.0443