Théorie des émotions et analyse économique : une revue
- Par Emmanuel Petit
Pages 181 à 215
Citer cet article
- PETIT, Emmanuel,
- Petit, Emmanuel.
- Petit, E.
https://doi.org/10.3917/redp.322.0181
Citer cet article
- Petit, E.
- Petit, Emmanuel.
- PETIT, Emmanuel,
https://doi.org/10.3917/redp.322.0181
Notes
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[1]
Je remercie les deux rapporteurs anonymes de la revue pour leurs remarques et leurs suggestions qui m’ont permis d’approfondir et d’éclairer de nombreux points évoqués dans ce texte. Toute ma gratitude à Anna Tcherkassof pour sa relecture attentive de la section 2 (« la science des émotions »).
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[2]
Il s’agit naturellement d’une juxtaposition schématique qui permet d’aborder la question de l’émotion avec de la clarté et une relative simplicité, notamment pour des non-initiés. Pour autant, le lecteur doit garder à l’esprit que la porosité, la contiguïté et l’imbrication entre les travaux de chercheurs appartenant à différentes disciplines (neurologie, sociologie, psychologie sociale, anthropologie, philosophie, etc.) est bien plus grande que ce que suggère la présentation qui suit de la théorie des émotions. Certains travaux notamment se trouvent explicitement à la frontière entre ces disciplines (imbriquant par exemple à titre illustratif les neurosciences et l’histoire (voir à ce propos l’ouvrage au titre évocateur de Smail [2007])).
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[3]
Nous renvoyons dans ce qui suit aux références et aux éditions originales des textes ou des ouvrages des auteurs cités. Pour des revues académiques disciplinaires extensives et récentes sur la théorie des émotions, le lecteur pourra consulter notamment Lewis et al. [2010] et Tcherkassof [2008] en psychologie, Panksepp [2004] en neurosciences, Stets et Turner [2014] en sociologie, Goldie [2009] en philosophie, Beatty [2019] en anthropologie, Biess et Gross [2014] en philosophie des sciences, Hoggett et Thompson [2012] et Nussbaum [2013] en sciences politiques, Plantin [2011] en sciences de la communication. L’histoire des émotions a été recensée de façon remarquable par Corbin et al. [2016-2017]. Pour une introduction en histoire, voir également Plamper [2015] ainsi que les articles de Boquet et Nagy [2011, 2016]. Pour une lecture historique du mot « émotion », se référer à Dixon [2012]. Le lecteur trouvera également une synthèse de la place de l’émotion dans l’art dans Bernard et al. [2016], en architecture, dans Thibault [2010], et autour de la question patrimoniale, dans Fabre [2013]. Sur la place des émotions dans la construction du savoir scientifique, se reporter au très bel ouvrage de Waquet [2019]. Enfin, pour des dictionnaires synthétiques et éclairés des mots de l’émotion et des « passions sociales », voir respectivement Smith [2019] et Origgi [2019].
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Les émotions « incidentes » sont des émotions provoquées par des évènements qui n’ont pas de rapport avec la décision en cours (voir Lerner et al. [2015]). Elles se différencient des émotions dites « intégrales » qui elles sont en lien avec la décision que prend l’individu (comme par exemple la peur que l’on éprouve en faisant des investissements risqués).
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[5]
Nelson [2015] remarque ainsi (de façon ironique) que Colin Camerer évoque explicitement la « crainte » des économistes à ce sujet, via un lien internet (https://docsbay.net/why-are-economists-so-aversion-averse, consulté le 24 juin 2020), tout en renvoyant lui-même le lecteur à un document de travail dont le titre est beaucoup plus prudent et neutre (« Three cheers – psychological, theoretical, empirical – for loss-aversion »).
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[6]
On distingue généralement, à la suite de Riezler [1944] les peurs « définies », dont on situe clairement l’objet (peur d’un agresseur identifié, peur du chômage), de celles que l’on dit « indéfinies », dont la source est non clairement identifiable, et qui correspondent davantage à de l’anxiété ou à une angoisse existentielle.
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[7]
Les fondateurs de la théorie moderne du risque (von Neumann et Morgenstern [1944]) avaient pourtant bien conscience que le critère d’« utilité espérée » qu’ils proposaient ne tenait pas compte des émotions qui proviennent du simple fait de « prendre le risque ». Comme par exemple, une forme d’inquiétude, de contrariété, d’excitation, d’espoir ou même d’ennui. Ce qui était perçu par ces auteurs comme un défi à relever pour les chercheurs qui leur succéderaient est cependant resté lettre morte.
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[8]
L’intelligence émotionnelle est une forme d’intelligence sociale qui comprend la capacité à contrôler ses propres émotions et celles d’autrui, à établir des distinctions entre ces émotions et à utiliser ces informations pour orienter ses pensées et son action.
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[9]
L’affaire « France Telecom » est liée aux méthodes de gestion par le stress qui se sont fortement développées dans certains pays, notamment en France, dans le courant des années 2000. Elles ont été à l’origine de vagues de suicides sur le lieu de travail dans les entreprises employant ces méthodes, et notamment au sein de France Télécom où 23 suicides sur le lieu de travail ont été répertoriés entre 2008 et 2009. Nourri par une indignation légitime, un procès a eu lieu en décembre 2019, sanctionnant le PDG de l’époque. La conséquence juridique la plus importante de ce procès a cependant été la reconnaissance de la notion de « harcèlement moral institutionnel » qui met en cause la politique de gestion des ressources humaines et annonce un changement nécessaire de ces règles de gestion.
Depuis la revue séminale d’Elster [1998], une abondante littérature a révélé l’intérêt croissant des économistes autour de la question des émotions. L’introduction de l’émotion dans l’analyse économique a été effectuée essentiellement à partir d’une conception psychologique et neurologique de l’émotion. Développer une économie des émotions plus riche et plus complète rend nécessaire de puiser également dans d’autres approches de l’émotion issues notamment de la sociologie, de l’anthropologie, de l’histoire ou de la philosophie. L’objectif de cet article est de contribuer à enrichir les travaux des économistes dans ce domaine en proposant un état de l’art pluridisciplinaire synthétique des connaissances issues de la théorie des émotions. Il s’agit tout d’abord d’identifier les grandes étapes de construction de cette théorie et d’en extraire les propriétés essentielles des émotions. Il s’agit ensuite d’illustrer comment ces connaissances ont été mobilisées dans l’analyse économique en tenant compte de la diversité des approches caractéristique de la discipline.
- Théorie des émotions
- Économie comportementale
- Sociologie économique
- Institutions
- Peur
Mots-clés éditeurs : Économie comportementale, Institutions, Peur, Sociologie économique, Théorie des émotions
Emotion Theory and Economic Analysis: A Review
Since Elster’s seminal review [1998], an abundant literature has revealed the growing interest of economists in the question of emotions. The introduction of emotion into economic analysis has been based essentially on a psychological and neurological conception of emotion. Developing a richer and more complete economics of emotions makes it necessary to also draw on other approaches to emotion from sociology, anthropology, history and philosophy. The objective of this article is to contribute to enrich the work of economists in this field by proposing a multidisciplinary state of the art of the knowledge derived from the theory of emotions. First, we identify the main stages of construction of this theory and we highlight the essential properties of emotions. Secondly, we show how this knowledge has been used in economic analysis, taking into account the diversity of approaches characteristic of the discipline.
- Emotion theory
- Behavioural Economics
- Economic sociology
- Institutions
- Fear
Classification JEL:
- C70
- C90
- A12
- Z13
Mots-clés éditeurs : A12, Behavioural Economics, C70, C90, Economic sociology, Emotion theory, Fear, Institutions, Z13