Article de revue

Le prix Nobel 2010 : les marchés frictionnels

Pages 637 à 666

Citer cet article


  • Wasmer, É.
(2011). Le prix Nobel 2010 : les marchés frictionnels. Revue d'économie politique, . 121(5), 637-666. https://doi.org/10.3917/redp.215.0637.

  • Wasmer, Étienne.
« Le prix Nobel 2010 : les marchés frictionnels ». Revue d'économie politique, 2011/5 Vol. 121, 2011. p.637-666. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-d-economie-politique-2011-5-page-637?lang=fr.

  • WASMER, Étienne,
2011. Le prix Nobel 2010 : les marchés frictionnels. Revue d'économie politique, 2011/5 Vol. 121, p.637-666. DOI : 10.3917/redp.215.0637. URL : https://shs.cairn.info/revue-d-economie-politique-2011-5-page-637?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/redp.215.0637


Notes

  • [1]
    Je remercie André Zylberberg ainsi que Guillaume Vuillemey pour une relecture et des commentaires précieux. Les insuffisances de ce texte restent les miennes.
  • [2]
    Sciences Po Paris. Email : etienne.wasmer@sciences-po.fr
  • [3]
    Le modèle de Burdett et Mortensen [1998], publié plus de dix ans après les premières versions de leur modèle – le document de travail date de 1989 –, montrera élégamment comment obtenir une distribution des salaires lorsque les salariés peuvent changer d’entreprise.
  • [4]
    L’équation de Bellman est un arbitrage intertemporel qui décrit de façon recursive la valeur d’actif d’une situation donnée. Elle se retrouve comme cas limite d’une fonction d’utilité ou de profit intertemporelle à intervalle de temps discrets dt quand dt tend vers zéro.
  • [5]
    Le résultat est identique avec un salaire négocié, situation étudiée ci-dessous, mais l’exposition du résultat est moins simple que celle-ci.
  • [6]
    Elle est aussi décroissante avec les coûts de recrutement c, car pour maintenir l’égalité (10) : il faut recruter plus vite donc avec une tension d’équilibre plus faible. Enfin, les taux r et s diminuent ?* car un taux r plus élevé contribue à diminuer les profits actualisés futurs relativement à l’investissement initial en recrutement, et un taux s plus élevé réduit les profits actualisés.
  • [7]
    Cf. Wasmer et Weil [2004] pour cette discussion de l’équation (10).
  • [8]
    Celte spécification, naturelle en microéconomie, a été fortement critiquée en macroéconomie. On se rapportera par exemple à la discussion par Martin Helllwig de l’article de Pissarides et al. [1986]. Hellwig souligne notamment le fait que cette spécification ignore le comportement des syndicats qui, en pratique, jouent un rôle dans la détermination salariale. Nous reviendrons sur cette question dans la dernière section de cet article.
  • [9]
    « To resolve these issues, we only have two important pieces of information – the behaviour of inflation and the behaviour of vacancies. Thus, roughly speaking, we increase our knowledge by almost 50 % when we bring in vacancies. », Layard, p. 541, in Pissarides et al. [1986].
  • [10]
    La raison est qu’un changement des paramètres (par exemple la productivité) conduisait le nombre d’offres d’emploi laissées vacantes à s’ajuster instantanément (« jump variable »), alors que U s’ajuste progressivement et continûment via les équations de flux entrant et sortant du chômage dU/dt = s (1 ? u) ? ?q (?) u. Dans l’espace (U-V), une augmentation de la productivité suivie d’un retour à la normale conduit V à augmenter instantanément tandis qu’ U reste constant, puis V et U diminuent lentement et au même rythme (? constant) tant que la productivité reste constante. Lorsque la productivité diminue à nouveau dans la seconde phase du cycle économique, V diminue alors instantanément et U reste constant à l’instant de la baisse de la productivité, formant la troisième branche du quadrilatère décrivant la boucle. Enfin, U et V ré-augmentent progressivement à ? constant pour former la quatrième branche.
  • [11]
    On notera aussi que l’importance des destructions d’emplois pour expliquer les fluctuations de l’emploi est un fait qui a été l’objet de débats [Shimer 2007]. Selon lui, « depuis 1948, le taux de retour à l’emploi rend compte des trois quarts des fluctuations du taux de chômage aux États-Unis. (…) Les fluctuations dues aux sorties de l’emploi sont quantitativement sans influence au cours des deux dernières décennies. »
  • [12]
    Je remercie André Zylberberg pour cette formulation.
  • [13]
    C’est-à-dire mesurés comme les résidus d’une équation de Solow, à partir de données de comptabilité nationale.
  • [14]
    Rupert et alii. [2009], utilisant des données de salaire et le lien entre le temps de transport domicile-travail, estiment que le pouvoir de négociation moyen est de 0.43 en moyenne, mais de 0.74 pour les hommes, et 0.16 pour les femmes, voire de 0.09 pour les femmes mariées. Cette conclusion est en lien avec les résultats de Cahuc et alii [2006] qui proposent un modèle d’équilibre avec prospection d’emploi on-the-job et concurrence entre entreprises pour les salaires. Selon leurs résultats, la négociation à la Nash est une force relativement faible comparativement aux effets de la concurrence entre entreprises sur les salaires.
  • [15]
    C’est le second rôle, négatif, de l’assurance chômage, que le communiqué du prix Nobel 2010 a retenu, alors que le premier permet de comprendre l’essentiel de l’apport des modèles avec frictions : ils introduisent de nouveaux mécanismes subtils dans l’analyse économique qui excluent les conclusions a priori.
  • [16]
    Albrecht, Pieter Gautier, and Vroman [2003], et Albrecht, Gautier. Tan, and Vroman [2004] ont ensuite enrichi et développé cette approche à un nombre plus grand d’agents.
  • [17]
    Pour l’anecdote, ce titre a été proposé par Dale Mortensen, selon Espen Moen lors de sa présentation des trois lauréats du Nobel au Congrès de l’European Economic Association d’Oslo (août 2011).
  • [18]
    Lorsqu’une partie prenante s’approprie une partie du rendement de l’investissement (hold-up) au détriment de l’autre partie, celle-ci va anticiper ce comportement en sous-investissant ex-ante comparé à la situation où elle obtient la totalité du rendement de son investissement.
  • [19]
    Petrosky-Nadeau et Wasmer [2010].
Français

50 ans après les travaux fondateurs de George J. Stigler sur la dispersion des prix et des salaires générée par le manque d’information disponible, le prix Nobel 2010 en mémoire d’Alfred Nobel récompense trois pionniers de la littérature sur l’appariement. Dans cet article, plutôt que de faire une nouvelle synthèse du très grand nombre de travaux de ce champ très actif, nous essayons de discuter certains de ses fondements microéconomiques les plus importants, pour montrer qu’ils ont un caractère évident et incontournable ; puis nous évoquons les débats sur la capacité du modèle macroéconomique canonique DMP (Diamond-Mortensen-Pissarides) à répliquer les faits stylisés du cycle économique. Nous montrons ensuite que l’intérêt de cette classe de modèle est aussi de générer des prédictions de politique économique qui ne sont pas triviales, contrairement aux modèles concurrentiels. Nous discutons enfin quatre pistes de développement futurs : la recherche dirigée ; les négociations salariales stratégiques au sein de l’entreprise ; la recherche en emploi ; et enfin les interactions avec les frictions des autres marchés, notamment financiers et des produits.

  • frictions
  • appariement
  • cycle économique

Mots-clés éditeurs : appariement, cycle économique, frictions


English

Nobel prize 2010 : markets with frictions

50 years after George J. Stigler’s seminal contributions on price and wage dispersion produced by the lack of available information, the 2010 Nobel Prize in memory of Alfred Nobel rewards three pioneers of the search and matching literature. In this article, rather than writing a new survey of the large number of contributions in this active field, we discuss some of its micro-foundations to show that they have a clear and compelling character ; then we evoke the debates on the ability of the canonical macroeconomic model DMP (Diamond-Mortensen-Pissarides) to replicate stylized facts of the business cycle. We then show that unlike competitive models, the value of this model class is to generate non-trivial policy recommendations. Finally we discuss four tracks for future research : directed research ; strategic wage bargaining within firms ; on-the-job search ; and finally, interactions with other market frictions, including financial and product markets.

  • Frictions
  • matching
  • business cycle

Mots-clés éditeurs : business cycle, Frictions, matching


Date de mise en ligne : 06/02/2012

https://doi.org/10.3917/redp.215.0637

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