Les artistes en quantités. Ce que sociologues et économistes s'apprennent sur le travail et les professions artistiques
Pages 205 à 236
Citer cet article
- MENGER, Pierre-Michel,
- Menger, Pierre-Michel.
- Menger, P.-M.
https://doi.org/10.3917/redp.201.0205
Citer cet article
- Menger, P.-M.
- Menger, Pierre-Michel.
- MENGER, Pierre-Michel,
https://doi.org/10.3917/redp.201.0205
Notes
-
[*]
Centre d’Etudes Sociologiques et Politiques Raymond Aron, CNRS EHESS Paris. Email : menger@ehess.fr
-
[1]
Pour une revue de littérature, voir Pierre-Michel Menger [2006], ainsi que Neil Alper et Greg Wassall [2006].
-
[2]
Rudolf Wittkower [2000], Martin Warnke [1989] et Antoine Schnapper [2004].
-
[3]
John Michael Montias [1982], Cyril Ehrlich [1985], William Baumol et Hilda Baumol [1994], Neil De Marchi et Hans Van Miegroet [2006]. Les exigences du travail historique ont valu à certains travaux économiques insuffisamment étayés empiriquement, et victimes de biais de sélection non contrôlés, des critiques sévères, comme l’atteste la réception du livre de F.M. Scherer [2004] dans le Journal of Cultural Economics (2005, vol. 29, p. 143-146) ou dans The Economic History Review (2004, vol. 57, n° 4, p. 796-797).
-
[4]
Judith Adler, citée dans Neil Alper, Greg Wassall, Joan Jeffri et al. [1996].
-
[5]
La composition de la catégorie des professions culturelles selon la classification internationale type des professions (CITP) utilisée par les services statistiques de l’Union Européenne (Eurostat) est la suivante :
214 Architectes, ingénieurs et assimilés
2141 architectes, urbanistes et ingénieurs de la circulation routière
243 Archivistes, bibliothécaires, documentalistes et assimilés
2431 archivistes paléographes et conservateurs de musée
2432 Bibliothécaires, documentalistes et assimilés
245 Écrivains et artistes créateurs et exécutants
2451 Auteurs, journalistes et autres écrivains
2452 Sculpteurs, peintres et assimilés
2453 Compositeurs, musiciens et chanteurs
2454 Chorégraphes et danseurs
2455 Acteurs et metteurs en scène de cinéma, de théâtre et d’autres spectacles
313 Techniciens d’appareils optiques et électroniques
3131 photographes et techniciens d’appareils enregistreurs d’images et de son
347 Professions intermédiaires de la création artistique, du spectacle et du sport
3471 Décorateurs et dessinateurs modélistes de produits industriels et commerciaux
3472 Annonceurs-présentateurs de radio, de télévision et de spectacles
3473 Musiciens, chanteurs et danseurs de rue, de boîte de nuit et assimilés
3474 Clowns, magiciens, acrobates et assimilés
Source : Statistiques culturelles en Europe, 2007. -
[6]
Pierre-Michel Menger « Les politiques culturelles dans le temps et dans l’espace européens. Modèles et évolutions », in Coll., Les 50 ans du ministère de la Culture, Paris, Documentation Française, 2010.
-
[7]
Voir sur ce point l’expérience néerlandaise du BKR étudiée par Raymonde Moulin [1992, p. 374 sq].
-
[8]
Cette distinction s’inscrit dans une longue histoire de la conception expressiviste de l’acte de travail. Voir sur ce point Pierre-Michel Menger [2003].
-
[9]
C’est ce que rappelle notamment David Throsby [1996].
-
[10]
Ces compléments de ressources obtenus grâce au conjoint dépassaient en moyenne, et de très loin, les revenus tirés de métiers ou occupations annexes par les musiciens, acteurs et danseurs interrogés par William Baumol et William Bowen [1966]. Et ils représentaient en moyenne les deux tiers des ressources du ménage pour les auteurs américains vivant uniquement de leur plume, selon l’enquête de la Guilde américaine des écrivains citée par Lewis A. Coser, Charles Kadushin et Walter W. Powell [1982].
-
[11]
Alan Peacock, Ronald Weir [1975].
-
[12]
Voir notamment Karla Fohrbeck et Andreas Wiesand [1975], Pierre-Michel Menger [1983], Paul Kingston et Jonathan Cole [1986], Raymonde Moulin, Jean-Claude Passeron et al. [1985], Pierre-Michel Menger [1998], Philippe Coulangeon [2004], Janine Rannou et Ionela Roharik [2006]. Pour une approche non statistique, voir Bernard Lahire [2006].
-
[13]
Je m’appuie ici sur un article paru sous le titre « Rationalité et incertitude de la vie d’artiste » dans L’Année sociologique en 1989, et dans lequel je montrais les gains d’une double approche, sociologique et économique, pour l’analyse des professions artistiques. Une version remaniée de ce texte constitue le chapitre cinq de mon ouvrage Le travail créateur, Paris, Gallimard / Seuil, 2009.
-
[14]
Sherwin Rosen [1986].
-
[15]
Voir sur ce point les travaux de John H. Goldthorpe et Keith Hope [1974], Donald J. Treiman [1977], Christopher Jencks, Lauri Perman et Lee Rainwater [1988], ainsi que Christine Chambaz, Éric Maurin et Constance Torelli [1998].
-
[16]
L’analyse des résultats du recensement général de la population française par l’INSEE, publiée en 1982, et qui inaugurait et mettait à l’épreuve la nouvelle nomenclature des PCS montra qu’au vu des caractéristiques sociodémographiques des professionnels de l’art (sexe, âge, diplômes, et, devrait-on ajouter, revenus), « les artistes sont proches des professions intermédiaires administratives et commerciales des entreprises ». Les auteurs de l’analyse justifièrent la position des artistes dans la nouvelle nomenclature en invoquant la faiblesse du critère du diplôme scolaire (qui laisse échapper le poids de l’expérience professionnelle et des apprentissages sur le tas), mais surtout l’origine sociale élevée des artistes : « Le milieu social d’origine permet cependant d’évaluer la position sociale des artistes. Avec 35 % d’enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures, ils sont parmi ceux dont l’origine sociale est la plus élevée. Il n’est guère que les membres des professions libérales pour les surpasser » [Michel Gollac et Baudoin Seys, 1984, p. 97].
-
[17]
Voir sur ce point, Dennison Nash [1970], Pierre-Michel Menger [1983], Andrew Abbott et Alexandra Hrycak [1990], Philippe Coulangeon [2004] et Jann Pasler [2008].
-
[18]
Sur le détail de la présentation et de la discussion de ces deux modèles et sur la résolution des difficultés posées par chacun d’eux, je renvoie au chapitre 6 de mon ouvrageLe travail créateur, 2009, op. cit.
-
[19]
Ces travaux portent principalement sur la gestion des carrières en organisation et montrent comme il est fait appel à des mécanismes de tournoi et de compétition éliminatoire répétée pour organiser les mobilités ascendantes quand l’organisation insiste sur ces facteurs inobjectivables de productivité que sont le talent et le potentiel, c’est-à-dire sur ces différentiels de qualité qui ne sont précisément visibles qu’à travers le mécanisme des tournois de comparaison relative. Dans son ouvrage sur L’économie du star-system (Paris, Odile Jacob, 2002), Françoise Benhamou examine les tournois compétitifs que sont les concours et palmarès dans les arts, pour l’analyse desquels, comme elle l’indique, le modèle de Sherwin Rosen [1986] fournit une piste précieuse. Ma propre exploitation des travaux sociologiques et économiques sur les mécanismes de classement et d’amplification des écarts de classement propose une caractérisation des carrières artistiques.
-
[20]
Citons notamment Olav Velthuis [2005], Fabien Accominotti [2008] et Pierre François [2008].
Cette contribution finale montre comment économie et sociologie s’enrichissent mutuellement de leurs apports possibles. Le temps n’est certainement plus celui des confrontations, même si pendant longtemps, les sociologues ont eu l’avantage de proposer des données d’enquête originales et cumulatives sur les comportements et les inégalités de consommation et d’en ordonner l’analyse à partir de modèles puissants de stratification sociale, et si l’analyse économique bénéficiait de son appareil d’analyse des propriétés informationnelles des transactions et des imperfections de la concurrence marchande.
En partant d’une analyse de l’offre et des marchés du travail et en en explorant trois questions fondamentales (composition évolutive de la catégorie des professions artistiques, critères de professionnalité et explication du niveau et de la distribution des rémunérations, P.M. Menger montre au contraire que les deux disciplines se situent dans un rapport de coopération mutuellement profitable. Sans doute le concept d’incertitude joue-t-il ici un rôle central, fédérant les recherches d’un coté comme de l’autre.
- artistes
- méthodologie
- offre de travail
- revenus
- sociologie
- statut
Mots-clés éditeurs : artistes, méthodologie, offre de travail, revenus, sociologie, statut
Artists in numbers. What sociologists and economists have taught each other about artistic labor and occupations
This final contribution shows that the relationship between economics and sociology has been largely changing during the last period. During a long time, we attended an opposition between a sociology that benefited from exhaustive empirical studies on the demand side, producing important debates about cultural stratification ; and economics that benefited from very seminal analysis tools stressing the importance of market competition and information.
This contribution takes as an example of new reciprocate exchanges the domain of artistic labor supply and three related issues (the evolution of the artistic occupations’ categorization ; the relevant criteria of professionalization ; the distribution of the corresponding incomes). Then, P.M. Menger shows that sociology and economics are cross-fertilizing and mutually benefit from their specific researches programs. Very likely, the polarization of such disciplinary perspectives on the seminal concept of uncertainty has contributed to this mutual enrichment.
- artists
- income
- labour supply
- methodology
- sociology
- status
Mots-clés éditeurs : artists, income, labour supply, methodology