De l'ethnicité en Bolivie ? Paradoxe d'une catégorie indigène, le folklorista
- Par Kévin Maenhout
Pages 53 à 69
Citer cet article
- MAENHOUT, Kévin,
- Maenhout, Kévin.
- Maenhout, K.
https://doi.org/10.3917/crii.057.0053
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https://doi.org/10.3917/crii.057.0053
Notes
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[1]
La fête du Gran Poder, du nom du quartier de La Paz où elle est née, se déroule entre fin mai et début juin, le samedi précédant la fête de la Sainte Trinité. Elle consiste en un défilé de quelque 30 000 danseurs réunis en divers groupes folkloriques, dont des fraternidades. Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des manifestations culturelles les plus importantes du pays et reconnue par l’État comme Patrimoine culturel de Bolivie depuis 2002.
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[2]
Femmes vêtues de la manta (châle), de la pollera (jupe bouffante) et du sombrero (chapeau melon).
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[3]
Terme couramment utilisé à La Paz pour désigner les diplômés du supérieur, avocats, professeurs, universitaires et autres professions libérales et/ou intellectuelles.
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[4]
Le presterío (ou pasantía) est une charge à caractère religieux dont l’activité principale consiste à assumer financièrement l’organisation de la fête d’un(e) saint(e). Le statut de pasante qui s’y rapporte (très souvent endossé par un ou des couples) est parfois assimilé à celui de parrain (http://www.bolivia.com/noticias/autonoticias/DetalleNoticia20796.asp).
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[5]
David M. Guss, « The Gran Poder and the Reconquest of La Paz », Journal of Latin American Anthropology, 11 (2), 2006, p. 294-328.
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[6]
Pedro Carrasco, « The Civil-Religious Hierarchy in Mesoamerican Communities : Pre-Spanish Background and Colonial Develoment », American Anthropologist, 63 (3), 1961, p. 483-497 ; Fernando Fuenzalida Vollmar, « La matriz colonial de la comunidad de indígenas peruana : una hipótesis de trabajo », Revista del Museo Nacional, XXXV, Lima, 1967-1968, p. 92-123 ; Tristan Platt, « The Andean Soldier of Christ. Confraternity Organization, the Mass of the Sun and Regenerative Warfare in Rural Potosi (18th-20th Centuries) », Journal de la Société des Américanistes, 73, 1987, p. 139-191 ; Thomas Abercrombie, « To Be Indian, to Be Bolivian : “Ethnic” and “National” Discourses of Identity », dans Greg Urban, Joel Sherzer (eds), Nation-States and Indians in Latin America, Austin, University of Texas Press, 1991, p. 95-130.
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[7]
« Qui n’appartient pas au clergé ni à un ordre religieux » Définition du Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTF).
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[8]
En Bolivie, le folklore ne fait en aucun cas référence à des pratiques muséifiées que l’on s’attacherait à garder en mémoire par le truchement des fêtes et de la tradition. Il est au contraire perçu comme une activité rituelle de la dévotion dont la réalisation est pleinement reconnue et ancrée dans les pratiques routinières.
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[9]
Cette étude s’appuie sur quatre terrains ethnographiques qui se sont déroulés de novembre 2006 à juin 2007 (Bolivie), de septembre 2007 à juin 2008 (Bolivie), d’octobre 2009 à septembre 2010 (Bolivie et Pérou) et d’août à octobre 2011 (Brésil et Argentine).
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[10]
Xavier Albó, Matías Preiswerk, Los Señores del Gran Poder, La Paz, Centro de Teología Popular, 1986.
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[11]
Gérard Borras, « Les Indiens dans la ville ? : fêtes et “entradas folklóricas” à La Paz (Bolivie) », Caravelle, 73, 1999, p. 201-218.
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[12]
Germán Guaygua, « Las estrategias de la diferencia : construcción de identidades urbanas populares en la festividad de Gran Poder », Cuaderno de investigación, 11, IDIS, UMSA, 2001.
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[13]
Activité historique du quartier du Brás à São Paulo, le textile s’est implanté plus récemment dans le quartier de Flores à Buenos Aires. Dans ce secteur d’activité, les métiers sont classés selon une hiérarchie qui distingue les couturiers (costureros), les gérants d’atelier (talleristas) et les confectionneurs (confeccionistas). Les fraternidades de São Paulo et de Buenos Aires sont en général dirigées par ces derniers dont le statut social et la réussite économique sont les plus enviables.
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[14]
On trouve par exemple de nombreuses vendeuses appelées à La Paz mañaneras – en raison de l’heure matinale à laquelle elles se rendent dans la rue Tumusla pour y vendre des vêtements en gros – dans les fraternidades Cultural Unión de Bordadores Señoriales Morenos y Achachis Fanáticos del Folklore en Gran Poder et La Nueva Elegancia del Gran Poder Morenos Achachis Verdaderos Intocables, sans qu’il soit fait directement mention de leur nom dans l’intitulé de l’institution.
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[15]
Ainsi, le nom du secteur socioprofessionnel dicte explicitement celui de la fraternidad et fait référence à des zones commerciales spécialisées (rues ou marchés fermés). Par exemple, les commerçants en électroménager et multimédia de la Eloy Salmón se concentrent dans deux rues perpendiculaires (rue Eloy Salmón et León de la Barra) ; ceux qui appartiennent au secteur historique de la Unión Comercial (intermédiaires revendeurs de coca et de café issus des Yungas) se retrouvent principalement dans les rues Sebastian Segurola et León de la Barra ; la Fraternidad Viajeros Charaña se réfère directement à l’association de commerçants du même nom installée dans le bas de la rue Huyustus tout comme AMABA, spécialisée dans la confection des costumes de fêtes, située dans la rue Los Andes et le bas de l’avenue Kollasuyo.
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[16]
Ces localités sont à la base de la création des fraternidades Morenada Juventud Rosas Residentes de Viacha « Los Legitimos », Sensacional Morenada Juventud Residentes Verdaderos Rosas de Viacha Revelación 82, Poderosa Morenada « Plana Mayor » et Morenada Juventud San Pedro Residentes de Achacachi « Los Catedráticos » del Folklore en Gran Poder.
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[17]
Habitants de la ville de La Paz et, plus généralement, en contexte migratoire, habitants du département du même nom.
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[18]
Le compérage définit initialement le lien qui unit, dans le cadre du baptême, les parents de l’enfant aux parrains/marraines. En Bolivie, cette relation sociale est généralisée à tout type de parrainage qu’il soit religieux ou profane.
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[19]
« Le 8 juin 1974, un groupe de parents, tous viacheños comme Antonio et David Quispe, Juan Aduviri, Esteban Yupanqui, Juan Silva et leur épouses respectives, fondaient une fraternidad (…). » Breve reseña histórica de la Fraternidad Morenada Juventud Rosas Residentes de Viacha « Los Legitimos » (nous traduisons).
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[20]
Il peut arriver également qu’une famille fasse volontairement appel à une autre famille pour renforcer sa fraternidad au moment de sa création. Ainsi, la Fraternidad Morenada 5 de Agosto de Buenos Aires, qui n’était au départ qu’un simple groupe de danseurs, a d’abord invité le fils aîné d’une autre famille, pour qu’il fasse ensuite venir ses frères, qui avaient tous réussi dans leurs affaires de façon spectaculaire.
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[21]
L’emploi de cette indication géographique dans la langue vernaculaire fait référence non seulement au lieu historiquement discriminé où étaient installées les paroisses indiennes de la ville de La Paz mais aussi à une expression entrée dans les sciences sociales en tant que désignation d’un lieu ethnique. Voir X. Albó, M. Preiswerk, Los Señores del Gran Poder, op. cit. ; Xavier Albó, Tomas Greaves, Godofredo Sandoval, Chukiyawu. La cara aymara de La Paz, Bolivia, La Paz, Cuaderno de Investigación CIPCA, 1981-1982-1983-1987 ; G. Borras, « Les Indiens dans la ville ? : fêtes et “entradas folklóricas” à La Paz (Bolivie) », art. cité ; Virginie Baby-Collin, « Des usages de l’indianité à La Paz : formes du métissage dans la ville », Problèmes d’Amérique latine, 48, 2003, p. 71-90 ; Nico Tassi, « “The Postulate of Abundance”. Cholo Market and Religion in La Paz, Bolivia », Social Anthropology, 18 (2), 2010, p. 191-209.
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[22]
Ce terme désignait à l’origine un enfant né de l’union d’un métis et d’une Indienne. Thérèse Bouysse-Cassagne, Thierry Saignes, « El cholo, actor olvidado de la historia », dans Silvia Arze, Rossana Barragán, Laura Escobari, Ximena Medinaceli, (comp.), Etnicidad, economía y simbolismo en Los Andes, La Paz/Lima, Instituto de la historia social de Bolivia. HISBOL - Institut français d’études andines. IFEA - Sociedad boliviana de historia. SBH - Antropólogos del Sur Andino. ASUR, 1992, p. 129-143. Aujourd’hui, la sociologie l’utilise pour définir les « Indiens » installés en milieu urbain. Jeff D. Himpele, « The Gran Poder Parade and the Social Movement of the Aymara Middle Class : A Video Essay », Visual Anthropology, 16 (2-3), 2003, p. 207- 243 ; Javier C. Sanjinés, Mestizaje Upside-Down : Aesthetic Politics in Modern Bolivia, Pittsburgh, University of Pittsburgh Press, 2004 ; N. Tassi, Cuando el baile mueve montañas. Religión y economía cholo-mestizas en La Paz, Bolivia, Bolivia, Fundación Praia, 2010. Contrairement à cholitas employé pour désigner les femmes vêtues de la manta, de la pollera et du sombrero, le terme cholo est plutôt péjoratif lorsqu’il s’applique aux hommes. Les cholitas sont particulièrement nombreuses dans les métiers du commerce et dans le service domestique.
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[23]
N. Tassi, Cuando el baile mueve montañas. Religión y economía cholo-mestizas en La Paz, Bolivia, op. cit..
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[24]
Laura Fléty, « Jeux du corps et jeux identitaires chez les Cholas », Civilisations. Revue internationale d’anthropologie et de sciences humaines, 60 (1), 2011, p. 23-42.
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[25]
On peut probablement expliquer le regain d’intérêt de l’Église catholique pour la fête du Gran Poder par le succès non négligeable que remportent aujourd’hui en milieu urbain plusieurs confessions religieuses comme les Évangélistes, les Mormons et les Témoins de Jéhovah.
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[26]
R. Barragán, « Más allá de lo Mestizo, más allá de lo Aymara : Organización y representación de clase y etnicidad en La Paz, América Latina Hoy, 43, 2006, p. 107-130.
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[27]
« Du fait de sa nature éminemment folklorico-culturelle, toute activité qui dénote une discrimination de race, sexe, langue, croyance, origine ou condition économique est interdite, dans tous ou chacun de ses actes, qu’ils soient publics ou privés. De la sorte, toute activité de propagande politique partisane est proscrite. » Statut organique, Fraternidad Cultural Unión de Bordadores Señoriales Morenos y Achachis Fanáticos del Folklore en Gran Poder (art. 6) ; « Du fait de son caractère culturel, folklorique et religieux, est catégoriquement interdit tout type d’ingérence politique partisane. De même qu’est exclu n’importe quel type de discrimination, qu’elle soit sociale, raciale ou autre, allant à l’encontre des objectifs de la fraternidad. » Statut organique, Fraternidad Morenada Juventud San Pedro Residentes de Achacachi « Los Catedráticos » del Folklore en Gran Poder (art. 8) (nous traduisons).
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[28]
Ce terme, à connotation péjorative, est utilisé pour désigner les habitants de certains quartiers résidentiels, blancs, de classes moyennes ou hautes, du Sud de La Paz (zona Sur). Le mot jailón vient de l’anglais high et du suffixe ón augmentatif ou dépréciatif. Alex López Illanes, Ronal Jemio Peralda, Edwin Chuquimia Vélez, Jailones, en torno a la identidad cultural de los jóvenes de la élite paceña, La Paz, Fundación PIEB, 2003.
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[29]
Jean-Pierre Lavaud, Françoise Lestage, « Compter les Indiens (Bolivie, Mexique, États-Unis) », L’année sociologique, 55 (2), 2005, p. 487-517.
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[30]
Au sens strict du terme, l’ayni consiste en milieu rural en un système d’échanges de prestations de même nature (en journées de travail agricole par exemple). Aujourd’hui, il revêt de nouvelles formes, notamment matérielles : « L’ayni est encore pratiqué à l’occasion des fêtes : quand un de mes familiers doit assumer, en tant que pasante, de lourdes dépenses, c’est un devoir pour moi de lui offrir une aide, en produits ou en argent, sans contrepartie immédiate ; mais je sais qu’il m’aidera de la même manière quand je serai pasante à mon tour. » Nathan Wachtel, Le retour des ancêtres. Les Indiens Urus de Bolivie XXe-XVIe siècle. Essai d’histoire régressive, Paris, Gallimard, 1990, p. 112. Dans le folklore urbain, cette aide en nature consiste essentiellement en caisses de bière.
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[31]
Fredrik Barth, « Les groupes ethniques et leurs frontières », dans Philippe Poutignat, Jocelyne Streiff-Fénart (dir.), Théories de l’ethnicité, Paris, PUF, 1995 (1969), p. 203-249 ; Danielle Juteau, L’ethnicité et ses frontières, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1999.
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[32]
Le terme « désigné » peut être entendu au sens littéral, dans la mesure où c’est parfois la pression morale du groupe qui oblige le ou les couples à accepter. Cependant, dans la majorité des cas, la désignation ne fait que consacrer un accord préalablement passé entre les parrains sortants (pasantes) et les nouveaux venus (recibientes).
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[33]
Cette séquence rituelle comprend trois étapes importantes : tout d’abord, les nouvelles autorités sont désignées officieusement ; ensuite, elles sont officiellement présentées à la fraternidad (sartha), et finalement investies de leur nouvelle autorité (posesión). La sartha, synonyme en aymara de sart’aña (« demander la main » dans le cas du mariage), a lieu au cours du mois précédent la fête patronale et formalise l’acceptation du futur pasante. Cet acte se traduit par l’organisation d’une fête à laquelle sont invités à participer les membres de la fraternidad. La posesión se déroule le jour suivant la fête patronale, le dimanche de la Diana, ou le surlendemain. À cette occasion, les ex-pasantes sont déchargés de leurs obligations, qu’ils transmettent aux nouvelles autorités.
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[34]
Hugo G. Nutini, Betty Bell, Parentesco ritual : estructura y evolución histórica del sistema de compadrazgo en la Tlaxcala rural, Mexico, Fondo de Cultura Económica, 1989 (1980).
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[35]
Olivia Harris, « The Eternal Return of Conversion : Christianity as Contested Domain in Highland Bolivia », dans Fenella Cannell, The Anthropology of Christianity, Durham, Duke University Press, 2007, p. 51- 76. La polysémie du mot aymara tata, qui signifie seigneur, traduit l’ambivalence de son usage puisqu’il peut être à la fois employé comme un terme d’adresse ou comme une « marque du divin ». L’exemple type est la figure paternelle incarnée par Francisco Mamani, fondateur de Los Fanáticos del Folklore en Gran Poder et surnommé « Tata Pancho ».
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[36]
Voir http://www.eldiario.net/noticias/2011/2011_12/nt111224/6_01clt.php.
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[37]
Propos recueillis auprès du représentant du Consulat bolivien de Puno en 2010.
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[38]
Pour São Paulo, il s’agit des fraternidades Morenada Juventud Intocables et Poderosa Morenada Nueva Revelación São Pablo Brasil Los Catedráticos, et pour Buenos Aires, des fraternidades Verdaderos Intocables Unión Talleres La Nueva Elegancia, Morenada Orgullosos Rebeldes de La Paz, Morenada Verdaderos Fanáticos del Folklore.
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[39]
À partir du Bicentenaire de l’Indépendance de la Bolivie fêté en 2009, la fête de Charrúa, principale festivité de la collectivité bolivienne de Buenos Aires, s’est dédoublée. Au défilé se déroulant dans ce quartier s’est ajoutée une autre manifestation dans le centre ville le samedi suivant, depuis l’avenue principale 9 de julio jusqu’à la casa rosada où réside la présidente de la République d’Argentine, Cristina Krishner. En 2011, une nouvelle étape dans la reconnaissance des Boliviens d’Argentine a été symbolisée par une résolution du gouvernement argentin facilitant, pour la réalisation de cette fête, le passage des hommes et des marchandises à la frontière Villazon-La Quiaca.
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[40]
« La richesse naturelle, archéologique, paléontologique, historique, documentaire et celle résultant du culte religieux et du folklore sont patrimoine culturel du peuple bolivien, en accord avec la loi » (art. 99, alinéa 3) (nous traduisons).
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[41]
Virginie Baby-Collin, Susana Sassone, « Mondialisation de la Virgen de Urkupiña ? Religiosité, fêtes populaires et territoires urbains des migrants boliviens, de Buenos Aires à Madrid », Autrepart, 56, 2010, p. 111-132.
1 La Paz, 2 juin 2007, 11h30. Cela fait maintenant trois heures que la fête de la Entrada del Señor Jésus del Gran Poder bat son plein [1]. Des groupes folkloriques partis des anciennes paroisses indiennes du Nord-Ouest de la ville se dirigent vers le centre. Au rythme des fanfares, ils réalisent les chorégraphies qu’ils ont inlassablement répétées depuis des mois. Jeunes et moins jeunes, en couple ou seuls, tous progressent dans une même frénésie joyeuse. Devant nous passe une cohorte de femmes de tous âges – des cholitas [2] – qui exécute à l’unisson un pas en demi-lune ; elles font virevolter leurs jupes bouffantes tout en conservant telles des équilibristes leur chapeau melon posé sur la tête. Mon voisin, aussi exalté que le demi-million de spectateurs qui assistent à la fête, exhorte les danseuses à la perfection. Il m’explique qu’il s’agit de la fameuse Fraternidad Eloy Salmóndans laquelle se côtoient commerçants et profesionales [3]. Tout est couleur, harmonie, uniformité, enfin presque tout, car vient ensuite un groupe composé de plusieurs couples dont les hommes sont vêtus d’un complet qui tranche avec les costumes, et les femmes de la tenue de cholita. Ils portent tous une écharpe richement brodée sur laquelle sont indiqués leur patronyme et la mention « fundador » (fondateur). Ils sont suivis de près par une autre rangée formée de quatre couples, eux aussi vêtus en civil et arborant également une écharpe mais sur laquelle est cette fois inscrit « pasante 2007 » [4]. D’un léger hochement de tête, ils présentent leurs hommages au président Evo Morales venu assister à l’événement. Contrairement aux autres danseurs, leur expression alterne entre béatitude et gravité et leur gestuelle est empreinte de solennité.
2 La présence de la plus haute autorité politique du pays à cette fête démontre l’importance des fraternidades en Bolivie [5]. L’origine de ces congrégations, qui peuvent compter plusieurs milliers d’hommes et de femmes, remonte au temps de la colonisation espagnole où on les retrouve sous l’appellation de cofradías ou hermandades [6]. Contrairement à ces dernières, les fraternidades sont toutefois des communautés laïques [7], mais dont les membres se rassemblent avant tout, comme leurs homologues des cofradías ou hermandades, pour exprimer leur foi et glorifier Dieu ou la Vierge Marie. En effet, les fraternidades organisent également des spectacles de rue (entradas folkloricas) où l’acte de foi s’exprime par la danse et la musique, ce qui fait de ces manifestations l’une des formes les plus élaborées et complexes du folklore bolivien urbain [8]. Les fraternidades peuvent donc être définies comme des regroupements structurés et hiérarchisés d’individus, qui ont vocation à célébrer religieusement et de manière festive un(e) saint(e) tout en intégrant des caractéristiques sociales propres au lieu où se déroule l’activité.
3 Ces regroupements jouent par ailleurs en Bolivie un rôle qui va bien au-delà de la sphère des pratiques religieuses et culturelles. Le folklore se présente en effet non seulement comme un répertoire identitaire par lequel des individus se catégorisent à partir de traits socioculturels communs mais aussi comme un enjeu croissant sur la scène politique. L’étude des pratiques festives qui lui sont associées permet de saisir plusieurs catégorisations importantes dans les sociabilités ordinaires, qui diffèrent de celles habituellement mobilisées par les acteurs politiques. Nous proposons de mettre en évidence ce à quoi renvoie justement la catégorisation identitaire de folklorista qui désigne en partie les membres des fraternidades. En effet, quand bien même la dimension ethnique ne serait pas absente de ces entités, il est impossible de comprendre leur importance si l’on s’en tient aux catégorisations relatives à l’ethnicité qui dominent le débat politique et le discours savant sur la Bolivie contemporaine. S’intéresser à la place occupée par les fraternidades dans la société bolivienne permet de prendre toute la mesure des dynamiques identitaires suscitées par la diversité des origines régionales et des niveaux sociaux dans un pays que les migrations régionales et internationales ont bouleversé en profondeur depuis le milieu du XXe siècle. Nous nous intéresserons principalement à la Entrada del Señor Jesús del Gran Poder, fête votive aujourd’hui internationalement reconnue, dont nous complèterons l’étude par celle de la Fête de la collectivité bolivienne de São Paulo en honneur à la Vierge de Copacabana et d’Urkupiña et celle de la Fête de Charrúa de Buenos Aires, également en dévotion à la Vierge de Copacabana [9]. Étant surtout considérée comme une rémanence culturelle « indienne », la fête du Gran Poder est l’un des sujets de prédilection des études sur le folklore bolivien urbain depuis le milieu des années 1980. Nous partirons d’un angle d’approche différent, celui des organisations qui participent à ces dévotions. En déplaçant l’analyse du niveau général – « la fête » considérée comme une totalité – à celui de ses unités constitutives élémentaires, nous souhaitons mettre en relief la pluralité des représentations qui lui sont associées pour mieux comprendre comment s’articule l’ethnicité depuis ces multiples perspectives.
4 Notre réflexion sur les instances de pouvoir que sont les fraternidades dans la ville de La Paz a été suscitée par la situation paradoxale d’une élite sociale et économique dont les membres, pour évidente que soit la réalité de leur statut social, n’apparaissent pas comme tels dans les travaux sociologiques sur la fête. Leur prise en compte n’y est en effet déterminée que par leur capacité à résister à l’ordre dominant [10], par leur recherche de valorisation [11] ou encore par leur tentative de modifier la perception attachée à leur condition « populaire » [12]. Selon ces perspectives, la pratique festive est systématiquement analysée comme un face-à-face en termes de résistance sociale à la domination classiste ou de résistance culturelle à la domination ethnique. Ces approches théoriques, pour le moins insuffisantes au regard de la complexité du folklore bolivien urbain, sont en partie le reflet de paradigmes dominants en Bolivie. L’indianité et l’ethnicité ont été et sont toujours des dimensions identitaires largement convoquées aussi bien par les sciences sociales que dans la vie politique, puisque la nouvelle Constitution adoptée en 2008 proclame le caractère plurinational du pays. Or, parmi les multiples identités dont dispose un individu, l’indianité et l’ethnicité sont parfois revendiquées, parfois euphémisées, mais elles sont aussi dans de nombreux cas une dimension mineure par rapport à d’autres catégories qui font davantage sens dans les rapports sociaux ordinaires.
5 Nous considèrerons l’actualisation de cette institution sociale qu’est la fraternidad dans un espace rituel majeur, la dévotion catholique, pour montrer en quoi la mise en scène annuelle de ces groupes de personnes alimente en permanence une hiérarchisation susceptible de rendre compte de rapports sociaux inégalitaires. Plus précisément, nous chercherons dans la formation en fraternidad la présence ou non de la variable ethnique comme facteur explicatif de la constitution d’une élite socioéconomique attentive à son devenir.
Marqueurs sociaux et raisons d’être de la fraternidad en milieu urbain
6 À La Paz comme ailleurs, la fondation des fraternidades a souvent été portée par les corporations professionnelles qui étaient à l’origine de l’essor de quartiers commerciaux. Dans la zone nord-ouest de la ville par exemple, les fraternidades ont sanctionné symboliquement l’ouverture de nouveaux marchés (revente de coca, produits manufacturés, viande, etc.). Aujourd’hui, les migrants boliviens installés à São Paulo et à Buenos Aires reproduisent ce mode de fonctionnement : dans leur très grande majorité, les membres des fraternidades présentes dans ces deux villes s’organisent autour du secteur textile [13].
7 Une danse particulière, la morenada, la plus caractéristique de la fête du Gran Poder et du département de La Paz-Murillo, illustre cette prospérité commerciale et son succès est allé de pair avec l’expansion de ces nouveaux secteurs commerciaux. L’association du commerce et de la morenada est d’autant plus notable que celle-ci est considérée comme une danse « pesada » (lourde) par opposition à une danse « liviana » (légère) dans le fonctionnement de laquelle l’absence du presterío et la moindre place de l’économie témoignent d’orientations sociales distinctes. Cette association n’est toutefois pas évidente pour tous les groupes. Sur les dix-sept morenadas que compte la fête du Gran Poder, six font directement référence à leur secteur commercial d’appartenance, l’origine professionnelle pouvant dans les autres cas être implicite [14]. En fait, il s’agit plus d’une proximité entre un milieu d’interconnaissance professionnelle et une fraternidad – comme pour la Eloy Salmón, les Viajeros Charaña, les Siempre Vacunos de La Paz et l’Unión Comercial – que d’une réelle interdépendance telle qu’elle existe pour les syndicats du Transporte Pesado a Larga Distancia ou d’AMABA (Association mixte d’artisans-brodeurs autodidactes) [15]. Par ailleurs, les membres d’une fraternidad ne sont pas tous issus du secteur d’activité principal. Ils peuvent être rattachés à des métiers connexes, par exemple les participants de Los Vacunos ne sont pas seulement bouchers ou grossistes mais aussi artisans en tannerie, transporteurs. Il convient donc, lorsque l’on parle de la relation entre un secteur commercial et une fraternidad, de tenir compte de la corporation (gremio) et non du seul syndicat. Cette distinction ne constitue pas un abus de langage puisque l’interdépendance des membres n’est pas liée à la seule autorité d’une organisation mais bien à des formes de contrôle social. Outre le secteur professionnel, le lieu d’origine revendiqué par plusieurs fraternidades fournit des indices sur les caractéristiques organisationnelles de ces dernières. Dans certaines d’entre elles, la présence continue à La Paz de « résidents » (residentes) des provinces d’Ingavi et d’Omasuyos depuis la seconde moitié du XXe siècle apparaît de façon évidente : les liens étroits qui les unissent aux bourgs de Viacha et d’Achacachi sont de notoriété publique [16]. Ce constat vaut également au niveau international, puisque l’on retrouve des similitudes entre les mouvements migratoires issus de l’exode rural consécutif à la réforme agraire de 1953 – primo-arrivants ou seconde génération – et la migration bolivienne installée en Argentine ou au Brésil. Indépendamment du nombre de paceños [17] installés à l’étranger, la prédominance de la morenada au sein des collectivités migrantes boliviennes confirme leur lien avec la région de La Paz, lien qui s’articule autour de la dévotion à la vierge de Copacabana, patronne de la Bolivie depuis 1925 mais surtout de la petite ville du même nom située à cinq kilomètres de la frontière avec le Pérou.
8 Que les référents identitaires sélectionnés et mobilisés aient à voir avec le milieu d’interconnaissance que constitue l’origine géographique de la migration ou le secteur professionnel, le principe du contrôle social s’impose. La profession comme le lieu d’origine, selon les circonstances, structurent grandement le système de valeurs propre au groupe d’appartenance. Par exemple, pour être désigné par ses pairs, le pasante de la Fraternidad Los Vacunos doit posséder son propre magasin de viande, pour la Eloy Salmón, il sera très souvent choisi parmi les commerçants en électroménager et multimédia. Pour Los Catedráticos, en 2009, les pasantes devaient être d’Achacachi, localité d’origine des membres de la fraternidad. La distinction opérée entre les fraternidades suit les lignes de démarcation professionnelle et/ou géographique qui, pour chaque corporation ou chaque bourg, s’expriment dans des discours présentant les traits culturels significatifs de chacune (couleur, danse, nom…). À cet égard, un des cas les plus exemplaires est celui de la Fraternidad Morenada Los Catedráticos. Bien qu’elle ait été fondée par des résidents d’Achacachi installés à La Paz après 1953, ses référents identitaires diacritiques ont été récemment modifiés par l’arrivée dans ses rangs de profesionales de plus en plus nombreux. Aux marqueurs d’une identité locale pleinement assumée se sont ajoutés, sur les supports visuels, l’emblème du Mortar Board nord-américain (toque carrée des professeurs et des étudiants) et, dans le nom complet de la fraternidad, la mention Catedráticos (professeurs), signes incontestables du lien étroit avec ce secteur professionnel (Fraternidad Morenada Juventud San Pedro Residentes de Achacachi « Los Catedráticos » del Folklore en Gran Poder). De fait, l’activité professionnelle tout comme le lieu d’origine, et ce indépendamment de tout lien avec une classe sociale ou une identité ethnique spécifique, sont essentiels pour comprendre ce que recouvre aujourd’hui le folklore bolivien urbain.
9 Autre facteur important, la constitution de la fraternidad dépend également des liens qui unissent des individus dans le cadre du groupe de pairs, des relations de compérage [18] ou de la famille. Au-delà de l’activité professionnelle et/ou de la région d’origine, toutes les fraternidades ont pour fondement l’impulsion de quelques personnes issues d’une ou de plusieurs familles [19]. Dans la mesure où elle forme un réseau d’obligés, la famille fournit les bases nécessaires – et ce d’autant plus si elle est aisée – à la consolidation dans le temps d’une fraternidad. Parents, frères, sœurs et leurs conjoints formeront des générations de pasantes possibles, condition sine qua non à la pérennisation du groupe [20]. Il n’est donc pas rare de retrouver dans les listes de fondateurs des fraternidades un nombre important de ces individus liés par la parenté ou le compérage. Notons, à cet égard, que l’obligation de réciprocité et de respect mutuel qu’implique le lien de compérage équivaut, sinon plus, à celle du lien de parenté.
Le folklore urbain est-il ethnique ?
10 Pour se situer face à autrui, un individu vivant dans ce que l’on nomme l’ancienne paroisse indienne de La Paz, la ladera oeste [21], n’a pas besoin d’avoir systématiquement recours à ces appellations ethnicisantes que sont « indio », « cholo » [22] ou « indígena ». Il les convoquera peut-être dans certains lieux du dialogue entre groupes sociaux, mais non nécessairement lorsqu’il entre en interaction avec des individus qu’il considère comme ses égaux dans un ordre social donné, en l’occurrence celui des fêtes votives. De plus, recourir aux termes cholo, mestizo ou cholo-mestizo [23] en tant qu’aymara urbain empêche de s’extraire de catégories homogénéisantes où ne sont distinguées ni l’ancienneté dans la migration, et les différences économiques qui lui sont associées [24], ni la confession religieuse [25]. En fait, nous sommes en présence de plusieurs discours qui s’appliquent au même objet sociologique, à savoir la fête. Il convient donc de se montrer prudent quant à la façon dont la question de l’ethnicité est abordée en Bolivie dans le débat politique comme dans la recherche scientifique. Il est également préférable de se demander, alors même que l’étiquette « indienne » est historiquement apposée aux fêtes votives, si les folkloristas forment pour autant un groupe socioculturel homogène.
11 Compte tenu des différents champs sociaux dans lesquels il intervient, le religieux présente dans ce cas précis un intérêt tout particulier. À la croisée de différents ordres de classement, les fêtes votives – celle du Gran Poder notamment – remettent en question bon nombre de présupposés propres aux études « andines » sur la catégorisation. Il est tout d’abord très difficile de les stigmatiser comme « indiennes » dans la mesure où leurs acteurs n’offrent pas un tel profil social ou culturel. Rares sont d’ailleurs ceux qui se réclament spontanément de cette ascription identitaire. Pour une partie d’entre eux, il existe de toute évidence une filiation avec un univers aymara, mais pour beaucoup d’autres la filiation s’établit en référence au métis. L’étude de Rossana Barragán sur les représentations de classe et d’ethnicité à La Paz en est une illustration qui montre, de surcroît, la non-corrélation des registres classiste et ethnique [26]. Sur la base des attributs négatifs et positifs relevés par son enquête, elle démontre que les catégories « mestizo » et « aymara » ne sont pas exclusives, de sorte qu’un même individu peut s’identifier à la fois à l’une et à l’autre. Elle constate également que « mestizo » ne se réfère ni plus ni moins qu’« aymara » aux qualificatifs « populaire » ou « classe moyenne ». Ses résultats nous paraissent d’autant plus précieux que son échantillon est composé de commerçants travaillant ou résidant dans les quartiers où se déroule la fête du Gran Poder. L’une des caractéristiques les plus importantes du folklore bolivien urbain est la valorisation de sa dimension intégratrice, l’accent étant mis sur la non-prise en compte des origines ethniques ou sociales supposées des participants [27]. Ainsi le folklore n’est-il, dans sa définition, ni indigène ni métis ni même totalement étranger à ceux que l’on nomme parfois les jailones [28], en référence aux profesionales. En effet, à partir du début des années 1990, de plus en plus de personnes considérées comme appartenant aux classes moyennes et supérieures, c’est-à-dire qui n’habitent pas dans des quartiers ségrégués, ne sont pas nées en province ou ne parlent pas une langue vernaculaire – autant de critères retenus pour définir objectivement l’indianité [29] – se sont entichées du folklore. Cette pratique longtemps stigmatisée et stigmatisante a alors pénétré les divers segments de la population urbaine et la fête du Gran Poder a été élevée au rang de Patrimoine de La Paz en 1995, sous le mandat municipal de Monica Medina Palenque. L’indianité ne semble donc pas être un registre explicatif pour comprendre la composition sociale des fraternidades ni leur évolution, pas plus que ne l’est d’ailleurs la catégorie « mestizo ».
12 Or, si le folklore bolivien urbain ne s’affiche pas ouvertement « indien », l’ethnicité en est-elle pour autant absente ? Nous avons vu que les fraternidades relèvent d’un milieu d’interconnaissance, professionnel et/ou géographique, garant de leur bon fonctionnement. Le secteur professionnel en particulier agit comme un registre identitaire sans présumer qu’une quelconque origine sociale et/ou ethnique soit associée à une profession donnée. Cependant, l’inscription des profesionales dans le folklore des années 1990 s’est accompagnée d’une institutionnalisation des fraternidades dont les conséquences sur la scène politique contemporaine sont importantes. On constate aujourd’hui que les directions des fraternidades ou celle de l’Association chargée de l’organisation de la fête – Asociación de Conjuntos Folkloricos del Gran Poder ou ACFGP – sont très largement investies par des profesionales. Ce nouvel état de fait est la conséquence d’un classement social dans lequel les uns et les autres se sont spécialisés, en quelque sorte, en fonction de leurs pratiques socioculturelles. Les commerçants qui se trouvent, de par leur situation économique, à la tête des fraternidades les plus prestigieuses ou en compétition pour assumer la charge de pasante ont laissé à ces « experts » le soin d’organiser juridiquement leurs institutions. De leur côté, les profesionales n’ont pas cherché à s’investir dans des pratiques telles que le presterío, même si le parrainage est communément pratiqué en Bolivie, ou l’ayni [30], auxquelles ils n’ont pas été socialisés. Au-delà de leur rassemblement dans des bloques, sous-groupes constitutifs des fraternidades, ils ont trouvé leur place dans les directions de ces dernières. Il ressort de l’examen des archives de l’ACFGP et des entretiens que ce sont eux qui ont été les principaux instigateurs de l’institutionnalisation des fraternidades et peut-être du changement de perception politique de ces groupes. En effet, jusqu’au début des années 1990, seules quelques fraternidades avaient eu recours à l’Institut bolivien de la Culture (et, plus précisément, au département d’ethnomusicologie et du folklore) pour obtenir un certificat de reconnaissance. À partir du milieu des années 1990, exception faite de la Morenada Transporte Pesado a Larga Distancia qui l’avait fait avant, elles se sont adressées à la Préfecture pour obtenir non seulement une reconnaissance culturelle mais aussi une « personnalité juridique ». Protégées par l’État grâce à cette démarche, les fraternidades ont dès lors été enregistrées officiellement sous l’art. 52 (Énumération générale), chap. 1 (Dispositions générales), titre 2 (Des personnes collectives) du Code civil en tant qu’associations à but non lucratif, ce qui les obligeait à rédiger des règlements et statuts organiques, mais aussi à mettre en place une direction garante de leur application. Les fraternidades étaient donc structurées suivant le même présupposé administratif que les syndicats et les corporations professionnelles, mais, surtout, elles disposaient désormais d’un nouvel organe de pouvoir, la direction. Sur la hiérarchie commerçante locale sont par conséquent venues se greffer d’autres élites formant un groupe de pouvoir mixte dans lequel aujourd’hui commerçants, intellectuels, artistes et politiciens valorisent leur position par la pratique folklorique.
13 Ce que nous montre cette réforme du cadre juridique des fraternidades toujours en cours, c’est que, bien qu’elles soient à mettre au compte d’une spécialisation professionnelle, les caractéristiques des folkloristas qui participent aux fêtes votives ne sont pas pour autant exemptes de pratiques socioculturelles différenciées, révélatrices de sociabilités hétérogènes. Toutefois, ces traits ou marques ne sont en aucun cas ceux que les acteurs eux-mêmes considèrent comme significatifs de l’organisation des rapports sociaux [31]. En témoignent l’homogénéité affichée par les fraternidades lors des représentations publiques et leur volonté de ne pas faire apparaître de différences d’ordre ethnique ou « racial » entre les membres du groupe et dans leurs relations mutuelles. Bien qu’ils n’aient, en dehors du temps de la fête, que peu de relations quotidiennes avec les pratiques et les espaces articulés au monde des fraternidades, les profesionales ou ceux que le sens commun classe parmi les dominants, n’en sont pas moins folkloristas. Les conflits et enjeux identitaires inhérents au folklore tiennent davantage à des luttes de pouvoir entre agents économiques, aux conflits familiaux ou encore à des valeurs telles que l’honneur ou l’engagement envers le groupe. Il faut donc repenser les identifications mobilisées dans les lieux de notre recherche. La catégorie folklorista nous paraît la plus juste de ces identifications, en ce qu’elle permet de mettre en évidence les stratégies de pouvoir d’acteurs catégorisés dans des ordres de classement historiquement considérés comme hermétiques les uns aux autres et de sortir d’une explication du folklore ou de la fête en termes de « populaire » et/ou d’« indien ».
Hiérarchisation au sein d’une catégorie : les échelles d’appréciation
14 Qu’elles soient de Bolivie ou implantées à l’étranger par les migrants boliviens, les fraternidades s’organisent, à quelques exceptions près, de la même façon. Du fait de leur institutionnalisation croissante et de l’usage de conventions dites coutumières, elles ne représentent pas des ensembles dans lesquels chacun serait l’égal de l’autre. L’égalité de droit proclamée se double d’une inégalité de fait où l’ancienneté, la charge et le prestige dictent une hiérarchie de statuts. Si elle se présente à l’observateur extérieur comme une entité homogène, la fraternidad se subdivise, dans son fonctionnement interne, en différents bloques qui, par duplication, ont eux aussi un nom, une direction, une histoire et des pasantes. Chaque sous-groupe réunit des fraternos novices et anciens : les premiers, arrivés pour la plupart depuis moins de deux ans, ont un droit de parole limité par rapport aux seconds, lesquels bénéficient, en outre, du droit de vote dans les différentes élections et peuvent assumer la charge de pasante ou briguer un poste de délégué à l’Assemblée. Cette dernière regroupe les représentants de chaque bloque ainsi que la direction, composée d’un président et de secrétariats. Toutefois, à la différence des associations à but non lucratif ordinaires, les fraternidades intègrent dans leur structure deux autres statuts, les pasantes et les fundadores, qui composent, dans l’ordre hiérarchisé de la fraternidad, un groupe de pouvoir dont la direction a pour mission de prendre en compte les points de vue respectifs dans les prises de décision.
15 Désignés pour un an, le ou les couples issus de la base qui ont été reconnus pour leur forte capacité économique et leur attachement au groupe sont investis du prestigieux titre de pasantes par les autorités sortantes [32]. La prise effective de cette charge est ponctuée par une série d’actions ritualisées (sartha, posesión [33]) puis par la recepción social au cours de laquelle la puissance économique des nouvelles autorités est appréciée à l’aune de leurs démonstrations de richesses. En effet, au cours de leur année d’exercice, les pasantes subventionneront, entre autres, les groupes musicaux, et dispenseront allègrement des cariños (présents en nourritures, boissons, souvenirs (recuerdos) de leur gestion). Le pasante symbolise la vitalité de la fraternidad. Sa position doit être pensée à un double niveau : religieux, puisqu’il parraine la commémoration d’un saint ou d’une sainte [34], social, en raison de la portée morale de sa mission vis-à-vis du groupe d’appartenance. Le presterío, qui peut être interprété comme un système de charge, induit cependant une des hiérarchisations de la fraternidad puisqu’il ne fait pas nécessairement référence à une circulation équitable de l’office entre les membres du collectif. Les fundadores, quant à eux, ne sont reconnus comme tels que s’ils étaient présents lors de la l’acte de fondation – demandé par la Préfecture – de la fraternidad et, surtout, s’ils continuent d’être actifs au fil des ans. Le fait d’être fundador implique un engagement sur le long terme qui est très valorisé. La richesse n’est donc pas la seule caractéristique de ce statut d’autant plus enviable qu’il est juridiquement non cessible. Les fundadores forment une élite dont la légitimité opère aussi bien dans la sphère publique que privée et dont la plus forte dimension symbolique s’exprime par l’épithète Tata, qui n’est autre qu’un qualificatif de la sainteté [35]. L’organigramme général de toutes les fraternidades suit ce principe de distribution des rôles entre une base, qui rassemble la totalité des bloques, et une élite, qui fonde sa légitimité sur son inscription dans un secteur professionnel, sur son attachement à un lieu d’origine, sur des liens d’alliance et de filiation, et son autorité sur le pouvoir discrétionnaire qu’elle retire du cumul des statuts les plus enviables. Le prestige attaché à leurs fonctions fait en effet des pasantes et des fundadores des personnalités d’autant plus recherchées, quand il s’agit de parrainer des enfants, que le rôle des compères dans la constitution des réseaux de sociabilité ainsi que leur influence dans le commerce sont déterminants dans cette région.
16 L’inscription identitaire folklorista ne se réduit cependant pas à la seule charge investie dans une fraternidad, elle tient également à l’influence qu’elle exerce dans la trajectoire sociale d’un individu. La pratique folklorique est en effet un acte performatif où chacun peut se construire une identité en référence à sa qualité de danseur, à son ancienneté ou à son investissement dans la fraternidad. Ainsi, à l’issue de ses deux premières années, un simple fraterno peut avoir accès à l’Assemblée en tant que délégué de son bloque, puis postuler comme représentant de sa fraternidad à l’ACFGP. Après quelques temps, s’il est reconnu par ses pairs, il lui sera permis d’investir la direction de l’ACFGP en prenant en charge l’un de ses secrétariats. Il pourra même en devenir le Président, reconnaissance publique susceptible de lui ouvrir de nouvelles opportunités, notamment politiques. Certes, cette « trajectoire folklorique institutionnelle » est idéale, mais elle peut se réaliser, comme en témoigne Nicolas Huallpara, que son parcours a conduit au poste de conseiller municipal de La Paz. Si la direction de l’ACFGP est un tremplin politique pour certains, d’autres investissent dans la pratique du presterío ou encore dans les stratégies matrimoniales pour s’élever socialement. La fraternidad constitue aujourd’hui, en contexte urbain, un espace capable d’offrir des possibilités d’ascension sociale. Les stratégies de pouvoir sont multiples et différenciées mais toujours mêlées de rapports affectifs, d’engagements envers le groupe et, surtout, de rapports de force dans lesquels ascension sociale rime dangereusement avec « mort civile », lorsque la charge n’est pas dûment assumée.
17 Être folklorista se rapporte par ailleurs à un emboîtement de communautés, réelles ou imaginées, auxquelles l’individu se réfère selon les circonstances et dans le temps. Le sens attribué à cette catégorie ne renvoie pas aux mêmes signifiants selon que l’on se situe en contexte migratoire ou que le caractère local de l’interaction tient à la proximité avec un milieu donné. Dans les situations locales, qui concernent la plupart des fêtes votives, il existe une hiérarchie de statuts entre les danses déterminée par leurs expressions propres. Nous avons vu que la morenada symbolisait une série d’identifications ayant trait à des situations partagées comme l’exode rural, l’appartenance à un secteur commercial ou au département de La Paz-Murillo. Ce peuvent être également les usages qui les unissent, à l’instar de la filiation entre les danses kullawada et morenada : la première étant l’apanage du célibat, la seconde, celui de la stabilité matrimoniale. De même, certaines fêtes votives débordent au fil du temps l’espace de leur quartier d’origine pour devenir emblématiques d’une ville, d’une région ou d’un pays, comme l’attestent les multiples reconnaissances patrimoniales de la fête du Señor Jésus del Gran Poder. Toujours en termes d’attraction, il convient de signaler la prédominance de certaines figures mariales. Leurs dévotions peuvent être apparentées à une région, la zone lacustre du Titicaca par exemple, et/ou à une communauté imaginée dans la mesure où l’espace du religieux permet de dépasser les limites physiques des frontières nationales. Les fidèles de la Vierge de Copacabana par exemple forment une communauté dévote rassemblant aussi bien des nationaux que des migrants boliviens.
18 La situation actuelle de tension politique entre la Bolivie et ses voisins – le Chili et le Pérou – nous amène à aborder un autre niveau d’analyse. Depuis une décennie, les autorités du pays ne cessent de dénoncer le « vol » des danses et traditions boliviennes par ces deux nations. En témoignent la loi du 14 juin 2011 promulguée par Evo Morales qui déclare Patrimoine culturel et immatériel de l’État plurinational de Bolivie les danses de la morenada, kullawada, caporales, llamerada et saya afrobolivienne, et la polémique du 24 décembre 2011 entre l’ambassadrice du Pérou en Bolivie, Silvia Alfaro, et la ministre bolivienne des Cultures, Elizabeth Salguero, autour de la ville lacustre de Puno [36]. Au-delà des dénonciations visant l’intention du Pérou d’exploiter l’attrait touristique de ces danses, cette polémique révèle les enjeux d’un débat anthropologique plus profond : le découpage politique des continuités culturelles. En effet, les pratiques votives en vigueur dans la région du lac Titicaca se fondent sur un héritage socioculturel que partagent les habitants aymarophones, y compris péruviens. De plus, de nombreux liens matrimoniaux unissent les habitants de cette région de part et d’autre de la frontière [37]. Qu’elles soient justifiées ou non, les nombreuses réactions qui se font entendre en Bolivie attestent en tout cas une volonté de valorisation du folklore à l’échelle nationale. Il semble finalement que celui-ci ait toujours été une catégorie politisée : autrefois stigmatisé pour ses caractéristiques « indiennes », il est aujourd’hui promu au nom de ces mêmes caractéristiques dans un contexte national favorable au « traditionnel » et à l’« originaire ». Dans les collectivités boliviennes installées à Buenos Aires et à São Paulo, où se déroulent chaque année les fêtes précédemment citées, le contenu de la figure du folklorista redouble de sens. Non seulement les caractéristiques intrinsèques à la catégorie telle qu’elle se manifeste en Bolivie – le professionnel, l’origine géographique et les relations familiales – s’y trouvent confirmées mais les faits ethnographiques montrent également une relation claire entre l’assignation folklorista et la démonstration d’un sentiment national. Ainsi, des personnes qui n’avaient pas été socialisées dans leur enfance au folklore et se tenaient en marge de ce type d’activités lorsqu’elles résidaient en Bolivie ont redécouvert leur affiliation identitaire dans le cadre du processus migratoire. Par ailleurs, l’inscription des fêtes votives dans ces lieux ne s’est pas faite uniquement sur le mode de la reproduction mais bel et bien sur celui de l’extension des pratiques culturelles. Depuis le début des années 2000, un nombre important de fraternidades de São Paulo et de Buenos Aires se sont établies comme filiales de celles du Gran Poder [38]. Cette association tient, d’une part, à la volonté de reprendre le nom d’une fraternidad prestigieuse de La Paz qui exerce une forte attraction sur ceux qui souhaitent participer à l’événement, d’autre part, au souci de s’assurer une garantie locale pour la signature et le suivi des contrats réalisés avec les artisans de La Paz. Cette relation ne s’arrête cependant pas aux seuls échanges marchands puisque chaque année, lors des manifestations principales comme la recepción social, des échanges de délégations ont lieu entre la fraternidad mère et ses filiales. Désormais, les gouvernements des pays d’accueil ont d’ailleurs l’obligation de pourvoir à une réglementation favorisant le passage des denrées folkloriques en provenance de la Bolivie et surtout de reconsidérer la place de cette collectivité dans le paysage politique [39]. De fait, l’acte folklorique devient un acte citoyen en tant que rattachement à une communauté politique et participe de la reconnaissance des migrants dans les pays d’accueil.
19 La Constitution de l’État plurinational de Bolivie légifère aujourd’hui ce qui n’était autrefois que des « fêtes d’Indiens » [40]. Pourtant, les discours des autorités et les catégories promues à ces occasions n’en demeurent pas moins des constructions politisées que les sciences sociales doivent s’abstenir de prendre pour acquises. La riche terminologie que recouvre le champ sociologique de la fête témoigne de la non-congruence entre les catégories ordinaires et les catégorisations politiques. La pensée propre aux premières études sur le folklore bolivien semble aujourd’hui devoir être révisée si l’on veut éviter de verser à nouveau dans la mono-identification ethnique ou dans celle, sociale, qui peut lui être associée. Cette difficulté de compréhension de la fête tient en grande partie, comme nous l’avons vu, à son association historique à la condition indienne. Le recours systématique aux catégories officielles nous empêche de sortir des nombreux débats relatifs à la place du métissage dans ces sociétés et donc à la plus grande propension du métis ou de l’indigène à ces dévotions. Ce qui importe en revanche, c’est de garder en mémoire que les fêtes votives ont servi et servent aujourd’hui encore de baromètre pour saisir les formes de l’altérité en Bolivie.
20 Pour comprendre les processus internes qui animent les fraternidades et leur donnent une place de choix dans la Bolivie contemporaine, il convenait de confronter notre ethnographie à l’analyse des catégories classiques en sociologie de l’Indien, du métis et du populaire, puis de faire émerger une catégorie ordinaire plus à même de refléter la façon dont se construit le marquage identitaire des groupes étudiés. Il ressort de notre étude que la catégorie folklorista exprime le mieux les marqueurs sociaux qui unissent les fraternidades aux secteurs professionnels, à l’origine géographique ou encore aux réseaux familiaux et, surtout, qu’elle permet une approche aussi bien locale que globale. C’est à elle que nous devons en effet la possibilité d’étudier le mouvement actuel d’internationalisation du folklore urbain chez les « Boliviens de l’extérieur » [41] et de suivre la façon dont s’organisent aujourd’hui des réseaux religieux transnationaux reliant les fraternidades mères de La Paz à leurs filiales de l’étranger.
21 La conclusion qui s’impose est que les fraternidades se caractérisent par un transfert constant entre l’activité festive et le collectif qu’elles représentent. Elles ne se superposent pas aux groupes sociaux mais sont constitutives de leurs pratiques symboliques et matérielles. De fait, cette « société folklorique » est un univers en soi, qui dispose de ses propres catégories et de ses propres moyens pour les promouvoir, le tout dans un ordre hiérarchisé au sein duquel une certaine élite peut faire la démonstration de son pouvoir symbolique et économique.