Rousseau à la lettre près
- Par Martin Rueff
Pages 324 à 345
Citer cet article
- RUEFF, Martin,
- Rueff, Martin.
- Rueff, M.
https://doi.org/10.3917/criti.851.0324
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Notes
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[1]
Voir les contributions de P. Aubenque et J. Brunschwig, dans Nos Grecs et leurs modernes, Paris, Éd. du Seuil, 1994, p. 17-97 ; Y.-C. Zarka (éd.), Comment écrire l’histoire de la philosophie ?, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2001 ; Les Études philosophiques, n° 4, 1999 (avec des contributions de J.-F. Courtine, P. Engel, A. de Libera, J.-L. Marion).
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[2]
Voir P. Engel, La Dispute. Une introduction à la philosophie analytique, Paris, Minuit, 1997.
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[3]
Sur l’image de la triple enceinte qui se trouve déjà dans la Théogonie d’Hésiode et sur le fantasme de l’enterré vivant, voir les remarques de l’éditeur p. 56 et suivantes.
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[4]
Il faudrait un mot pour dire ici l’inverse d’« illumination » car c’est bien l’inverse de l’illumination de Vincennes qui se joue ici : « l’enténèbrement de Notre-Dame » ?
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[5]
On pense à Julie : « Je n’ai point, pour moi, d’autre manière de juger de mes lectures que de sonder les dispositions où elles laissent mon âme, et j’imagine à peine quelle sorte de bonté peut avoir un livre qui ne porte point ses lecteurs au bien. » Julie ou la Nouvelle Héloïse, II, XVIII, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », vol. II, p. 261; titre désormais abrégé en OC. Le terme de « disposition » ne relève plus ici de la réthorique, mais de l’éthique.
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[6]
O. Mandelstam, « De l’interlocuteur », De la poésie, Paris, Gallimard, 1990, p. 61.
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[7]
Jean-François Perrin est poète, critique littéraire et historien des idées et des formes. Il est l’auteur de puissantes études sur Jean-Jacques Rousseau : Le Chant de l’origine, Oxford, Voltaire Foundation, 1996, Politique du renonçant, le dernier Rousseau, des Dialogues aux Rêveries, Paris, Kimé, 2011 et Rousseau. Le Chemin de Ronde – style de l’affect et mémoire dans l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Kimé, 2014.
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[8]
Rousseau juge de Jean-Jacques, Dialogues, Paris, Armand Colin, 1962, introduction de Michel Foucault.
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[9]
« La mode sait flairer l’actuel, si profondément qu’il se niche dans les fourrés de l’autrefois. Elle est le saut du tigre dans le passé ». « Sur le concept d’histoire » [1940], XIV, Œuvres III, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2000, p. 439.
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[10]
Gisèle Mathieu-Castellani avait souligné l’origine juridique de l’autobiographie dans La Scène judiciaire de l’autobiographie, Paris, PUF, 1999.
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[11]
Du Contrat social, II, VII, OC, vol. III, p. 465 et aussi p. 337.
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[12]
Il reste qu’aucun rousseauiste ne peut se satisfaire de la description proposée par Agamben de la politique de Rousseau dans Le Règne et la Gloire [2007, 2008], puis Homo Sacer, Paris, Éd. du Seuil, 2016, p. 660-667.
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[13]
Voir p. 100-103. Michel Charles vient de rappeler que si la littérature est un art du langage, c’est un art de la composition ; voir Composition, Paris, Éd. du Seuil, 2018.
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[14]
Voir p. 196 et p. 474-477. Voir R. Masters, The Political Philosophy of Rousseau, Princeton, N.J., Princeton University Press, 1968, traduction française, Lyon, ENS, 2002. Mais il faudrait aussi citer J.-F. Spitz, Leçons sur l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau. Les fondements du système, Paris, Ellipses, 2015.
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[15]
A. Grosrichard, auteur de plusieurs études décisives sur Rousseau, a donné une édition des Confessions (Paris, GF, 2002).
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[16]
Parmi les travaux de F. Jacob consacrés à Rousseau, rappelons La Cité interdite. Jean-Jacques Rousseau à Genève (Genève, Slatkine 2009).
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[17]
Courrier d’Avignon, n° 102, 20 décembre 1776, p. 4, reproduit ici p. 678.
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[18]
L’examen attentif des variantes convainc à chaque coup.
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[19]
« Sur l’archéologie des sciences ; réponse au Cercle d’épistémologie », Cahiers pour l’analyse, n° 9, 1968, p. 9-40 et Dits et écrits, I, Paris, Gallimard, 1994, p. 696-731, surtout p. 702-705. Claude Lefort a répondu à ce texte dans un article éclairant : « L’œuvre de pensée et l’histoire » [1970], Les Formes de l’histoire, Paris, Gallimard, 1978, p. 238-258, surtout p. 239-241.
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[20]
Vaut encore la mise en garde par laquelle Albert Schinz ouvrait son État présent des travaux sur Jean-Jacques Rousseau en 1941 – la date compte : « Toutes les fois que l’Europe a passé par des heures critiques, c’est-à-dire où l’on pouvait se demander si les tendances révolutionnaires gagneraient du terrain ou, au contraire, si elles devaient céder devant des idées conservatrices ou réactionnaires, toutes les fois dans ces heures-là, le nom de Rousseau, “pour le culte ou pour le blâme”, est revenu à la surface ; toutes les fois, on a pu observer une éclosion de la littérature rousseauiste. » À en juger par la richesse toujours renouvelée de la bibliographie des études rousseauistes, l’actualité lui donne raison.
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[21]
Il faut ici rappeler l’impact du maître livre de V. Goldschmidt, Anthropologie et politique, les principes du système de Rousseau, Paris, Vrin, 1974. Pour des lectures des textes autobiographiques inspirées des principes du système, voir P. Lejeune, « La punition des enfants. Lecture d’un aveu de Rousseau », Littérature, 1973, n° 10, p. 31-56 et « Le Peigne cassé », Poétique, n° 7, 1976, p. 1-30.
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[22]
Le volume paraît en 1959. L’édition de Rousseau juge de Jean-Jacques est due à Robert Osmont, celle de Les Rêveries du promeneur solitaire à Marcel Raymond qui avait publié Jean-Jacques Rousseau, la quête de soi et la rêverie (Paris, J. Corti, 1962).
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[23]
La construction « s’étudier » change de sens – « s’étudier par ses rapports avec les choses », le verbe est ici construit comme un passif – « il doit être étudié » ; « s’étudier par ses rapports avec les hommes », le verbe a ici un sens actif et réflexif.
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[24]
Cette question n’est pas seulement systématique, elle est historique. Il faut inscrire cette théorie dans une double histoire : une histoire qui précède Rousseau – celle de la construction progressive de la notion de rapport dans la science et la philosophie des xviie et xviiie siècles. Une histoire qui le suit mais qui nous importe : celle des sciences humaines.
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[25]
« Or c’est du système moral formé par ce double rapport à soi-même et à ses semblables que naît l’impulsion de la conscience. » OC IV, p. 600.
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[26]
Voir M. Lorgnet, « Rousseau juge de Jean-Jacques. Dialogues : l’imaginaire de l’argumentation », Francofonia, n° 6, 1984, p. 29-41 et A. Pizzorusso, « Le “personae” nei Dialogues », Rousseau selon Jean-Jacques, université de Genève, Istituto della Enciclopedia italiana, 1979, p. 65-74. Voir aussi N. Depraz (éd.), Première, deuxième, troisième personne, Bucarest, Zetabooks, 2014.
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[27]
Cela signifie qu’il n’y a pas à proprement parler un sujet, mais seulement un processus de subjectivation : « J’appellerai subjectivation le processus par lequel on obtient la constitution d’un sujet » (Dits et Ecrits (19454-1988), tome IV, (1980-1988), Paris, Gallimard, 1994. Le « soi », pour Foucault, n’est pas une substance ni le résultat objectivable d’une opération (la relation avec soi) : c’est l’opération même, la relation elle-même. Il n’y a donc pas un sujet avant le rapport à soi et l’usage de soi : le sujet est ce rapport et non l’un de ses termes.
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[28]
Cette histoire serait parallèle à « L’histoire des échos d’un nom » proposée par Borgès à la fin de ses Enquêtes [1952], Paris, Gallimard, 1957, p. 298-304.
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[29]
Ces deux textes remontent à 1932. Leur contexte compte. Alors que la traduction de La Philosophie des Lumières paraît en 1967 (Paris, Fayard), il faut attendre 1987 pour voir publier en français Le Problème Jean-Jacques Rousseau (Paris, Hachette). Pour une bonne synthèse, voir P. Knee, « Note sur le problème Jean-Jacques Rousseau de Cassirer », Laval théologique et philosophique, vol. 43, n° 2, juin 1987, p. 235-248.
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[30]
É. Weil, « Rousseau et sa politique », repris dans T. Todorov et G. Genette (éd.), Pensée de Rousseau, Paris, Éd. du Seuil, 1984, p. 9-39, ici, p. 18. Weil est l’auteur de Problèmes kantiens, Paris, Vrin, 1963.
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[31]
« Sur le programme de la philosophie qui vient », Œuvres I, op. cit., p. 179-197. Voir R. Tiedemann, Études sur la philosophie de Walter Benjamin [1973], Arles, Actes Sud, 1987, p. 15 sq. et J.-M. Palmier, Walter Benjamin. Le Chiffonnier, l’Ange et le petit Bossu, Paris, Klincksieck, 2006, p. 421 sq.
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[32]
C’est la thèse d’André Charrak dans Rousseau, de l’empirisme à l’expérience, Paris, Vrin, 2013, p. 142-199. Charrak ne cite pas Benjamin mais il écrit : « le chemin de Rousseau en philosophie le conduit de l’empirisme […] à une élucidation inédite de l’expérience » (p. 201). Cette thèse qui fait des Rêveries l’expression de la dernière philosophie de Rousseau doit être confrontée à celle de Heinrich Meier, On the Happiness of the Philosophic Life [2011], Londres/Chicago, C.U.P, 2016, p. 98-133 et p. 195-222.
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[33]
Voir les belles méditations de J. Thélot, Les Avantages de la vieillesse et de l’adversité, Paris, Les Belles Lettres, Encre Marine, 2015.
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[34]
Pour une première approche de la question, voir D. Gauthier, Le Sentiment d’existence [2006], Genève, Markus Haller, 2011.
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[35]
Voir M. de Jesus Cabral, M. Hermínia A. Laurl et F. Schuerewegn, Lire de près, lire de loin. Close vs distant reading, Paris, Classiques Garnier, 2014.
Marcel Proust note que les amoureux se chamaillent au départ des trains pour oublier ce qui les blesse vraiment, à savoir qu’ils doivent se séparer. Il n’est pas rare que l’histoire des idées présente elle aussi de fausses disputes qui peuvent dissimuler de véritables unions, plus fortes aussi de partager des escarmouches de surface. Ainsi du conflit qui semblait hier encore séparer en France historiens de la philosophie et philosophes. L’histoire de la philosophie est-elle philosophique ? Oui et non répondaient les uns, tout au contraire les autres. Mais en attendant, on s’accordait sur le fond – ce qu’est la philosophie. Étrangement, et sans que ce conflit ne recoupe entièrement le précédent, philosophes dits analytiques et philosophes surnommés continentaux semblaient eux aussi se déchirer alors que les premiers comme les seconds s’accordaient sur ce qu’ils excluaient – la matérialité du texte philosophique, le fait pourtant indiscutable que la pensée se déploie dans une langue et dans ces histoires et que c’est dans cette langue et dans ces histoires que nous nous rapportons aux textes où se déploie la pensée. Les philosophes analytiques traversent cette couche matérielle pour découvrir « ce qu’ont vraiment dit » les philosophes – leurs arguments : où il faut entendre plutôt ce qu’ils ont dit dans ce qu’ils ont dit et donc non pas ce qu’ils ont vraiment dit, mais ce qu’on peut vraiment reconstruire de ce qu’ils ont dit (des squelettes d’arguments rationnels reposant sur des logiques creuses et blanches comme des os en lieu et place de textes d’une complexité aussi sublime et mouvante que la chair…
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