Jean Genet dramaturge ou l'expérience de l'Autre
- Par Éric Marty
Pages 252 à 265
Citer cet article
- MARTY, Éric,
- Marty, Éric.
- Marty, É.
https://doi.org/10.3917/criti.671.0252
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https://doi.org/10.3917/criti.671.0252
Notes
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[1]
Voir à ce propos notre « Jean Genet à Chatila », Les Temps Modernes, janvier 2003, repris dans Bref séjour à Jérusalem, Gallimard, coll. « L’Infini », 2003.
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[2]
C’est seulement dans « Comment jouer Les Bonnes » que Genet fait de ses personnages deux lesbiennes : « Leur œil pur, très pur, puisque tous les soirs elles se masturbent et déchargent en vrac, l’une dans l’autre, leur haine de Madame » (p. 125). Mais c’est précisément hors scène que cela est dit et d’ailleurs, comme tout de ce texte, davantage pour embarrasser le metteur en scène que pour éclairer la dramaturgie.
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[3]
Saint Genet, comédien et martyr, Paris, Gallimard, 1952, p. 675. Il y a surinterprétation d’autant plus que par la suite dans « Comment jouer Les Bonnes », Genet parle continuellement d’actrices.
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[4]
Cette confusion des formes est partout présente chez Sartre pour qui une lettre de Flaubert est de la même substance qu’une page de Madame Bovary et pour qui un poème de Baudelaire n’est pas d’une autre nature qu’un passage de Mon cœur mis à nu. Notons tout de même que Sartre ne parle pratiquement pas du théâtre de Genet dans Saint-Genet et que le propos consacré aux Bonnes fait partie d’un appendice au livre.
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[5]
« Cette pièce, je le répète, écrite par un Blanc, est destinée à un public de Blancs. Mais si par improbable, elle était jouée un soir devant un public de Noirs, il faudrait qu’à chaque représentation un Blanc fût invité – mâle ou femelle. L’organisateur du spectacle ira le recevoir solennellement, le fera habiller d’un costume de cérémonie et le conduira à sa place, de préférence au centre de la première rangée des fauteuils d’orchestre. On jouera pour lui. Sur ce Blanc symbolique un projecteur sera dirigé durant tout le spectacle. Et si aucun Blanc n’acceptait cette représentation ? Qu’on distribue au public noir à l’entrée de la salle des masques de Blancs. Et si les Noirs refusent les masques qu’on utilise un mannequin » (p. 475).
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[6]
Parmi tant d’exemples, la réécriture du Balcon après la mise en scène de Brook : « Avec Le Balcon, c’est du délire rappelé à l’ordre par un professeur de danse classique, et qui prend la pose. Je vais récrire cette pièce. Elle en a besoin » (lettre à Frechtman, p. 936).
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[7]
Celle que Barthes reproche à Peter Brook d’avoir eue, voir « Le Balcon », Théâtre populaire, 2e trimestre 1960 (Œuvres Complètes, nouvelle édition, Paris, Éd. du Seuil, 2002, t. I, p. 1057-1058), et que Genet lui-même critique dans une belle lettre à Frechtman (p. 936). La critique de Barthes est juste, il n’empêche que celui-ci a complètement manqué l’œuvre de Genet comme il a manqué l’œuvre de Beckett.
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[8]
Genet a cette juste définition du théâtre réaliste : « La description de gestes quotidiens vus de l’extérieur » (« Comment jouer Les Bonnes », p. 126-127).
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[9]
« Il va de soi que Saïd ne doit pas trahir s’il veut connaître toujours la tentation de la trahison. Action pleine, la trahison, comme tout le reste, lui échappe : il marche, il boit, il mange, il dort toujours tout au bord de la trahison, dans la tentation constante de trahir, mais sans jamais, je ne dis pas succomber, mais réussir » (« Commentaire du treizième tableau », p. 682).
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[10]
Ce Journal du voleur qu’il déconseille à Antoine Bourseiller de lire en écrivant : « C’est idiot et un peu infect » (p. 902).
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[11]
Pompes funèbres, Paris, Gallimard, coll. « L’Imaginaire », 2000, p. 135.
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[12]
Voir notre « Jean Genet à Chatila », art. cité.
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[13]
C’est toute la fin du seizième tableau où le « combattant » dit aux morts : « Je sens que la logique arme les esprits. D’ici peu nous serons tous cartésiens… » (p. 734).
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[14]
On peut regretter que Michel Corvin dans son introduction retarde tant le moment de la comparaison entre Genet et d’Artaud et se contente d’en signaler l’évidence (p. LVI et LXVIII).
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[15]
Épigraphe des Nègres (p. 475).
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[16]
Par exemple Félicité, l’admirable Félicité disant : « Au-delà de cette nuit foudroyée, fragmentée en millions de Noirs tombés dans la jungle, nous étions la Nuit en personne. Non celle qui est absence de lumière, mais la mère généreuse et terrible qui contient la lumière et les actes » (p. 530).
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[17]
On peut peut-être reprocher aux notes d’être parfois beaucoup trop abondantes et d’être trop souvent inutilement interprétatives (notamment pour Les Bonnes mais aussi pour Les Nègres, par exemple la note 45 de la page 515 qui fait pratiquement trois pages, p. 1222-1224), et de laisser de côté des remarques qui auraient été plus adéquates : par exemple l’allusion au Père de Foucauld, orthographié bizarrement Foucault dans Les Nègres (p. 530), tout comme Swann est orthographié Swan (p. 931), ou encore la fameuse scène des pets des Paravents (p. 699-700), où l’allusion au célèbre et trivial poème de Rimbaud « Rêve », de la lettre à Delahaye d’octobre 1875, est clairement dénoncée d’une manière très genetienne par l’un des protagonistes de cette scène qui dit « Moi, je suis des Ardennes. »
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[18]
Lettre de novembre 1957 (p. 911).
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[19]
Voir notamment le début de la « Lettre à Jean-Jacques Pauvert » (p. 815).
Le théâtre a été pour Genet une sorte de salut. Entendons ce mot dans de multiples acceptions. Nul doute d’abord que le théâtre a permis à Genet de s’extraire du soliloque interminable et obsédant auquel ses œuvres narratives le vouaient : interminable et obsédant parce que, malgré les prodigieux effets polyphoniques de sa prose, Genet, de Pompes funèbres à Un captif amoureux, n’est guère parvenu à conférer à sa métaphysique du Mal et de la trahison d’autre matière et d’autres apparences que celles d’un fascinant manichéisme dont le cérémonial et ses figurants – Hitler, le prostitué, l’assassin, le voleur, le juif, le pervers, le travesti ou le transsexuel – étaient condamnés à se refermer éternellement sur l’intériorité secrète de l’auteur. Et c’est alors l’obligation pour Genet, dans cette œuvre en prose, de s’adresser à nous en ennemi faute de quoi il risque de discréditer les grandioses transgressions auxquelles il se livre – depuis l’apologie des massacres d’Oradoursur-Glane jusqu’à l’antisémitisme halluciné, en passant par la glorification d’Hitler ou de la Milice – et de les réduire à de simples et bien piètres provocations.
Si le théâtre a pu être pour Genet une forme de salut, c’est qu’il est tout à l’inverse, il est tout l’inverse de son œuvre romanesque. Ce n’est pas seulement, comme le remarque Michel Corvin dans son introduction, que ses pièces sont exemptes des accessoires habituels des romans (p. XXIIXXIII) : pas de sodomie, de masturbation, de blasphèmes enrobés de pathos, pas d’homosexualité…
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