Article de revue

« Au cœur de la boîte noire »

­­L’interfaçage multidimensionnel du corps amputé appareillé

Pages 49 à 62

Citer cet article


  • Groud, P.-F.
(2025). « Au cœur de la boîte noire » ­­L’interfaçage multidimensionnel du corps amputé appareillé. Corps, 23(1), 49-62. https://doi.org/10.3917/corp1.023.0104.

  • Groud, Paul-Fabien.
« “Au cœur de la boîte noire” : ­­L’interfaçage multidimensionnel du corps amputé appareillé ». Corps, 2025/1 N° 23, 2025. p.49-62. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-corps-2025-1-page-49?lang=fr.

  • GROUD, Paul-Fabien,
2025. « Au cœur de la boîte noire » ­­L’interfaçage multidimensionnel du corps amputé appareillé. Corps, 2025/1 N° 23, p.49-62. DOI : 10.3917/corp1.023.0104. URL : https://shs.cairn.info/revue-corps-2025-1-page-49?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/corp1.023.0104


Notes

  • [1]
    . Les personnes sont amputées pour diverses causes : vasculaire, traumatique, tumorale, infectieuse, agénésie.
  • [2]
    . Notons ­­qu’une part non négligeable de personnes amputées, en majorité celles âgées amputées des membres inférieurs pour causes vasculaires, ne sont pas appareillées de prothèses après amputation pour divers motifs (état de santé, incapacités fonctionnelles, risques de chute, troubles cognitifs, perte de motivation, etc.).
  • [3]
    . Vulnérabilité liée par exemple à des complications au niveau du moignon, à ­­l’évolution de la pathologie, à la fatigabilité, au vieillissement.
  • [4]
    . Pour gagner en concision et en fluidité au plan de la lecture, les termes « alliance corps/prothèse » ou « interfaçage corps/prothèse » seront employés de façon raccourcie renvoyant à ceux ­­d’« alliance corps amputé/prothèse » ou ­­d’« interfaçage corps amputé/prothèse ».
  • [5]
    . Au sein de ­­l’article, une distinction est opérée entre les termes « interface » et « interfaçage ». ­­L’emploi du terme « Interface » renverra à une composante et une zone identifiable qui fait contact entre deux entités (par exemple le moignon). ­­L’emploi du terme ­­d’« interfaçage » mettra plus précisément ­­l’accent sur la notion de processus et du travail en jeu à travers cette interface.
  • [6]
    . À savoir, un travail individuel de doctorat en anthropologie (Groud, 2020) et un programme de recherche « Amélioration du parcours ­­d’appropriation des dispositifs prothétiques » (2020-2023) financé avec ­­l’aide de Janssen Horizon et ­­l’IReSP.
  • [7]
    . De possibles greffes de peau en cours ­­d’épidermisation et plaies en phase de cicatrisation peuvent également constituer ­­d’autres stigmates de ­­l’amputation.
  • [8]
    . Une amputation transradiale correspond à une amputation réalisée au-dessous du coude.
  • [9]
    . Ces variations peuvent contraindre la personne amputée à enlever ou rajouter un ou plusieurs bonnets en cas de gonflement ou ­­d’amaigrissement du moignon.
  • [10]
    . « Transfert » et « faire un transfert » sont des termes employés par les soignants qui signifient un passage effectué par la personne ­­d’une surface à une autre (exemples : du lit au fauteuil roulant, du fauteuil roulant aux toilettes).
  • [11]
    . Des covers 3D sont des coques esthétiques fabriquées en impression 3D qui entourent et protègent la prothèse.

Introduction
Pour apporter une autonomie fonctionnelle et un bien-être au quotidien à la personne amputée, le corps et la prothèse sont deux entités appelées à cohabiter et à « faire alliance » (Groud & Perennou, 2022). Quelle que soit la cause, suite à une amputation majeure ­­d’un ou plusieurs membres inférieurs et/ou supérieurs, le corps amputé se trouve profondément transformé. De la découverte à ­­l’apprivoisement du corps amputé, de ­­l’habituation jusqu’au vécu corporel au quotidien, la personne apprend à faire avec la perte ­­d’une partie ­­d’elle-même. Dans la mesure du possible, la prothèse, objet artificiel venant ­­s’adjoindre au corps, est proposée par ­­l’équipe soignante. Elle est utilisée pour compenser ­­l’absence du membre et tenter de pallier les multiples retentissements de ­­l’amputation. La prothèse est souvent (re)présentée et médiatisée, notamment dans les discours et imaginaires technoscientifiques, comme un objet qui se couplerait aisément au corps, devenant son prolongement « naturel ». Corps amputé et appareillage ­­s’hybrideraient dans un interfaçage fluide, sans tensions, ni interférences. Ainsi, organique et prothétique ne formeraient plus ­­qu’une « boîte noire » (Callon & Latour, 2006) aux contours flous.
Or, cette représentation constitue une vision idéalisée et fantasmée des corps amputés appareillés, située à mille lieues des vécus des personnes concernées (Gourina…


Date de mise en ligne : 28/05/2026

https://doi.org/10.3917/corp1.023.0104

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