Cybernétique, information, rétroaction
Une grille de lecture pour penser la prothèse de membre comme interface
Pages 37 à 48
Citer cet article
- GOURINAT, Valentine
- et JARRASSÉ, Nathanaël,
- Gourinat, Valentine.
- et al.
- Gourinat, V.
- et Jarrassé, N.
https://doi.org/10.3917/corp1.023.0103
Citer cet article
- Gourinat, V.
- et Jarrassé, N.
- Gourinat, Valentine.
- et al.
- GOURINAT, Valentine
- et JARRASSÉ, Nathanaël,
https://doi.org/10.3917/corp1.023.0103
Notes
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[1]
. 20 entretiens menés dans le cadre d’une recherche doctorale (Gourinat, 2018) et 34 entretiens menés dans le cadre d’une recherche post-doctorale (APADiP, 2020-2023), avec des personnes amputées de profils variés, entre 2013 et 2021, au sein de deux centres de réadaptation français et d’une association de loisirs adaptés.
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[2]
. La proprioception peut se définir comme étant l’« ensemble des sensations résultat de la perception qu’a l’homme de son propre corps et renseignant sur l’activité du corps propre (sensations kinesthétiques et posturales) » (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, dernière consultation le 19/04/2024).
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[3]
. Cette affirmation mérite toutefois d’être nuancée. En effet, certaines des approches structuralistes développées dans les années 1950 et 1960, tant en linguistique qu’en anthropologie culturelle, ont été fortement influencées par l’épistémologie cybernétique, et ce, notamment autour de la notion d’homéostasie. Ces courants de pensée, qui se sont développés en France mais aussi ailleurs, visaient à faire « comme si » les cultures et les langues étaient des systèmes complexes de traitement de l’information, cherchant à maintenir un certain équilibre dans les échanges communicationnels entre des entités en interaction constante (Geoghegan, 2012). Claude Lévi-Strauss, dans son ouvrage « Anthropologie structurale », a exploré cette approche dans son étude du langage et des règles de parenté. Parallèlement, aux États-Unis, Gregory Bateson, dans « La cérémonie du Naven », s’est penché sur les processus d’équilibre fragile des interactions intersubjectives et interculturelles. Son travail a permis de mettre en lumière les dynamiques instables de ces échanges, un thème qu’il a approfondi plus tard dans ses textes sur la communication, notamment au sein de l’école de Palo Alto. Cette école a ouvert de nouvelles perspectives en matière d’analyse des interactions humaines, en s’inspirant des concepts de la cybernétique appliqués à la communication et aux systèmes sociaux.
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[4]
. Notre traduction. Témoignage original : https://thealternativelimbproject.com/in-depth/kelly_knox/(dernière consultation le 14/04/23).
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[5]
. La manœuvrabilité de la prothèse dans le sens social pourrait s’entendre par la capacité de la prothèse à véhiculer, par exemple par le biais de son apparence, un message social permettant d’influencer la perception de soi par l’autre. L’essor récent des entreprises proposant des décorations d’emboîture ou divers éléments esthétiques de personnalisation de la prothèse participent à améliorer cette manœuvrabilité sociale en permettant à l’interface prothétique rendue ostentatoire de communiquer plus clairement le message individuel de son porteur.
(Re)penser les prothèses avec Norbert Wiener ?
Parce qu’elle implique le passage de données informationnelles d’une structure à l’autre, et une communication bilatérale entre les deux entités qu’elle connecte, la notion d’interface peut faire écho au domaine de la cybernétique. Cette approche théorique développée par Norbert Wiener en 1948 (Wiener, 2014 [1948]) met en effet l’accent sur l’étude des échanges de flux d’informations au sein d’un système naturel ou artificiel, ainsi que sur les mécanismes de régulation associés. L’appareillage prothétique d’un membre amputé, parce qu’il consiste en une collaboration fonctionnelle entre un système vivant (le corps) et un système mécanique (la prothèse), est un bon exemple de ce qu’est une interface cybernétique entre système naturel et artificiel. Wiener aborde d’ailleurs explicitement dans ses travaux le cas de l’appareillage du membre amputé (Wiener, 2014 [1950]). La cybernétique apparaît donc comme un paradigme pertinent à employer dans le cadre d’une réflexion sur les interfaces et interactions corps/prothèses.
Après avoir suscité un vif intérêt de la part de la communauté scientifique jusque dans les années 60, ce paradigme finit par perdre de son influence jusqu’à être à ce jour pratiquement oublié (Breton, 1997). Pourtant, il nous apparaît que la cybernétique reste encore un excellent outil générique de compréhension des phénomènes complexes, de quelque nature qu’ils soient et fait toujours sens dans notre monde contemporain…
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