Article de revue

Cybernétique, information, rétroaction

Une grille de lecture pour penser la prothèse de membre comme interface

Pages 37 à 48

Citer cet article


  • Gourinat, V.
  • et Jarrassé, N.
(2025). Cybernétique, information, rétroaction Une grille de lecture pour penser la prothèse de membre comme interface. Corps, 23(1), 37-48. https://doi.org/10.3917/corp1.023.0103.

  • Gourinat, Valentine.
  • et al.
« Cybernétique, information, rétroaction : Une grille de lecture pour penser la prothèse de membre comme interface ». Corps, 2025/1 N° 23, 2025. p.37-48. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-corps-2025-1-page-37?lang=fr.

  • GOURINAT, Valentine
  • et JARRASSÉ, Nathanaël,
2025. Cybernétique, information, rétroaction Une grille de lecture pour penser la prothèse de membre comme interface. Corps, 2025/1 N° 23, p.37-48. DOI : 10.3917/corp1.023.0103. URL : https://shs.cairn.info/revue-corps-2025-1-page-37?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/corp1.023.0103


Notes

  • [1]
    . 20 entretiens menés dans le cadre ­­d’une recherche doctorale (Gourinat, 2018) et 34 entretiens menés dans le cadre ­­d’une recherche post-doctorale (APADiP, 2020-2023), avec des personnes amputées de profils variés, entre 2013 et 2021, au sein de deux centres de réadaptation français et ­­d’une association de loisirs adaptés.
  • [2]
    . La proprioception peut se définir comme étant ­­l’« ensemble des sensations résultat de la perception ­­qu’a ­­l’homme de son propre corps et renseignant sur ­­l’activité du corps propre (sensations kinesthétiques et posturales) » (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, dernière consultation le 19/04/2024).
  • [3]
    . Cette affirmation mérite toutefois ­­d’être nuancée. En effet, certaines des approches structuralistes développées dans les années 1950 et 1960, tant en linguistique ­­qu’en anthropologie culturelle, ont été fortement influencées par ­­l’épistémologie cybernétique, et ce, notamment autour de la notion ­­d’homéostasie. Ces courants de pensée, qui se sont développés en France mais aussi ailleurs, visaient à faire « comme si » les cultures et les langues étaient des systèmes complexes de traitement de ­­l’information, cherchant à maintenir un certain équilibre dans les échanges communicationnels entre des entités en interaction constante (Geoghegan, 2012). Claude Lévi-Strauss, dans son ouvrage « Anthropologie structurale », a exploré cette approche dans son étude du langage et des règles de parenté. Parallèlement, aux États-Unis, Gregory Bateson, dans « La cérémonie du Naven », ­­s’est penché sur les processus ­­d’équilibre fragile des interactions intersubjectives et interculturelles. Son travail a permis de mettre en lumière les dynamiques instables de ces échanges, un thème ­­qu’il a approfondi plus tard dans ses textes sur la communication, notamment au sein de ­­l’école de Palo Alto. Cette école a ouvert de nouvelles perspectives en matière ­­d’analyse des interactions humaines, en ­­s’inspirant des concepts de la cybernétique appliqués à la communication et aux systèmes sociaux.
  • [4]
    . Notre traduction. Témoignage original : https://thealternativelimbproject.com/in-depth/kelly_knox/(dernière consultation le 14/04/23).
  • [5]
    . La manœuvrabilité de la prothèse dans le sens social pourrait ­­s’entendre par la capacité de la prothèse à véhiculer, par exemple par le biais de son apparence, un message social permettant ­­d’influencer la perception de soi par ­­l’autre. ­­L’essor récent des entreprises proposant des décorations ­­d’emboîture ou divers éléments esthétiques de personnalisation de la prothèse participent à améliorer cette manœuvrabilité sociale en permettant à ­­l’interface prothétique rendue ostentatoire de communiquer plus clairement le message individuel de son porteur.

(Re)penser les prothèses avec Norbert Wiener ?
Parce ­­qu’elle implique le passage de données informationnelles ­­d’une structure à ­­l’autre, et une communication bilatérale entre les deux entités ­­qu’elle connecte, la notion ­­d’interface peut faire écho au domaine de la cybernétique. Cette approche théorique développée par Norbert Wiener en 1948 (Wiener, 2014 [1948]) met en effet ­­l’accent sur ­­l’étude des échanges de flux ­­d’informations au sein ­­d’un système naturel ou artificiel, ainsi que sur les mécanismes de régulation associés. ­­L’appareillage prothétique ­­d’un membre amputé, parce ­­qu’il consiste en une collaboration fonctionnelle entre un système vivant (le corps) et un système mécanique (la prothèse), est un bon exemple de ce ­­qu’est une interface cybernétique entre système naturel et artificiel. Wiener aborde ­­d’ailleurs explicitement dans ses travaux le cas de ­­l’appareillage du membre amputé (Wiener, 2014 [1950]). La cybernétique apparaît donc comme un paradigme pertinent à employer dans le cadre ­­d’une réflexion sur les interfaces et interactions corps/prothèses.
Après avoir suscité un vif intérêt de la part de la communauté scientifique jusque dans les années 60, ce paradigme finit par perdre de son influence jusqu’à être à ce jour pratiquement oublié (Breton, 1997). Pourtant, il nous apparaît que la cybernétique reste encore un excellent outil générique de compréhension des phénomènes complexes, de quelque nature ­­qu’ils soient et fait toujours sens dans notre monde contemporain…


Date de mise en ligne : 28/05/2026

https://doi.org/10.3917/corp1.023.0103

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