Article de revue

La santé en corps

Pages 7 à 9

Citer cet article


  • Favier-Ambrosini, B.
(2019). La santé en corps. Corps, 17(1), 7-9. https://doi.org/10.3917/corp1.017.0007.

  • Favier-Ambrosini, Brice.
« La santé en corps ». Corps, 2019/1 N° 17, 2019. p.7-9. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-corps-2019-1-page-7?lang=fr.

  • FAVIER-AMBROSINI, Brice,
2019. La santé en corps. Corps, 2019/1 N° 17, p.7-9. DOI : 10.3917/corp1.017.0007. URL : https://shs.cairn.info/revue-corps-2019-1-page-7?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/corp1.017.0007


Notes

  • [1]
    Par exemple, l’Université Paris Descartes a organisé, le 17 novembre 2017, un colloque intitulé Monde du Sport, Monde de la Santé : quelles relations, quels croisements ? ; la revue Santé Publique publie un numéro thématique en 2016 sur le thème « Activités physiques et santé ».
  • [2]
    Semaine nommée « Body week 2018, S’activer ? Du sport-santé au sport inclusif ». Voir http://recherche.parisdescartes.fr/tec/Congres/BODY-WEEK-2018

1La trajectoire de la question de l’activité physique comme outil de santé publique vit aujourd’hui un engouement important dans les sphères politiques (Prévost-Ledrich et al., 2016), médiatiques (Favier-Ambrosini, 2016) et scientifiques. Du point de vue des Sciences Humaines et Sociales (SHS), on constate également un intérêt fort porté à cette thématique comme en témoignent les nombreux colloques, journées thématiques et numéros spéciaux de revues scientifiques qui y sont consacrées ces dernières années  [1]. Dans cette veine, les Universités Paris-Descartes, Paris-Est-Marne-La-Vallée et les laboratoires Techniques et Enjeux du Corps (EA 3625) et Analyse Comparée des Pouvoirs (EA 3350) ont organisé le 25 juin 2018 à l’Université Paris-Descartes, une journée thématique sur la problématique du sport-santé dans le cadre d’une semaine de conférences consacrée à la question du corps  [2]. Cette journée intitulée « La santé en corps » avait pour ambition de réunir plusieurs chercheurs travaillant la question de l’Activité Physique (AP) comme outil de santé publique par le prisme des SHS. Le présent dossier de la revue CORPS s’inscrit dans la continuité de cet événement. En effet, les chercheurs ayant participé à cette journée d’étude ont été invités à élaborer un article afin de prolonger leurs réflexions respectives. Ces travaux, d’inspiration sociologique ou philosophique, s’inscrivent dans trois thématiques.

2Une première partie est consacrée à des réflexions sur la question du gouvernement des corps à l’œuvre dans les dispositifs mettant au cœur de leur fonctionnement l’utilisation du sport et de l’AP comme outil de santé. Bernard Andrieu propose une réflexion philosophique sur la notion d’activation et de bien-être. Cécile Collinet, Pierre-Olaf Schut, Jérémy Pierre, Matthieu Delalandre et Sandie Beaudoin s’intéressent quant à eux à la marche au quotidien. Sur la base d’un travail sociologique, les auteurs identifient différents profils de marcheurs. Ils mettent ainsi en avant une série de conditions favorables à la marche, en lien avec les caractéristiques sociodémographiques des individus. Brice Favier-Ambrosini en s’intéressant aux Réseaux Sport-Santé Bien-être, défend l’idée selon laquelle l’objectivation des corps par le nombre opérée dans ces dispositifs entre en dissonance avec l’objectif affiché d’une prise en charge individuelle, personnalisée et adaptée à la personne. Ces dispositifs se trouvent ainsi en tension vis-à-vis des modèles normatifs qu’ils engendrent.

3Une deuxième partie focalise l’attention sur les dispositifs de politiques publiques qui ciblent particulièrement la question du sport-santé. Marina Honta et Frédéric Illivi, étudiant les Plan Sport-Santé Bien-être, montrent que ces derniers participent à une convergence du contenu des projets sportifs associatifs autour de la question de l’activité physique comme outil de santé. Pour autant, les plans peinent à catalyser l’action et à résoudre la pluralité et la disparité territoriales des initiatives. De son côté, Gilles Vieille-Marchiset, offre une réflexion globale sur ces politiques publiques et montre qu’un récit santéiste est diffusé dans le cadre d’une morale pratique du bonheur. Cette injonction à la pratique physique peut être assimilée à une conversion des corps menée par des entrepreneurs de bien être corporel qui sont les piliers de ce processus de conversion socialement organisé. Toutefois, l’article soutient l’idée que les usagers ciblés, notamment dans les milieux populaires, ignorent ces normes santéistes, y résistent ou s’y adaptent. Enfin, Yves Morales, porte la focale sur l’implication du mouvement sportif associatif face à l’évolution des injonctions politiques en faveur du « sport santé » depuis les années 1980. L’auteur interroge à la fois la rationalité de l’action publique, telle qu’elle est exprimée dans les préconisations politiques adressées au mouvement sportif à partir des instruments d’action publique mobilisés ainsi que la dimension cognitive qui accompagne les stratégies d’acteurs impliqués dans les dispositifs proposés sur le terrain associatif. Il est alors montré que les interactions entre l’État et le mouvement sportif sont accompagnées par différents instruments d’action publique qui s’appuient à la fois sur une démarche de contractualisation, sur une mission de santé publique, sur une nécessaire labellisation des programmes et sur l’expression d’une forme de solidarité associative, qui jouent sur les dynamiques sociales.

4Enfin, la troisième partie de ce dossier thématique consiste à s’intéresser plus particulièrement à la trajectoire des patients dans les dispositifs d’incitation aux activités physiques et sportives dans un but de santé. Sandrine Knobé, étudiant un dispositif de prescription médicale d’activité physique, s’intéresse à l’expérience vécue des bénéficiaires selon leur propre point de vue. L’auteur identifie alors quatre types principaux de rapports aux activités physiques en fonction des divers degrés de socialisation sportive antérieure. Pour finir, Claire Perrin et Jean-Christophe Mino, proposent une réflexion sur les trajectoires et carrières de patients en s’appuyant sur plusieurs terrains d’enquêtes. Les auteurs présentent un dialogue théorique entre un cadre sociologique d’inspiration interactionniste (Becker, 1961) et l’approche philosophique de Canguilhem (1966) afin de faire émerger les enjeux normatifs de l’intervention via l’AP. Ces réflexions illustrent ainsi le processus de reconfiguration, au nom de la gestion de sa maladie, des normes d’usages du corps dans des pratiques culturelles et dans les activités de la vie quotidienne.

5Le présent numéro de la revue CORPS a donc pour ambition de participer à la réflexion scientifique contemporaine sur la thématique du sport-santé du point de vue des SHS selon des perspectives croisant des réflexions philosophiques et sociologiques. Sans prétendre à l’exhaustivité, ce numéro vise à être une pierre angulaire pionnière à la structuration des travaux français sur cette thématique.

Bibliographie

  • Becker H. 1961, « The Implications of Research on Occupational Careers for a Model of Household Decision Making », dans Consumer Behavior, vol. IV, https://journals.openedition.org/sociologies/642?lang=en.
  • Canguilhem G. 1966, Le Normal et le pathologique, Paris, PUF (coll. « Quadrige »).
  • Fuchs A, Perrin C, Ohl F. 2014, « Using sport to cope with cystic fibrosis », dans Loisir et société, vol. 37, n° 2 : 189-204.
  • Favier-Ambrosini B. 2016, « Socio-histoire du lien entre activité physique et santé de 1960 à 1980 », dans Santé Publique, s1, (HS) : 13-24.
  • Prévot-Ledrich J., Van Hoye, A., Lombrail, P., Lecomte, F. & Vuillemin, A. 2016, « Panorama des politiques publiques françaises de promotion de l’activité physique bénéfique pour la santé », dans Santé Publique, s1, (HS) : 25-31.

Date de mise en ligne : 22/07/2020

https://doi.org/10.3917/corp1.017.0007