Chercheur d’émotions : Une expérience in situ en SHS
- Par Arnaud Richard,
- Éric Perera
- et Laurent Fauré
Pages 219 à 227
Citer cet article
- RICHARD, Arnaud,
- PERERA, Éric
- et FAURÉ, Laurent,
- Richard, Arnaud.,
- et al.
- Richard, A.,
- Perera, É.
- et Fauré, L.
https://doi.org/10.3917/corp1.014.0219
Citer cet article
- Richard, A.,
- Perera, É.
- et Fauré, L.
- Richard, Arnaud.,
- et al.
- RICHARD, Arnaud,
- PERERA, Éric
- et FAURÉ, Laurent,
https://doi.org/10.3917/corp1.014.0219
Notes
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[1]
Les 3 articles sélectionnés ainsi que le nôtre sont issus du colloque international et pluridisciplinaire organisé par les laboratoires Santesih (Université de Montpellier) EA 4614, Praxiling (Université Paul-Valéry Montpellier 3 & CNRS) UMR 5267 et Actes (Université des Antilles, UFR STAPS de Guadeloupe) EA 3596, à Montpellier les 21, 22 et 23 mai 2014. Ce colloque intitulé « Chercheur-se in situ : immersion par corps, normes et déviances » s’intéressait à des questions de méthodologie d’enquête qui mobilise l’approche ethnographique.
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[2]
Le but est de dépasser une réflexion sociologique sur les émotions qui fait déjà l’objet d’une intention de publication : appel à article de 2014 intitulé « Le chercheur face aux émotions, terrains et théories » http://www.influxus.eu/informations/appels-a-publication/article/le-chercheur-face-aux-emotions
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[3]
L’attention au ressenti durant la démarche d’enquête fait l’objet d’une réflexion, dévoilant les manières d’approcher et d’intégrer le terrain (difficultés, tâtonnements, ruses et astuces déployées) « bousculant » le statut de chercheur (conduisant à des introspections) et légitimant la production d’un savoir sur la base d’une expérience inter-subjective.
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[4]
Dans son article, Olivier de Sardan expose les travaux anthropologiques ayant recours au « je » depuis la moitié du xxe siècle. Il n’hésite pas à « rappeler l’existence d’un (autre) précurseur, souvent oublié : Berreman (1962). Ce dernier s’est appuyé sur son expérience personnelle dans un long article, à orientation ouvertement méthodologique, entièrement consacré à la question de la gestion de la mise en scène (impression management) des rapports entre anthropologue, interprète et acteurs locaux, selon une perspective très goffmanienne. Berreman combine ainsi, peut-être pour la première fois, texte, hors-texte et métatexte. Avec lui, la mobilisation du vécu de l’enquête devient simultanément objet de réflexion méthodologique et thème de publication savante. » (Olivier de Sardan, 2000 : 418).
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[5]
Il s’agit ici de ne pas glisser dans un récit qui se cantonnerait à la seule réalisation de l’anthropologue au détriment de la collecte de données empiriques pour rendre compte du terrain (Copans, 1998).
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[6]
Cela ne va pas sans rappeler ce que souligne Paperman, au sujet de la sociologie des émotions et des analyses proposées « qu’elles soient interactionnistes, phénoménologiques ou positivistes considèrent le vocabulaire des émotions, le vocabulaire complexe de la psychologie ordinaire comme le point de départ d’une analyse qui tente de réduire les termes d’émotion à un autre niveau de réalité (réalité de la sensation, réalité neurophysiologique) » (1995 : 1).
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[7]
Dans une perspective anthropologique, Crapanzano souligne les limites des langues européennes qui « ont en commun (malgré certaines variantes) une grammaire de nominalisation, ou du moins qui focalise sur les catégories délimitées et délimitables (voir nos systèmes de classification et leur valorisation scientifique) ; elles pourraient donc nous rendre aveugles face aux autres champs linguistiques (épistémés) dans lesquels ce que nous désignons par “émotion” est déployé et évalué » (1994 : 4).
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[8]
L’analyse en première personne nécessite de prendre en compte les sensations du chercheur permettant « de spécifier le caractère émotionnel de l’expérience privée ». Il s’agit de prendre en considération un « flux relativement indifférencié de sensations auquel viendrait donner nom et forme tout un réseau de normes sociales et de croyances au sujet des objets légitimes, des modes d’expression convenables, des raisons socialement et culturellement acceptables d’émotions singulières » (Paperman, 1995 : 14).
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[9]
L’approche ethnographique ne saurait être considérée comme la seule méthode d’approche des émotions : récits de vie, questionnaires, analyse documentaire, méthode historique, etc.
1Le titre de cet article peut sembler provocateur en associant ainsi le chercheur aux émotions. La place des émotions comme objet de science est loin de faire l’unanimité en sciences humaines et sociales (de sa définition à la manière de l’appréhender) et demeure « un point aveugle », même si elles sont « omniprésentes dès lors que l’on s’intéresse au vécu des individus et des groupes sociaux » (Bernard, 2015). Une des difficultés relevée par Julien Bernard est d’appréhender ces émotions « aux moments du recueil, de l’organisation et de l’analyse des données d’enquête » (Ibid. : 2). L’objectif de ces trois articles [1] sélectionnés à la suite, consiste à proposer une réflexion épistémologique sur la place des émotions vécues par le chercheur in situ : perceptions, usages et mise en mots. Cette réflexion concerne des exemples en sciences sociales mais également des manières d’enquêter dans d’autres disciplines éclairant la portée heuristique des émotions en SHS [2].
2On note que, bien souvent, la prise en compte des émotions dans la littérature en sciences sociales, semble une opération audacieuse voire novatrice et se justifie en opposition d’une démarche classique ou académique en demande d’objectivité. Pourtant, la question des émotions n’est pas nouvelle « pour les sociologues si l’on s’en tient à la lecture de Durkheim, Mauss, Weber entre autres » (Paperman, 1995 : 7). Si « l’émotion est à l’évidence une dimension fondamentale de l’expérience humaine » (Déchaux, 2015 : 2), elle n’en demeure pas moins un problème de taille pour les théoriciens de la sociologie de l’action. Ces derniers ont tendance à mettre, de façon implicite, les émotions de côté pour « privilégier celles qui se prêtent le mieux à une reconstruction rationnelle des raisons d’agir » (ibidem), répondant finalement à « une exigence épistémologique de parcimonie ». La prise en compte des émotions ne permettrait pas de tenir l’axiomatique qui « perdrait en cohérence et en simplicité » ; loin de donner satisfaction à l’explication. L’absence des émotions ou la résistance à en faire état en sociologie et en anthropologie, serait selon Paperman une question de domaine « davantage liée à la prégnance d’une conception psychologique de l’émotion, en sociologie du moins » (Paperman, 1995 : 7). Toutefois, la tendance actuelle à « l’exposition de soi, sa mise en mots, voire sa mise en scène », favorise selon Olivier De Sardan (2000), le choix de la première personne en anthropologie, exposant l’investissement affectif ou émotionnel du chercheur [3]. Cette tendance à « recourir au “je” ethnographique » n’est ici qu’un procédé stylistique déjà mobilisé autrefois [4] dans lequel une réflexion sur les affects participe de la compréhension des données empiriques produites [5].
3La place des émotions, depuis les pistes proposées par Georges Devereux (1967), a fait à la fin du siècle dernier (Crapanzano, 1994 ; Paperman, 1995, etc.) et fait toujours l’objet d’une réflexion autour du processus d’enquête et de restitution du savoir (Bernard, 2015). Notre recueil d’articles, les orientations épistémologiques que ces derniers proposent, n’ont d’autre prétention que de pousser un peu plus la réflexion sur les émotions, déjà largement entamée. Aujourd’hui, il est difficile d’ignorer l’importance des émotions en sociologie « oscillant entre une approche explicative des émotions (comme produits de logiques sociales) et une approche tentant d’insérer les émotions (vues comme forces autonomes) dans l’explication de l’action et du changement social » (Bernard, 2015 : 8). La sociologie des émotions qui s’inspire de ces approches, ne manque pas d’examiner la part des émotions dans la dynamique des interactions (exprimées comme phénomènes de la vie affective : sentiments, affects, humeurs, sensations) et la manière dont les mécanismes sociaux (socialisations, normes et des valeurs, rôles et statuts, discours, représentations…) favorisent l’expression ou le contrôle de celles-ci. Cette entreprise, qui met au centre l’action affectuelle, soulève un certain nombre de questions face à l’irrationalité et au caractère mouvant que – par définition – représentent les émotions. Comment les saisir sans se trouver au risque d’une surinterprétation ? Comment appréhender ce qui relève du ressenti personnel, d’un jeu d’acteur livré aux autres ? Ce qui revient à se demander quelle est la part du privé/interne d’une réalité observée ?
4Ce qui importe dès lors, c’est de disposer de moyens méthodologiques d’objectivation des émotions qui semble encore problématique. En effet, l’ensemble des définitions de ce qu’est une émotion, largement décrites par J. Bernard (2015), orientent dans leur acception la manière de les prendre en compte. Le même auteur, propose alors de les dépasser « en prenant précisément pour objet les manières dont les individus décrivent les états du corps ou les situations qu’ils considèrent comme émotionnels. Est alors émotion ce qui est labellisé comme tel » (ibid. : 8). Il est possible ainsi de définir les modes d’engagement de la vie sociale, en choisissant de saisir les manières dont les individus l’interprètent, situé dans un cadre précis à un moment particulier. C’est un moyen également de décrire les émotions en situation, montrant tout aussi bien le quotidien que les changements collectifs. Cette conception « externaliste », reprise par J-H. Déchaux (2015), aurait pour fonction « de caractériser les régimes ou styles émotionnels propres à des groupes et/ou des époques et envisager la dynamique sociale dans laquelle ils sont parties prenantes » (Bernard, 2015 : 9-10).
5Pour objectiver les catégorisations émotionnelles effectuées par les acteurs, en reprenant Rosenberg (1990), Crapanzano (1994) propose d’analyser les conversations concrètes. Il s’agit donc de « découvrir les foyers d’intérêt indigènes rendus par le lexique et la syntaxe. Ils sont accentués, (à mon avis), par les “théories” dérivées de la structure linguistique et sont articulés, soit directement, soit indirectement (métaphoriquement par exemple), en termes psychologiques [6] » (ibid. : 4). Ces considérations renvoient par ricochet aux réflexions des linguistes qui ont interrogé les formes langagières diversifiées de la manifestation des éprouvés. Ceux-ci se laissent inscrire au titre au moins de leur représentation dans les strates du lexique, de la morphologie, de la syntaxe mais aussi dans des plans, plus « macro » : discursif, pragmatique ou interactionnel (pour une description, cf. Kerbrat-Orecchioni, 2000). Plus précisément, dans une optique pragmatique, Ochs (1989) souligne la large variété des procédés linguistiques disponibles pour assurer la mise en discours des émotions. Ces dernières relèvent en effet d’une grande complexité, intriquant lien au corps sensible et symbolisation langagière, dès les pratiques de la parole ordinaire. Aux codifications visées par Crapanzano, on adjoindra celles de la tradition rhétorique antique qui a inauguré l’intérêt pour la figuration des passions. Celle-ci a décliné sous l’actio le rapport entre expressivité et corps de l’orateur dans une distribution classique qu’on pourrait rapporter aux termes contemporains : production-message-réception. Exhibées dans l’énoncé, les marques pathémiques sont projetées sur l’auditoire que l’on vise basiquement à é-mouvoir ; elles trouvent leur ancrage dans l’image de soi dont se dote le parleur en public (ethos) et que Goffman relira sous le travail de figuration de la face. C’est dire à quel point le symbolisme affectif communicationnel, entre spontanéité et intentionnalité, contribue massivement et fondamentalement à la construction de l’interprétation qu’il peut susciter, orienter, colorer, déterminer… Assurément, ces rappels nous éloignent un peu plus de la conception naguère répandue d’une émotion mal dégrossie, inculte vestige d’une « pensée sauvage », dont l’embarras serait nuisible au chercheur, comme on le rappelait supra. Encore pourrait-on distinguer, à la suite de Caffi et Janney (1994) et toujours dans un cadre pragmatique, les modes de communication « émotionnels », dont le caractère indiciel renvoie à un éprouvé vécu, et « émotif », dont l’affichage, intentionnel, relève davantage de l’expression contrôlée. Même s’il faut plutôt voir sous ces deux bornes les termes d’un continuum, selon Plantin (2011), c’est précisément la seconde seule qui donne à lire des données observables pour le linguiste. De fait, l’ensemble de ces observations valent tant pour les interactions ordinaires que pour le discours du chercheur lui-même ou pour ceux auxquels il est confronté. La portée épistémologique est claire : objectiver les émotions passe par les marques interactionnelles qui y renvoient, dans une circularité historique et culturelle mais induit simultanément que le rôle de l’observateur échappe difficilement à la pesée signifiante desdits indices. Le chercheur ne saurait, en ce domaine moins encore qu’ailleurs, être neutre (Kappas, 1991).
6Pourrait-on voir, toutefois, sous cette formalisation (l’émotion est ce qu’on dit tel, ses marques observables sont celles qui en exhibent la manifestation culturellement partagée et reconnue) un effet de la domestication des affects, à canaliser dans les cadres plus « civilisés » de la rationalité ? Crapanzano rappelle opportunément le filtre ethnocentrique qui pèse sur cette conception normative et occidentale de l’approche anthropologique de l’émotion.
7Face à cette aporie, précisément, tout porte à croire que le questionnement doive au contraire procéder d’une orientation inverse : parce que les indices affectifs, particulièrement présents dans le discours ordinaire et argumentatif (Plantin, 2011) ne sont ni dissociables ni opposables à la « rationalité », ils s’inscrivent profondément dans des cours d’action, en attestations de la raison pratique chère à Bourdieu, tout comme ils relèvent de la perspective schützienne des acteurs ou de l’engagement goffmanien. Les neurosciences montrent du reste (Damasio, 1994) que l’émotion forme l’adjuvant indispensable à la prise de décision cohérente avec la situation, du fait notamment de son soubassement sensorimoteur et sa propriété de préparation à l’action (Frijda, 1986 : 19 sqq.). Que celle-ci débouche ou non ne retire rien à l’observable selon lequel les structures empathiques de l’émotion s’y laissent relier : même si la prudence interprétative est de mise en ce domaine controversé, la verbalisation affective active bien les mêmes zones cérébrales que celles assignées à la commande de l’injonction ou de l’action dirigées vers l’Autre. On le voit : alors que l’étude des émotions pose un défi aux sciences humaines et, a fortiori, à chacune de leurs disciplines, toute approche externe reposant sur le postulat de la neutralité objective s’avère d’autant plus illusoire. Aussi, alternativement à cette démarche classique, Auchlin (2000) suggère de rendre compte des comportements affectifs par expérienciation : en assumant cette méthode qui est conforme à celle de tout acteur social, l’observateur, engagé participationnellement attribue les données de l’expérience perceptuelle, à l’inclusion de ses désignations.
8Les constats qui précèdent comme les démarches y afférant, concourent d’une part à opter résolument pour une approche globale de l’émotion (et non seulement psychologique, ni dissociée de l’action et de la raison) et, d’autre part, à l’inclure dans les cadres participatifs du chercheur, de l’enquête et du terrain. On retiendra à cet effet que si l’émotion peut être, à juste titre, saisie en termes d’engagement et de mode de préparation à l’action (cf. la définition classique de Frijda, 1986), elle a doublement partie liée au langage : en ce que son approche et le jeu des dénominations qui lui sont associées, relève des catégorisations culturelles – notamment celles de l’observateur – et qu’elle participe, plus largement, de la communication et de l’élaboration de la relation et de l’espace intersubjectifs.
9Dans ce sens, Déchaux parle de « grammaire affective », prenant l’expression des émotions comme langage qui se déploie dans certaines conditions selon certaines règles, « faute de quoi les erreurs de cadrage produiront l’inverse de ce qui est attendu : du malaise, du trouble, c’est-à-dire des émotions négatives, et finalement une difficulté à se coordonner » (2015 : 12). Crapanzano poursuit en considérant, « la relation entre le mot et son référent (réel ou mental) » [7] et oriente une « théorisation des émotions comme une sorte de “théâtralisation” de nos obsessions épistémologiques » et qui nous permet d’interroger « les relations entre ces obsessions – leur théâtralisation – et les conditions sociales dans (et par) lesquelles elles se produisent » (1994 : 5).
10Cette posture n’est pas sans rappeler le cadre goffmanien, et comment les interactionnistes mènent une réflexion autour des processus de construction sociale des subjectivités et sur l’ajustement émotionnel des situations sociales. En prenant en compte les émotions, situées dans des contextes sociaux particuliers, l’analyse qui en découle permet de se rapprocher toujours plus finement du vécu des individus. De ce point de vue, les approches pragmatiques offrent de nouvelles perspectives pour saisir les émotions, tant du point de vue de la prise en compte des sensations du chercheur [8] (en tant que filtre charnel empreint d’émotions socialement construites), que des conditions de leur mise en œuvre des interlocuteurs rencontrés sur le terrain engagés dans des contextes spécifiques.
11Dans ce sens, les articles choisis interrogent les manières de prendre en considération les émotions. En effet, les regards micro-analytiques [9] ainsi proposés à la suite, l’illustrent par une diversité de recueil et de traitement des données. Comment le chercheur reçoit-il les émotions, qu’en fait-il et à quelles conditions ils les utilisent in situ ? Être affecté par le terrain, devient une posture épistémologique particulière qui demande une analyse en première personne. Il s’agit de prendre en compte les effets des perturbations par corps engendrées, et non pas de les annuler ou de les nier, mais au contraire d’en tirer parti (Devereux, 1980). Il s’agit également de caractériser les émotions observées, de les saisir dans un « jeu de miroir » (Fernandez, 2005), pour rendre compte de l’expérience et de la compréhension des logiques sociales. Mais les identifier ne suffit pas. Dans quelles conditions les émotions sont-elles amenées à s’exprimer et comment ? L’usage des termes qui caractérisent les émotions (analyse en troisième personne), limite la compréhension des interactions, décrivant un certain état à un moment donné, qui prennent du sens une fois situés c’est-à-dire replacées dans le contexte de leur énonciation. Les données produites ainsi retranscrites, seule connaissance qui reste accessible, passe par des « mots » pour désigner les « choses ». Comment caractériser les observations, l’expérience du chercheur, tout en gardant leur tonalité émotionnelle ? L’investissement affectif ou émotionnel du chercheur, passe par une retranscription particulière à la fois « saveur et douleur » (Wacquant, 2011) du monde social vécu, traduction des émotions partagées, cachées ou plutôt contrôlées et quelque part recherchées.
Bibliographie
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- Copans J. 1998, L’Enquête ethnologique de terrain, Paris, Nathan.
- Crapanzano V. 1994, « Réflexions sur une anthropologie des émotions », dans Terrain, n° 22, p. 109-117.
- Damasio A. 1994/1995, L’Erreur de Descartes, Paris, Odile Jacob.
- Déchaux J.H. 2015, « Intégrer l’émotion à l’analyse sociologique de l’action », dans Terrains/Théories [En ligne], 2 | 2015, mis en ligne le 23 octobre 2014, consulté le 7 septembre 2015. URL : http://teth.revues.org/208.
- Devereux G. 1980 [1967], De l’angoisse à la méthode dans les sciences du comportement, Paris, Flammarion.
- Fernandez F. 2005, « L’Engagement émotionnel durant l’enquête sociologique : retour sur une observation anonyme auprès d’ex-usagers de drogues », dans Carnets de bords de la recherche en sciences humaines, n° 9 : 78-87.
- Frijda N. H. 1986, The emotions, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’Homme & Cambridge University Press.
- Kappas A. 1991, « The illusion of the neutral observer : the communication of emotion », dans Cahiers de linguistique française, 12 : 153-168.
- Kerbrat-Orecchioni C. 2000, « Quelle place pour les émotions dans la linguistique du xxe siècle. Remarques et aperçus », dans Plantin C., Doury M. et Traverso V. (éds.), p. 33-74.
- Ochs E. 1989, « The Pragmatics of Affect », dans Text & talk 9/1, Berlin, De Gruyter.
- Olivier de Sardan J-P. 2000, « Le “je” méthodologique : implication et explicitation dans L’Enquête de terrain », dans Revue Française de Sociologie, n° 41 (3) : 417-445.
- Paperman P. 1995, « La Question des émotions : du physique au social », dans L’Homme et la société, N. 116, Les passions de la recherche (II) : L’Allemagne revisitée, p. 7-17.
- Plantin C. 2011, Les Bonnes raisons des émotions. Principes et méthodes pour l’étude du discours émotionné, Berne, Peter Lang.
- Rosenberg D. 1990, « Language in the discourse of the emotions » dans Lutz C. et Abu-Lughod L., Language and the Politics of Emotion, Cambridge, Cambridge University Press.
- Wacquant L. 2011, « La chair et le texte : l’ethnographie comme instrument de rupture et de construction », dans Naudier D. & Simonet M. (dir.), Des sociologues sans qualités ? Pratiques de recherche et engagements, Paris, La Découverte.