Les groupes islamistes se réclamant d'Al-Qaïda au Maghreb et au Nord de l'Afrique
- Par Michel Masson
Pages 155 à 168
Citer cet article
- MASSON, Michel,
- Masson, Michel.
- Masson, M.
https://doi.org/10.3917/come.076.0155
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https://doi.org/10.3917/come.076.0155
Notes
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[1]
Parmi les victimes, 12 kamikazes et 33 civils tués, dont 8 étaient Européens (3 Espagnols) et 25 Marocains ; plus de 2 000 islamistes avaient été arrêtés et condamnés au Maroc par la suite.
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[2]
C’est sous cet acronyme que nous continuerons à l’appeler dans le texte.
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[3]
« En Afghanistan, les djihadistes algériens sont plus nombreux que les Egyptiens ou les autres nationalités, à l’exception des Yéménites et des Saoudiens.… Ils sont en général courageux… ». Nasser al-Bahri avec la collaboration de Georges Malbrunot : « Dans l’ombre de Ben Laden. Révélations de son garde du corps repenti » ; Ed. Michel LAFON 2010.
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[4]
Branche armée du FIS auto-dissoute en 2000, elle fut commandée par Madani Mezrag
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[5]
Promu émir, Abdelmalek Droukdal, se fait appeler Abou Moussab Abdelwadoud, s’inspirant du surnom du jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, chef de file de l’organisation en Iraq, qui restera son mentor, même spirituel après après que ce dernier ait été tué près de Bakouba en Iraq en juin 2006 ; la guerre islamiste dans ce pays devient sa référence. Agé d’une quarantaine d’années, il est originaire de Meftah, dans la banlieue sud d’Alger. Chimiste de formation, il avait rejoint le GIA en1994. Le magazine Jeune Afrique lui a consacré un long portrait : http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2540p014-016.xml0/terrorisme-aqmi-abdelmalek-droukdel-abou-moussab-abdelwadoudle-ben-laden-du-maghreb.html
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[6]
http: / / www.nytimes.com / 2008 / 07 / 01/world / africa / 01algeria.html?_r=4&scp= 1&sq=algeria&st=cse&oref=slogin
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[7]
La France au premier plan, stigmatisant ce pays dans la plupart de ses communiqués.
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[8]
Commandos ou compagnies très mobiles (moins d’une centaine de combattants) ; cette appellation a été volontairement empruntée aux unités combattantes de l’Armée de libération nationale (ALN) pendant la guerre d’indépendance algérienne. Elles sont organisées autour d’un chef, l’émir, désigné par Abdel Malek Droukdal lui-même.
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[9]
Dans l’ancienne organisation du GSPC, la zone sud était une zone refuge dévolue au soutien logistique des maquis du nord, (recrutement, formation et entraînement, acheminement vers les maquis algériens, mais également vers les théâtres de djihad proche orientaux, ravitaillement – armes – financements – trafics). Elle va rapidement devenir une zone d’action s’étendant à l’ensemble de la sous-région sahélienne, comme on l’a vu ces derniers mois.
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[10]
Yahia Djouadi alias Abou Ammar el-Tiarti, que la presse algérienne désigne aussi comme le chef de la Brigade Tariq Ibn Zyad. A l’origine, un autre chef de groupe de l’organisation, disparu depuis, Amari Saïfi, plus connu sous le nom d’Abderrazak El Para, avait pensé que le Sahel, zone grise, était l’endroit idéal pour créer une nouvelle cellule combattante du GSPC. C’est ainsi que serait née la Brigade Tareq Ibn Zyad. Abderrazek El-Para, en principe détenu aujourd’hui dans les geôles algériennes, se trouve toujours sur la « liste récapitulative » du CSNU ; il aurait lancé un appel à ses « ex-compagnons de combat » pour déposer les armes, il y a quelques mois, sans autre preuve toutefois que cette allégation.
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[11]
L’Algérien Mokhtar Belmokhtar, alias Khaled Abou El Abbas, est l’un des chefs de l’organisation au sud ; il est impliqué en Mauritanie dans de nombreux trafics, dont la contrebande de cigarettes. La presse le surnomme aussi parfois « le contrebandier », ou de façon plus imagée, « Mister Marlboro ».
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[12]
Abid Hammadou, alias Abdelhamid Abou Zeid, est apparu dans les réseaux terroristes en 2003 comme adjoint d’Abderazak le Para - l’un des chefs historiques d’AQMI mystérieusement disparu après avoir été livré en… [ ?] aux autorités algériennes - lors de l’enlèvement de 32 touristes européens. Il est également considéré comme responsable d’une série de rapts, dont celui du Britannique Edwin Dyer et de son exécution, en 2009 et, plus récemment, de cinq Français, un Malgache et un Togolais, le 16 septembre, dans le nord du Niger, à Arlit (affaire toujours en cours au moment de la rédaction de ces lignes).
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[13]
En avril, huit terroristes de la mouvance « Salafyya Jihadyya », groupe radical regroupant plusieurs mouvances, ont été arrêtés par les services de sécurité marocains. Ils s’apprêtaient à commettre des attentats. Leur idéologie, la mouvance takfiriste, est apparue en Égypte au milieu des années 70 ; elle est défendue par un courant islamiste violent et ultra-minoritaire au Maroc, qui estime que la société et ses gouvernants sont des impies qui se sont écartés du droit chemin et doivent être éliminés.
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[14]
Le 11 avril 2002, un camion-citerne de gaz naturel bourré d’explosifs saute devant la synagogue tuant 21 personnes (14 touristes allemands, cinq Tunisiens et deux Français) et faisant 30 blessés. L’explosion est d’abord présentée par les autorités tunisiennes comme un accident, mais l’enquête menée conjointement par la Tunisie, la France et l’Allemagne montre rapidement qu’il s’agissait d’une attaque délibérée.
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[15]
Leur plan était de faire exploser simultanément, le jour de l’an avant le passage à 2007, les ambassades américaine et britannique, puis de faire diversion en procédant à des explosions de nature à permettre au groupe armé de quitter le périmètre des opérations sans dommages. Le groupe a été anéanti avant qu’il ne passe à l’action contre les ambassades du Royaume Uni et des U.S.A., grâce à la collaboration active des services secrets algériens, qui avaient prévenu leurs homologues tunisiens que quelque chose était en préparation dans leur pays.
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[16]
Le journaliste algérien Mohamed Mokeddem - alias Anis Rahmani - dans un ouvrage paru le 28 octobre 2010 à l’occasion de la Foire du livre d’Alger (« Al-Qaïda au Maghreb islamique, contrebande au nom de l’islam » Éditions Casbah) assure que le commerce du rapt fait vivre AQMI. « Les rançons sont utilisées pour l’achat de munitions et d’armements. Ce marché est très important au Mali et au Niger », où des militaires et d’anciens rebelles Touaregs vendent leur matériel. Une partie des fonds, assure-t-il, est blanchi notamment « dans le fast-food et le transport ».
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[17]
En 2009, Paris a repris sa coopération militaire avec Nouakchott. Les 11 et 12 octobre 2009, le chef d’état-major des armées français s’est rendu en Mauritanie. La France contribue depuis ainsi à la formation de la police, de la gendarmerie et des forces spéciales. Elle partage en outre des informations avec les services mauritaniens.
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[18]
Cf. plus loin, « AQMI et les prises d’otages »
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[19]
Assassiné le 31 mai 2009 après 5 mois de captivité et une négociation longue mais continue avec Londres, l’ultimatum des ravisseurs ayant été plusieurs fois reporté. La fermeté du gouvernement britannique à ne pas vouloir négocier de rançon pour la libération de l’otage a conduit l’organisation terroriste à assassiner l’otage britannique le 31 mai 2009 (peut-être abattu par balles, puis décapité par la katibat d‘Abdelhamid Abou Zeid).
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[20]
Source officieuse non recoupée.
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[21]
Les milices islamistes Chabab se réclament de la nébuleuse Al-Qaïda. Dans une Somalie qui a sombré dans le chaos, le gouvernement en place ne contrôle qu’un quartier autour de la Présidence. Le reste du pays est aux mains des islamistes, dont les deux principales mouvances sont les milices Chabab, un autre groupe fondamentaliste, le Hizb Al Islam, sans compter les pirates du golfe d’Aden.
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[22]
Affaire toujours en cours à l’heure de la rédaction de ces lignes
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[23]
Ainsi, au cours du mois d’août, 25 Français travaillant dans l’est du Burkina Faso, frontalier du Niger, ont été amenés à se replier sur la capitale burkinabè, après des allégations de menaces d’enlèvement.
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[24]
Le 29 novembre 2009, trois coopérants espagnols (Alicia Gamez, Roque Pascual et Albert Vilalta) sont enlevés au nord-ouest de Nouakchott, en Mauritanie, par AQMI qui revendique le rapt. Alicia Gamez est libérée le 10 mars 2010. Le 23 août, annonce officielle de la libération des deux autres volontaires espagnols, contre forte rançon, précédée de l’extradition vers le Mali de l’auteur de l’enlèvement, « Omar le Sahraoui », dont le retour dans ce pays était une des exigences d’AQMI.
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[25]
Enlevé le 26 novembre 2009 à Ménaka, au Mali. Il est libéré le 23 février 2010, peu après l’élargissement par les autorités du Mali de quatre islamistes (dont deux Algériens) emprisonnés. AQMI réclamait également une importante rançon dont le montant n’est pas précisé.
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[26]
Ce qui valut à l’otage Edwin Dyer – cf. supra – d’être exécuté par AQMI.
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[27]
« Je dis à ceux qui sont au maquis et à ceux qui voudraient le rejoindre que l’action armée en Algérie est illégitime, et c’est pécher que de rester là-bas… L’Etat a ouvert les portes de la réconciliation pour toutes les personnes désireuses de déposer les armes. Il faut donc saisir l’opportunité et revenir vers la société. Comme preuve, nous sommes revenus, et rien ne nous est arrivé ». Mis en ligne le 5 juillet 2009 par le site Echorouk Online : http://www.echoroukonline.com/ fra/index.php?news=4602
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[28]
« Liste récapitulative concernant Al-Qaïda, Oussama ben Laden, les Taliban et autres personnes, groupes, entreprises et entités qui leur sont associés » ; Comité de sécurité mis en place conformément à la résolution 1267 de l’O.N.U. concernant Al-Qaïda, les Taliban et les individus et entités associées.
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[29]
Le 22 janvier 2009, quatre touristes européens (deux Suisses, un Allemand et un Britannique) sont enlevés dans la zone frontalière entre le Mali et le Niger. Deux sont relâchés rapidement, mais le 3 juin, AQMI annonce avoir tué le Britannique, Edwin Dyer. Le troisième ressortissant suisse - Werner Greiner – est relâché le 14 juillet 2009 après avoir été détenu au Mali et qu’une rançon de trois à cinq millions d’euros ait été versée ; il aurait été le témoin de l’exécution du Britannique.
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[30]
Le Directeur général des affaires politiques et de la sécurité internationale au ministère des affaires étrangères algérien, Monsieur Dani Benchaâ, aurait affirmé le 11 décembre 2010 devant des officiers de l’OTAN en visite en Algérie que « … la Libye, le Tchad et le Maroc, … n’ont jamais fait de demande d’intégration dans le commandement intégré de Tamanrasset » (source : El Annabi ; 11.12.2010).
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[31]
Sa mission : collecter les informations sur le terrorisme dans la région du Sahel et les mettre à la disposition du centre opérationnel militaire du Sahel installé à Tamanrasset.
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[32]
Vis-à-vis des pays du Sahel, les États-Unis ont mis en place depuis plus d’une dizaine d’années un vaste programme multinational de renforcement des capacités antiterroristes dans la région transsaharienne , auquel le Département d’Etat consacre jusqu’à 150 millions de dollars par an.
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[33]
Commandement interarmées des USA pour l’Afrique, dont l’état-major est basé à… Stuttgart, en RFA.
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[34]
« Nous sommes ici pour une coopération et un partenariat continus et espérons dans la poursuite de cette relation avec les forces armées algériennes », a ajouté le général américain.
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[35]
Malgré l’inscription de l’Algérie dans la liste américaine des « pays à risques » vis-à-vis de la sécurité des transports.
1 Le terrorisme est une conséquence en même temps qu’une manifestation exacerbée des déséquilibres qui touchent le Maghreb ; on peut dans cette perspective associer à cette menace tous les trafics qui ont aujourd’hui la Méditerranée dans son ensemble pour théâtre. Tout cela est lié. Le terrorisme n’est certes pas en lui-même la menace majeure qui pèse sur la sécurité du Bassin. C’est toutefois un phénomène qui s’impose à tous, qui peut frapper n’importe quand, n’importe où, de façon soudaine, violente, aveugle. Il échappe à toutes les logiques dans lesquelles on pourrait être tenté de chercher à l’enfermer. Ce fléau compromet à lui seul la stabilité, plus uniquement du Maghreb, mais aujourd’hui de tout le nord de l’Afrique continentale ; il s’y nourrit des injustices ainsi que de l’absence de progrès économiques et sociaux, et s’appuie sur une situation sécuritaire confuse dans l’ensemble de la bande sahélienne. Son ambition déclarée est de s’étendre au bassin méditerranéen occidental dans son ensemble, sans souci des frontières.
2 Deux événements en particulier sont gravés dans les mémoires :
- les attentats de Madrid du 11 mars 2004 : 191 morts, plus de 1800 blessés ;
- les attentats de Casablanca du 16 mai 2003 : 45 morts, plus de 100 blessés [1].
4 Ce terrorisme est très actif en Algérie, mais sa vocation régionale ne cesse de s’affirmer comme le révélèrent déjà à leur époque les deux tragiques événements cités ci-dessus. Ainsi il existe, nous le verrons, des cellules radicales au Maroc, en Tunisie, en Mauritanie et plus généralement dans l’ensemble du Sahel. C’est un phénomène évolutif, et Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI [2]) – son principal acteur, comme nous allons le voir – s’est taillé une ambition régionale depuis son investiture par l’échelon central de l’organisation d’Oussama Ben Laden. S’affranchir des frontières est d’ailleurs cohérent avec son idéologie islamiste. Parallèlement, de nombreux Maghrébins se sont engagés dans les phalanges d’Al-Qaïda sur les terres de djihad (Afghanistan [3] et Bosnie dans les années 90, Iraq et Yémen).
Qui est-il ?
5 Un peu d’histoire. Il faut faire remonter l’origine du terrorisme aux élections locales en Algériede 1990, le premier véritable scrutin libre, puis aux élections législatives de décembre 1991, à l’issue desquelles les militaires décidaient de mettre un terme au processus électoral. Des sympathisants du FIS s’engagèrent alors dans une lutte armée contre l’État, en créant l’Armée Islamique du Salut (AIS) [4]. D’autres groupes rebelles vont naître dans ce pays, notamment le Groupe Islamique Armé (GIA) – ou les GIA pour tenir compte de la nature morcelée de cette mouvance – qui va lui-même donner naissance par dissidence en 1998 au Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC), fondé par Hassan Hattab, son premier émir. Dès sa création, le GSPC va chercher à se démarquer du GIA, considérant ce dernier comme trop violent car n’épargnant pas dans ses actions les victimes civiles. Dans le même temps, il revendique d’élargir la lutte à l’international : la France, la Mauritanie sont les premières cibles extérieures déclarées. Ce groupe, composé à sa naissance d’environ 500 personnes au maximum, compte dans ses rangs de nombreux « vétérans » du djihad en Afghanistan, justement appelés les « Afghans ». Le groupe fit parler de lui au plan international après avoir été accusé de la préparation d’un attentat contre la cathédrale de Strasbourg et son Marché de Noël en décembre 2000, confirmant ainsi sa stratégie d’extension de la menace hors du territoire algérien, et son intérêt pour frapper la France. Dans une déclaration vidéo diffusée le 11 septembre 2006, le numéro deux d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, révèle que le GSPC a fait allégeance à son organisation. Le 25 janvier suivant, ce groupe change de nom et devient Al-Qaida au pays du Maghreb islamique (AQMI). Le mouvement se fixe désormais pour mission de montrer son « efficacité » sur le territoire algérien tout en fédérant les organisations salafistes d’Afrique du Nord. Il n’y parviendra que partiellement (cf. plus loin). Son chef depuis 2004, Abdelmalek Droukdal, est promu émir [5]. Dans une interview [6] accordée au New-York Times qui consacre au groupe un long article le 1er juillet 2008, il affirme que ses troupes sont essentiellement constituées de militants algériens, au nombre de deux à trois cents rassemblés autour de lui dans les maquis en Kabylie.
Comment AQMI se manifeste-t-il ?
6 Pour consacrer son adoubement par « La Base », AQMI procède le 11 décembre 2007, dans deux quartiers d’Alger, à deux attentats suicides successifs respectivement contre les locaux de la Cour Suprême et du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR). Ces actions provoquent plus d’une soixantaine de morts dont une dizaine pour le personnel de l’UNHCR. C’est à ce jour la manifestation la plus emblématique de l’action d’AQMI envers les institutions et les emblèmes du pouvoir algérien, en même temps que contre les représentations et intérêts étrangers et/ou multinationaux. Les attentats suicide et ceux utilisant des véhicules piégés se poursuivront en 2008, visant principalement les forces de l’ordre - dans leurs infrastructures ou en opérations - alors que celles-ci sont lancées dans une vaste campagne nationale d’éradication. AQMI menaçant alors de recourir de façon plus systématique à ces méthodes meurtrières et aveugles inspirées du djihad en Iraq, ce choix va créer des dissensions dans les rangs de l’organisation : certains craignaient en son sein qu’elle y perde « son âme », ce qui avait déjà été à l’origine de la dissension des GIA et de la création du GSPC. Ainsi, à l’été 2008, si AQMI affirme s’efforcer d’« épargner les innocents », ses communiqués rappellent toutefois la « légitimité » des cibles étatiques et étrangères comme relevant du « djihad pur », justifiant ainsi contre elles le recours à l’attentat suicide. Alors qu’historiquement le GSPC visait essentiellement les représentations du pouvoir algérien – surtout l’armée et les forces de sécurité dans leur ensemble – AQMI inclut dans ses cibles les étrangers (dont des entreprises), principalement des occidentaux [7], ainsi que des grands chantiers internationaux : AQMI appelle, dans ses communiqués, à faire « cesser la spoliation des richesses des territoires de l’Umma » par les sociétés étrangères avec la complicité du régime algérien.
7 AQMI s’est manifestée :
- Tout d’abord par des actions de type « guerilla », c’est-à-dire des actions armées ponctuelles, violentes, spectaculaires et médiatiques, s’inspirant de la guerre menée par les fondamentalistes Islamistes en Iraq, les cibles étant essentiellement les symboles du pouvoir et de l’action de l’Etat (qualifiés d’« apostats »). L’organisation fait en l’espèce la démonstration de ses capacités à mener des attaques surprises et rapides, bien planifiées et organisées, contre les forces de sécurité en plein jour et parfois en centre-ville, comme à monter des embuscades meurtrières hors milieu urbain. Enfin, elle est capable de procéder à des assassinats ciblés, mener des incursions dans les agglomérations moyennes, ou de procéder à des rapts de personnes pour obtenir des rançons dont le montant pour les ressortissants Algériens varie selon les moyens financiers estimés de la famille ;
- Par l’utilisation d’engins explosifs improvisés télécommandés (de moins en « improvisés » ! Ce sont les mêmes qui causent le plus de pertes en Afghanistan), qui demandent peu de moyens et surtout permettent aux combattants d’obtenir des résultats meurtriers sans s’exposer directement.
9 Mais AQMI se manifeste aussi :
- Par un recours jusque là inédit aux attentats suicides ;
- Par la prise en compte de cibles étrangères (principalement occidentales mais pas seulement) ;
- Par une organisation opérationnelle adaptée à une action au plan régional et plus uniquement national ;
- Par un recours de plus en plus fréquent aux enlèvements de ressortissants occidentaux.
Comment AQMI est-il organisé ?
11 L’organisation est scindée en quatre (cinq selon certains) « régions militaires » d’inégale importance stratégique. Deux sont réellement actives :
- la région de la zone Est, qui regroupe la zone côtière à partir de la banlieue orientale d’Alger (ce « quadrilatère maudit » qui regroupe la périphérie est d’Alger, Boumerdès, Tizi Ouzou, Bouira, qui fut déjà celui des « Fils de la Toussaint » dès 1954), puis s’étend à l’intérieur en incluant la Kabylie et les Aurès où son Q.G. est implanté. Cette zone concentre la majorité des combattants les plus aguerris et les maquis les plus actifs depuis mars 2007, les plus dangereux pour le pouvoir algérien.
- la région dite Sud : elle s’étend en pratique sur le reste du territoire jusqu’aux frontières sahéliennes. A partir de bases (les katibats, les unités opérationnelles [8]) stationnées à la frontière sud et depuis le Nord-Mali, les éléments d’AQMI peuvent se déplacer rapidement dans l’ensemble de la zone sahélienne [9]. La région est placée sous l’autorité de Yahia Djouadi [10].
13 AQMI n’a pas réussi à s’organiser de façon pyramidale et centralisée comme l’était le GSPC. Cette caractéristique rend néanmoins son action plus imprévisible et elle est donc moins vulnérable, plus difficilement pénétrable par les forces de sécurité. L’organisation a mis en place, à l’image de l’Al-Qaïda de l’épopée afghane de Ben Laden, un conseil consultatif de 16 membres, dirigé par Abdelmalek Droukdal. Mais les katibat peuvent parfois agir sur le terrain avec une certaine indépendance et souvent selon des objectifs propres, surtout dans le sud. Ainsi Mokhtar Belmokhtar [11] ne paraît pas partager les mêmes aspirations qu’un autre chef de groupe qui a fait beaucoup parler de lui ces derniers mois, Abdelhamid Abou Zeïd [12], responsable des derniers enlèvements d’otages occidentaux et de l’assassinat d’au moins l’un d’entre eux (cf. plus loin). Ces deux chefs sont en théorie coordonnés par Yahia Djoudadi, appelé encore « l’émir du Sahara », bras droit d’Abdelmalek Droukdal.
Au niveau du Maghreb
14 La régionalisation de la lutte est l’objectif stratégique revendiqué par AQMI depuis son investiture par Al Qaïda « centrale », sans souci des frontières. Qu’en est-il au Maghreb ?
- Au Maroc, des réseaux islamistes nationaux sont actifs. La menace y est composée de mouvances locales : le Groupe islamique combattant marocain (GICM) qui a par le passé tenté d’établir des liens non structurels avec AQMI est la plus importante. La Salafyya Jihadyya [13] en est une autre. A ce stade, certaines cellules ont une double fonction, à la fois logistique et de planification d’opérations sur le territoire marocain uniquement. Les risques y sont non négligeables, si l’on prend en compte le retour de recrues et de combattants marocains qui ont été formés par AQMI dans la zone sahélienne.
- La Tunisie est le pays du Maghreb à ce jour le plus épargné, malgré l’attentat suicide contre la synagogue de La Ghriba [14] (île de Djerba) en avril 2002, puis les affrontements dans la région du Cab Bon [15] du 23 décembre 2006 au 6 janvier 2007, enfin l’enlèvement de deux touristes autrichiens dans le sud près de la frontière algérienne, le 22 février 2008, par la katibat Tariq Ibn Ziad.
- En Libye, on a pu observer à compter de 2006 une recrudescence de l’activité islamiste, s’étendant de la Cyrénaïque au reste du territoire. Le groupe le plus actif est le Groupe islamique combattant libyen (GICL). Il a fait allégeance à Al-Qaïda le 3 novembre 2007. Depuis, le GICL a été très affaibli et n’est plus en mesure de mener des opérations par lui-même. Il ne se consacre plus guère qu’à des actions de logistique au profit d’AQMI.
16 On l’aura compris, l’implantation d’AQMI en tant que telle dans les autres pays du Maghreb n’est pas avérée. Tout au plus l’organisation y dispose-t-elle de groupes sympathisants ou servant de relais, idéologiques, logistiques parfois.
AQMI au Sahel
17 AQMI confirme sa vocation régionale en évoluant à sa guise dans une zone sahélienne livrée aux trafics en tous genres : cigarettes, drogues, armes... Les islamistes participent à la contrebande qui constitue aujourd’hui, avec les enlèvements d’étrangers et le commerce de ces otages, une importante source de revenus pour l’organisation [16] :
- En Mauritanie : depuis la fin de 2007, ce pays est devenu une cible privilégiée et un terrain de chasse d’AQMI et de ses affidés régionaux et nationaux. Ce vaste territoire, très peu peuplé, est mal contrôlé par l’État. Ses frontières avec l’Algérie et le Mali, mal surveillées, sont aisées à franchir. La police et l’armée mauritaniennes n’ont pas été formées pour faire face à un terrorisme transfrontalier dans cette immensité désertique. Leur équipement est dépassé et insuffisant, même si le pays peut aujourd’hui compter sur la France, après une longue période de désintérêt en matière de coopération militaire et de sécurité [17]. AQMI a commencé à prendre la Mauritanie pour cible à Noël 2007, avec l’assassinat de quatre touristes français, conformément aux engagements de son émir. Depuis, c’est une série noire qui a vu dernièrement l’enlèvement de trois ressortissants espagnols en novembre 2009, puis d’un couple italo-burkinabè en décembre suivant… AQMI varie ses méthodes et ses cibles, frappe dans le nord comme dans le sud d’un pays dans lequel l’organisation trouve aisément des relais locaux. La France a participé à (ou a conduit ?) une opération militaire conjointe le jeudi 22 juillet 2010 dont l’objectif annoncé était de faire échec à un projet d’attaque de la part d’AQMI contre des objectifs mauritaniens. Mais le but réel était la libération de l’otage français Michel Germaneau [18], dont on restait alors sans nouvelles, enlevé par la même cellule qui avait exécuté l’otage britannique Edwin Dyer [19]. L’opération de force s’est déroulée au Mali, non loin de la frontière mauritanienne.
- Au Mali : avant le 30 août 2008, suite à l’arrestation par les autorités maliennes de deux ressortissants mauritaniens se réclamant d’AQMI (avec explosifs et ceintures pour attentats suicides), le pays était une zone de refuge et de transit pour les trafics alimentant les groupes irrédentistes. L’émir de la région sud a alors menacé de rompre le pacte de non-agression mutuelle qui prévalait jusque là entre ses katibat et les autorités. Au lendemain de l’assassinat d’un otage britannique, celles-ci ont prévenu qu’elles allaient livrer une « lutte sans merci » contre les combattants islamistes. Après l’assassinat d’un officier malien, le 10 juin 2010 à Tombouctou, l’armée malienne passait pour la première fois à l’offensive contre des membres d’AQMI. Le bilan aurait été de 16 à 26 islamistes armés tués [20]. Une embuscade tendue par un groupe armé commandé par l’omniprésent Abou Zeid contre des gardes-frontières algériens coûta la vie à 11 d’entre eux, le 30 juin 2010 à 600 km de Tamanrasset, non loin de la frontière : les autorités maliennes accordèrent officiellement à cette occasion aux soldats de la 3e région militaire algérienne un droit de poursuite sur leur territoire. Dix jours plus tôt, cette unité GGF de la région de Tin Zawatine aurait éliminé quatre hommes armés, et parmi eux un Somalien, rapidement identifié comme un dirigeant important des milices Chabab [21]. Selon toute vraisemblance, l’émissaire somalien était en route pour les maquis de Kabylie, pour y rencontrer en son fief Abdelmalek Droukdel, l’émir d’AQMI. Al-Qaïda – que d’aucuns décrivent comme anéantie – fait ainsi la démonstration qu’elle se donne encore les moyens d’assurer une cohérence idéologique et opérationnelle entre ses franchises.
- Au Niger : le 18 février 2009, deux diplomates onusiens de nationalité canadienne, le diplomate Robert Fowler, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour le Niger, et son collègue Louis Guay, sont enlevés après une visite dans une mine d’or à Samira, à l’ouest de Niamey. Depuis 2006, ce sont plusieurs prises d’otages qui ont eu lieu dans ce pays (voir plus loin), et qui vont se poursuivre jusqu’à l’enlèvement, le 16 septembre dernier de cinq Français, un Togolais et un Malgache – pour l’essentiel des salariés des groupes français AREVA et SATOM - dans la région minière d’Arlit, dans le nord du Niger [22].
19 Grâce à son implantation dans plusieurs bases en Mauritanie, au Mali et au Niger, AQMI a conforté sa stratégie régionale et pourrait maintenant vouloir étendre son champ d’opérations au Burkina Faso, un pays jusque-là épargné par le terrorisme intégriste. Dans cette logique, ses éléments font tout pour signer leur présence dans le Sahel, en particulier par des enlèvements, et créer de ce fait la panique au sein des communautés étrangères [23].
AQMI et les prises d’otages
20 L’organisation a fait la preuve de sa capacité d’enlever et mettre au secret pendant plusieurs mois des étrangers dans une région vaste et difficile à contrôler. En échange de ces otages, le groupe réclame systématiquement la libération de prisonniers islamistes, ainsi que de fortes rançons. Le journaliste algérien Mohamed Mokeddem - alias Anis Rahmani - assure que le commerce du rapt fait vivre AQMI. C’est un ancien rebelle targui repenti, le diplomate Iyad Ag Gali, qui aurait été dépêché au nord du Mali par le président Amadou ToumaniTouré pour rentrer en contact avec un chef tribal faisant office d’intermédiaire avec AQMI pour négocier la libération de trois otages espagnols [24], mais aussi celles de l’otage français Pierre Camatte [25] ainsi que des deux Italiens capturés en Mauritanie en décembre 2009. Cette intermédiation laisse supposer que des relations, voire des coopérations, existent entre les groupes touareg de la région et les katibat d’AQMI.
La problématique des rançons
21 La France a affirmé ne pas avoir versé de rançon pour obtenir la libération de Pierre Camatte. Officiellement, la position des autorités françaises reste intangible en ce sens, comme celle du Royaume-Uni [26]. Cet otage fut relâché peu après la décision de la justice malienne de libérer quatre membres d’AQMI arrêtés en avril 2009 en possession d’armes de guerre et de munitions. Les ravisseurs menaçaient d’assassiner Pierre Camatte si ces hommes restaient en prison. Alger a dénoncé la libération de ces islamistes, dont deux étaient des nationaux au sujet desquels elle avait officiellement demandé au Mali une extradition. L’Algérie estima qu’il s’agissait en l’espèce d’« un développement dangereux pour la sécurité et la stabilité dans la région sahélo-saharienne ».
Les trois axes de la politique algérienne d’éradication du terrorisme
22 D’une part, le gouvernement algérien cherche à convaincre sa population et la communauté internationale que le phénomène terroriste est en voie d’éradication et que rien ne peut s’opposer à la détermination de l’Etat et à l’efficacité de ses forces de sécurité. Il fait en particulier surveiller et contrôler le réseau Internet en Algérie, intensivement utilisé par AQMI pour sa propagande, tout en s’assurant la collaboration d’une presse instrumentalisée qui ne relaie que les discours et déclarations officielles. D’autre part, les forces de sécurité ont développé des méthodes de « guerre psychologique » et de « déception », dont l’objectif est de créer dissensions et méfiance au sein même des groupes terroristes, tout en instillant le doute sur le sens du djihad. Ces méthodes passent aussi par le repentir – ou supposé tel - d’anciens hauts responsables de l’organisation qui auraient abandonné la rébellion en toute bonne foi et bénéficieraient ainsi, malgré la gravité de leurs crimes, de la politique d’amnistie proposée par le président Bouteflika. Ainsi cette confession en juillet 2009 de Hassan Hattab [27], l’émir et fondateur de l’ex-GSPC, qui aurait renié son engagement originel, ce qui lui a valu d’être blanchi et d’être retiré de la dernière « liste récapitulative » des terroristes établie par le Conseil de Sécurité des Nations Unies [28]. Enfin, le gouvernement s’est engagé dans une politique de la « main tendue » voulue par le président de la République. Une politique qui officiellement donne de bons résultats et qui sera relancée prochainement par la promulgation (après référendum) d’une nouvelle amnistie générale qui devrait permettre la réinsertion des membres de l’organisation terroriste qui auront décidé de déposer les armes. Il s’agit de convaincre les citoyens que la politique de la carotte et du bâton porte ses fruits et les terroristes qu’ils n’ont d’autre choix que de se rendre ou périr. L’autre objectif poursuivi est de démontrer aux pays occidentaux que l’Algérie est en train de gagner son pari contre le terrorisme.
Le point aujourd’hui
23 Cette situation a induit pour AQMI d’évidentes difficultés de recrutement que l’organisation parait toutefois surmonter, au moins numériquement. Les groupes de combat anéantis ou amoindris ont obligé AQMI à une réorganisation de ses unités, en complétant les pertes avec des éléments souvent très jeunes et non aguerris.
24 Selon les chiffres officiels, en 2009 les violences en Algérie ont fait près de 510 tués, dont 260 membres d’AQMI et 188 membres des forces gouvernementales. Au 30 septembre 2010 (chiffres officiels) : 138 terroristes ont été tués et 1 blessé – 16 redditions et 199 arrêtés ; pour les forces de sécurité : 91 tués et 273 blessés ; pour la population civile : 43 tués et 45 blessés.
25 Mêmes sujets à caution, ces chiffres font apparaître que la menace terroriste est persistante.
26 La situation sécuritaire se caractérise par une évolution en dents de scie, traversant des périodes de relative accalmie ponctuées par de subites recrudescences de violence. Ceci est du à l’action menée le plus souvent de façon réactive par les forces de sécurité. Le terrorisme cherche donc à les contourner – et non plus à les affronter - en privilégiant des attentats dans des lieux ou contre des cibles moins prévisibles qu’auparavant.
Une prise de conscience internationale ?
27 C’est véritablement à la suite de l’enlèvement par AQMI, en décembre 2008 au Niger, des deux diplomates canadiens et de la prise en otages, en janvier 2009, de quatre touristes européens [29], que des velléités de coopération internationale se sont faites jour. L’Algérie s’est alors placée au cœur d’un dispositif multinational, en tant que puissance régionale. Se sont joints la Mauritanie, le Niger et le Mali. Pour leur part, la Libye, le Tchad, le Burkina Faso s’étaient déjà désolidarisés d’une initiative précédente, ainsi que le Maroc. Mais les divergences d’opinion entre les différents partenaires engagés dans la lutte contre AQMI, s’agissant par exemple du versement de rançons ou de la libération d’islamistes emprisonnés contre la libération d’otages, constituent une limite à ce dispositif de coopération transfrontalier. Des questions se posent aussi quant à l’efficacité réelle d’un état-major sahélien basé à Tamanrasset [30], tel que le propose l’Algérie : disposera-t-il réellement de tous les moyens pour contrer l’action des trafiquants et des terroristes, conformément aux déclarations des responsables politiques ? Même question pour le centre conjoint de renseignement entre ces quatre pays, qui devait être installé le 29 septembre 2010 à Alger par les chefs des services spécialisés nationaux concernés [31]. L’Algérie veut donc se poser en tant que chef de file et locomotive de la lutte contre le terrorisme dans la sous-région du Sahel. Ce pays, qui dispose de tous les atouts pour jouer ce rôle, aura la tâche très difficile s’il n’intensifie pas ses efforts en vue de fédérer les points de vue de tous ses voisins – et non imposer les siens - pour affronter la situation hors de ses frontières, prolongation de celle qu‘elle enregistre et combat à l’intérieur. Une réussite est à ce prix, mais si elles persistent, les rivalités entre capitales seront, à terme, désastreuses pour la région. La série d’enlèvements d’étrangers a placé la zone sahélienne sous les feux de l’actualité internationale. Qu’en est-il alors d’une vraie coopération internationale, associant des puissances occidentales, en particulier les Etats-Unis d’Amérique ? Ces puissances sont-elles les bienvenues ? La réponse de l’Algérie, pour ne citer qu’elle, est schizophrène, et l’action des pays occidentaux n’est ni complémentaire ni même coordonnée, dans une région riche en ressources naturelles convoitées. La lutte d’influence entre des pays comme les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Chine, voire même Israël, y est multiforme et exacerbée. La volonté affichée de longue date par les Etats-Unis de se rapprocher d’Alger sous couvert de la lutte anti-terroriste dans cette partie du monde [32] – coopération qu’ils qualifient d’« absolument essentielle » – est significative de leur politique dans la région, en enfonçant un coin dans les relations entre les Européens – la France surtout – et les pays du nord du continent africain chaque fois que possible. Tout récemment, le 6 décembre 2010 à Alger, le commandant des forces terrestres d’AFRICOM [33], le général David Hogg, a fait état de progrès « très impressionnants » dans la lutte anti-terroriste au Sahel menée par les pays de la région, avec l’Algérie comme chef de file [34]. Les fuites de WikiLeaks ont révélé que la coopération renseignement sur le terrain entre les Etats-Unis et l’Algérie [35] était réelle.
28 La persistance du chômage et des injustices ainsi que l’absence de progrès économiques et sociaux sont autant de facteurs qui jouent en faveur des groupes armés islamistes dans cette région. Car le ressentiment des populations y constitue un terreau dont les thèses islamistes se nourrissent. Ces disparités confortent l’économie informelle, donc les trafics illicites. A leur tour, conjointement aux rançons payées par les pays occidentaux pour libérer leurs otages, ces trafics permettent aux activités terroristes de se financer. Ils participent également au développement de la criminalité et du banditisme, aujourd’hui en forte hausse dans l’ensemble du Maghreb. Car il existe une frontière ténue entre criminalité et activités terroristes. Malgré les déclarations volontaristes, de nombreux obstacles, pas que régionaux, ne permettent malheureusement pas d’envisager une amélioration de la situation à court terme. Les bonnes volontés dénuées d’arrière-pensées ne sont pas (encore) au rendez-vous.