Du grave et du bénin
Pages 559 à 562
Citer cet article
- DE BÉCHILLON, Denys,
- De Béchillon, Denys.
- De Béchillon, D.
https://doi.org/10.3917/comm.179.0559
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- De Béchillon, D.
- De Béchillon, Denys.
- DE BÉCHILLON, Denys,
https://doi.org/10.3917/comm.179.0559
Notes
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[1]
Les peines ont été beaucoup alourdies dans la période récente. Bien sûr, leur élévation ne peut pas rétroagir.
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[2]
Je continue de penser que les collaborateurs du président de la République n’ont rien à faire (ou plutôt à dire) devant des commissions d’enquête parlementaires. La Constitution les charge de contrôler le « gouvernement » et pas la présidence (articles 24 et 51-2). Par ailleurs, et peut-être surtout, notre droit constitutionnel exclut par principe toute forme de mise en cause, directe ou indirecte, de la responsabilité politique du chef de l’État devant le Parlement. On ne peut donc pas, en cohérence, laisser entrer par la fenêtre le loup que l’on a voulu éjecter par la porte. Or c’est évidemment ce qui ne peut manquer d’arriver lorsqu’un collaborateur du Président se voit sommé (sous contrainte de type « pénal ») d’exposer ce que, au bout du compte, le Président a su, vu, connu, dit, décidé, etc.
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[3]
Il y a beaucoup à dire, par parenthèse, sur le mal que le wokisme ambiant fait à la cause des « vraies » victimes, désormais noyées dans un océan de plaintes dérisoires et condamnées par là à rester plus muettes que jamais.
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[4]
S. Saïd écrit ainsi dans La Faute tragique (Maspero, 1978, p. 264) : « Les Perses, à en croire Hérodote, avaient coutume de mettre en parallèle les “fautes” et les services rendus et de ne châtier les coupables que si les premières étaient supérieures aux seconds. C’est pourquoi au livre VI Histiée, l’instigateur de la révolte de l’Ionie, peut espérer n’être pas mis à mort par Darius car il a conscience, comme le reconnaît d’ailleurs le Grand Roi, d’avoir jadis rendu aux Perses de très grands services et d’avoir sauvé l’armée d’un désastre complet. C’est aussi pourquoi, au livre VII, Darius épargne Sandokès, l’un des juges royaux, qui “pour l’argent avait rendu une sentence inique” car, “en faisant le compte” des actes de celui-ci et “en comparant les fautes qu’il avait commises à l’égard de la maison royale et les services qu’il lui avait rendus”, il trouve les seconds supérieurs aux premiers. »
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[5]
Et, si possible, récente. En termes de tolérance rétrospective (et pour s’en tenir à une histoire relativement contemporaine), on a le droit de trouver frappante la différence de traitement qui sépare les années Mitterrand de l’instant présent. Certaines vaches sont sans doute plus sacrées que d’autres. Plus sérieusement, il est vrai qu’Internet et les réseaux sociaux n’existaient pas dans les années quatre-vingt et qu’ils constituent, qu’on le veuille ou pas, le plus grand ventilateur de l’incendie contemporain. Cela se comprend bien, au demeurant : les passions, tristes ou non, se nourrissent d’immédiateté, or c’est elle tout entière qui les fait vivre.
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[6]
Parenthèse profane : je n’ai pas l’impression que les Dieux du football fassent l’objet d’autant d’opprobre lorsque leurs turpitudes justifieraient le même genre de pilori. Il faut croire que le culte de la vertu n’est pas équanimement imposé à tous les riches et à tous les puissants. Mais je m’égare sans doute.
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[7]
D’autant qu’il faudrait élargir beaucoup le spectre, notamment à la haine des élites (sur quoi voir É. Thiers, « L’anti-élitisme, une passion française », Pouvoirs, 2017/2, n° 161, p. 19-29), et à « l’égodémocratie » comprise comme passion de soi-même en « résistant » imaginé (sur quoi, du même auteur, « La désobéissance civile : entre Antigone et Narcisse, l’égodémocratie », Pouvoirs, n° 155, 2015/4, p. 55-72).
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[8]
Voir D. de Béchillon, « Le mélenchonisme est une forme inquiétante d’infantilisme », L’Express, 2 juin 2022, p. 70.
On n’a peut-être pas suffisamment observé que ça tombait comme à Bouvines. Le personnel politique n’est pas seulement poursuivi et jugé sur un rythme inédit. Il est aussi condamné, et avec une grande sévérité. La peine de prison ferme n’est plus taboue – François Fillon et Nicolas Sarkozy en savent quelque chose. Son exécution proprement carcérale n’est plus impossible – Patrick Balkany et Claude Guéant en ont tâté. Quant au sursis, il se prononce d’ordinaire, désormais, comme une espèce de minimum syndical en deçà duquel les tribunaux s’avoueraient presque magnanimes si ce n’est complices, y compris là où ils confessent n’avoir pas grand-chose de bien terrible à reprocher au prévenu. Bref, ça tape.
Trop fort, à tout le moins par comparaison avec ce que l’on observe dans d’autres domaines de la vie pénale ? Je le pense, alors pourtant que je n’entretiens aucune illusion sur la possibilité de classer objectivement la gravité des actes et des délits ni ne crois en l’existence d’un droit – et donc d’un trébuchet – « naturel ».
Choses vues, et choisies haut dans la hiérarchie des horreurs. Pédophilie intrafamiliale. Le grand-père joue sexuellement de sa petite-fille. Ça dure des années, depuis l’âge de 8 ou 10 ans. Des centaines de fois au bout du compte. Personne ne voit rien, ou ne veut rien voir. Elle ne raconte son calvaire que bien après sa majorité. Tout le monde se réveille. On interroge l’abuseur. Il édulcore mais il avoue. Pénétrations (c’est le critère du viol) …
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