Article de revue

Souvenirs de la IIIe République (II)

Pages 629 à 642

Citer cet article


  • Pomaret, C.
(2020). Souvenirs de la IIIe République (II) Commentaire, Numéro 171(3), 629-642. https://doi.org/10.3917/comm.171.0629.

  • Pomaret, Charles.
« Souvenirs de la IIIe République (II) ». Commentaire, 2020/3 Numéro 171, 2020. p.629-642. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-commentaire-2020-3-page-629?lang=fr.

  • POMARET, Charles,
2020. Souvenirs de la IIIe République (II) Commentaire, 2020/3 Numéro 171, p.629-642. DOI : 10.3917/comm.171.0629. URL : https://shs.cairn.info/revue-commentaire-2020-3-page-629?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/comm.171.0629


Notes

  • [1]
    Voir le livre de C. Pomaret, Le Dernier Témoin, Presses de la Cité, 1968, p. 294 sq.Vincent Auriol (1884-1966), avocat à Toulouse, admirateur de Jaurès, député de Muret de 1914 à 1940. Il préside la commission des finances de la Chambre sous le Cartel des gauches (1924-1926). Ministre des Finances de Léon Blum en 1936, puis garde des Sceaux dans le gouvernement Camille Chautemps qui suit. Détenu, comme Pomaret, à Pellevoisin et à Vals-les-Bains de septembre 1940 à l’été 1941, il rejoint Londres en 1943 et en accord avec Blum rallie le général de Gaulle. Il sera ministre d’État dans le gouvernement de Gaulle, président de l’Assemblée constituante en 1946, président de l’Assemblée nationale toujours en 1946 et président de la République de janvier 1947 à janvier 1954. Sous la Ve République, membre de droit du Conseil constitutionnel, il s’opposera vivement à l’interprétation référendaire de la Constitution par le général de Gaulle. Son Journal du septennat a été publié, il s’agit en fait de la transcription de ses entretiens, il constitue une source prodigieuse d’informations politiques. Il soutiendra François Mitterrand en 1965.
  • [2]
    César Chabrun (1880-1934), député de la Mayenne de 1919 à 1932, sous-secrétaire d’État à l’enseignement technique et aux beaux-arts en 1930, pendant une semaine. Catholique, professeur de droit aux Facultés libres de Lille et de Paris. À la fin de sa vie, il a joué un rôle à la Ligue des droits de l’homme, que sa femme poursuivra. Elle deviendra communiste pendant la guerre.
  • [3]
    Le journaliste André Algarron (1909-1980), chef du service politique du Petit Parisien sous l’Occupation. Il a rejoint le PPF en 1942 et il se réfugia en Allemagne avec Doriot en 1944. Condamné à mort en 1946, il est gracié par Vincent Auriol, il fait de la prison et termine sa vie en traduisant (sous le pseudonyme de Bernard Tourville) l’œuvre de Conan Doyle.
  • [4]
    Fernand Bouisson (1874-1959) d’une famille d’industriels marseillais. Grand joueur de rugby à l’OM (il fut même international). Maire d’Aubagne en 1906, député de 1909 à 1940, président de la Chambre des députés de 1927 à 1936, président du Conseil pendant quatre jours, le 1er juin 1935, d’un gouvernement comprenant Laval, Herriot, Caillaux, Mandel et Pétain. Mais la présence de Caillaux en son sein fut insupportable à la Chambre qui refusa la délégation de pouvoirs qu’il demandait. Il a été socialiste indépendant, SFIO, puis républicain-socialiste. Il était aussi, avant la guerre, maire de La Ciotat et il a voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.
  • [5]
    J’ignore et n’ai pu découvrir le nom de l’universitaire, futur membre de l’Académie des sciences morales et politiques, qui servit de « plume », comme on dit, à Fernand Bouisson.
  • [6]
    Sans doute Paul Ramadier (1888-1961), maire de Decazeville dans l’Aveyron de 1914 à 1941 puis de 1945 à 1959. Longtemps député de l’Aveyron, il fut ministre en 1936 et 1938, président du Conseil sous la IVe en 1947 (il écarta les communistes du gouvernement). On sent au ton de ce propos combien, sous la IIIe, la préfectorale devait être au service de ceux que Tardieu rangeait dans la « profession parlementaire ».
  • [7]
    L.-O. Frossard (1889-1946), instituteur et militant socialiste, un temps communiste (de 1920 à 1923), revient à la SFIO ; ministre en 1938 et 1940, il vote les pleins pouvoirs au Maréchal en juillet 1940. Il est le père d’André Frossard, écrivain catholique et remarquable journaliste du Figaro.
  • [8]
    Eugène Lautier (1867-1935), journaliste de politique étrangère au Temps puis au Figaro, député de 1924 à 1932. Sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts dans le gouvernement Tardieu de 1930. Il serait l’inventeur de la formule centriste : « En politique, il faut savoir couper l’omelette aux deux bouts. »
  • [9]
    Philip Snowden (1864-1937), travailliste, chancelier de l’Échiquier en 1924 et en 1929-1931 dans le gouvernement Ramsay Mac Donald. Partisan de la rigueur budgétaire et du libre-échange.
  • [10]
    Henry Chéron (1867-1936), avocat, radical, plutôt conservateur, maire de Lisieux, député du Calvados de 1906 à 1913, sénateur de 1913 à 1936, de nombreuses fois ministre, entre 1906 et 1934, à la Justice, au Travail, aux Finances, à l’Agriculture. Il a joui d’une grande popularité en Normandie et dans le reste du pays.
  • [11]
    Victor Bérard (1864-1931), ancien élève de l’École normale supérieure, puis de l’École française d’Athènes, sénateur du Jura de 1920 à 1931 et président de la commission des affaires étrangères. Il est célèbre par sa traduction de L’Odyssée et par ses Navigations d’Ulysse (Armand Colin, rééditées en 1971) ; il a écrit de nombreux ouvrages sur l’Asie, la Russie, la Perse, le Proche-Orient, l’Empire britannique qui ont inspiré la réflexion sur la politique mondiale au début du xxe siècle. Certainement un des « esprits supérieurs », comme disait Raymond Aron, dans la politique de l’époque.
  • [12]
    Alexandre-Marie Bracke-Desrousseaux (1861-1955), fils d’Alexandre Desrousseaux (1820-1892), poète et compositeur, auteur de la berceuse Le P’tit Quinquin. Celui que l’on appelait Bracke, ancien élève de l’École normale supérieure et de l’École de Rome, ami de Guesde et de Jaurès, traducteur de Marx, helléniste réputé, enseigna à la faculté de Lille et à la Sorbonne, joua un grand rôle au parti socialiste tout au long de sa vie et défendit sans relâche les études classiques.
  • [13]
    Région de Bugey, dans le département de l’Ain.
  • [14]
    Léon Bérard (1876-1960), Béarnais, collaborateur de Poincaré et avocat à Paris, député des Pyrénées-Atlantiques de 1910 à 1927, puis sénateur de 1927 à 1940. Sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts en 1912, ministre de l’Instruction publique en 1919, puis de 1921 à 1924. Il releva le traitement des enseignants et rendit le latin obligatoire en 6e (puisque le français est un néo-latin). Il sera garde des Sceaux en 1931 et en 1935. Il est élu à l’Académie française en 1934. Il vota les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en 1940 et fut le représentant de la France au Vatican pendant toute la durée de la guerre.
  • [15]
    Il s’agit du livre de L. Barthou, Le Politique, Hachette, 1932.
  • [16]
    Anatole de Monzie (1876-1947) député et ministre radical dont Pomaret était proche et qu’il admirait.
  • [17]
    Pierre Benoit (1886-1962), de l’Académie française. Le grand romancier, avant de vivre de sa plume, était fonctionnaire au ministère de l’Instruction publique ; il en dirigeait la bibliothèque quand il le quitta en 1923.
  • [18]
    René Seyssaud (1867-1952), peintre provençal, précurseur du fauvisme.
  • [19]
    Lié à Anatole de Monzie, Pierre Benoit s’installa à Saint-Céré et devint amoureux du Quercy auquel il consacra des romans comme Le Déjeuner de Sousceyrac en 1931.
  • [20]
    Alexandre Bérard (1859-1923), magistrat, puis avocat, député de l’Ain à partir de 1893, sénateur à partir de 1908. Ministre dans les gouvernements Combes (1902-1905) et Sarrien (1906), vice-président du Sénat, il était anticlérical, franc-maçon et, pour les mêmes raisons, opposé au droit de vote des femmes.
  • [21]
    Jean Cazelles (1860-1924), avocat, sénateur du Gard de 1920 à 1924.
  • [22]
    Edmond Couve (1865).
  • [23]
    François Pietri, né à Bastia en 1882, mort à Sartène en 1966. Sa mère, Clorinde, était de la famille des Gavini. Inspecteur des finances, il a dirigé les Finances du Maroc au temps de Lyautey. Député de la Corse de 1924 à 1940, président du Conseil général, il a été ministre de nombreuses fois. Il a voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940, à la différence de ses compatriotes César Campinchi (député) et Paul Giacobbi qui venait, en 1938, d’être élu sénateur de Bastia contre Adolphe Landry qui s’était à nouveau porté candidat au Sénat. Durant toute la guerre il sera ambassadeur à Madrid.
  • [24]
    D’autres candidats auraient été sur les rangs, dont Jules Jeanneney, le président du Sénat, et Fernand Bouisson, comme on l’a vu, qui avait été président de la Chambre des députés de 1924 à 1936. Mais Daladier persuada Lebrun de se représenter.
  • [25]
    René Clair (1898-1981) fut, en 1960, le premier cinéaste élu à l’Académie française.
  • [26]
    Il est né à Ajaccio en 1874 et il est mort à Paris en 1956. Ancien élève de l’École normale supérieure, il fut historien, économiste et démographe. Député, puis sénateur de la Corse de 1910 à 1956, il fut aussi maire de Calvi. On lui doit, en 1931, la généralisation des allocations familiales, et il a inspiré, en 1938 et 1939, le Code de la famille. Il est l’inventeur, en matière fiscale, du « quotient familial ». Il guida Alfred Sauvy vers la démographie et présida l’INED, à sa création, en 1945. En 1956, à sa mort, Alfred Sauvy lui a consacré dans Population, la revue de l’INED, un magnifique article.
  • [27]
    César Campinchi est né en 1882 à Calcatoggio, dans la Cinarca, et il est mort à Marseille en 1941. Avocat au barreau de Paris, membre du Conseil de l’ordre, le jeune Gaston Monnerville fut son collaborateur. Il fut blessé à Verdun. Il a été député de la Corse, de 1932 à sa mort. Il avait été élu, contre Camille Chautemps, président du groupe parlementaire radical-socialiste. Il fut ministre de 1937 à 1940. Il était l’ami de Léon Blum et de Paul Reynaud. Il avait épousé la fille aînée d’Adolphe Landry, Hélène.
  • [28]
    Ce paquebot fut affrété, le 17 juin 1940, pour transporter au Maroc des parlementaires et des hommes politiques désireux de poursuivre la guerre (Édouard Daladier, Pierre Mendès France, Georges Mandel, Jean Zay, César Campinchi et d’autres). Il n’appareilla du Verdon que le 21 juin. Le gouvernement avait changé, Pétain avait remplacé Reynaud démissionnaire. Les passagers furent mal accueillis à Casablanca puis à leur retour en France.
  • [29]
    Né à Port-de-Bouc en 1888, mort à Marseille en 1966. Il a dirigé dans cette ville Le Petit Provençal puis Le Provençal, tout au long, de 1933 à sa mort, et joué un grand rôle politique à Marseille et en Provence. Maire du Peynier en 1934, sénateur radical-socialiste en 1939, puis à nouveau de 1955 à 1966. Son comportement et ses activités pendant l’Occupation prêtèrent à controverses et lui valurent des ennuis, des inimitiés et des interruptions qui ne diminuèrent pas son influence.
  • [30]
    Vincent de Moro-Giafferi, originaire de Brando (U moro est le surnom de son père, Giafferi dette u moro), né en1878 et mort en 1956. Un des plus grands avocats de Paris, son buste orne la salle des pas perdus du palais de justice. Il a défendu Landru et la bande à Bonnot. Il a combattu à Verdun et il revint de la guerre capitaine d’infanterie. Député de la Corse de 1919 à 1928, il sera sous-secrétaire d’État à l’Enseignement technique en 1924 et 1925 mais ce n’était pas son fort. Il retourne au barreau où il excelle. En 1938, il défend le jeune juif allemand Grynszpan qui le 7 novembre a assassiné von Rath, conseiller de l’ambassade d’Allemagne. Pendant l’occupation il réside en Corse. Il participe à l’Assemblée constituante et sera député de Paris de 1946 à sa mort, résidant tantôt à Paris tantôt à Erbalunga. Il fut sans conteste l’un des Corses fameux dans le Paris de l’époque (avec Francis Carco, Claude Farrère, le préfet Chiappe, Horace de Carbuccia et Tino Rossi).
  • [31]
    À la lettre, sous la IIIe comme sous la Ve République, les conseillers d’État ne sont pas des magistrats, même si, en esprit et en fait, ils le sont.
  • [32]
    Fernand Labori (1860-1917) fut l’avocat de Zola, de Dreyfus et d’Henriette Caillaux qui tua le directeur du Figaro, à la suite de la campagne menée contre son mari Joseph Caillaux par ce journal, et fut acquittée. Il fut également député de Seine-et-Marne de 1906 à 1910.
  • [33]
    Fernand de Brinon est né en 1885, il a été exécuté en 1947. D’abord journaliste au Journal des débats, à L’Information, puis au Matin, dans lequel il publie une interview d’Hitler en 1933. Il fonde le Comité France-Allemagne en 1935. En 1940, en raison de ses liens avec Otto Abetz, il est nommé « délégué général du gouvernement » auprès des autorités allemandes à Paris et après la rupture de l’armistice, en 1942, secrétaire d’État et il représente le gouvernement à Paris. Il fut un partisan acharné de la collaboration. Jugé en 1947, il fut condamné à mort et fusillé.
  • [34]
    André François-Poncet était ambassadeur à Berlin de 1931 à 1938.
  • [35]
    Léon Maurice Nordmann, né en 1908, avocat et résistant dans le réseau du musée de l’Homme qui publia dès 1940 le journal Résistance. Il fut arrêté puis jugé par un tribunal militaire allemand pour la rédaction et la distribution de ce journal clandestin. Il tint tête à ses juges et fut condamné, et exécuté au mont Valérien le 23 février 1942, avec d’autres membres de ce réseau. Son Journal : 1938-1941 a été publié en 1993 avec une préface de Jean Cahen-Salvador qui fut le chef de cabinet de Charles Pomaret qui l’évoque longuement dans une autre partie du manuscrit.
  • [36]
    Jeanne Louise Franck (1896-1982) épousa Brinon en 1934 et lui resta fidèle. Elle était la sœur de Henry Franck et la cousine d’Emmanuel Berl. Son fils (d’un premier mariage) lui a consacré un livre : B. Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004.
  • [37]
    Je ne sais pas de qui il s’agit.
  • [38]
    Pierre Brossolette est né en 1903, il est mort le 22 mars 1944. Il fut l’un des principaux dirigeants de la Résistance. Envoyé de Londres à Paris en mission, il fut arrêté et torturé par la police allemande. Pour ne pas parler, il mit fin à ses jours en se jetant par la fenêtre du siège de la Gestapo. Ses cendres ont été transférées au Panthéon, le 27 mai 2015. Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé d’histoire, journaliste, il adhère à la SFIO en 1929 et il s’essaya en politique mais ne fut pas élu dans l’Aube en 1936. Il écrivit dans plusieurs journaux : L’Europe nouvelle, Le Quotidien, Le Progrès civique, Excelsior, Marianne, Terre libre et Le Populaire (où il est rédacteur de politique étrangère) ; il a travaillé également pour Radio PTT, dont il est licencié lorsqu’il s’oppose dans une émission aux accords de Munich. On lira à son propos le livre d’É. Roussel (Pierre Brossolette, Fayard, 2011) et dans Commentaire (n° 150, été 2015) l’article que lui a consacré son fils Claude Pierre- Brossolette, sous le titre : « De Gaulle, la Résistance et les communistes ».
  • [39]
    Francisque Vial (1869-1940). Ancien élève de la Rue d’Ulm, agrégé des lettres, docteur ès lettres, inspecteur général des lettres, il sera directeur de l’Enseignement secondaire de 1924 à 1936. Sa sœur Jeanne est la mère de Pierre Brossolette.,
  • [40]
    Pierre Dupuy (1876-1968) député (gauche démocratique) de la Gironde de 1899 à 1919, de la Seine de 1924 à 1928, puis des Établissements français en Inde de 1932 à 1940. Il hérita avec son frère du Petit Parisien qu’il dirigea pratiquement de 1906 à 1944. Il avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en 1940. Il fut rendu inéligible, puis acquitté en 1951 à la suite de son procès.
  • [41]
    Hebdomadaire qui parut à Paris de 1919 à 1939, plutôt de centre gauche. Henri Dumay en a été le directeur.
  • [42]
    Jean Hennessy (1874-1944), issu de la famille de producteur de Cognac, fut député de la Charente de 1924 à 1932, ministre de l’Agriculture de 1928 à 1930. Il était ambassadeur en Suisse de 1924 à 1928. Réélu député en 1936 (Gauche indépendante), il ne vota pas les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Je ne sais pas à quelle date Jean Hennessy prit le contrôle du Progrès civique.
  • [43]
    L. Moulin, Jean Moulin, Presses de la Cité, 1969. Ce livre a été réédité avec, en préface, le discours d’André Malraux, lors de l’inhumation de Jean Moulin au Panthéon.
  • [44]
    C’est-à-dire Jean Moulin.
  • [45]
    Je n’ai pu situer Robert Lange ni Jean Rey dont le nom suit. S’il se trouve plus savant que moi !
  • [46]
    Ce livre, auquel a donc largement collaboré Pierre Brossolette, a paru chez Colin en 1931.
  • [47]
    Paru chez Payot en 1920.

J’ai déjà écrit l’essentiel de ce que j’avais à dire sur Vixencent Auriol, cet homme simple intelligent et généreux, savoureux et bon, qui aurait aujourd’hui près de cent ans et qui ne s’attendait certes pas, dans sa carrière socialiste, à être un jour le chef de l’État, le premier élu d’une République nouvelle et quatrième. Dans cette haute fonction, dont il avait brocardé jadis un titulaire avec une fougue qui entraîna des poursuites, il fut digne de sa tâche. Il y prit goût d’ailleurs, et il aurait bien voulu, en fin de septennat, qu’on le priât de rester à l’Élysée, ce qui n’eût pas été si mal. On eût évité l’affligeant spectacle, en décembre 1953, de tant de tours de scrutin pour aboutir à l’aimable René Coty.
C’est en prison (où nos chambrettes-cellules se touchaient) que j’ai découvert cet homme simple et sincère. Là est née une franche amitié, qu’il a rompue lui-même par un excès de véhémence le jour où il a désigné comme traîtres et lâches ceux – dont j’étais – qui avaient voté « pour » à Vichy, le 10 juillet 1940. J’ai cessé alors de le voir. Il entra dans l’oubli de ma mémoire, mais une secrète tendresse continuait de m’attacher discrètement à lui.
Je l’avais déjà connu en 1924 lorsque, membre du brain-trust de la commission des Finances du Sénat, j’assurais parfois la liaison entre elle et le président de la commission des Finances de la Chambre qui était Vincent Auriol, spécialiste financier du parti socialiste, arrivé au pouvoir par le cartel des gauches…


Date de mise en ligne : 14/09/2020

https://doi.org/10.3917/comm.171.0629

Cet article est en accès conditionnel

Acheter cet article

3,50 €

14 pages format électronique (HTML et PDF)
Membre d'une institution cliente ?