Pouvoir spirituel et fixation des croyances
- Par Michel Bourdeau
Pages 1095 à 1104
Citer cet article
- BOURDEAU, Michel,
- Bourdeau, Michel.
- Bourdeau, M.
https://doi.org/10.3917/comm.136.1095
Citer cet article
- Bourdeau, M.
- Bourdeau, Michel.
- BOURDEAU, Michel,
https://doi.org/10.3917/comm.136.1095
Notes
-
[1]
Voir Paul Benichou, Le Temps des prophètes, Gallimard, 1977, ou encore Jack Hayward, After the French Revolution, New York University Press, 1991, p. 81. Le fait avait été très bien mis en valeur par Émile Faguet, qui avait consacré le tome II de ses Politiques et moralistes du dix-neuvième siècle (Boivin, 1898) aux théoriciens du pouvoir spirituel : Comte y figure aux côtés de Saint-Simon et de Lamennais, mais aussi d’Edgar Quinet ou de Victor Cousin.
-
[2]
Pierre Rosanvallon, Le Moment Guizot, Gallimard, 1985, p. 162-165 ; 223-265.
-
[3]
Voir Linda C. Raeder, John Stuart Mill and the Religion of Humanity, University of Missouri Press, 2002 et Stefan Collini, Public Moralists, Political Thought and Intellectual Life in Britain, 1850-1930, Oxford, Clarendon Press, 1991.
-
[4]
Voir Dominique Reynié, « L’opinion publique organique. Auguste Comte et la vraie théorie de l’opinion publique », Archives de philosophie, 70-1, 2007, p. 96-114.
-
[5]
Système de politique positive (1851-1854), au siège de la Société positiviste, 1929, t. IV, p. 530. Pour les références aux autres œuvres de Comte, les éditions et conventions suivantes seront utilisées :
– Le Cours de philosophie positive (1830-1842) sera cité d’après l’édition Hermann, 1975, 2 vol. Toutes les références renvoient au tome II, le numéro de la leçon précédant celui de la page.
– Les Écrits de jeunesse sont cités dans l’édition procurée par Paulo E. Berredo Carneiro et Pierre Arnaud, Mouton, 1970 ; parmi ces écrits :
– 1820 désignera la Sommaire appréciation de l’ensemble du passé moderne ;
– 1822 désignera le Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société ;
– 1825 désignera les Considérations philosophiques sur la science et les savants ;
– 1826 désignera les Considérations sur le pouvoir spirituel.
De la même façon,
– 1848 désignera le Discours sur l’ensemble du positivisme, GF, 1998. -
[6]
1826, p. 376.
-
[7]
1826, p. 385.
-
[8]
Cours de philosophie positive, 55e l., p. 446.
-
[9]
1826, p. 385.
-
[10]
1826, p. 388.
-
[11]
1822, p. 246
-
[12]
1820, p. 236.
-
[13]
Cours de philosophie positive, 50e l., 279 ; cf. 1825, p. 325-327.
-
[14]
Ainsi Port-Royal (Logique, IV-xii) reconnaissait, à côté de la foi divine, une foi humaine, reposant sur « l’autorité des personnes dignes de créance », et renvoyait à ce propos à saint Augustin : quod scimus, debemus rationi ; quod creamus, autoritati.
-
[15]
Cours de philosophie positive, 56e l., p. 668.
-
[16]
Ibid.
-
[17]
Voir Nicole et Jean Dhombres, Naissance d’un pouvoir : sciences et savants en France, 1793-1824, Payot, 1986.
-
[18]
1820, p. 237.
-
[19]
John Stuart Mill, Considerations on the Representative Government, in Collected Works, Toronto University Press, 1982, t. 19, p. 381 (traduction de l’auteur).
-
[20]
Charles Sanders Peirce, Comment se fixe la croyance (1877), in Œuvres I, Le Cerf, 2002, p. 223.
-
[21]
Isaac Levi, The Covenant of Reason, Cambridge University Press, 1997, p. 2, 20.
-
[22]
Charles Sanders Peirce, Comment se fixe la croyance, op. cit., p. 224.
-
[23]
« Cette méthode a fourni, depuis les temps les plus reculés, l’un des principaux moyens de maintenir l’orthodoxie des doctrines théologiques et politiques, et de leur conserver un caractère catholique et universel. […] Partout où il y a eu un clergé — et aucune religion n’en a été exempte — cette méthode a été plus ou moins appliquée » (ibid., p. 226).
-
[24]
« L’histoire de la philosophie métaphysique en offre un exemple parfait. […] Les métaphysiciens n’ont jamais pu parvenir à un accord solide » (ibid., p. 228-229). La suite du texte, qui compare cette méthode à la précédente, retrouve encore sur bien des points les analyses comtiennes ; l’appel aux faits, qui motive le passage à la méthode scientifique, fait écho au critère empiriste du sens dont, faut-il le rappeler ? Comte a été le premier à donner une formulation explicite.
-
[25]
Tocqueville, pour sa part, avait répondu quelque temps plus tôt : « Il est vrai que tout homme qui reçoit une opinion sur la parole d’autrui met son esprit en esclavage ; mais c’est une servitude salutaire qui permet de faire un bon usage de la liberté » (De la démocratie en Amérique, l. II, 1re partie, chap. 2, in Œuvres, Gallimard, 1951, t. 1.2, p. 17).
-
[26]
Signe de cette évolution, une récente livraison de cette revue (n° 132, hiver 2010-2011) contient deux articles intitulés respectivement : « L’autorité dans la démocratie » et « En qui peut-on avoir confiance ? » signés le premier par François Terré et le second par Dominique Schnapper. Il y a maintenant un demi-siècle, Gadamer, par une voie toute différente puisqu’il s’agissait du rôle des préjugés dans l’herméneutique, était arrivé à des conclusions assez voisines (voir Vérité et Méthode, Seuil, 1976, p. 109-120 ; la première édition allemande date de 1960). Cette convergence assez inattendue tend à montrer qu’il s’agit bien d’un phénomène de grande ampleur, dont la portée exacte nous échappe encore.
-
[27]
Voir Michel Bourdeau, « L’idée de point de vue sociologique », Cahiers internationaux de sociologie, CXVII, n° 1, 2004.
-
[28]
Voir par exemple Philip Kitcher, The Advancement of Science, Oxford University Press, 1993, p. 306.
-
[29]
Sur les origines romaines de la notion, l’ouvrage de référence reste celui d’André Magdelain, Auctoritas Principis, Les Belles Lettres, 1947.
-
[30]
Dans son Analyse du caractère, W. Reich faisait une large place au caractère, et plus encore à l’éducation, autoritaires ; les travaux d’Adorno et de Marcuse sur le sujet lui doivent beaucoup.
-
[31]
Sur ce point, voir par exemple l’ouvrage déjà cité de Ph. Kitcher, chap. 8, p. 303-399.
-
[32]
Charles Sanders Peirce, Collected Papers, 1.32 (traduction de l’auteur), cité d’après John Boler : « Peirce and medieval thought », in Cheryl Misak (ed.), The Cambridge Companion to Peirce, Cambridge University Press, 1999, p. 60. Il est vraisemblable que c’est à sa fréquentation des textes scolastiques que Peirce doit d’avoir été sensible à la dimension logique du concept d’autorité. Le recours incessant à l’autorité, si frappant chez les hommes du Moyen Âge, les rendait, à ses yeux, plus proches des savants que des philosophes. La mise en cause de l’autorité intellectuelle caractérise le métaphysicien beaucoup plus que le scientifique proprement dit.
-
[33]
Sur la diplomatie, voir par exemple, aux deux extrémités de l’œuvre de Comte, Écrits de jeunesse, p. 367 et suiv. et p. 397 et la lettre à Florez du 29 décembre 1856, CG VIII, p. 358 ; sur le caractère essentiellement populaire du pouvoir spirituel, voir Cours de philsophie positive, 57e leçon, p. 680.
-
[34]
Voir 1848, p. 174-184.
-
[35]
Dominique Reynié, art. cité, n. 4, p. 109 n.
La place du pouvoir spirituel dans la politique positive est une source perpétuelle d’embarras. Cela tient en premier lieu à la disproportion existant entre l’importance accordée en principe à chacun des deux pouvoirs et l’attention qui lui est en fait consacrée. Pour le positivisme, la vie politique étant fondamentalement soumise à la force, la primauté revient au temporel, que le pouvoir spirituel présuppose constamment puisqu’il n’en sera jamais que le modificateur. Et pourtant, dans les écrits de Comte, c’est du pouvoir spirituel qu’il est sans cesse question et le pouvoir temporel n’est traité en quelque sorte qu’en passant. Cette bizarrerie s’explique sans trop de peine. Le rôle du pouvoir temporel est trop manifeste pour être oublié ; en revanche, la pensée politique moderne a cru possible de faire l’économie du pouvoir spirituel. Le but que Comte s’est donc proposé, qu’il a poursuivi tout au long de sa carrière, c’est de remédier à cette lacune et de constituer un nouveau pouvoir spirituel. C’est là d’ailleurs que réside la principale difficulté : l’idée de pouvoir spirituel nous apparaît irrémédiablement anachronique. De là à conclure que cela suffit à classer Comte parmi les rétrogrades et à discréditer définitivement la politique positive, il n’y a qu’un pas.
Pour la défense de Comte, on peut tout d’abord faire valoir qu’à son époque, tout le monde ou presque parlait de pouvoir spirituel. On oublie trop souvent aujourd’hui qu’après l’effondrement du Premier Empire c’en était presque devenu un lieu commun, et pas seulement chez les contre-révolutionnaire…
Cet article est en accès conditionnel
Acheter cet article
3,50 €