Sur la mort de mon père
Pages 809 à 811
Citer cet article
- DE JOUVENEL, Bertrand,
- De Jouvenel, Bertrand.
- De Jouvenel, B.
https://doi.org/10.3917/comm.135.0809
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- De Jouvenel, Bertrand.
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Notes
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[2]
N.d.l.r. : texte paru dans La Revue des vivants, sous le titre « L’œuvre d’Henry de Jouvenel », n° 11-12, novembre-décembre 1935, p. 1698-1703.
« Il s’intéressait beaucoup à la jeunesse » : éloge banal qu’on peut jeter sur la tombe de tout homme politique disparu
. « Ceux qui naissent à la vie publique élargiront-ils mon audience ? Comment adapter mon vocabulaire pour les toucher ? » se demande le plus vulgaire courtisan de l’opinion publique.
Mon père, si on lui amenait un jeune qu’on disait intelligent, prenait une attitude de combat, comme le lutteur expérimenté saisit un athlète novice à bras-le-corps, non certes pour se donner le plaisir de le terrasser, mais par joie de sentir se déployer une force neuve, et par curiosité d’en prendre la mesure.
S’il recevait un de mes camarades à déjeuner, il plaisantait d’abord jusqu’à ce que le convive se trouvât à l’aise. Venait un moment où le jeune homme se croyait le seul sérieux dans une atmosphère sans gravité. Il s’enhardissait alors à prononcer des condamnations. Mes yeux cherchaient le visage de mon père, souriant et attentif.
Henry de Jouvenel était démocrate : il ne croyait pas que les vérités neuves fussent dispensées ex cathedra par des cerveaux diplômés. Les plaintes confuses et anonymes lui semblaient toutes chargées de vérités à démêler. Dans un balbutiement rageur, il y a quelque chose de vital qui s’est évaporé lorsqu’on parvient au stade du discours bien construit. Mon père écoutait, au-delà des mots, le besoin, l’aspiration qui tâchaient de se manifester.
Mais, brusquement, il fronçait les sourcils, jetait une raillerie méprisante, se levait sous prétexte de prendre un cigare…
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