Inquiétudes et divergences occidentales
- Par Hubert Védrine
Pages 853 à 858
Citer cet article
- VÉDRINE, Hubert,
- Védrine, Hubert.
- Védrine, H.
https://doi.org/10.3917/comm.104.0853
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https://doi.org/10.3917/comm.104.0853
En cet automne 2003, l’optimisme ou l’angélisme des années 1990 n’est plus que l’ombre de lui-même. En moins de trois ans, il a été cruellement démenti en rafale par la réalité, c’est-à-dire par l’effondrement fin 2000 du processus d’Oslo, l’élection de George W. Bush et l’affirmation souveraine de son wilsonisme botté (dixit Pierre Hassner), les affrontements de Durban, le 11 septembre, la guerre anglo-américaine en Irak sans caution de l’ONU, la résurgence de divergences de fond entre Européens sur la politique étrangère, la réapparition à Cancun du vieil antagonisme Nord-Sud. Après un départ en fanfare, le « IIIe millénaire » s’est crashé au décollage. C’est en Europe que la douche paraît la plus froide tant le contraste y est grand entre l’espoir, ou la conviction, de vivre dans un monde post-tragique, la fameuse « Communauté internationale », et la brutale réalité du monde. Comme si rien décidément ne devait changer. Idée trop pénible, démoralisante, qui amène certains esprits désemparés un peu partout dans le monde, et tout particulièrement en Europe, à espérer que les électeurs américains refermeront en novembre 2004 la « parenthèse » de l’administration Bush II. Comme si elle était la seule source de dysfonctionnement dans un monde idéal. Et qu’après cela le cauchemar cesserait. Calcul à bien des égards fragile, mais qui a pour fonction d’éviter d’avoir à se demander que faire vraiment face à des États-Unis-Gulliver bien décidés à ne pas se laisser re-entraver par les Lilliputiens du multilatéralisme, dans un monde dur et conflictuel où l’ONU s’avérerait durablement impuissante…
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