Article de revue

Sur la gauche et la droite

Raisons philosophiques et éclairage symbolique

Pages 65 à 74

Citer cet article


  • Pelluchon, C.
(2002). Sur la gauche et la droite Raisons philosophiques et éclairage symbolique. Commentaire, Numéro 97(1), 65-74. https://doi.org/10.3917/comm.097.0065.

  • Pelluchon, Corine.
« Sur la gauche et la droite : Raisons philosophiques et éclairage symbolique ». Commentaire, 2002/1 Numéro 97, 2002. p.65-74. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-commentaire-2002-1-page-65?lang=fr.

  • PELLUCHON, Corine,
2002. Sur la gauche et la droite Raisons philosophiques et éclairage symbolique. Commentaire, 2002/1 Numéro 97, p.65-74. DOI : 10.3917/comm.097.0065. URL : https://shs.cairn.info/revue-commentaire-2002-1-page-65?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/comm.097.0065


Notes

  • [1]
    Saint Augustin, Les Confessions, livre XI.
  • [2]
    Il s’agit de l’unité de la nation, de l’autorité de la loi représentant la volonté générale, de la séparation du politique et du religieux, de l’universalité de la raison et de la liberté de l’individu. Ces valeurs républicaines sont communes à la droite et la gauche, mais chaque camp tire les conclusions qui correspondent à sa vision du monde.
  • [3]
    Depuis Valéry Giscard d’Estaing, qui réussit, en 1974, avec la recette du « changement sans le risque » et de « l’égalité des chances », à séduire un électorat conservateur tout en récupérant un thème de gauche.
    Le discours de Chirac en 1995 sur la « fracture sociale » procède de cette stratégie de la récupération. On est libre d’interpréter la manière dont le président de la République a mis en cause la responsabilité de la France tout entière, et pas seulement du régime de Vichy, dans la grande rafle du Vél’ d’Hiv comme une manière de rivaliser avec la gauche ou de plaire à un électorat qui traditionnellement se méfie de la droite. À gauche, on peut relever le discours sécuritaire de Jospin et la politique financière « de droite » de Strauss-Kahn, qui sont « compensés » par des propos polémiques ou provocateurs sur la vocation anti-dreyfusarde de la droite et l’intégration des mutins de 1917 dans la mémoire nationale.
  • [4]
    Aristote, La Politique, livre III, 9, 1280 b.
  • [5]
    Ibid., livre I, 2, 1253 a, p. 30.
  • [6]
    Voir Droit naturel et Histoire sur le droit naturel moderne, au chap. V.
  • [7]
    Cf. Leo Strauss dans Pensées sur Machiavel.
  • [8]
    Du latin augere, élever.
  • [9]
    Nous remercions Philippe Raynaud auquel nous devons ces précisions sur l’IVG.

Qu’est-ce qui fait que nous sommes de droite ou de gauche ? À cette question, la plupart sont tentés de répondre comme saint Augustin lorsqu’il s’exprime sur la nature du temps : si personne ne me le demande, je le sais, mais qu’on m’interroge et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. Les plus lucides sont les plus perplexes. Reste à savoir s’ils se complairont dans l’embarras. Car, si le doute ne saurait justifier l’abstention, il n’en demeure pas moins vrai qu’une argumentation réduisant l’opposition entre la droite et la gauche à une question de valeurs est insuffisante. Bien plus, ce type d’argumentation brouille les pistes et emboîte le pas à ceux qui, pour encourager la confusion actuelle et le discrédit de la politique, ont intérêt à nier l’actualité d’un antagonisme qui s’appuie sur des contenus doctrinaux et des références différents mais qui relève d’abord de principes philosophiques divergents. Ce n’est pas parce que la droite et la gauche partagent un certain nombre de valeurs qui constituent la charte minimale de l’esprit républicain qu’il faut en conclure que l’ancien clivage politique n’a aucun sens. Depuis ces trois dernières décennies, les politiciens de droite empiètent dans leurs programmes et leurs déclarations sur les thèmes de la gauche, tandis que les dirigeants socialistes mènent une politique économique de droite. Mais cela ne prouve pas que toute opposition idéologique a disparu. Celle-ci est de fait effacée au profit de querelles partisanes et de rivalités personnelles qui minent des deux côtés les partis, conduisant à un éclatement politique qui tend à ruiner l’unité de la droite et à condamner la gauche à la gestion des compromis…


Date de mise en ligne : 24/04/2015

https://doi.org/10.3917/comm.097.0065

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