Archéologie d’une représentation polémique : le « Grand Remplacement »
Pages 177 à 195
Citer cet article
- TAGUIEFF, Pierre-André,
- Taguieff, Pierre-André.
- Taguieff, P.-A.
https://doi.org/10.3917/cite.089.0177
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- Taguieff, P.-A.
- Taguieff, Pierre-André.
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https://doi.org/10.3917/cite.089.0177
Notes
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[1]
Voir Benoît Rittaud, La Peur exponentielle, Paris, Puf, 2015.
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[2]
Voir Zeev Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français, préface de Raoul Girardet, Paris, Armand Colin et Fondation nationale des sciences politiques, 1972 ; Eugen Weber, Fin de siècle. La France à la fin du xixe siècle, trad. fr. Philippe Delamare, Paris, Fayard, 1986.
-
[3]
Maurice Barrès, cité par Laurent Joly, Naissance de l’Action française. Maurice Barrès, Charles Maurras et l’extrême droite nationaliste au tournant du xxe siècle, Paris, Grasset, 2015, p. 144.
-
[4]
Maurice Barrès, « Les études nationalistes au Quartier latin », Le Journal, 15 février 1900 ; cité par Laurent Joly, ibid.
-
[5]
Guglielmo Ferrero, « L’épuisement intellectuel des civilisations », La Nouvelle Revue, 19e année, t. 104, no 4, 15 février 1897, p. 712-730.
-
[6]
Maurice Barrès, Scènes et doctrines du nationalisme (1902), édition définitive, Paris, Plon, 1925, t. 1, p. 101. Voir Zeev Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français, op. cit., p. 282-290.
-
[7]
P.-A. Taguieff, La Couleur et le Sang. Doctrines racistes à la française (1997), nouvelle édition, Paris, Mille et une nuits/Fayard, 2002, p. 135-197, et « L’invention racialiste du Juif », Raisons politiques. Études de pensée politique, no 5, février-avril 2002, p. 29-51.
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[8]
Maurice Barrès, Scènes et doctrines du nationalisme, op. cit., t. 1, p. 161. Voir P.‑A. Taguieff, La Couleur et le Sang, op. cit., p. 170.
-
[9]
Georges Vacher de Lapouge, L’Aryen. Son rôle social. Cours libre de science politique professé à l’université de Montpellier, 1889-1890, Paris, Albert Fontemoing, 1899, p. 511.
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[10]
Ibid., p. 368.
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[11]
Ibid.
-
[12]
Emmanuel Debono, « Aux origines du “Grand remplacement” », 6 octobre 2016, https://www.lemonde.fr/blog/antiracisme/2016/10/06/aux-origines-du-grand-remplacement/.
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[13]
Voir Armin Mohler, « Visite chez Céline » (1974, 2003), in David Alliot (éd.), D’un Céline l’autre, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2011, p. 992.
-
[14]
Maurice Bardèche, « Le racisme, cet inconnu », Défense de l’Occident, 9e année, nouvelle série, no 7, septembre 1960, p. 3-4.
-
[15]
Gilles-Gaston Amaudruz, in Nous autres racistes. Le Manifeste social-raciste présenté par le professeur G.-A. Amaudruz, Montréal, Éditions celtiques, 1971, p. 117.
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[16]
Bernard Rougier (dir.), Les Territoires conquis de l’islamisme, Paris, Puf, 2020.
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[17]
Collectif, Histoire de l’islamisation française 1979-2019, Paris, Éditions de l’Artilleur/Toucan, 2019.
-
[18]
Jean Raspail, Le Camp des saints, Paris, Robert Laffont, 1973 ; nouvelle éd., précédé de Big Other (préface inédite), Paris, Robert Laffont, 2011 ; François Duprat, « Vers la destruction physique de notre peuple », Militant, no 77, janvier 1976, p. 7-8 ; Renaud Camus, Abécédaire de l’In-nocence, Paris, David Reinharc, 2010 ; Le Grand Remplacement, Paris, David Reinharc, 2011 ; nouvelle éd. augmentée, chez l’auteur, 2012. Voir P.-A. Taguieff, La Revanche du nationalisme, Paris, Puf, 2015, p. 129-132 ; Mark Lilla, L’Esprit de réaction (2016), trad. fr. Hubert Darbon, Paris, Desclée de Brouwer, 2019, p. 13-15. Lilla voit en Camus un « maître de la rhétorique réactionnaire » (p. 14).
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[19]
Texte repris in Jean Raspail, Boulevard Raspail. Chroniques, Paris, Société de Production littéraire, 1977, p. 81-83.
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[20]
Ibid., p. 81-82.
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[21]
Ibid., p. 82.
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[22]
Ibid., p. 82-83.
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[23]
Jean Raspail, « Ouvrir les yeux sur les mensonges » (propos recueillis par Bruno de Cessole), 10 février 2011, https://www.valeursactuelles.com/culture/jean-raspail-ouvrir-les-yeux-sur-les-mensonges/.
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[24]
François Duprat, « Vers la destruction physique de notre peuple », art. cit., p. 7.
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[25]
Ibid., p. 8.
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[26]
Ibid.
-
[27]
Militant, 16e année, no 153, novembre 1983, p. 2.
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[28]
« Serons-nous encore français dans trente ans ? » (Dossier immigration), Le Figaro Magazine, no 12 800, 26 octobre 1986, p. 123-134.
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[29]
Bernard Stasi, L’Immigration, une chance pour la France, Paris, Robert Laffont, 1992.
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[30]
Jean-Yves Le Gallou et le Club de l’Horloge, La Préférence nationale : Réponse à l’immigration, par une commission du Club de l’Horloge présidée par Jean-Yves le Gallou, Paris, Albin Michel, 1985. Le Gallou a rejoint le Front national durant l’été 1985.
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[31]
Jacques Lesourne, « L’immigration, une dimension majeure du xxe siècle européen », Le Débat, no 37, novembre 1985, p. 26-34.
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[32]
Renaud Camus, Le Grand Remplacement, Paris, David Reinharc, 2011, p. 112.
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[33]
Ibid.
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[34]
Ibid., p. 113.
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[35]
Renaud Camus, septembre 2013 ; cité par Frédéric Joignot, « Le fantasme du “grand remplacement” démographique », 23 janvier 2014, https://www.lemonde.fr/politique/article/2014/01/23/le-grand-boniment_4353499_823448.html.
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[36]
Voir par exemple les « 26 propositions du Bloc identitaire “pour une politique d’identité et de remigration” » (17 février 2014), 30 janvier 2015, https://www.observatoire-migration.org/26-propositions-du-bloc-identitaire-pour-une-politique-didentite-et-de-remigration/.
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[37]
Gaston-Armand Amaudruz, Les Peuples blancs survivront-ils ? Les travaux du Nouvel ordre européen de 1967 à 1985 présentés par G.-A. Amaudruz, Montréal, Éditions celtiques, et Lausanne, Institut supérieur des sciences psychosomatiques, biologiques et raciales, 1987, p. 73.
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[38]
Ibid., p. 65-66, p. 73.
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[39]
Voir Maxime Vaudano, Samuel Laurent, Gary Dagorn et Assma Maad, « La théorie du “grand remplacement”, de l’écrivain Renaud Camus aux attentats en Nouvelle-Zélande », 15 mars 2019, https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/03/15/la-theorie-du-grand-remplacement-de-l-ecrivain-renaud-camus-aux-attentats-en-nouvelle-zelande_5436843_4355770.html.
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[40]
Bertrand Russell, De la fumisterie intellectuelle (1943), trad. fr. Myriam Dennehy, préface de Jean Bricmont, Paris, Éditions de L’Herne, 2013, p. 83-84, p. 89.
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[41]
Cette peur de l’immigration-invasion était observable dans les années 1983-1985, au moment de l’irruption du Front national sur la scène politique. Voir P.-A. Taguieff, « L’identité française et ses ennemis. Le traitement de l’immigration dans le national-racisme français contemporain », L’Homme et la Société, no 77-78, juillet-décembre 1985, p. 167-200.
-
[42]
Sur la hantise du métissage et ses usages idéologiques relevant de la mixophobie (néologisme que j’ai forgé au milieu des années 1980), voir P.-A. Taguieff, La Force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles, Paris, La Découverte, 1988, p. 338-354 ; « Doctrines de la race et hantise du métissage. Fragments d’une histoire de la mixophobie savante », Nouvelle Revue d’ethnopsychiatrie, no 17, décembre 1991, p. 53-100.
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[43]
Éric Zemmour, Le Suicide français, Paris, Albin Michel, 2014, p. 16 ; La France n’a pas dit son dernier mot, s.l., Rubempré, 2021, p. 7.
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[44]
Éric Zemmour, La France n’a pas dit son dernier mot, op. cit., p. 338.
-
[45]
François-Guillaume Lorrain, « Quand Zemmour réactive la peur française de l’invasion », 6 octobre 2021, https://www.lepoint.fr/histoire/quand-zemmour-reactive-la-peur-fran caise-de-l-invasion-04-10-2021-2446107_16 15.php. Voir aussi Mark Lilla, L’Esprit de réaction, op. cit., p. 163-171 ; Jean-Paul Gourévitch, La Tentation Zemmour et le Grand Remplacement, Nice, Les Éditions Ovadia, 2021.
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[46]
Sur la question, voir Éric Zemmour, Le Premier Sexe, Paris, Denoël, 2006, p. 107-108.
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[47]
Éric Zemmour, La France n’a pas dit son dernier mot, op. cit., p. 339.
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[48]
Éric Zemmour, « C’est moi l’élément commun des droites » (propos recueillis par Bruno Larebière), L’Incorrect, no 48, décembre 2021, p. 34.
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[49]
Ibid.
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[50]
Ibid., p. 36.
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[51]
Ibid., p. 38.
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[52]
Voir Éric Anceau et Henri Temple (dir.), Qu’est-ce qu’une nation en Europe ?, Paris, Sorbonne Université Presses, 2018.
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[53]
Voir Pierre Michel, Un mythe romantique : les Barbares 1789-1848, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1981.
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[54]
Jean-Luc Mélenchon, « La créolisation n’est pas un projet ou un programme, c’est un fait », 25 septembre 2020, https://www.nouvelobs.com/debat/20200925.OBS33823/tribun e-jean-luc-melenchon-la-creolisation-n-est-pas-un-projet-ou-un-programme-c-est-un-fait.html. Pour une mise au point savante et une critique sévère de la notion, voir Robert Fournier, « Créole, une mystification » (ou « Le mythe créole »), in Carlo A. Célius (dir.), Situations créoles. Pratiques et représentations, Québec, Éditions Nota Bene, coll. « Société », 2006, p. 23-48.
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[55]
Il s’agit de la France d’après la « Grande Transformation » commencée dans les années 1990. Voir Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely, La France sous nos yeux. Économie, paysages, nouveaux modes de vie, Paris, Seuil, 2021.
Le « Grand Remplacement » traduit avant tout une grande peur idéologisée depuis la fin du xixe siècle, la peur de la fin d’un monde. Ce monde censé être en voie de disparition est constitué d’une population de souche européenne et d’une civilisation, qu’elle soit dite française, européenne ou occidentale. L’expression désormais sloganisée de « Grand Remplacement » fonctionne comme le thème central d’un mythe répulsif ou d’une utopie négative, d’une contre-utopie ou d’une dystopie, baptisée par ses promoteurs contemporains « remplacisme », qui constitue un puissant récit mobilisateur. Ce thème se présente comme la description d’un processus en cours ou le récit de ce qui est en train d’arriver : la disparition du peuple français et de la culture française. L’objectif déclaré de ceux qui recourent à ce récit catastrophiste dans le champ politique est d’empêcher le « Grand Remplacement » de se produire, ou plus exactement de le stopper, car il aurait déjà commencé depuis près d’un demi-siècle.
Lorsqu’ils s’adressent aux Français, les militants anti-remplacistes se proposent de les dissuader de consentir à leur disparition physique et culturelle, à leur « suicide ». C’est là supposer que la mort de la France est une mort volontaire ou acceptée, impliquant une résignation. Puisqu’il s’agit d’une question de volonté et de prise de décision, les anti-remplacistes appellent les Français à prendre les mesures requises pour éviter la « mort de la France », les trois premières mesures étant l’arrêt total de l’immigration, l’expulsion des immigrés jugés indésirables (irréguliers, délinquants, islamistes, etc…