Le Sionisme comme anti-antisionisme
- Par Elhanan Yakira
Pages 53 à 66
Citer cet article
- YAKIRA, Elhanan,
- Yakira, Elhanan.
- Yakira, E.
https://doi.org/10.3917/cite.047.0053
Citer cet article
- Yakira, E.
- Yakira, Elhanan.
- YAKIRA, Elhanan,
https://doi.org/10.3917/cite.047.0053
Notes
-
[1]
Auteur du Post-sionisme, post-Shoah. Trois essais sur une négation, une délégitimation et une diabolisation d’Israël, Paris, puf, 2010.
-
[2]
Pierre-André Taguieff, La Nouvelle Propagande antijuive, Paris, puf, 2010.
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[3]
Cf. John Mearsheimer and Stephen Walt, The Israel Lobby and us Foreign Policy, New York, Farrar, Straus and Giroux, 2007.
-
[4]
Danny Trom, La Promesse et l’obstacle. La gauche radicale et le problème juif, Paris, cerf, 2007 ; Bernard Harrison, The Resurgence of Antisemitism. Jews, Israel and Liberal Opinion, Plymouth, uk, Rowman and Littlefield, 2006.
-
[5]
Cf. la note au début de cette contribution.
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[6]
Je laisse de côté l’aspect du sionisme comme une quête d’asile face à l’antisémitisme européen – il est moins important pour comprendre la nature du sionisme qu’on ne le dise. En tout cas, jusqu’à l’expulsion des Juifs des pays arabes (un million environ), la terre d’asile pour les Juifs était l’Amérique.
-
[7]
Puisque je n’en fais aucunement ici l’apologie, je ne m’attarderai pas sur les allégations courantes qui veulent que le sionisme soit un « colonialisme », qu’Israël spolie les terres des Arabes, etc. Au moins dans la mesure où elles visent une délégitimation généralisée et essentialisée du sionisme et d’Israël elles sont toutes à la fois fausses et honteuses.
-
[8]
Gadi Taub, « Entre l’individu et la communauté », in : Contre la solitude (en hébreu), Tel-Aviv Yedioth Ahronoth, 2011.
-
[9]
Gadi Taub, Qu’est-ce que le sionisme (en hébreu), Tel-Aviv, Yedioth Aharonoth, 2010.
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[10]
Sa compagne, une femme d’une appartenance disciplinaire assez vague et de convictions postsionistes très claires, a perdu récemment son poste à l’université Bar-Ilan. Je ne suis pas au courant des délibérations du comité qui a décidé de son sort. Plusieurs de ses collègues ne considèrent cependant pas sa production académique comme étant excessivement bonne. Il va sans dire qu’une campagne internationale défendant cette dame s’est immédiatement mise en place, accusant Bar-Ilan de maccarthysme, etc.
1« Qu’est-ce que le sionisme ? » Depuis qu’elle a été le sujet d’un débat public à l’ens de la rue d’Ulm à Paris, il y a environ un an et demi, en mai 2010, la question se pose avec une nouvelle insistance. C’est dans les mêmes locaux qu’était intervenu le professeur israélien Shlomo Sand un peu auparavant. Il était venu parler de son livre, Comment le peuple juif fut inventé. Il y développe l’idée principale suivante : ce qu’on appelle « le peuple juif » ne serait pas un « peuple ». Pour Sand, il n’existe pas de continuité de sang ou de modes de vie en commun entre les communautés juives prémodernes et la nation juive israélienne d’aujourd’hui. Par conséquent, l’idée que les Juifs constituent un sujet historique doté de droits – notamment le droit à l’autodétermination – ne serait qu’une fiction. Puisque, comme on le sait, les idées de Sand sont écoutées avec une grande attention – son livre a eu un grand succès en librairie – quelques normaliens avaient pensé qu’il serait propice qu’on entende d’autres points de vue. Ils n’avaient pas tort de vouloir répondre à Sand en discutant la question « qu’est-ce que le sionisme ? », pour deux raisons. La première est que l’idée de l’existence d’un seul peuple juif alors même qu’un grand nombre de Juifs habite toujours en diaspora est la condition sine qua non du sionisme ; la seconde, parce que le livre de Sand s’inscrit bel et bien dans ce qu’on appelle l’« antisionisme », dans ce mode de pensée qui se répand de plus en plus, surtout au sein de l’intelligentsia occidentale – les intellectuels français jouant un rôle non négligeable –, et au centre duquel se trouve une mise en question radicale de la légitimité du sionisme et une délégitimation encore plus radicale de l’État d’Israël en tant qu’un État juif et en tant qu’un État tout court.
2L’événement prévu à l’ens a failli être annulé. À peine commencé, quelques jeunes se sont levés et ont commencé à hurler « Israël assassin », « tueurs d’enfants » et autres slogans anti israéliens. Ils ont toutefois quitté la salle au bout d’environ trois quarts d’heure, et la discussion a pu commencer, tant bien que mal. On a parlé un peu de cet incident ici et là et, en soi, il n’était pas suffisamment important pour qu’on en parle plus. Si je le fais quand même ici, c’est qu’il a un côté en quelque sorte paradigmatique. Le refus symbolique de reconnaître toute légitimité au point de vue opposé à celui de Sand n’était qu’un aspect de l’événement. On notera aussi le nombre réduit des auditeurs, un fait qui s’explique soit par la peur (on savait qu’on allait faire exploser le meeting), soit, plus probablement, par le manque d’intérêt pour le sujet dont on allait parler, un fait qu’il faut considérer aussi par rapport à l’intérêt apparemment considérable pour Sand et pour son livre. Ensuite, la réaction des autorités : les deux agents de sécurité présents n’ont rien fait pour permettre que le débat puisse commencer ou pour arrêter le spectacle consternant d’étudiants et d’activistes extérieurs hurlant leur haine d’Israël dans la salle ; ils en étaient, en revanche visiblement assez amusés. Il y avait une trentaine des personnes dans la salle, dont plusieurs jeunes, probablement des étudiants de l’ens. Personne n’a bougé, personne ou presque, n’a dit un mot.
3Le sionisme d’aujourd’hui ne serait-il pas avant tout un refus de rester silencieux en face de la violence, en face d’une nouvelle barbarie, en face justement de l’« antisionisme », de cette idéologie qui se veut « critique » mais qui n’est, derrière ses apparences intellectuelles ou théoriques, rien d’autre qu’une barbarie ? Le sionisme aujourd’hui, exactement comme ce qu’on aurait voulu voir plus haut dans la salle de l’ens, ne serait-il pas donc précisément ceci : courage et honnêteté morale et intellectuelle ? Car ce qui se passe aujourd’hui sur les campus en Europe et en Amérique, dans les médias écrits et électroniques, parmi les élites culturelles et dans l’intelligentsia occidentale, est un scandale. Dans le monde arabe et musulman, les appels à la destruction physique d’Israël, à tuer tous les Juifs, autres expressions d’une judéophobie plus ou moins explicite, sont courants. Trop souvent, celle-ci est vue en Europe avec une indulgence et avec une « compréhension » : car, nous explique-t-on, n’est-ce pas les conditions objectives de la vie dans le monde arabe – ce qu’Israël fait par exemple – qui sont la cause et l’explication de la haine d’Israël et des Juifs ? Des attentats suicides sans doute également ? À côté, peut-être à l’origine de cette indulgence existe toute une gamme d’attitudes soi-disant « critiques » qui se soldent par cette campagne de délégitimation qu’on appelle « antisionisme ». On les qualifie innocemment d’« opinion » comme s’il s’agissait d’une opinion ou d’une position parmi les autres. Si l’Holocauste, comme on dit, a discrédité une fois pour toutes l’antisémitisme – car avant la guerre on se disait antisémite avec fierté – l’antisionisme, lui, se présente de nos jours comme quelque chose d’honorable et de raisonnable. Beaucoup sont fiers de l’être. Sauf que l’un comme l’autre, l’antisémitisme et l’antisionisme, ne sont ni raisonnables ni honorables.
4J’ai déjà entendu, et de plus d’une personne qui avait vécu ces années, que ce à quoi on assiste de nos jours, notamment en Europe, fait penser à ce qui s’est passé dans la même Europe pendant les années trente. Dans ces années déjà lointaines, les Juifs avaient vécu sous une menace – unique dans l’histoire – d’une extermination physique totale. On n’a compris la vraie nature de cette menace que bien plus tard et seulement après qu’elle se soit réalisée. Autant qu’on peut en juger, ce n’est pas le cas aujourd’hui, ni dans la Diaspora ni en Israël. Malgré les agressions ou même les attentats antijuifs qui se produisent périodiquement en Europe ou ailleurs ; malgré le danger que pose l’Iran pour Israël ; malgré la bombe ; malgré le conflit sanglant et interminable entre Israël et les Palestiniens, malgré l’occupation, malgré tout cela et bien d’autres choses, je risquerais l’hypothèse qu’un deuxième holocauste n’attend pas les Juifs, en tout cas pas tout de suite. Ceci est vrai pour ce qui concerne les Juifs israéliens également. Aussi loin qu’on puisse raisonnablement envisager le futur, les Juifs ne sont pas menacés aujourd’hui d’extermination. Où se trouve donc la similitude avec les années trente ? Je dirais que c’est une similitude d’ordre moral et qu’elle consiste précisément en ceci : l’intention évidemment, mais surtout le mensonge, l’apaisement, l’indulgence, l’indifférence, la complicité, la lâcheté et la malhonnêteté. Être sioniste aujourd’hui, c’est avant tout résister à toutes ces tentations.
5Que l’intention – l’intention d’exterminer, de tuer, surtout (mais pas seulement) de détruire Israël – existe, il suffit d’écouter non seulement le président iranien, mais aussi tout un discours venant notamment de la part des islamistes. Ainsi – et c’est un exemple parmi tant d’autres – le prédicateur islamiste Yusuf al-Qaradawi, qui appelle constamment à tuer jusqu’au dernier des Juifs, qui parle régulièrement sur la chaîne Al Jazeera, qui a été récemment réadmis en Égypte, qui a parlé devant une foule de plusieurs centaines de milliers d’Égyptiens dès son arrivée au Caire et qu’on qualifie dans la presse occidentale de modéré. On peut toujours aussi lire la charte du Hamas ou simplement regarder et écouter les slogans qu’on crie dans les manifestations anti israéliennes à Londres ou sur plusieurs campus américains. Ou à Paris, où les dirigeants communistes ou autres marchent avec la bravade habituelle quand la foule derrière eux chante « mort aux Juifs ». C’est ce discours génocidaire et « exterminationiste » qui est le contexte réel de tous les discours antisionistes, même de ceux qui se prétendent humanistes, moraux, progressistes, etc.
6L’intention est bien là, l’apaisement et l’indifférence donc aussi. Et ce ne sont pas que les gens du pcf. On ne voit plus en France (pour ne parler que d’elle) de défilés ou de protestations comme on en a vu après la profanation du cimetière de Carpentras, même si les attentats antijuifs sont devenus beaucoup plus fréquents et beaucoup plus graves depuis. La façon dont une bonne partie des médias occidentaux couvre le Proche-Orient est non seulement un exemple, mais aussi une cause de cette indifférence et de cette complicité, ainsi que, en effet, de la propagation d’une image, fondamentalement tronquée, d’Israël en général et de son rôle dans le conflit avec les Palestiniens en particulier. Si on cherche à comprendre d’où vient ou quel est le visage de cette avidité avec laquelle on consomme des marchandises comme celles que vendent les Sand, il suffit de regarder la bbc, cnn ou France 2 ou encore lire le Guardian britannique ou Le Monde.
7Pierre-André Taguieff a donné une analyse très précieuse de l’antisionisme des médias occidentaux, notamment les Français, dans son dernier livre [2]. Il a consacré presque cent cinquante pages à l’affaire Al-Dura, qu’on peut prendre aussi pour un paradigme de l’ambiance antisioniste actuelle. La mort, réelle ou non, d’un enfant, l’accusation immédiate d’Israël dans cette mort, son reportage télévisé, la conduite du journaliste (citoyen israélien par ailleurs) et de la chaîne de télévision qui a diffusé quelques minutes du film pris sur place, tout en refusant pendant des années de le montrer dans son entièreté, le ralliement inconditionnel du milieu journalistique aux côtés du collègue qui s’est présenté comme la victime d’une persécution, la décision judiciaire qui montre que tout cela est au moins questionnable – les détails de cette histoire sont suffisamment connus. Toutefois, je voudrais en souligner deux. Le premier est la réaction d’Israël face à cette affaire, dès le début et jusqu’à la victoire juridique (provisoire ?) de Philipe Karsenty. On a trouvé étonnant par exemple qu’Israël n’ait pas aidé celui-ci dans sa lutte auprès de l’opinion et dans ses démarches judiciaires. On a attribué cette inaction à l’incompétence endémique d’Israël pour tout ce qui concerne la guerre de propagande. En effet, et même si l’on répète ad nauseam que les Juifs, ou le lobby sioniste, contrôlent les médias internationaux, la vérité est qu’Israël perd la guerre sur l’opinion et qu’il est risible de penser que la politique extérieure américaine se décide à Tel-Aviv ou à Jérusalem [3]. Ce dont on s’est moins rendu compte est que la passivité israélienne est au moins partiellement le résultat d’une décision consciente de faire parler de l’affaire le moins possible. Cette décision ne relève pas cependant d’un sentiment de culpabilité, mais d’un manque total de confiance dans l’honnêteté et la décence des médias et de l’opinion français (et occidentaux en général) pour tout ce qui concerne Israël : mieux vaut attendre que la tempête se calme, de toute façon et quelle que soit la vérité des faits, on accuserait Israël.
8Le second point qui mérite l’attention dans cette affaire est la campagne de diffamation et d’intimidation dont Pierre-André Taguieff a été la victime. Il n’est pas le seul parmi ceux qui refusent l’antisionisme à se trouver dans une situation pareille. Pour autant, plus que le drame lui-même, ce qui est symptomatique dans cette affaire est le silence qui l’entoure. Le livre de Taguieff – un livre important qui mérite au moins qu’on lui réponde – a été reçu par un silence médiatique quasi absolu. Ainsi que plusieurs autres écrits ayant le même objectif, à savoir se lever contre la vague antisioniste. Comme, par exemple, les livres de Danny Trom ou du philosophe britannique Bernard Harrison [4], pour ne pas parler des travaux des historiens ou autres écrivains israéliens qui n’appartiennent pas à cette minorité soi-disant courageuse de postsionistes ou des nouveaux historiens ou, en général, à cette communauté qui a fait de l’opprobre d’Israël une profession de foi.
9Bien évidemment, il est tout à fait possible que les livres mentionnés ci-dessus (le mien d’ailleurs également [5]) ne méritent pas qu’on leur prête attention ou qu’on prenne en compte ce qu’ils disent. Mais quand une chose se répète sans cesse, un soupçon s’éveille : peut-être s’agit-il d’un phénomène, peut-être le silence n’est-il pas tout à fait innocent. Il ne s’agit probablement pas en général d’une conspiration ou d’une collusion, mais de quelque chose qui est en fin de compte plus grave – l’indifférence, la paresse intellectuelle et morale, la lâcheté. Dans le cas de Taguieff et de l’affaire Al-Dura, il s’agit aussi d’une camaraderie quand même méprisable ; mais en général le silence et la complicité sont beaucoup moins explicites, leurs conséquences moins immédiatement dramatiques, aussi beaucoup moins faciles à localiser et à repérer. Non, on ne va pas publier un compte rendu du livre de Taguieff ; pas en ce moment, c’est trop délicat. Non, m’a-t-on dit plus d’une fois, mieux vaut ne pas organiser une soirée consacrée à votre livre. Pas maintenant, le sujet est trop controversé. Mais qu’y a-t-il ici de délicat ou de controversé ? De quoi au juste hésite-t-on à parler ? Ni Taguieff, ni moi, ni la plupart des autres écrivains, israéliens ou non, que je viens de mentionner ou qui s’opposent à la vague antisioniste, n’avons jamais soutenu, par exemple, les implantations juives au-delà de la Ligne verte. Il semble bien que c’est la défense du droit d’Israël à l’existence qui est devenue controversée et dite « délicate ». À juger par l’accueil réservé à Sand et à ses amis il semble d’autre part que l’antisionisme soit beaucoup moins délicat et controversé. Il faudrait quand même ajouter ici qu’on entend régulièrement dans le discours antisioniste, et d’une façon explicite, les appels à ce qu’Israël cesse d’être un « État juif ». De plus, puisque Israël ne cessera jamais d’être un État juif par des procédées démocratiques et vraisemblablement sans une majeure effusion de sang, considérer les défenses de la légitimité de l’idée d’un État juif – du sionisme donc – comme quelque chose de « délicat » ou de « controversé » est au moins questionnable. Si on ne le pense pas tout à fait, mais qu’on a peur des incidents comme celui qu’on a vu à l’ens, c’est aussi une lâcheté. Puisqu’il est devenu « délicat » il faut le répéter : le droit des Juifs à disposer d’eux-mêmes dans un État juif est une chose qui va de soi, ainsi que va de soi le droit des Danois ou, pourquoi pas, des Palestiniens, à disposer d’eux-mêmes dans un État danois ou dans un État palestinien. Le remettre en question est une ignominie. L’indignation en face de cette ignominie est, aujourd’hui, le sionisme.
10Or, comme on le sait, il y a indignation et indignation. Effectivement, d’où vient, comment expliquer – non, comment appeler – la soif avec laquelle on consomme en France et ailleurs l’indignation d’un Stéphane Hessel ? Ou celle d’un Shlomo Sand ? Et qu’on les prend, l’un ou l’autre, au sérieux ? Qu’on décerne à M. Sand un prix littéraire ? Je veux dire un mot sur le phénomène Sand, car c’est peut-être ici – dans l’écart en fin de compte infranchissable entre ce qu’est ce livre comme tel et son succès – que les choses dont je parle apparaissent dans toute leur ambiguë laideur. Sur la valeur – ou la non-valeur – scientifique, historique, ou plus généralement, intellectuelle du livre de Sand on a assez parlé. En vain. Plus on montre les défaillances de cet écrit, plus on le lit, plus on le traduit, plus son auteur est invité à en parler, à le présenter (et à se présenter), plus on l’écoute. Comment considérer ce phénomène ? Puisqu’il est plutôt rare qu’un livre à prétention scientifique, ou même à prétention semi-scientifique, et même s’il est excellent, ce qui n’est pas du tout le cas de celui de Sand, bénéficie d’un succès en librairie comparable à celui du livre de Sand ; puisqu’il ne s’agit en vérité que d’une provocation ; puisqu’il est assez difficile d’imaginer que même son auteur le prenne vraiment au sérieux, le succès du livre de Sand fait penser à ce que Hannah Arendt a dit une fois à propos du Protocoles des sages de Sion : le texte même étant erroné, pitoyable, ennuyeux et primitif, ce qui est son seul intérêt serait sa réception. Mutatis mutandis, c’est la même chose ici.
11Le sionisme d’aujourd’hui ne serait donc autre chose qu’une résistance à la tentation antisioniste, un refus de trouver consolation dans l’indignation style Hessel ou de faire partie du public qui applaudit Sand. Ce sionisme-là cependant est un postsionisme. La raison en est que le sionisme comme un mouvement a accompli sa mission historique, et même avec un succès probablement inégalé. Ce qui reste à faire est justement de défendre ses accomplissements ; non toutefois des dangers réels qui les menacent, mais de ces multiples et variées démarches qui visent sa délégitimation.
12Historiquement parlant, on peut parler, très brièvement, de trois principes idéologiques ou formes principales du sionisme comme programme : le sionisme politique ; le sionisme culturel ; et le sionisme messianique [6]. Le premier concevait ses tâches principales comme étant la libération nationale du peuple juif : la mise en œuvre d’un espace public où des Juifs peuvent délibérer sans peur de leur sort et choisir librement comment vivre (ou ne pas vivre) leur humanité ou leur judaïté et effectuer ainsi le retour des Juifs à l’histoire ; la constitution d’une cité où les Juifs peuvent exercer une vie politique de responsabilité et de liberté ; la réalisation des droits des Juifs à l’autodétermination. Le deuxième avait pour but majeur la création des conditions pour une renaissance culturelle, soit faire d’Eretz Israel le centre culturel du peuple juif. Le troisième considérait comme essentiels la récupération de la terre d’Eretz Israel et le retour du peuple juif tout entier à cette même terre d’Israël. On peut dire que les deux premiers projets se sont soldés par un succès presque parfait ; le troisième par un échec partiel.
13En tant que mouvement politique, culturel, idéologique, de libération nationale, le sionisme a accompli son programme. Avec un succès qui est peut-être sans précédent et probablement aussi sans égal. Les Juifs – ou ceux d’entre eux qui veulent participer à cette aventure – disposent d’eux-mêmes politiquement dans un État qui est à la fois juif, démocratique et souverain. C’est la simple vérité, même si on la conteste – ce qui est la raison d’être de l’antisionisme – soit le caractère démocratique d’Israël, soit sa judéité, soit sa souveraineté, soit tous les trois. La Hatikvah, devenue l’hymne national d’Israël, dit ????? ? ????? ?? ????? être un peuple libre dans notre pays. Nous le sommes désormais. Le sionisme a été donc un mouvement de libération nationale qui a gagné son pari : le peuple juif est un peuple libre dans son pays. Il a réussi également – d’aucuns disent que c’est son plus grand succès – à ressusciter une langue et une culture riche et vibrante. Un exploit exceptionnel effectivement. Quoi de plus clair que cela [7] ?
14C’est parce qu’il a estimé que le sionisme en tant que mouvement et en tant qu’idéologie a rempli son rôle historique, que la révolution qu’il a envisagée est arrivée à son terme, mais sans doute aussi parce qu’il craignait – à juste titre – les dangers d’un sionisme messianique, que David Ben Gourion s’était qualifié, l’un des premiers, de « postsioniste ». Après l’établissement de l’État, a-t-il pensé, le temps est arrivé de construire et de consolider non seulement l’État dans ses frontières encore contestées et menacées, mais un républicanisme juif, séculaire, non sectaire et démocratique. Pluraliste aussi, accordant égalité, liberté et droits à ses minorités. Ce républicanisme, dont Ben Gourion a été effectivement le protagoniste principal pendant les premières années de l’existence d’Israël, est d’ailleurs assez proche à bien des égards de la conception française de ce qui est « la république » – ainsi en tout cas telle qu’elle s’est cristallisée notamment dans les institutions de la Troisième République : laïcité, mise en valeur de l’Éducation nationale, un certain égalitarisme, un paternalisme étatique aussi. Cette vision républicaine reste effectivement l’enjeu principal de la vie politique israélienne, actuellement encore plus qu’auparavant.
15Accomplissant donc ses tâches historiques principales, que reste-t-il du sionisme ? Que peut signifier le mot aujourd’hui, plus de soixante ans après l’établissement de « l’État hébreu » (c’est ainsi qu’on se réfère à Israël – je n’ai jamais compris pourquoi – dans la presse française) ? En dehors d’Israël, il existe toujours un mouvement sioniste mondial. C’est l’un des organismes juifs principaux, et pour ceux qui ne sont pas au courant des intrications de la politique juive, il n’est pas toujours clair – c’est le moins qu’on puisse dire – où se trouve sa particularité. L’idée que l’appartenance au mouvement sioniste pose une obligation quelconque – notamment « faire [son] aliya » – n’est plus, et depuis longtemps, prise au sérieux par personne. Le mot est donc aujourd’hui assez vague ; on peut certes recenser quelques autres usages courants, mais le terme « sionisme » ou ses dérivatifs comme « sioniste » semblent devenir des mots valises sous lesquels on met plusieurs choses qui sont toutes néanmoins plus ou moins différentes de son acception originale.
16Les postsionistes de tous bords et les antisionistes rouges, verts ou bruns, prospèrent sur ce terrain des ambiguïtés. Ce qui ne facilite pas la tâche à ceux qui essayent de voir un peu plus clairement dans le brouillard linguistique et idéologique est le fait que les Israéliens souffrent en général d’une sorte de phobie des excès rhétoriques. Comme l’a dit le jeune écrivain israélien Gadi Taub, les gens de sa génération – arrivés à la maturité après la guerre de Six Jours – ne faisaient, devant les discours sionistes, que bâiller [8]. Il le dit dans un échange avec Amos Oz à propos de Une histoire d’amour et de ténèbres, sans doute l’un des livres les plus « sionistes » jamais écrits. Ce dont il ne se rend pas assez compte toutefois c’est que c’était déjà le cas pour la génération d’Oz. Les discours sionistes officiels étaient souvent édifiants et phraséologiques. La « jeunesse », qui en était le destinataire principal n’appréciait pas toujours le pathos avec lequel ils étaient adressés (surtout lorsque c’était fait avec un accent russe ou polonais).
17Or, dernièrement Taub a écrit un petit livre qui porte, justement, le titre de Qu’est-ce que le sionisme où il offre une présentation pour ainsi dire ultrasioniste du sionisme ainsi qu’une analyse critique et argumentée du postsionisme [9]. Comme plusieurs honnêtes gens, il ne pouvait rester muet face à la vague noire de l’antisionisme. Comme le montre le cas d’Oz, qui est d’ailleurs un critique infatigable des gouvernements et de la société israéliens, aussi bien que celui de Taub, derrière la critique et la méfiance envers le pathos se cache souvent un sionisme irréductible, qui est aujourd’hui surtout une répudiation sans ambages de l’antisionisme. C’est en fin de compte cela qui sous-tend tous ces usages du mot « sionisme » : le refus de ce qu’on appelle l’antisionisme. Je dirais donc que le sionisme d’aujourd’hui serait la défense du républicanisme juif israélien contre ses ennemis idéologiques, de gauche et de droite. Cette lutte prend souvent la forme d’une lutte linguistique, et les sionistes d’aujourd’hui doivent faire face à plusieurs usurpations : les ultra sionistes qui sanctifient la terre d’une part, et qui se disent les « vrais sionistes » ; et les soi-disant postsionistes, qui cachent derrière ce mot ambigu un agenda visant au fond une chose et une chose seulement : une délégitimation radicale d’Israël.
Qu’est-ce que c’est donc que l’antisionisme ? Si mon hypothèse est fondée, ce qui donne à présent, dans l’époque postsioniste, une unité de sens au mot « sioniste » est qu’il est avant tout un anti-antisionisme ; il faut évidemment dire un mot sur ce qu’est l’antisionisme (je me bornerai ici à sa version rouge verte, la lutte contre l’orthodoxie antisioniste ou la droite religieuse et nationaliste en Israël ou dans la Diaspora est une autre histoire, pourtant non moins importante). Un thème débattu dernièrement souvent est celui des rapports entre l’antisémitisme et l’antisionisme : celui-ci ne serait-il pas une forme de celui-là ? Il existe de bonnes raisons pour donner à cette question une réponse positive ; mais il y a aussi des raisons de ne pas le faire, même si on considère que c’est effectivement ainsi. Par un renversement caractéristique, et comme il arrive souvent dans les débats autour d’Israël, cette allégation est devenue une arme rhétorique et idéologique, assez efficace d’ailleurs, tournée contre Israël et ses défenseurs. Puisque plusieurs antisionistes sont Juifs ou Israéliens, disent les détracteurs d’Israël, ils ne peuvent pas être antisémites. Le sens de l’allégation d’antisémitisme ne serait donc que : empêcher la critique d’Israël, fermer le bec aux critiques du sionisme. Sous l’étendard de la liberté de critiquer, la critique de la critique devient abomination et menace sur la liberté d’expression, les critiques victimes de persécutions farouches. « On va maintenant nous virer de l’université, moi et mes amis postsionistes », s’est lamenté Adi Ophir, un critique virulent d’Israël après qu’on a osé le critiquer (c’était moi qui l’avais fait, mais ce qui importe ici est la réaction lacrymogène de M. Ophir). Ophir est l’un de ceux qui appellent expressément au démantèlement de « l’État hébreu ». Non seulement il n’a pas perdu son poste à l’université de Tel-Aviv ni les autres postes et appartenances dont il bénéficie largement, mais encore il est aussi devenu une figure très connue et très convoitée en dehors d’Israël. Il était alors et reste toujours l’un des hommes les plus solidement assis dans le monde universitaire israélien [10].
Pour ne pas tomber dans ces pièges, il faut mieux laisser de côté la question du caractère antisémite de l’antisionisme. Il s’agit en effet d’un phénomène multiforme et ambigu, assez difficile à cerner. On a proposé de ranger ses manifestations principales sous trois « D » : Délégitimation, Double-standard et Diabolisation. L’affirmation selon laquelle les Israéliens auraient depuis toujours commis des crimes et des atrocités – nettoyage ethnique, crimes de guerre et crime contre l’humanité, etc. – n’est qu’une conséquence nécessaire du dénigrement du sionisme dans sa qualité morale considérée comme méprisable, en fait de l’essence criminelle et raciste du sionisme et de la société israélienne qu’il a enfantée. Le projet sioniste n’est selon les antisionistes qu’une usurpation des droits qui n’appartiennent pas aux Juifs et ne peuvent pas leur appartenir puisque, comme on l’a vu, le non-peuple juif n’est pas un sujet doté de droits historiques ou politiques, car pour avoir ces droits il faut être un peuple. On peut continuer ce jeu à l’envi.
Il existe toutefois un ordre parmi les « D », une hiérarchie qui fait que tous sont soumis au premier D : l’antisionisme est une logique de délégitimation. Ce sont les vrais enjeux des divers discours anti-israéliens et antisionistes. Sauf qu’il faut bien se rendre compte du sens exact des mots qu’on emploie ainsi que du contexte où ils sont employés : délégitimer l’État d’Israël, c’est le mettre hors la loi, légitimer en revanche les appels à sa destruction, implicitement (ou non) donner licence à tuer les Israéliens.
Évidemment, toute critique d’Israël n’est pas un appel à tuer ses citoyens juifs. En effet, et selon les règles du jeu, il faut que je dise ici que bien sûr, Israël est critiquable, et que toute critique d’Israël, du sionisme, des Juifs qui soutiennent Israël, de Pierre-André Taguieff, etc. n’est pas un appel au meurtre et n’est même pas de l’antisémitisme. Comme toute apologie, celle-ci ne sert pas à grand-chose ; en effet, si on l’articule, l’antisionisme a déjà gagné son pari. Car il faudrait maintenant montrer où passe la frontière entre la critique « légitime » ou raisonnable et celle qui ne l’est pas. Or, c’est une question que je n’aborderai pas ici, et pour deux raisons principales. D’abord parce que l’histoire du sionisme est tellement inhabituelle et Israël, le conflit avec les Palestiniens, l’occupation, etc. sont un ensemble tellement complexe – objectivement complexe – qu’une sérieuse tentative de le décortiquer et de dissiper ses ambiguïtés dépasse largement le cadre de l’article présent.
Or – et c’est la deuxième raison pour ne pas essayer ici de distinguer entre critique et illégitime délégitimation – c’est de surcroît une discussion futile. Ceux qui le veulent peuvent facilement se faire un tableau plus ou moins équilibré du sionisme, d’Israël et du conflit israélo-palestinien. Ils n’ont besoin que de consulter la littérature riche et souvent de haut niveau (en hébreu et en anglais notamment, mais également, et suffisamment, en français) qui essaie de présenter les choses d’une façon honnête, c’est- à-dire non antisioniste. Cette littérature est souvent marginalisée, pour ne pas dire ignorée ou occultée sur l’arène publique où se déroule la guerre idéologique contre Israël. S’ouvrir à la vérité de la complexité du sionisme et d’Israël demande donc non seulement du temps, de la patience et de la disponibilité, ou encore de la connaissance, mais encore de la force intellectuelle qui permettrait de se libérer de l’emprise des modes de pensée, de regarder et d’écouter au-delà de ce que disent les maîtres à penser actuels, de résister aux pressions, de refuser les simplicités faciles.
Comme Amos Oz, les meilleurs et les plus fidèles des sionistes sont – et ça a toujours été ainsi chez les sionistes – les critiques les plus perspicaces et les plus sévères du sionisme, d’Israël et de ses gouvernements. Comme nous l’avons déjà remarqué, l’ethos israélien est un ethos d’impatience générale envers les idéologies, les discours édifiants ou les apologies trop insistantes du sionisme ou de l’État. Il existe aussi, et depuis toujours, un scepticisme profond, et même une méfiance, pour tout ce qui relève du pouvoir et de la politique. Les Israéliens, qui sont peut-être le peuple le plus politisé au monde, n’aiment ni la politique ni surtout les politiciens. En effet, il existe en Israël une atmosphère de soupçon presque anarchique envers l’État, les politiciens, et tout ce qui relève du pouvoir, même l’armée, pourtant l’institution la plus crédible aux yeux de la grande majorité des Israéliens. Sauf les postsionistes évidemment. Ceux-ci abusent bien habilement des ambiguïtés de la condition israélienne. La substance dont est faite la réalité israélienne est constituée, bien sûr, de défaillances, de gâchis et même de crimes – tantôt bien réels, tantôt imaginés – de ses gouvernements ou de ses militaires, mais également de succès. En profitant de cette « inflation critique » – comme l’a appelée Foucault – qui règne en Israël, ces maîtres de l’hystérie, ces soi-disant critiques créent le terrain fertile sur lequel surgit l’antisionisme israélien.
Mais l’habitat où les antisionistes israéliens prospèrent vraiment se trouve ailleurs. C’est l’ambiance anti-israélienne générale, typiquement répandue dans l’intelligentsia (française et occidentale en général), et qui est faite des sentiments traditionnels de la gauche idéologue, des tiers-mondismes, des postcolonialismes, etc., mais aussi des sédiments, des reliques et des résidus de l’antisémitisme traditionnel, et qui se solde dans l’émergence d’une sorte de subculture, d’une identité culturelle qui se construit autour du soupçon et de la mécompréhension de tout ce qui est autrement « juif » ou israélien. Badiou, Agamben et leur bizarre paulisme de gauche, la lettre de Régis Debray à son « ami israélien » – ils ont toujours des amis israéliens – le « Indignez-vous » de Stéphane Hessel ne sont que quelques exemples récents de ce qui cerne la scène où les Sand, les Adi Ophir, les Idit Zertal, les Tom Segev, les Ilan Pappé et bien d’autres sont actifs aujourd’hui. Quelques-uns d’entre eux passent encore une partie de leur temps en Israël, et ils y ont effectivement une certaine audience. Mais il semble bien que cette audience, passablement restreinte d’ailleurs, se replie de plus en plus sur elle-même, et pour tout ce qui concerne la société israélienne le phénomène du post-antisionisme local devient de plus en plus marginal.
C’est cette terre fertile de l’antisionisme occidental qui devient un pays d’accueil et d’hospitalité des anti-israéliens israéliens. Leur postsionisme-anti-israélisme peut être plus ou moins dur, ou plus moins mou, mais ce dont est faite sa substance morale se reconnaît certes par la médiocrité intellectuelle, voire la fausseté qui caractérise en général leurs écrits, mais surtout peut-être par son opportunisme. Une symbiose et une complicité réciproques se lient entre les antisionistes de tous bords – ceux-ci ont besoin d’une défense contre les allégations d’antisémitisme, ceux-là gagnent de l’acceptation, de la reconnaissance et l’admission à la fraternité de l’intelligentsia universelle.
Du coup, pourtant, il devient beaucoup plus difficile de rester en deçà de l’antisionisme. Dans certains milieux en Israël même, mais surtout en dehors du pays. Il faut écouter un peu les étudiants israéliens qui font leurs études en Angleterre par exemple, sur plusieurs campus américains ou même à Paris : ne pas être antisioniste devient un acte de résistance qui exige courage, force d’esprit et honnêteté. Des pressions de toutes sortes, plus explicites et plus directes, ainsi que plus subtiles et équivoques, font qu’une bonne partie des Israéliens qui sont à l’étranger adoptent le discours anti-israélien (souvent avec le zèle des convertis). D’autres, probablement une majorité silencieuse, s’efforcent de rester en deçà de tout cela et évitent de parler de leur pays, comme s’il n’était pas leur affaire. Souvent, ils diraient – je l’ai déjà entendu, et plus d’une fois – qu’ils veulent d’abord, maintenant, terminer leurs études, écrire leur thèse, et être trop explicitement Israéliens ou sionistes est une affaire trop risquée ; on dira après ce qu’on pense. Une minorité refuse la collaboration ou l’indifférence, et elle paie souvent un prix pour leur refus et pour leur résistance. C’est la même chose avec les non-Israéliens, Juifs ou non-Juifs. Ceux d’entre ceux qui osent dire leur amitié à Israël à haute voix, ou même simplement critiquer la critique, payent presque toujours un prix. Comme c’est le cas assez souvent dans cette affaire, la vérité est le contraire de ce qu’on dit trop souvent : il faut être beaucoup plus courageux et honnête pour être sioniste que pour être antisioniste ; il fallait avoir du courage pour ne pas rester muet face à la violence et à la haine qui ont surgi ce jour-là dans la salle de la rue d’Ulm. C’est peut-être cela donc, le véritable sens du mot sionisme, ce refus de l’infamie qu’est l’antisionisme.