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Article de revue

Présentation

Pages 9 à 11

Citer cet article


  • Lessay, F.
  • et Zarka, Y.-C.
(2008). Présentation. Cités, 34(2), 9-11. https://doi.org/10.3917/cite.034.0009.

  • Lessay, Franck.
  • et al.
« Présentation ». Cités, 2008/2 n° 34, 2008. p.9-11. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-cites-2008-2-page-9?lang=fr.

  • LESSAY, Franck
  • et ZARKA, Yves Charles,
2008. Présentation. Cités, 2008/2 n° 34, p.9-11. DOI : 10.3917/cite.034.0009. URL : https://shs.cairn.info/revue-cites-2008-2-page-9?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cite.034.0009


Notes

  • [1]
    Voir, pour le côté catholique, le paragraphe 4 (Nostra Actate) de la déclaration conciliaire sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes publiée le 28 octobre 1965 ; pour le côté protestant, la déclaration Église et Israël publiée en 2001 par la Communion ecclésiale de Leuenberg, qui fédère plus de cent Églises d’Europe issues de la Réforme.
  • [2]
    Voir ci-dessous la présentation de Jean-Marc Joubert.

1Le dossier que nous ouvrons ci-après sur « l’héritage judéo-chrétien, mythe ou réalité ? » entend interroger l’expression complexe de judéo-christianisme qui renvoie inévitablement à l’idée d’un héritage commun aux deux religions. Or, l’idée d’un tel héritage commun enveloppe aujourd’hui des significations que nous avons voulu expliciter pour penser jusqu’au bout leurs implications. La première signification est positive, elle renvoie aux rapprochements esquissés puis confirmés entre Juifs et Chrétiens, par une mutuelle remise en question des attitudes traditionnelles d’hostilité et de rejet. Principalement, il faut le dire, l’hostilité multiséculaire du christianisme envers le judaïsme et les Juifs, cet antijudaïsme ancien et moderne qui s’est transformé, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe en racisme antisémite et, récupéré et amplifié par les nazis, a donné lieu à la mise en œuvre du projet d’extermination des Juifs que l’on désigne sous la dénomination de Shoah. La seconde signification est également positive, elle concerne la théologie. Disons que nous avons assisté, parallèlement, à la fin de l’idée d’un monopole religieux exclusif de la vérité, la vérité du judaïsme excluant celle du christianisme et réciproquement [1]. Non qu’il faudrait prendre une voie moyenne, ce qui serait absurde. Mais parce qu’il conviendrait d’envisager une dette mutuelle et, sans nier les différences fondamentales, accepter l’altérité et la dignité de l’autre foi précisément dans le cadre d’un héritage commun.

2La question qui se pose donc est celle-ci : ce caractère positif du rapprochement judéo-chrétien, s’il convient de s’en féliciter sur le plan des rapports interhumains et interinstitutionnels, ne repose-t-il pas au plan théologique sur une confusion dangereuse ? L’idée d’un héritage commun aux Juifs et aux Chrétiens n’est-il pas une illusion ? Ne correspond-il pas à une époque d’affaiblissement des dogmes, des positions théologiques et des pratiques religieuses, en somme de tout ce qui fait le contenu même de la foi juive, d’un côté, et de la foi chrétienne, de l’autre ? Pis, cet effacement n’est-il pas le résultat d’une double stratégie : celle d’un certain christianisme qui entendrait parvenir comme par la douceur à ce qui a toujours été le but du christianisme, à savoir absorber le judaïsme, et celle, conjointe, d’un certain judaïsme, le judaïsme réformé et prétendument modernisé, de faire reconnaître toute la place des Juifs dans la civilisation occidentale en niant ce qui fait la spécificité du judaïsme qui lui est irréductible ?

3Que l’idée d’un héritage judéo-chrétien commun repose sur une illusion théologique dangereuse, tel est le diagnostic de Yeshayahou Leibowitz qui fut un penseur important dans l’histoire du judaïsme au XXe siècle [2]. Selon lui, en effet, le judaïsme et le christianisme sont deux religions qui n’ont rien de commun et qui ne peuvent donc partager un héritage. Le premier est théocentrique, le second est anthropocentrique. Leibowitz va même plus loin, le christianisme aurait très bien pu exister sans le judaïsme. On commence à le comprendre les thèses de Leibowitz sont radicales, et même parfois brutales, en particulier dans le texte que nous avons retenu. Mais précisément pourquoi avoir retenu ce texte ? Tout simplement parce qu’on ne suscite pas un débat à partir d’un texte à l’eau de rose. Il fallait que les choses puissent être dites fortement pour que les réponses ne puissent consister en de simples esquives. Il nous a donc semblé qu’il fallait ce texte rude, parfois peut-être injuste, pour provoquer la réflexion et trouver les arguments susceptibles de le conforter ou de le remettre en cause. Il s’agissait en effet de nous faire collectivement sortir du sommeil dogmatique dans lequel sombre parfois la réflexion théologique contemporaine.

4Nous avons donc proposé ce texte de Leibowitz à un certain nombre de philosophes, de théologiens et de commentateurs juifs, catholiques, protestants, orthodoxes ou ne se réclamant d’aucun rattachement confessionnel, en vue de répondre à la provocation intellectuelle qu’il comporte. Ce sont ces réponses que nous publions ci-dessous, lesquelles rouvrent une question centrale à notre temps qui ne saurait se réduire à des enjeux économiques ou financiers. Elles appelleront probablement d’autres développements, sur lesquels nous reviendrons.


Date de mise en ligne : 05/09/2008

https://doi.org/10.3917/cite.034.0009